Pour survivre, la gauche devrait-elle abandonner le progrès?

Article publié initialement sur Slate.fr le 21 juillet 2016

La gauche reste accrochée au progrès. Mais le progrès qu’elle plébiscite est celui de la technologie et des machines, le tout au service des élites. C’est en tout cas ce que tentent de prouver les deux livres à contre-courant «Le Progrès sans le peuple» et «Le Progrès m’a tuer».

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Grand entretien de Pierre Thiesset

Entretien publié initialement en deux parties sur le Comptoir le 27 juin 2016 et le 29 juin 2016

Journaliste à “La Décroissance”, Pierre Thiesset a également cofondé les éditions Le Pas de côté, qui viennent de publier avec L’échappéeLe Progrès m’a tuer. Leur écologie et la nôtre.” Cet ouvrage collectif regroupe les textes d’une quarantaine d’auteurs, dont Aurélien Bernier, Marie-Jo Bonnet, Jean-Claude Michéa, François Jarrige, Cédric Biagini, Dany-Robert Dufour, Agnès Sinaï, Vincent Cheynet, Serge Latouche et Mohammed Taleb. Nous avons souhaité nous entretenir avec Pierre Thiesset pour en savoir plus sur ce recueil, mais également sur la critique du Progrès qu’il porte, ainsi que sur la décroissance comme projet politique. Compte-tenu de la densité de ses réponses, nous avons décidé de publier cet entretien en deux parties. 

Syndrome du bien-être : « L’objectif du néolibéralisme est d’individualiser les problèmes collectifs »

Interview publiée sur le site du Comptoir le 18 mai 2016

« Vous êtes accro à la salle de sport ? Vous ne comptez plus les moutons mais vos calories pour vous endormir ? Vous vous sentez coupable de ne pas être suffisamment heureux, et ce malgré tous vos efforts ? Alors vous souffrez sûrement du syndrome du bien-être », expliquent Carl Cederström, enseignant-chercheur à la Stockholm Business School, et André Spicer, professeur à la Cass Business School, dans leur dernier ouvrage “Le syndrome du bien-être” publié en France par les éditions de L’Échappée. Dans ce livre, les deux intellectuels montrent « comment la recherche du bien-être optimal, loin de produire les effets bénéfiques vantés tous azimuts, provoque un sentiment de mal-être et participe du repli sur soi ». Nous avons souhaité les questionner afin de comprendre comment se manifeste ce « syndrome du bien-être » et quels sont ses liens avec le néolibéralisme. Les deux chercheurs ont accepté de répondre par mail à nos questions.

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Nuit debout : ne soyons pas la farce de Mai-1968 !

Article publié le 11 mai 2016 sur Le Comptoir

Questionné par nos soins lors de la première Nuit debout du 31 mars, l’économiste et philosophe Frédéric Lordon relevait qu’un lien semblait unir la jeunesse qui se mobilise contre la loi El Khomri et celle qui s’est insurgée en Mai-1968. Les similitudes sont telles que le marxo-spinoziste explique : « C’est comme si à presque cinquante ans de distance, des générations se parlaient. » Ce parallèle mérite d’être analysé, surtout si nous voulons que Nuit debout ne réitère pas les erreurs de son aîné.

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Éric Hazan : « Aucune insurrection ne se prépare place de la République »

Interview publiée sur Le Comptoir le 20 avril 2016

Éric Hazan a fondé en 1998 La fabrique, maison d’édition spécialisée dans la publication d’auteurs radicaux (Comité invisible, Gustave Le Français, Auguste Blanqui, Joseph Déjacque, Walter Benjamin, Daniel Bensaïd, Isabelle Garo, Edward Saïd, Christine Delphy, etc.). Lui-même écrivain, il est l’auteur de nombreux ouvrages, notamment sur la Révolution française (Une histoire de la Révolution française, 2012) ou l’histoire des révoltes (La dynamique de la révolte : Sur des insurrections passées et d’autres à venir, 2015). Nous avons souhaité le rencontrer afin d’avoir son analyse sur la situation sociale actuelle.

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Ascèse ou désir ? Par quel chemin passe la décroissance ?

Tribune publiée dans le journal La Décroissance en décembre 2015

Comme le note Christopher Lasch dans Le seul et vrai paradis – une histoire de l’idéologie du progrès et de ses critiques, les premiers économistes libéraux que sont Bernard Mandeville, David Hume et Adam Smith estimaient que la réhabilitation morale du désir, condamné par le judéo-christianisme, favoriserait « l’émergence d’une société capable d’une expansion infinie ». En effet, le désir étant potentiellement illimité, sa satisfaction inconditionnelle devrait assurer une production toujours croissante. Ce n’est pourtant qu’après mai 1968, période qui inaugure une nouvelle phase du libéralisme, que le désir est placé au centre de la logique capitaliste. En effet, le « vivre sans temps mort, jouir sans entrave » révolutionnaire de Guy Debord et de ses camarades situationnistes a vite été détourné en puissant slogan publicitaire. Le mariage de l’hédonisme soixante-huitard et du productivisme a donné naissance à un système fou, où l’écoulement d’un nombre de gadgets toujours plus grand est assuré par la création de besoins artificiels, via la publicité – dont le budget, de 500 milliards de dollars par an, est le deuxième mondial, après les dépenses militaires. Un mécanisme parfait pour assurer une croissance économique sans limite. Ainsi, dès lors, le capitalisme a trouvé son moteur principal, grâce à ce que Michel Clouscard nommait l’« idéologie du désir ».

Cette logique d’accumulation a transformé nos modes de vie comme jamais. Une métamorphose impossible sans l’apparition d’une culture de masse qui, selon Lasch, a détruit les cultures populaires traditionnelles au profit d’« un marché universel de marchandises qui rend les individus dépendants de la consommation » (Culture de masse ou culture populaire ?). La télévision, les industries du cinéma, de la musique et de la mode nous dictent aujourd’hui nos comportements, pensées et modes de vie. La liberté promise par le libéralisme se résume en « la possibilité de choisir entre des marchandises plus ou moins similaires ». Le tout formant un système où « l’adhésion aux modèles imposés par le centre est totale et inconditionnée », comme le relevait Pier Paolo Pasolini. Le degré d’aliénation atteint par notre société est tel que le désir correspond systématiquement aux standards de la société de consommation.

Si l’augmentation du désir trouve son corollaire dans la croissance économique, l’autolimitation semble l’antidote. Dans Sortir de la société de consommation, Serge Latouche affirme d’ailleurs que « la voie de la décroissance est une ascèse. » Mais est-elle réellement possible dans une société acquise au désir matériel et au plaisir immédiat ? En outre, n’entre-t-elle pas en contradiction avec la possibilité d’une société conviviale et joyeuse ? De fait, parallèlement à l’avènement de la consommation de masse, la dépression a progressé au point que l’Organisation mondiale de la santé estime que cette maladie constituera la première cause d’invalidé du travail en 2020. De plus, le consumérisme crée avant tout de la frustration, les désirs étant condamnés à se renouveler sans cesse, sans jamais être satisfaits. Un paradoxe qu’avait très bien compris Clouscard quand il prophétisait qu’« à la permissivité de l’abondance, de la croissance, des nouveaux modèles de consommation, succède l’interdit de la crise, de la pénurie, de la paupérisation absolue ». Au contraire, l’autolimitation est la condition première du plaisir : c’est parce qu’on n’en abuse pas qu’on peut apprécier les bonnes choses. Plutôt qu’opposer ascèse et désir, comme l’a fait le capitalisme, il faut au contraire voir que les deux notions sont complémentaires. Pour emprunter ce chemin, il faudra, comme le répète souvent Latouche, commencer par « décoloniser nos imaginaires » acquis au consumérisme. Ce qui n’a rien d’une mince affaire.

Kevin Victoire

Chroniques d’album sur IHH

 

Chroniques d’album publiées dans le numéro du magazine IHH – International Hip Hop de mars 2016

Booba – Nero Nemesis

Quoique l’on pense de Booba, il faut reconnaître qu’il est toujours capable de nous surprendre, chose qui n’est pas si évidente pour un rappeur français après vingt ans de carrière. Quelques mois après l’inégal D.U.C., l’ourson revient avec un album surprise. Sorti le 4 décembre 2015, comme la réédition de Feu de Nekfeu, ainsi que les nouveaux opus de Rohff, Jul, et JoeyStarr, Nero Nemesis est probablement le meilleur projet du duc de Boulogne depuis très longtemps. La recette est simple : de l’Auto-Tune moins présent et mieux maitrisé, des flows bien travaillés et des instrus de qualité. Ceux qui cherchent du fond devront cependant repasser une autre fois. Car Booba fait du Booba : egotrip, punchlines sur punchlines et éloge de l’argent et du luxe. Pourtant ses phases font souvent mouche, comme dans 4G (« Touche ta SACEM y a pas 30 balles/ Personne te regarde comme le handball/ J’te traite comme négro dans plantation/ 400 ans d’fouet t’as pas retenu la leçon ») ou 92I Veyron (« Ne fais pas trop de bien ou tu seras cloué sur une croix/ La rafale dans ta grand-mère arrivera plus tôt que n’crois/ La race humaine me dégoûte, j’allume gros pilon au chalumeau/ Nique ta fondation de merde, j’préfère sauver les animaux »). Le MC semble parfois nostalgique du bon vieux rap et de l’âge d’or des années 1990. Un sentiment palpable dans Génération Assassin (« Génération Assassin, Ideal J, Mama Lova »). Evidemment, la perfection n’existe plus avec Booba depuis Temps mort. On déplorera notamment la présence du très mauvais Validée, reprise avec Benash de Ignanafi debeda de l’artiste malien Sidiki Diabate. Mais qu’importe, cette fois-ci l’aspect artistique ne semble pas être passé au second plan après l’aspect commercial.

Kevin Victoire

 

Lucio Bukowski & Kyo Itachi – Kiai sous la pluie noire

Au fil du temps, Lucio Bukowski nous prouve qu’il n’est pas seulement une des meilleures plumes du rap français, mais qu’il est également un artiste accompli. Alors que certains avec sa surproductivité – 2 albums et un EP en 2015, sans compter ses deux EP d’instrus –, se seraient déjà essoufflés, lui arrive à se renouveler musicalement sans cesse. Le secret ? Un beatmaker attitré à chaque projet. Pour Kiai sous la pluie noire sorti le 13 novembre dernier, le MC de L’Animalerie a jeté son dévolu sur un des producteurs du moment : Kyot Itachi. Bonne pioche, tant la musique du samouraï semble en adéquation avec la poésie du Lyonnais. Si cette forme permet de donner un peu de fraicheur au rap de Lucio Bukowski, niveau textes pas grand-chose de nouveau. Le rappeur nous livre son habituel mélange d’egotrip (« Et je n’insiste pas, mon art : donner du mien, gratter des chansons qui, peut-être, te feront du bien » ; Notes d’un souterrain) et de critique acerbe de notre société (« Tu bouffes du riz vu qu’t’as passé ton SMIC dans un iPhone/ T’aimes Cyril Hanouna, les clubs et les sales connes » ; Transmigration des ânes). Une routine qui aurait pu devenir lassante si Lucio n’était capable de multiplier les références à la peinture (Caravage dans Notes d’un souterrain ou Orozco dans Grand Roque), à la littérature (Notes d’un souterrain est le titre d’un roman de l’écrivain russe Fiodor Dostoïevski), à la religion (Jean 2, 13-21),  à la philosophie, à l’histoire (Marco Polo dans Grand Roque), à la chanson (Gil Schott-Heron ou Alain Bashung dans Pâtes au beurre) ou à la culture de masse. Mais vu son talent pour la rime et l’étendue de sa culture générale, on souhaiterait toujours plus du Lyonnais. Mais qu’importe, sa riche discographie reste sans déchet. On attend déjà avec impatience son prochain projet.
Kevin Victoire

 

 

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