Renaissance du rap technique ou mort d’une contre-culture ?

Texte publié le 26 mars 2012 sur Sound Cultur’ALL 

Mac-MillerDepuis un an/un an et demi, on a l’impression d’assister à un « retour aux sources » dans le hip hop. Un retour à la seconde moitié des années 1990, à une époque où la technique semblait primer plus que tout dans le hip hop. Cette technicité était parfaitement illustrée par des collectifs tels que Time Bomb ou La Cliqua ou encore par les Sages Poètes de la Rue. C’est l’époque des lyricistes comme Fabe ou Oxmo Puccino. L’époque des passionnés, du rap boom bap, des freestyles de légende (notamment sur Génération), bref l’âge d’or du hip hop (au moins pour les puristes et les nostalgiques). La richesse des rimes et des punchlines, la variété des flows et la culture du sampling…Voilà ce qui caractérisait cette époque « bénie ». Le rap était toujours une contreculture à cette époque, comme à ses débuts, qui s’érige contre la société et ses maux, tout en étant un art faisant vibrer toute une partie de la population.

Puis, le rap a évolué, a mué, a perdu son insouciance et son innocence… Il s’est transformé, ce que beaucoup ont eu du mal à accepter. Fini l’époque de la technique, place au « rap caillera » : moins de flow, rimes biens moins travaillées et beats se ressemblant tous…On est au début des années 2000 et le but n’est plus de montrer sa maitrise technique, mais de représenter son hood. Puis la vague Dirty South s’est échappée du sud des Etats-Unis et atteint notre bel Hexagone. Notre Hexagone habitué aux vibes East Coast, au point de s’être approprié le genre. Ce même Hexagone qui même quand la West Coast dominait le rap US a toujours su résister à ce courant, s’est laissé emporté par le raz-de-marée Dirty ! Et voilà tous les puristes du Royaume de France et de Navarre révoltés, criant à l’escroquerie, à la perversion de la culture française (oubliant que l’histoire du rap français se résume à un vulgaire pompage du style ricain), refusant d’écouter ce nouveau genre. Le rap s’exporte en club et devient bling-bling, on en oublie nos valeurs de base. Booba, ex-prince du rap technique à l’époque de Time Bomb ou Lunatic a osé tuer le rap technique (quoi qu’il était déjà plus qu’à l’agonie) pour devenir le roi incontesté du rap bling-bling et Dirty. Oh traîtrise ! B20 devint très vite le rappeur le plus détesté des puristes (quoi que Rohff n’est pas si loin après tout). Puis arrive la vague de l’auto-tune et s’ensuit celle du mauvais électro versionGuetta. A ce moment là, on crût le rap fini (d’ailleurs autant en France et aux States, mais bien plus chez nous), rendant prophétique les dires de Nessbeal : « Bientôt l’rap va s’faire niquer par la techno ». Et c’est là que tout bascula : après une lente phase de dégénérescence, le rap des 90’s rennaît, un retour aux sources symbolisé par le groupe parisien 1995. Mais est-il possible de faire renaître une époque déjà révolue ? L’Histoire se répète ? Oui, mais jamais à l’identique !

La technique est devenue Hype

Et voilà qu’en un rien de temps, on se rend compte qu’une nouvelle génération semble prendre le pouvoir. Une génération, qui pourtant n’a pas ou peu connue cette époque, arrive et fait du rap rappelant plus le rap d’il y a 10/15 ans que le rap actuel, entourée de quelques anciens revenants sur le devant de la scène… Tout ça symbolisé par quelques grands évènements, comme l’engouement récent pour les Rap Contenders, les End of the Week, ou les concerts Can I Kick It (organisés par le groupe Triptik). En réalité, beaucoup de rappeurs underground, notamment dans le 18ème arrondissement de Paris n’ont jamais arrêté ce type de rap, mais aujourd’hui, ce rap semble se généraliser. Même le rap de rue qui semblait n’avoir que faire de la technique il y a encore quelques mois s’y met (avec la génération Niro,Sadek, L.E.C.K., SofianeFababy voire Guizmo), avec toute une nouvelle génération qui freestyle un peu partout sur le net ou à la radio. D’ailleurs, je parle principalement de l’Hexagone, cependant le constat est semblable aux States. Les années 2010/2011 ont vu l’émergence de Mac Miller, Tyler The Creator(et la clique d’Odd Futur), d’A$AP Rocky (et la clique d’A$AP Mob), les californiens Black Hippie (et notamment Kendrick Lamar, Jay Rock et Schoolboy Q) ou encore Big K.R.I.T..Des rookies au style atypique, clairement influencés par les 90’s plus que par ce qui se fait depuis les années 2000, allant musicalement du pur Boom Bap (Mac Miller) à un mélange d’influence Boom Bap/dirty (A$AP ou K.R.I.T.)…. C’est tout un mouvement international ! Bref, happy end à la conte de fée pour le rap ? J’en suis pas si sûr…

« J’invente pas des mots qui n’existent pas pour être technique » Diomay

La technique que pour la technique ?

Parallèlement à ce retour à la technique, le rap engagé n’a jamais eu l’air de se porter si mal. Je n’irai pas jusqu’à dire que « faire de la musique pour un éveil communautaire pour moi c’est ça l’rap ». Cependant, doit-on rappeler que l’engagement est légitime dans le rap ? Le rap, composante du hip hop, est une contreculture, c’est-à-dire, un moyen d’expression contestataire en marge de la culture dominante. Né pour porter la voix des sans-voix, l’engagement quoi que pas automatique peut sembler logique. Le problème est qu’être engagé semble être devenu « has been », les rappeurs actuels préférant freestyler et ne rien raconter. Pire, quand on a l’impression que le rap se joue à un concours de « hype » ou de « swagg ». On semble donc passer du truc subversif à un courant bobo, porté par quelques faux-intellectuels bien-pensants. Le public aussi se transforme, ne veut plus entendre de message et s’en contre-fiche d’écouter quelques chose qui a du sens, ce qui peut nous désoler : Le rap est-il dans ces conditions encore réellement une contre-culture ?

« Où est passé le sens ? Y a tout pour la technique » Mokless

On ne peut en réalité pas dire que le rap n’est plus une contreculture. Malgré sa popularité grandissante dans les couches de la population les plus jeunes, il reste une musique qui dérange les médias et les politiques. Il reste encore en réalité des rappeurs à message et à thème et ce même dans les rappeurs techniques (existe-t-il actuellement plus technique et plus engagée que Casey ?). Cependant, la société se transforme, ne croit plus au changement, et le rap avec… Entendre le rap rabâcher le même message depuis 20 ans a surement usé le dit message, surtout quand il sonnait faux et démago dans la bouche de certains rappeurs. Et n’oublions pas que le rap se popularise aussi et le public rap se diversifie. Lle cliché du fan de rap banlieusard/de cité/fils d’immigré ne colle plus du tout à la réalité. C’est surement parce que le public rock s’est diversifié et embourgeoisé, que cette musique s’est trop popularisée au point de perdre de sa subversion… Prenons garde que cela n’arrive pas au rap, car il perdrait de sa superbe.

« J’croyais qu’les rappeurs voulaient changer ce système qui nous exploite… Ils voulaient juste rentrer en boite. » Le Vrai Ben

Lire ici

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s