Clouscard : trajectoire d’un visionnaire solitaire

Né en 1928 à Montpinier, Clouscard fait partie des penseurs français ayant réalisé la critique du capitalisme la plus radicale et la plus aboutie de la fin du XXe siècle. Ce proche du Parti Communiste Français rattache sa pensée à trois philosophes : Rousseau, Hegel et Marx. Il s’efforce ainsi de prouver que le premier est le père du socialisme démocratique et que les seconds sont ses fils théoriques. Le Tarnais définit Rousseau comme le fondateur de la conception morale et des définitions modernes de l’égalitarisme et de la liberté, par le biais du matérialisme dialectique et historique. Il oppose à cette philosophie le néo-kantisme de Sartre, Lacan, Foucault, Levi-Strauss ou encore Barthes, qui est, selon lui, fondamentalement contre-révolutionnaire. C’est à partir de cela qu’il pourra poser les bases de sa critique du nouveau visage du capitalisme de nature libérale-libertaire.

 

Mai 68 : tout est permis mais rien n’est possible

Le plus grand exploit de Clouscard est d’avoir compris immédiatement le caractère contre-révolutionnaire de mai 68. Tandis que toute l’intelligentsia – principalement de gauche – y voit une avancée sociale majeure, il dénonce l’imposture qui se trame. Dans ce qui reste à ce jour son œuvre la plus célèbre, Néo-fascisme et idéologie du désir, il analyse avec lucidité les forces en actions. Il explique ainsi qu’il s’agit d’une lutte opposant trois personnalités symbolisant chacune une composante différente de la bourgeoisie. Nous avons alors le « libertaire » Daniel Cohn-Bendit, de Gaulle dans le rôle du conservateur et Pompidou dans la peau du libéral débonnaire. Si le Président de la République de l’époque représente la bourgeoisie traditionnelle et vertueuse qui sert de rempart au capitalisme fou, il n’en va pas de même pour les deux autres protagonistes. L’ancien Premier ministre, et ex-directeur général de la banque Rothschild, préfigure le néolibéralisme, à savoir ce capitalisme inhumain qui asservit les hommes en les transformant en consommateurs compulsifs. Mais ce basculement d’un capitalisme traditionnel à un capitalisme libéral est freiné par le conservatisme du gaullisme, qu’il faut donc liquider à tout prix. C’est là qu’intervient « Dany le rouge », le (libéral)-libertaire. La libéralisation totale des mœurs qu’il prône permet d’émanciper les Français des vieilles valeurs, pour les soumettre à la consommation de masse. Ce libertarisme – qui n’a pas grand chose à voir avec le libertarisme authentique – n’est que le fruit du freudo-marxisme, qui défend une libéralisation de la conscience de classe au profit de l’assouvissement des envies. La séduction du capitalisme peut enfin atteindre son apogée et le consumérisme devient indépassable. Mai 68 annonce alors le partage du gâteau entre les trois pouvoirs de l’actuel consensus : social-démocrate, libéral, libertaire. Au premier, on laisse la gestion administrative, au second la gestion économique, enfin au dernier celle des mœurs devenues nécessaires au marché du désir. Ce nouveau système est en constante révolution interne. L’ancienne description marxiste d’un capitalisme en mouvement perpétuel et détestant la stabilité est plus que jamais d’actualité.

« Le capitalisme a viré à gauche au niveau politico-culturel et a viré à droite au niveau économico-social. »

Le retour à l’État-nation

L’autre bataille du philosophe, bien moins connue, est celle de la défense de l’État-nation. Sur le sujet, il se place plus du côté de Rousseau et de Hegel que de Marx. Comme le premier, il pense que l’État est seul légitime pour maintenir la liberté et l’égalité des citoyens. Comme le second, il pense que l’État-nation est une construction historique indépassable. Conscient du lien inaltérable entre l’infrastructure économique et l’environnement économique qui fondent ensemble la seule superstructure protectrice, le capitalisme ne peut être soumis que par le contrat social citoyen qui met en relation toutes les composantes de l’économie. Depuis la révolution de 1789, les grandes avancées n’ont pu être obtenues que par l’État-nation. Son dépassement n’est donc pas souhaitable. Le capitalisme libéral ne s’exprime, dans sa forme moderne, qu’à travers la mondialisation et l’Union européenne qui détruisent toutes les marches de manœuvres économiques. Voilà pourquoi Clouscard va s’engager contre Maastricht et pour le retour à la souveraineté nationale, comprenant encore une fois avant tout le monde le danger de la monnaie unique. Il ne sera que trop peu écouté.

« L’État a été l’instance superstructurale de la répression capitaliste. C’est pourquoi Marx le dénonce. Mais aujourd’hui, avec la mondialisation, le renversement est total. Alors que l’État-nation a pu être le moyen d’oppression d’une classe par une autre, il devient le moyen de résister à la mondialisation. C’est un jeu dialectique. »

Intellectuel très en avance sur son temps, Michel Clouscard aura été trop marginalisé au sein de son propre camp, qui lui a toujours préféré les fils du néo-kantisme. Sûrement le signe que le libéralisme a gagné, au sein même de la gauche dite « antilibérale ». On retiendra surtout de lui qu’il a su comprendre avant tout le monde que la libéralisation des mœurs prônée par la bourgeoisie n’est autre que la liberté de produire et de consommer, et donc de n’être qu’une simple variable d’ajustement au sein du nouveau capitalisme de séduction.

Boîte noire

Patriotisme : Jaurès et Che Guevara étaient-ils fascistes ?

Texte publié le 26 février sur RAGEMAG 

Concept souvent malmené, la patrie n’est pas toujours en odeur de sainteté à gauche. Accusé d’être un concept bourgeois qui divise les prolétaires ou renvoyant aux heures les plus sombres de notre histoire, le patriotisme est accablé de tous les maux. Entre les attaques de Marx & Engels dans Le Manifeste du Parti Communiste et le tristement célèbre « Travail, Famille, Patrie » pétainiste, on arrive aisément à comprendre d’où vient le malaise. Pourtant, Robespierre, Jaurès, Che Guevara, Lumumba, Orwell, Sankara : autant de grands hommes de gauche qui n’ont jamais hésité à se définir comme patriotes.

Rappelez-vous 1792, quand les troupes françaises repoussaient les Prussiens en scandant « Vive la nation ! » .  La République naissait, le patriotisme avec. Défendre la patrie, c’était défendre un espace politique commun au nom de l’égalité et de la liberté de tous. Le lien du sang disparaissait et laissait place à un lien moral et social. Un nouveau concept émergeait à mi-chemin entre Du Contrat Social de Rousseau et La Théorie des climats de Montesquieu. Être patriote c’était surtout être républicain, universaliste, mais aussi internationaliste. Jusqu’à la IIIe République, protéger la patrie c’était protéger le peuple en commençant par sa base : le prolétariat. Mais le concept ne s’est pas arrêté à nos frontières hexagonales, puisqu’il a progressivement été repris aux quatre coins du monde par des révolutionnaires, notamment tiers-mondistes et anticolonialistes.

Entre patriotisme et internationalisme

L’histoire a commencé avec le plus célèbre des révolutionnaires et son bras-droit : Robespierre et Saint-Just. Toutes leurs actions n’ont été dictées que par l’amour du peuple. Celui que l’on surnommait l’Archange de la Révolution déclara même : « Un patriote est celui qui soutient la République en masse ; quiconque la combat en détail est un traître. » Cette donnée ne doit pas masquer qu’ils ont aussi été précurseurs de l’internationalisme socialiste. Ainsi, la version de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen que l’Incorruptible a proposée aux Jacobins le 23 avril 1793 disait dans l’article 35 : « Les hommes de tous les pays sont frères, et les différents peuples doivent s’entraider selon leur pouvoir comme les citoyens du même État. » Cette articulation entre patriotisme et internationalisme a existé très longtemps au sein de la gauche française. C’est ce qui a poussé Jaurès dans L’Armée nouvelle en 1911 à écrire notamment : « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène », tandis que Clémenceau durant la Première Guerre mondiale appelle à un patriotisme intraitable dans le journal L’Homme enchaîné. Même si cette position s’est marginalisée à gauche, il existe encore des gens comme Régis Debray – ex-compagnon de route du Che – capable de s’en réclamer en se définissant par exemple comme « gaulliste d’extrême gauche ». De plus, un Mélenchon qui à chaque meeting chante La Marseillaise devant le drapeau tricolore ne peut-il pas être qualifié de patriote ? Au sein du socialisme, ce sentiment a réussi à dépasser nos frontières avec, par exemple, George Orwell qui parlait de « patriotisme révolutionnaire » tout en étant capable d’affronter le fascisme arme à la main en Espagne. Mais c’est surtout dans le Tiers-Monde que cette posture trouve le meilleur écho.

« Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène. » Jean Jaurès

 

Le patriotisme libérateur du Tiers-Monde

Qui d’autre qu’Ernesto Che Guevara symbolise le mieux l’internationalisme socialiste ? Argentin de naissance, rappelons que son principal fait d’armes est sa participation à la Révolution cubaine. Une fois fait citoyen cubain, c’est au Zaïre aux côtés de Patrice Lumumba qu’il ira lutter avant de mourir dans les maquis boliviens. Cependant, beaucoup ignorent encore qu’il signait toutes ses lettres par la devise castriste : « Patria o muerte. Venceremos » (en français : « la patrie ou la mort, nous vaincrons ») . En 1967, le Che écrivît Message à la Tricontinentale dans lequel il parle de son projet de « grande patrie » pour l’Amérique latine. Cette idéologie fut plus tard celle du révolutionnaire burkinabé Thomas Sankara qui ira jusqu’à faire du slogan « la patrie ou la mort, nous vaincrons » la devise de son pays. Évidemment, le patriotisme n’est pas que le fait de Castro, Guevara et Sankara, mais c’est un sentiment libérateur pour l’ensemble du Tiers-Monde. C’est lui qui a guidé tous les grands mouvements de décolonisation dont Lumumba avec ses appels à « l’unité nationale » est l’un des plus illustres symboles. Même hors de la décolonisation, le patriotisme est puissant chez les différents mouvements socialistes dont l’ex-président égyptien Nasser est un leader. Actuellement, c’est le président Chávez qui représente le mieux cette tendance. Admiré par une grande partie de la gauche radicale d’aujourd’hui, le vénézuélien n’hésite pas à paraphraser de Gaulle pour expliquer que son souci est la grandeur de son pays. Donc, à moins d’imaginer que Jaurès et Robespierre n’étaient que des précurseurs du fascisme et que le Che ou Chávez en sont les successeurs, il n’y a aucune raison pour que le patriotisme soit un gros mot à gauche.

« La patrie ou la mort, nous vaincrons. » Che Guevara

« La nation, c’est le seul bien des pauvres » aurait dit Jaurès. Difficile de ne pas le croire. Le prolétariat n’a rien d’autre à revendiquer que le lieu où il vit et les gens qui l’entourent. Il n’a pas les moyens financiers de la bourgeoisie pour passer son temps entre voyages touristiques, étudiants ou professionnels. Il ne peut compter que sur l’État pour le protéger. Et cette donnée est vraie et universelle. Être patriote c’est vouloir d’abord protéger les plus faibles et revendiquer l’égalité. Il ne faut absolument pas confondre ce sentiment inclusif avec le nationalisme qui n’est qu’une de ses perversions comme l’amour-propre exclusif est une perversion de l’amour de soi chez Rousseau. Il préfigure l’internationalisme comme l’amour de soi préfigure l’amour des autres, toujours chez le même auteur. C’est par le respect des autres peuples et leur reconnaissance à pouvoir disposer d’eux-mêmes qu’on se sent concerné par leurs sorts et impliqué dans leurs destinées. Abandonner ce thème à l’extrême-droite, c’est la laisser se poser en seule protectrice des pauvres alors que l’on sait pertinemment qu’elle ne peut fondamentalement pas l’être. Malheureusement, chez trop de « gauchistes » – au sens péjoratif du terme – cette posture juste et égalitaire est assimilée à des relents de fascisme.

Boîte noire

L’Europe doit-elle devenir sankariste ?

Texte publié sur RAGEMAG 1 février 2012

Et si notre modèle salutaire venait du Tiers-Monde ? Dans notre vieille Europe donneuse de leçons, cette idée paraît inconcevable. Comment, nous, phare de l’humanité depuis des siècles pourrions-nous recevoir de leçons ? Et pourtant, il n’est pas si idiot de penser que nous puissions trouver les solutions à nos problèmes en réécoutant celui que l’on surnomme « le Che Guevara africain ».

 

Activiste politique burkinabé depuis la fin des années 1970, Thomas Sankara accède au pouvoir le 4 août 1983. Président du Conseil National de la Révolution de la Haute-Volta, il s’efforce de remettre son pays sur le droit chemin. La Haute-Volta devient le Burkina Faso ou « Pays des Hommes intègres ». La lutte contre la corruption est un impératif. Nous pouvons aussi ajouter au programme : anti-impérialisme, alphabétisation, redressement économique et productif, réformes sociales. L’Homme devient rapidement une figure populaire en Afrique et dans tout le Tiers-Monde. La romance entre le leader et son peuple a duré un peu plus de 4 ans. Car, le 15 octobre 1987, Sankara est trahi par son bras droit, Blaise Compaoré. Le Président est assassiné avec les complicités présumées de Mitterrand, Chirac et Kadhafi. L’histoire pourrait s’arrêter là, si les opinions politiques du révolutionnaire burkinabé ne restaient pas autant d’actualité. Pire : quand nous voyons comment notre Union Européenne marche sur la tête, il est temps de se demander si une forte dose de sankarisme ne pourrait pas nous sauver…

 « Nous préférons un pas avec le peuple que 10 pas sans le peuple » : un exemple pour la construction européenne ?

« Nous préférons dix pas sans le peuple qu’un avec » pourrait parfaitement remplacer la devise actuelle de l’Union Européenne, In varietate concordia (« Unis dans la diversité »). La construction européenne est devenue un dogme en lui-même. Seule compte l’intégration, peu importe l’avis des peuples européens. Les exemples récents sont nombreux. Nous nous rappelons tous du traité constitutionnel de Rome de 2004 et du référendum français. Par contre, nous oublions vite que le référendum était plus l’exception que la règle : sur les 25 pays concernés, 15 avaient choisi de bâillonner leurs citoyens en passant directement par la voie parlementaire. Qui connaît l’importance juridique de ce traité ne peut y voir qu’un déni de démocratie. Alors que le double « non » franco-hollandais aurait dû enterrer à jamais ce traité, nos dirigeants ont la bonne idée de nous le refourguer en 2008 sous le nom de traité modificatif de Lisbonne. Cette fois, seuls les Irlandais ont leur mot à dire et les 24 autres peuples européens se font tout simplement entuber. Rebelote avec le TSCG de 2012 qui touche à la souveraineté des états européens sans que personne n’ait le droit de se prononcer. Sans oublier le gentil mensonge de François Hollande qui avait promis de le renégocier en cas d’élection. À chaque fois, un seul et même argument est avancé : l’Europe doit aller de l’avant et les peuples européens ne doivent surtout pas enrayer le mouvement. Nos dirigeants se méfient des citoyens comme de la peste et les méprisent, considérant qu’ils sont trop bêtes pour savoir ce qui est bon pour eux. Mais, comme l’a si justement dit Sankara : « Malheur à ceux qui bâillonnent. » C’est pour cela qu’il a décidé d’impliquer le peuple aux décisions du pays, celui-ci ayant la capacité d’infléchir la politique nationale. Car, comme l’expliquait le leader, une politique qui se met en place en faisant taire une partie des citoyens est illégitime. En réalité, nous pouvons le dire, Sankara n’agissait que pour le bien de son peuple… Europe, entends-tu ?

« Le plus important, je crois, c’est d’avoir amené le peuple à avoir confiance en lui-même, à comprendre que, finalement, il peut s’asseoir et écrire son développement. »

Dette, patriotisme économique, écologie : et si Sankara était le modèle à suivre ?

Sankara, c’est aussi de grandes réformes économiques. Son principal fait d’armes se porte sur la dette. Le 29 juillet 1987 à Addis Abeba, devant l’Organisation de l’Unité Africaine, le Président burkinabé prononce un discours marquant sur le sujet. Il explique comment il compte ne pas rembourser la dette de son pays, jugée illégitime car contractée à cause de la colonisation. Sauf que la situation budgétaire, même hors du remboursement de la dette, est calamiteuse. Les recettes fiscales sont très faibles et les salaires des fonctionnaires phagocytent presque tout le budget (70%). Dans ces conditions, il semble impossible d’investir pour l’éducation, les services publics ou l’économie. C’est ainsi que le révolutionnaire entame toute une série de réformes fiscales. La bourgeoisie voltaïque est mise à contribution. Sankara et ses ministres roulent en R5 toutes pourries et prennent l’avion comme tout le monde. Les dépenses de fonctionnement sont assainies et redirigées vers l’investissement. Les salaires dans la fonction publique diminuent de 5 à 12%. Par contre, la gratuité des loyers est décrétée. Il s’agit pour le pays de s’en sortir par lui-même, sans aide extérieure. Le patriotisme économique est donc exalté et le protectionnisme renforcé. Le leader refuse aussi les aides alimentaires étrangères et préfère développer l’agriculture locale grâce à une réforme agraire qui répartit mieux les terres et prépare l’arrivée de l’engrais dans les techniques de culture. La production de coton locale est aussi relancée et la mode du vêtement traditionnel burkinabé est lancée par le biais des fonctionnaires qui sont obligés de le porter. À l’heure où tout le monde s’en fout, la question de l’écologie est intégrée par Sankara, lequel veut faire de l’agro-écologie une politique nationale. Celle-ci a plusieurs objectifs : la souveraineté alimentaire, la revalorisation de la vie paysanne et de l’agriculture familiale, l‘adaptation à la croissance démographique et aux effets du changement climatique et enfin, la sauvegarde de l’environnement et des ressources naturelles. Tant de positions qui pourraient bien inspirer notre Vieux Continent agonisant.

« La patrie ou la mort, nous vaincrons ! »

Tandis que l’Europe a choisi de mépriser le peuple et de kidnapper la démocratie, il y a 25 ans Sankara a fait le choix de s’appuyer dessus. Alors que l’Europe est au bord du désastre budgétaire, il y a 25 ans Sankara a su réfléchir au problème d’un point de vue moral et pragmatique et agir contre. À l’heure du déclin industriel européen et de la phobie mondialiste, il y a 25 ans, Sankara a utilisé le patriotisme économique pour relancer l’économie locale et a évoqué l’idée du protectionnisme africain (rappelant le protectionnisme européen agité par Emmanuel Todd ou Jacques Sapir). Au moment de l’impasse écologique, il y a 25 ans Sankara a saisi le problème à bras le corps. À quand une même prise de conscience en Europe ?

 Boîte Noire

  • Pour en savoir plus sur Sankara, c’est par  ;
  • Pour un protectionnisme européen, c’est par ici ;
  • On doit vraiment rembourser cette satanée dette ?
  • Les rappeurs aiment bien Sankara.

L.E.C.K. : « Vu que je sors du lot aujourd’hui, ça veut dire que j’avais les épaules »

Interview publiée le 25 janvier sur Sound Cultur’ALL

LeckL.E.C.K. appartient à la nouvelle génération qui monte dans le rap game. Après plusieurs featurings remarqués avec Sniper ou La Fouine, c’est par la Booska Tape sortie l’an dernier que le grand public le découvre vraiment. A force de freestyles et d’apparitions, le buzz commence à monter et le rappeur originaire de Vitry devient l’une des valeurs montantes du rap street aux côtés de Niro ou Sadek. Après une première session d’écoute dans les locaux  Believe, votre Impertinent préféré l’a rencontré seconde fois pour recueillir ses impressions à la sortie de son premier album.

Sound Cultur’ALL : Présente-toi !

L.E.C.K. : L.E.C.K. qui vient de « leck » dialecte sénégalais qui veut dire « guerrier ». Plus de 10 ans dans le rap et lyriciste avant tout. Mon premier album vient de sortir.

SC : T’es un mec du 9.4. le fait qu’il existe une grosse école là-bas t’as aidé ?

L : Oui et non, parce que ça veut dire qu’il y a peu de place. Mais, vu que je sors du lot aujourd’hui, Dieu merci, ça veut dire que j’avais les épaules.

SC : Quels artistes t’ont inspiré dans ta vie ?

L : Il y en a pleins, français comme cainris et même du reggae jamaïcains. Je pourrais te citer Jazmine Sullivan, Vybz Kartel, 113, Kery, Lino, Le Rat, … Un peu comme tout le monde en fait.

SC : Le rap ça t’a pris comment ?

L : J’étais jeune, mon grand frère kickait dessus et j’ai pris le flambeau vers 13 ans. C’est dans le sang et c’est tout.

SC : Et d’autres artistes qui t’ont donné envie d’écrire ?

L : C’est vraiment mon frère.

SC : Ton premier album est sorti lundi (n.d.l.r. lundi 14 janvier), tu peux nous en dire plus dessus ?
L : C’est mon premier bébé qui vient de naître. On a peu dormi, mais, on est heureux. C’est un rêve qui se réalise pour moi.

SC : Premier album assez varié niveau thèmes et musicalités …

L : Oui, c’est un melting-pot, une grande peinture multicolore. C’est parfois à des extrêmes différents, mais qui à la limite se rejoignent sur la toile.

SC : On t’a surtout connu avec la Booska Tape l’an dernier ? Ca fait quoi de venir de cette génération ?

L : Au début, t’es obligé d’être affilié à quelque chose. Mais, ce n’est pas forcément la chose que j’aime mettre en avant. Aujourd’hui, j’arrive tout seul avec mes couilles, c’est un autre délire, un autre challenge.

C’est mon premier bébé qui vient de naître. On a peu dormi, mais, on est heureux. C’est un rêve qui se réalise pour moi.
SC : Arriver dans l’industrie du disque à l’heure actuelle, ça ne t’effraie pas un peu ?

: Non. C’est la crise, mais ça fait longtemps que ça dure. On est déjà préparé, on ne s’attend pas à grand-chose. Mais, maintenant, Dieu merci, il y a un très bon démarrage. J’espère que ça va continuer, on va se battre pour.

SC : Et t’écoutes quels artistes actuellement ?

L : Moi (rires) ! Je ne vais pas te mentir, je m’écoute déjà parce qu’il faut que j’apprenne mes textes. Et sinon, je suis ce que fais Kery. Sinon toujours ma petite matrice avec Jazmine Sullivan.

SC : J’imagine donc qu’une tournée arrive ?

L : oui, il y a d’abord un concert qui arrive bientôt, le 22 à la Boule Noire. Il est déjà complet. On va enquiller une autre date derrière, parce qu’on est des « show-man ». Il y a beaucoup de dates dont le 25, je serai à Avignon et le 1er à Toulon. Et, il y en aura d’autres.

SC : T’as rencontré comment tes beatmakers ?

L : C’est mon éditrice qui m’a fait écouter beaucoup d’instrus. Dès que l’un me plaisait, j’écrivais dessus.  Je n’ai pas fait comme les cainris, genre faire 100 000 morceaux et pré-choisir. J’ai choisi en amont.

SC : Sur ton premier album, il y a eu peu de featurings, pourquoi ?

L : C’était voulu. Je le voulais personnel. Et, je suis aussi directeur artistique de mon label, j’ai donc choisi de mettre Mansly en avant, c’est un jeune performeur, un vrai talent brut. Awa Imani, je voulais travailler avec elle depuis longtemps et qui est devenue mon amie. On a donc fait un morceau ensemble, tant mieux.

SC : Et comment s’est passée cette connexion avec Mister V ?

L : Je l’ai rencontré par rapport à mon éditrice qui est aussi sa manageuse. On n’a pas besoin d’aller plus loin. Elle m’a proposé une collaboration, j’ai regardé ses podcasts, j’ai vu qu’il buzzait bien et qu’on est de la même génération. On s’est tapé un délire ensemble.

SC : Il y a peut-être une proximité entre les nouveaux rappeurs et les nouveaux web-humoristes ?

L : C’est exactement ça. Moi, je suis très proche d’Abdelkrim et Ahmed Sylla. Ce sont tous les deux mes potos. C’est la famille. Mister V, c’est aussi devenu un poto. On est de la même génération, on pense pareil, donc c’est normal.

SC : Et t’es arrivé comment chez Believe ?

L : Ce sont eux qui sont venus vers moi. Ils étaient intéressés par moi et tant mieux. Ils m’aident à me développer, le duo fonctionne. Le trio même, vu qu’il y a M6 aussi dans l’affaire.

SC : Un dernier mot pour la fin ?

L : Ce n’est que le début !

 

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Marion Maréchal-Le Pen, la droite populaire et le retour de la contre-révolution

Texte publié le 18 janvier sur RAGEMAG

Oyez oyez braves gens ! En ce 16 janvier 2013, Marion Maréchal-Le Pen, plus jeune députée de l’Histoire de notre Vème République, nous a proposé une grande proposition de loi. Alors que tout le monde croyait les deux députés du FN –pardon, il faut dire « Rassemblement Bleu Marine » – bien isolés, notre chère Marion a réussi à trouver du soutien auprès de plusieurs députés UMP, dont Lionnel Luca, chef de file de la Droite Populaire. Bref, nous avions de quoi nous attendre au pire… Et bien c’est encore pire que ça.

Nous connaissions la demoiselle étudiante en droit, nous la découvrons apprentie historienne. Car, oui, c’est bien à notre histoire que la jeune Le Pen et ses nouveaux amis de la Droite Populaire ont décidé de s’attaquer. Au premier abord, nous sommes contents de voir le RBM capable de proposer autre chose que des lois fumeuses sur la préférence nationale, qui au passage ont déjà montré leurs limites durant les années 1930. Puis, apparaît le titre : « reconnaissance du génocide vendéen de 1793-1794 » et nous ne savons trop quoi faire entre rire ou pleurer. Et pour finir, nous lisons le texte en lui-même et là, nous sommes consternés. Le nouveau cheval de bataille de l’extrême-droite est donc de pourfendre la Révolution française, en surfant sur un très mauvais reportage diffusé l’an dernier sur France 3 ? Nous pourrions tomber dans la facilité et balancer simplement un « laissons l’Histoire aux historiens », mais comme chez Ragemag nous n’avons rien contre les choses compliquées, nous avons décidé d’attaquer le texte de front.

Une loi mémorielle stupide et idéologique

Il est d’abord fâcheux de constater que le FN, qui parle constamment de « sujets importants » pour la France, ne trouve rien de mieux à faire pour cette dernière que d’attaquer son Histoire dans ce qu’elle a de plus belle. Ensuite, il est amusant de remarquer que le FN et l’UMP sont traditionnellement les premiers à s’insurger dès qu’il s’agit de tomber dans le mémoriel, l’excuse ou la repentance. Il suffit d’un petit discours de rien du tout de notre Président, en Algérie, pour que tatie Le Pen nous parle déjà d’abaissement de la France et que la Droite Pop’ monte au créneau. Et là, les voilà qui décident de faire une loi mémorielle. Alors pourquoi le FN, et quelques histrions de l’aile droite de l’UMP, ont décidé de faire ce qu’ils sont en général si enclins à dénoncer ? Tout ceci est simplement idéologique. Depuis toujours, la droite réactionnaire hisse le peuple vendéen en héros qui s’est battu pour la Monarchie et contre la République. Nous ne remettons pas en cause le courage de ces ennemis de la révolution. Il faut reconnaître qu’ils ont eu l’honneur de mourrir pour leur idées, même si elles sont opposées aux nôtres.  Mais, est-ce que quelque chose justifierait l’adoption de cette loi ?

Une guerre civile, mais pas un génocide

D’après l’article 211-1 du Code Pénal, un génocide est « défini comme le fait, en exécution d’un plan concerté tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux, ou d’un groupe déterminé à partir de tout critère arbitraire». Que s’est-il réellement passé en Vendée durant la Révolution française ? Octobre 1791, les Girondins, alors majoritaires à l’Assemblée, décident de déclarer la guerre à la Prusse et à l’Autriche. Si officiellement, il s’agit de défendre la Nation menacée, officieusement, il s’agit de sauver l’Assignat au bord de la faillite. Et c’est pour cela que dès le départ, Robespierre s’oppose à cette guerre… En vain. La Monarchie définitivement abolie, la République naissante est embourbée dans les guerres et décide ce que l’on appelle « la levée des masses. » Des hommes entre 18 et 25 ans sont enrôlés par tirage au sort dans tous les départements afin de repousser l’ennemi hors des frontières. Les Vendéens prennent cette action républicaine pour une ingérence. S’ensuit une guerre civile opposant la République et les « contre-révolutionnaires ». Couplée aux guerres extérieures, elle débouche sur la (re)mise en place du Tribunal révolutionnaire par Danton le 10 mars 1793, qui mène au Gouvernement de la Terreur. Ne soyons pas manichéens : on décompte 200 000 morts – chiffre contesté par ailleurs – du côté insurrectionnel en 3 ans. La répression est terrible. Mais, il s’agît bien d’une guerre civile et non d’un génocide, car il n’y a jamais eu aucun projet d’extermination du peuple de Vendée.  D’où vient donc cette affreuse rumeur ? Elle est d’abord le fait de Gracchus Babeuf et de son pamphlet Du système de dépopulation ou La vie et les crimes de Carrier (cité dans le projet de loi de Marion) contre Carrier, leader des massacres vendéens (notamment des noyades de Nantes), et Robespierre. A l’époque, Babeuf est engagé contre l’Incorruptible qu’il voit comme un tyran. Il faut noter que par la suite, le picard changea d’avis, déclarant : « Je confesse aujourd’hui de bonne foi que je m’en veux d’avoir autrefois vu en noir, et le gouvernement révolutionnaire et Robespierre et Saint-Just. Je crois que ces hommes valaient mieux à eux seuls que tous les révolutionnaires ensemble. » Il n’existe sinon aucune autre source pouvant attester d’un quelconque génocide. Le fameux Le génocide franco-français : la Vendée Vengée de Reynald Secher s’appuie principalement sur les écrits de Babeuf et des hypothèses sans fondements. Pour résumer, il y a une guerre civile, mais aucun génocide. Affirmer ceci et vouloir voter cette loi est une attaque contre la Révolution et, donc, la République, mais surtout contre l’Histoire elle-même.

 « Je confesse aujourd’hui de bonne foi que je m’en veux d’avoir autrefois vu en noir, et le gouvernement révolutionnaire et Robespierre et Saint-Just. Je crois que ces hommes valaient mieux à eux seuls que tous les révolutionnaires ensembles. » Babeuf

« La Révolution est un bloc », Clémenceau

Lors d’un discours à la Chambre des députés le 29 janvier 1891 Georges Clémenceau défend la Révolution, les révolutionnaires et notamment Robespierre et ses partisans. Victorien Sardou décide de censurer une pièce intitulée Thermidor dans le seul but de défendre Danton et d’attaquer la Convention robespierriste. Dans un discours exceptionnel comme peu d’autres savent les faire, Le Tigre explique que nous ne pouvons pas dissocier les bons des mauvais révolutionnaires : la Révolution est un tout qui a permis l’émergence des valeurs républicaines. La Première Révolution anglaise ne s’est pas non plus déroulée dans la joie et la bonne humeur, mais elle a aussi fait verser des litres de sang et de sanglots. Est-ce que les Anglais en sont encore à discuter des hypothétiques crimes d’Oliver Cromwell ? Donc non, il ne faut rien jeter dans la Révolution, mais tout absorber. Car, cette dernière est le parfait reflet de la France belle et rebelle que nous aimons. Elle fut loin d’atteindre la perfection, mais comme l’a dit  Saint-Just : « Les révolutions marchent de faiblesse en audace et de crime en vertu. » Ainsi, elles font partie intégrante de notre histoire, donc nous les assumons.

« Les révolutions marchent de faiblesse en audace et de crime en vertu ». Saint-Just

Par-delà la méprise historique, c’est bien une certaine vision de l’Histoire que l’extrême-droite et la droite réactionnaire ont décidé d’essayer de nous imposer. Malgré les efforts de Marine Le Pen pour se parer d’un vernis républicain, nous comprenons ainsi que le FN est loin de s’être débarrassé de son anti-républicanisme et de ses valeurs contre-révolutionnaires. Mais le plus grave est de voir une partie de la droite dite « républicaine » tomber dans ce genre de dérives réactionnaires. Alors que la France prend l’eau de toute part, que François Hollande se sert du sociétal comme écran de fumée pour cacher son impuissance dans le domaine social, l’extrême-droite se perd en fumeuses conjectures historiques. Pire, le parti se prétendant le défenseur de la Nation s’attaque justement au fondement moderne de cette Nation, à savoir la Révolution Française.

Boîte noire :

 

Les Inrocks : Michéa pour les nuls

Texte publié le 2 janvier 2013 

Depuis plus de trente ans, la gauche semble être en état de mort cérébrale. Quand la gauche libérale gouvernementale a sciemment décidé d’abandonner la lutte des classes au profit d’une instrumentalisation du communautarisme (lutte des races), la gauche antilibérale a du mal à réactualiser sa pensée. Depuis son accession au pouvoir, le Parti Socialiste prouve plus que jamais l’exactitude de ce constat. Une fois cet état de fait posé, il convient d’y trouver une solution. C’est ce qu’a tenté de faire Jean-Marie Durand des Inrocks, dans un article qui aurait pu être intéressant s’il n’était pas rempli d’amalgames, d’inexactitudes et autres inepties.

Partant du bon constat, l’article oppose sommairement deux gauches. D’un côté, la gauche bien-pensante, et de l’autre côté, la Gauche populaire. La seconde serait née des travaux de Laurent Bouvet, Christophe Guilluy ou Jean-Claude Michéa. Et là, l’article dérape : son auteur ne connaît visiblement ni la Gauche Populaire, ni Jean-Claude Michéa.

Où l’amateurisme le dispute au manichéisme

Au départ, la Gauche populaire, ce sont plusieurs chercheurs en sciences-sociales et essayistes, réunis à l’Observatoire de la Social-Démocratie, une structure de la fondation Jean Jaurès. Mais, c’est surtout une prise de conscience à la suite d’un rapport de Terra Nova intitulé « Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ? », qui invitait le PS à recentrer son électorat sur les minorités (banlieues, femmes, homosexuels). La Gauche pop’ est donc née de la volonté de ne pas abandonner l’électorat populaire.

La pensée de Jean-Claude Michéa, quant à elle, s’articule autour du refus du compromis entre les socialistes et les progressistes (« la gauche ») durant l’Affaire Dreyfus. Le philosophe défend donc une ligne antilibérale authentique. Les deux courants peuvent se recouper, il est vrai. Quand la Gauche populaire fait de la lutte anti-communautariste son cheval de bataille, cette lutte-là se retrouve aussi dans le « michéisme » comme conséquence de l’antilibéralisme. Les différences sont pourtant réelles, à la portée d’un coup de fil, pour tout journaliste consciencieux… Michéa, antilibéral, est anti-productiviste remet en cause le « dogme de la croissance », quand la Gauche pop’, elle, n’a rien développé sur ce plan, tant sont diverses les opinions qui s’y expriment à ce sujet. Dans tous les cas, la Gauche populaire étant originellement un mouvement situé dans l’orbite du PS, elle est bien loin donc de l’anarchisme anticapitaliste du philosophe montpelliérain. Certes, Laurent Bouvet, comme Jean-Claude Michéa, a sans aucun doute plus d’affection pour l’œuvre de George Orwell que pour les notes de Terra Nova. Pour autant, le second n’est aucunement affilié au collectif co-fondé par le premier. Outre cette erreur grossière, l’auteur développe une vision simpliste qui questionne le lecteur : fumisterie ou enfumage ?

La Gauche pop, parlons-en

Les travaux de Laurent Bouvet n’ont que peu de rapport avec la caricature gribouillée dans l’article. Le politologue tente de comprendre comment l’électorat populaire périurbain s’est détourné durablement des socialistes pour se tourner vers le Front National. Il se penche donc sur les raisons qui ont poussé les couches populaires à considérer la mondialisation, la construction européenne et l’immigration comme des menaces. C’est là qu’apparaît la notion « d’insécurité culturelle ». Contrairement aux dires de l’auteur – qui, vraiment, gagnerait à se renseigner avant d’écrire tout et n’importe quoi – l’insécurité culturelle n’est pas une notion vague. L’insécurité culturelle est la façon dont un certain électorat populaire perçoit la dégradation de sa situation sociale et de son mode de vie. En découle une défiance vis-à-vis des élites dans un premier temps, puis à l’égard des « autres ». Le but que s’est fixé la Gauche pop’ est de lutter contre ce sentiment et de ramener vers lui un électorat qui n’aurait jamais dû partir vers le FN. La Gauche populaire n’est donc pas une espèce de gauche xénophobe et FNisante (!).

Pourtant, la plus grossière erreur commise par le journaliste consiste sans doute à conserver une grille de lecture commune à Patrick Buisson et à feu Olivier Ferrand : jouer peuple contre peuple, identité terroir contre identité immigrée.

Unir tout l’électorat populaire

Certes, depuis 1983 le Parti Socialiste a peu à peu abandonné le peuple au profit de catégories sociétales. Dans ce climat de terreur intellectuelle, toute personne critiquant le communautarisme de gauche se voit renvoyer à l’extrême droite. Terra Nova d’un côté, Jean-François Copé ou Marine Le Pen de l’autre, au milieu, autour, devant, derrière : rien.

Le socialisme (« la gauche ») doit effectivement se reconstituer une majorité populaire. Pour se faire, il va devoir réunir ces composantes essentielles. Une vraie politique socialiste conduirait donc à faire se souvenir au peuple, par delà les origines, le sexe et autres particularités, qu’il ne fait qu’un, que sa détresse est partagée, pour sortir du piège tendu par la droite de la droite qui instrumentalise l’insécurité culturelle. Unir l’ouvrier périurbain ou rural et le banlieusard en leur faisant comprendre qu’ils sont les exclus d’un même système. Le socialisme doit dissiper la brume des luttes horizontales pour faire ressurgir les luttes verticales, seules véritables émancipatrices.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, des transformations immenses ont brouillées la conception marxiste de la lutte politique, faisant voler en éclat dans les représentations collectives, le face à face (grandement fantasmé) prolétariat/bourgeoisie. Aujourd’hui, le peuple est fragmenté comme jamais et la tâche de la gauche sera de réunir à nouveau. Une fois cette tâche réussie, les socialistes pourront entamée la seule guerre qui mérite d’être menée selon Robespierre : celle du Peuple contre les tyrans.

Boîte noire

Miss France trop blanche ou le CRAN trop bête ?

Texte publié initialement le 23 décembre 2012 sur RAGEMAG 

Samedi 8 décembre, 20h50. Des millions de téléspectateurs ont les yeux rivés sur TF1. Qui sera élue Miss France 2013 ? La question les obsède. Mais ils ne se doutent pas qu’une association communautaire a décidé d’utiliser l’évènement à des fins malsaines. Il s’agit du CRAN qui, certainement à cours de combats sérieux à mener, a décidé de taxer Miss France de Miss blanche. Les accusations fusent contre le concours : communautaire, discriminant, raciste. Il devrait même être rebaptisé « Miss White France ». Les accusations sont-elles fondées, ou a-t-on juste droit à un délire communautaire de plus ?

Pour ceux qui ne connaissent pas, le CRAN est le Conseil Représentatif des Associations Noires. Sorte d’équivalent noir du CRIF, cette association entend combattre les discriminations. C’est dans cet objectif que Louis-George Tin, son actuel président, et Fred Royer, créateur de prix inutiles, dont Miss Black France, ont courageusement écrit dans les colonnes de Slate France la tribune puante dont sont extraits les passages suivants :

« Dans le monde désuet, voire parallèle, de Miss France, les Noirs ne peuvent apparemment venir que des départements tellement exotiques d’Outre-Mer (restant ainsi tenus bien à l’écart des frontières de notre hexagone) : Miss Martinique, Miss Guyane, Miss Réunion, Miss Mayotte… Quant aux Français originaires du Maghreb, ils étaient « représentés » par une seule candidate, vite éliminée. Peut-être était-elle trop musulmane ? […] Un pareil manque de représentativité de la population française contemporaine lors d’un tel événement est grave, évidemment. Il s’agit d’une véritable négation de l’existence des Français d’origine africaine, qui disparaissent le temps d’une soirée de notre territoire. L’image renvoyée à l’ensemble des spectateurs en est totalement distordue. Quant aux populations concernées, elles doivent ressentir une étrange impression d’invisibilité… Lors de sa première édition, en avril 2012, d’aucuns avaient osé taxer l’élection Miss Black France de « communautariste ». Mais bien sûr, lorsque le communautarisme est le fait de la communauté dominante, ce n’est plus du communautarisme, c’est naturel : Miss White France peut ainsi se dérouler sans que personne n’y trouve à redire. »

Est-ce ainsi que nos preux chevaliers ont décidé de défendre la cause des noirs de France et de Navarre ? Il semblerait…

Tordons le cou à quelques contre-vérités

On a d’abord envie de sourire, en songeant que, depuis 2000, quatre Miss France furent noires ou métisses : Sonia RollandCorinne ComanChloé Mortaud et Cindy Fabre. Quatre lauréates sur 13 éditions, soit presque 33% de victoires – rappelons au passage que le CRAN estime que 12% des français sont noirs ou arabes. Parmi les quatre gagnantes, seule Corinne Corman était issue d’un département d’Outre-Mer (Guadeloupe), les trois autres habitant des départements métropolitains (Bourgogne, Normandie et Midi-Pyrénées).

On se remémore alors le concours Miss Black France. Lors de son lancement, en avril dernier, Frédéric Royer, son créateur, avait été jusqu’à déclarer qu’il était ouvert aux blanches et aux autres communautés. Vous imaginez, une blanche qui se ferait élire « Miss Black France » !… Et pourquoi pas un homme auréolé du titre de « Miss France » ? Non content de favoriser le communautarisme racial, Royer nous prenait pour des cons. D’autant que le type est du genre à monter au créneau quand quelqu’un déclare publiquement qu’il y a trop de noirs en équipe de France de football.

Puis on plaisante, en avançant que certaines minorités sont injustement exclues des concours de beauté : les handicapées, les obèses ou les naines par exemple. Doit-on s’attendre à une plainte du Conseil Représentatif des Associations Naines ? De personnes de petite taille pardon…

Et les moches… N’ont-elles pas le droit de porter une couronne elles aussi ? Déjà que la nature ne les a pas gâtées, si en plus elles sont discriminées….

Le CRAN ou le Front Noir ?

Enfin, on constate l’irresponsabilité de l’initiative des deux gus. Le CRAN tente, depuis sa création, de nous imposer sa vision communautariste de la société. Il ethnicise tous les sujets, même Miss France… Il est peu dire que Messieurs Tin et Royer tombent dans le piège antiraciste de base. Au lieu de lutter pour que tous les français soient acceptés comme égaux, sans distinction d’origine ou de religion, ils segmentent le peuple en « races » et réclament que celles-ci soient traitées de manière égale. Ils divisent au lieu de rassembler. Le CRAN n’a pas encore le poids du CRIF et c’est tant mieux, sinon notre République indivisible aurait encore plus de soucis à se faire.

En réalité, les identitaires de droite et de gauche sont les deux faces d’une seule et même pièce. De là à penser que le CRAN nourrit le FN et que le FN se nourrit de lui… Une chose est sûre : Tin joue le jeu de Marine Le Pen, mais aussi celui du système, en évitant de parler des sujets qui fâchent, comme l’accès à l’emploi ou au logement – pour les minorités notamment. Tout le monde se fout de la couleur de peau de « Miss France 2012 ». En juin dernier, Patrick Lozès, ex-président de l’association, nous disait : « Il n’y a pas besoin de créer le CRAB (Conseil Représentatif des Associations Blanches), il existe déjà et c’est le FN. » Ce dernier estimait que Marine Le Pen était la première communautaire de France. Moi, je déclare publiquement que Louis-George Tin n’est pas loin de l’être aujourd’hui. Sale époque : la lutte des races a pris le pas sur la lutte des classes.

«  Dans notre perspective il s’agit d’une lutte de classes entre une classe ouvrière prolétarienne massive et la petite classe dominante, minoritaire. Les gens de la classe ouvrière de toutes les couleurs doivent s’unir contre la classe dominante oppressante et exploitante. Alors laissez-moi être à nouveau emphatique – nous croyons que notre lutte est une lutte de classes et non une lutte de races » Bobby Seale (co-fondateur du Black Panther Party)

Boite noire

  • On en parle aussi 
  • Et la polémique se fait jour ici également.

Sëar Lui-Même – Big Punchliner [Chronique]

Texte publié le 20 décembre 2012 sur Sound Cultur’ALL

SearSëar Lui-Même fait partie de ces MC’s qu’on attendaient en cette fin d’année. Doté d’une très bonne technique, le rappeur de L’Or Noir a su se faire particulièrement remarqué ces derniers mois. Pourtant, l’artiste n’est pas un nouveau dans le game. Après plusieurs freestyles sur diverses mixtapes, sa première  grande apparition se fait avec son groupe 1 Bario5 S’pry (qu’il formait avec Loréa) sur le morceau Exercice de Style extrait de Détournement de Son de Fabe, en 1998. Rebelote toujours avec Befa sur le ceau-mor C’est pas Parce que(produit par le regretté DJ Mehdi) sur La Rage de Dire. S’en suit un passage en duo avec F-dy Phenomen sur la compilation Première Classe vol.2, en 2001. Puis, vient le premier maxi solo Sëar Lui-Même/Y’a rien sans rien. Mais le succès n’est pas encore au rendez-vous. Cependant à force de freestyles, d’apparitions ou de scènes, Sëar commence à se faire un nom dans le milieu du rap. Voilà pourquoi, on attendait impatiemment cet opus.

Le disque commence avec le premier extrait éponyme, le bien nommé Big Punchliner. La recette est simple et efficace : un égotrip de 2 minutes et 41 secondes, flow rapide et punchines en pagailles. L’album démarre sous les meilleurs augures. On enchaîne avec Pour mes gars d’Paris qui met aussi en avant les talents de punchliner du MC. Puis, on a droit à un titre engagé : Droit d’Asile. Premiers invité de l’album : Neka, Furax (Inglourious Bastardz), Wojtek et Wira (les Zakariens) sur le très sombreEclipse Lunaire. L’artiste s’essaie ensuite au story telling avec Leçon de Piano où il nous narre l’itinéraire d’un virtuose du piano intello et timide… Je vous laisse découvrir. Mention spéciale pour le refrain chantonné par des enfants. On arrive après à deux featurings d’Amnesty. D’abord sur Attentat, un nouveau story telling dont on devine aisément le thème. Puis sur Présidents réquisitoire à l’encontre de notre Sarkonational et Christoph Blocher ex-Président du Conseil Fédéral suisse. Un titre peut-être un peu manichéen sur certains côté, mais pas moins intéressant pour autant montrant clairement les dérives de nos gouvernants. On a encore droit à une prestation d’Amnesty, mais, cette fois avec Koma (Scred Connexion) en bonus sur la Paix. Puis notre grand punchliner nous sort une suite à son titre éponyme :Big Punchliner 2. Le skeud se conclue avec brio par l’intermédiaire du titre Ecoutes (en Bonus Track) avec des couplets tous aussi bons les uns que les autres de Nekfeu, ADS, Gaiden et Kaot’F.

Excellent flow, punchlines de malade, une excellente écriture, une vraie capacité à aborder différents thèmes, de très bons invités, une ambiance boom-bap entrainante (parfaitement orchestrée par Flev),… Bref, Sëar Lui-Même fait plus que le boulot, plus notre plus grand plaisir.

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Tu sais que tu es fan de Booba quand…

Article publié le 29 novembre 2012 sur Sound Cultur’ALL

booba-futur-album-coverBooba est certainement le boss du rap français. Scruté à chaque sortie, l’Ourson défraie les passions que ça soit en positif ou en négatif. Adulé par certains, maudit par les autres, B2O fait partie des artistes qui ne laissent personne indifférent. Capable du meilleur comme du pire (voire d’encore pire), le MC reste un personnage à part. Dans cette guerre entre les groupies et les haters, toi t’as fait ton choix : t’es un adepte de la B2ologie. Le système tu l’enc*** (sans huile), tu veux du biff, de grosses govas, des biatch, du bling-bling et pouvoir un jour te pavaner avec Rick Ross et Diddy à Miami. Le genre de mecs qui ne manquent jamais à l’appel quand c’est le jour de la paye. Alors, depuis que Futur a été annoncé tu ne tiens plus en place, t’enchaînes les abdos (ouais un corps de rêve ça s’entretient), tu te refais toute la disco depuis Cash Flow et tu as déjà pré-commandé le disque. Bref, si pour toi Booba est ce que Johny Halliday est aux beaufs ou ce que la cocaïne est à Maradona, ce qui suit est pour toi. Si ce n’est pas le cas, rien ne t’empêche de lire quand même.

Tu sais que t’es fan de Booba quand….

  1. T’es un de ces gosses à problèmes qui n’attendent rien du système et t’as grandi dans l’une  des villes les plus riches de France.
  2. Tu t’es mangé une caisse au bac de français… Tu ne comprends pas, t’avais pourtant un excellent prof particulier et t’avais lu Louis-Ferdinand Céline, ou c’est tout comme.
  3. Ça fait 8 ans que tu n’as pas gagné un match de foot avec tes potes… Dur de ne jouer qu’avec des numéro 10 dans sa team.
  4. Les mails, tu ne connais pas, t’es un gars à l’ancienne : t’envoies que des lettres à tes potes.
  5. Faut dire ce qui est, tu n’as jamais eu autant de sympathie pour Diam’s que depuis qu’elle porte le voile. D’ailleurs, on devrait autoriser le niqab  juste pour elle.
  6. T’as fait grec ancien au lycée, mais tu n’as retenu que 3 lettres : Bêta, Omega et Alpha.
  7.  Les textos tu ne connais pas, tu n’envoies que des diamants à ta go.
  8. Pour ressembler à ton idole, tu prends des protéines et soulèves v’là les altères… En vain…
  9. Quentin Tarantino c’est qui ? Ah oui, le type qui a fait un film sur une chanson de ton idole.
  10. Il y a 10 ans, tu boycottais Skyrock, puis c’est devenu ta radio préférée et maintenant tu concentres toute ta haine sur Fred… Toi une girouette ? Non, pas possible !
  11. A chaque fois que ta meuf te dit qu’elle galère pour trouver du taf, tu expliques à cette pétasse qu’elle a qu’à être blonde.
  12. Le bahut ? Tu kiffais pas, t’y allais pas et puis c’est tout !
  13. Dragon Ball Z, Saint SeiyaKen le Survivant… C’est pour les bolosses. Le seul manga digne de ce nom a un ourson pour héros et se déroule sur les flancs du Mont Tallac.
  14. Que Dieu bénisse l’autotune, ce logiciel qui te permet de te prendre pour le nouveau R. KellyMême s’il n’y a que toi qui y crois.
  15. Tu sais que tous les mecs qui ont clashé l’ourson ne sont que des groupies refoulées.
  16. T’as une importante collection de teils de Jack chez toi. Faut dire qu’on peut faire tellement de choses avec.
  17. Tu payes par mois l’équivalent de deux SMIC en excès de vitesse.
  18. T’as une dent contre les flics, les procureurs, les juges et… les chauffeurs de taxi.
  19. Faut un minimum de swag pour être ton kho : les aigles ne volent pas avec les pigeons
  20. De toute façon, au lycée t’as foutu la merde et tu t’es barré. En fait, tu t’es fait virer après avoir voulu marquer ton territoire.
  21. A chaque procès, tu big up ton avocatLes vrais savent !
  22. Avant tu kiffais Rohff… Mais, ça c’était avant.
  23. En soirée tu changes 5 fois de sapes et tu finis toujours abdos à l’air.
  24. Pour toi Médine n’est qu’une pâle copie d’Ali.
  25. Tu considères Nessbeal comme ancien grand espoir du rap français… Hein ? Il a sorti 4 albums solos ?
  26. T’es le seul de ta bande de potes à avoir la chance d’entendre des sons ton rappeur préféré quand tu vas en boite… Alors, ils en disent quoi les fans de Rohff, Sinik, Kery James ou Soprano ?
  27. La chanson la plus vieille que t’écoutes c’est Le Crime Paie : NTM, IAM, Solaar tout ça c’est de l’antiquité !
  28. A t’écouter, ton quartier est plus dangereux que Bagdad et t’as vécu l’apartheid… T’as grandi où ? Ben à Meudon, pourquoi ?
  29. Tu ne calcules pas les autres rappeurs français… Cependant, t’es le seul à savoir qui sont KyzerF.E. et tous les autres wacks qui ont osé test le Météore, sans même qu’il ne les calcule.
  30. T’arrives jamais à pécho. Bizarre, pourtant, t’utilises les mêmes techniques de drague que B2O.
  31. A chaque rumeur annonçant la mort de Booba, t’as d’abord un pincement au cœur… Puis, tu te réjouis en te disant que B2O deviendrait le 2Pac ou le Biggie français… En vain.
  32. T’as jamais trop su qui étaient Willy Denzey ou Sully Sefil.
  33. Pour éviter les bastons, tu feintes à chaque fois d’avoir de nouveaux habits.
  34. T’as jamais pu blairer Mala, mais t’es obligé de t’infliger un de ses couplets à chaque album.
  35. T’utilises le mot « négro » à toutes les sauces et n’importe comment… Pour toi, c’est comme un synonyme du verbe « zlataner ».
  36. Ton film préféré Star Wars est.
  37. En classe, tu ne copiais jamais… Pourtant, t’étais loin d’être le premier de ta classe.
  38. Tu penses que Booba a créé le « French Dirty South »… Hein ? SoFresh Squad ? Rma2n et Diomay ? Jamais entendu parler…
  39. Pour toi Rocé n’est qu’une pâle copie d’Oxmo.
  40. A une époque t’écoutais Sinik, mais tu ne l’avoueras jamais.
  41. Entre les albums, les mixtapes, Bercy, Ünkut,… être fan de Booba a un prix, des fois tu te dis que t’aurais mieux fait d’être fan de Nessbeal, c’est mieux pour le compte en banque.
  42. C’est dommage qu’Ali ait lâché le rap, il faisait un bon faire-valoir à Booba… Hein ? Il a sorti 2 albums solos ?
  43. Tes potes n’ont jamais compris de quelle religion t’étais : juif, musulman, chrétien, athée… On a même avancé bouddhiste. Par contre, on a bien compris que l’argent était ton maitre.
  44. L’amour, le sens de la vie, notre place dans l’Univers… Toutes ces questions métaphysiques n’ont qu’une seule réponse : faut se faire du biff !
  45. Pour toi, dur d’accoster une meuf dans la rue : t’es trop en avance pour lui demander l’heure.

Mai Lan : « Grâce à la musique, j’ai l’impression d’être vraiment comblée aujourd’hui »

Interview publiée le 23 novembre 2012 sur Sound Cultur’ALL

Mai Lan 1Je vous en ai déjà parlé sur Sound Cultur’ALL (notamment lors de la sélection des mois de septembre et octobre), mais Mai Lan est assurément l’une des révélations de la chanson française de cette rentrée. Après un buzz lancé il y a 6 ans sur la B.O. de Sheitan réalisé par son frère Kim Chapiron, la demoiselle a sorti son premier opus le 10 septembre dernier. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le succès, au moins critique, est au rendez-vous. Tous saluent cet « O.V.N.I. musical », pour reprendre les mots de mes confrères (oui, même moi, il m’arrive de suivre la tendance), sachant marier les genres et emprunter à tous les styles. Bref,  Mai Lan, c’est l’éclectisme défendu par Sound Cultur’ALL et c’est pour cela que votre Impertinent préféré a décidé de la rencontrer pour vous. Le rendez-vous est pris avec l’artiste à la Cigale, en coulisse, en marge du festival les Inrocks 2012 pour une entrevue qui sera brève, mais intéressante.

Sound Cultur’ALL : Présente-toi brièvement s’il te plaît :

Mai Lan : Bonjour, je suis Mai Lan, auteur, co-compositrice et interprète.

SC : T’as un style musical très éclectique. Tu peux nous dire quels artistes t’ont inspirée ou t’inspirent encore ?

ML : En fait, la liste est très très longue. Mais, je vais vous en dire quelques-uns que j’ai reconnus. Mais, je pense ne pas les avoir tous reconnus pour le moment. Donc, je dirais Ella Fitzgerald, Shadé, Lauryn Hill, Steven Vega, Kate Bush… Et pleins d’autres, vraiment pleins d’autres choses.

Mai Lan2

SC : On t’a découvert au départ avec Gentiment, Je T’immole. A l’époque, on pensait que c’était simplement un délire. Pensais-tu déjà te lancer réellement dans la musique à l’époque ?

ML : Oui et non. J’en avais déjà très envie, mais, je ne me dirigeais pas vers cette voie. J’étais occupée avec la mode, mais, j’en avais très envie. J’étais déjà intéressée par ça, donc dès que l’opportunité s’est présentée, je me suis lancée dedans.

SC : Et pourquoi avoir mis autant de temps pour revenir après ce morceau ?

ML : Depuis ce morceau-là, j’ai commencé à réfléchir à faire un vrai projet musical, vu que je commençais à avoir un vrai public. Pas mal de gens m’attendaient, je recevais même des mails de personnes qui me demandaient quand je sortirais mon premier projet. Donc, j’ai commencé à chercher à droite à gauche comment j’allais m’exprimer. J’ai pris mon temps, car, je ne voulais pas me planter, ni présenter un projet qui ne me représentait pas et je ne voulais pas m’enfermer dans un style. Ca a mis du temps, mais, j’ai compris que je pouvais faire tous les styles que je voulais du moment que j’étais vraie et que j’étais moi-même.

SC : Depuis la rentrée, t’es la révélation médiatique du moment : on parle pas mal de toi, on t’a entendu avec Oxmo Puccino et t’as même fait une pub SFR. Comment tu gères tout ça ?

ML : Je suis très heureuse de tout ce qui se passe. C’est vrai qu’il y a beaucoup de retours positifs au niveau des médias et pour moi, c’est un honneur pour de lire tout ça. Pour ce qui est d’Oxmo c’est un triple honneur, parce que c’est le roi et c’est assez dingue d’être sur son album en invitée. C’est quelque chose qui m’a beaucoup touché et qui me comble d’honneur et de bonheur.

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