Équipe de France de basket : derrière le Graal européen, la misère du basket français

Texte publié le 29 septembre sur RAGEMAG avec Mathieu Paumard

Il y a quelques jours en Slovénie, l’équipe de France de basket décrochait enfin la timbale aux Championnats d’Europe. Une victoire qui sonne comme une récompense après des années de lutte et de déception. Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce titre cache une réalité moins reluisante. Celle d’un basket français boudé par les médias et d’un championnat local, la Pro A, en perte totale de vitesse.

La France était, jusqu’à très récemment, la seule grande nation du basket européen à posséder un palmarès totalement vierge. Certes, il y avait eu ces quatre médailles d’argent, obtenues aux Jeux olympiques (1948 et 2000) et aux Championnats d’Europe (1949 et 2011). Mais c’était encore trop peu. Cette fois-ci, nous parlons du plus beau des métaux : l’or. Finis les vulgaires lots de consolation (sept médailles de bronze européennes) ou les cruelles désillusions. Les Bleus peuvent enfin regarder leurs adversaires depuis la plus haute marche du podium. Mais au-delà d’une victoire finale et d’un titre de champion, nous avons affaire à l’aboutissement d’une longue histoire, ainsi qu’à une revanche inimaginable il y a encore une quinzaine d’années.

L’équipe de France naît pourtant sous les meilleurs auspices et appartient au gratin international jusque dans les années 1960. Puis elle connaît une longue traversée du désert, disparaissant peu à peu de la scène mondiale. Tandis que le monde entier écarquille les yeux devant la Dream Team américaine, nos Français ne suscitent aucun engouement. Et pour cause : ils sont absents de toutes les grandes compétitions. Il faudra attendre le Championnat d’Europe 1999 pour que la sélection hexagonale refasse parler d’elle. La France peut alors compter sur une génération talentueuse menée par ses deux leaders, Antoine Rigaudeau etTariq Abdul-Wahad.

Cependant, la quatrième place obtenue lors du tournoi masque d’énormes problèmes internes. Bien avant leurs homologues footballeurs, nos basketteurs s’entredéchirent, sur fond de communautarisme selon certains. Cette situation houleuse débouche finalement sur l’exclusion de Tariq Abdul-Wahad, pourtant plus grande star du basket français et seul joueur de l’époque à évoluer en NBA. Malgré cela, les tricolores emmenés par Rigaudeau parviennent à se hisser en finale des J.O. de Sidney un an plus tard, face à des Américains trop forts pour eux. Cet exploit extraordinaire permet à la France de se repositionner sur l’échiquier mondial.

Une génération dorée

La même année voit débarquer la fameuse génération 82 de Tony Parker. La future ossature de l’équipe de France va rapidement et durablement graviter autour de ces joueurs qui remportent le titre de champions d’Europe juniors, en Croatie. La bande à Parker se compose de Ronny Turiaf,Mickaël Pietrus et Boris Diaw (seul présent avec TP la semaine dernière en Slovénie), tous évoluant en NBA. Nous pouvons y ajouter Florent Pietrus (1981) et Mickaël Gelabale (1983). Le meneur des Spurs est le plus précoce et honore sa première sélection A en 2000. Durant le Championnat d’Europe 2003, ces Bleus new look, qui ont déjà largement investi les Etats-Unis, imposent leur marque en affichant d’emblée leurs ambitions : la victoire finale.

Malheureusement, ils buttent en demi-finale et n’obtiennent ni médaille ni qualification pour les J.O. d’Athènes. S’ensuit une série d’échecs, symbolisée par des défaites amères face au voisin espagnol. Le 18 septembre 2011, l’équipe de France est surclassée par un Juan Carlos Navarro stratosphérique et le duo d’intérieurs formé par les frères Gasol (Marc et Pau) en finale du Championnat d’Europe. Rebelote en quarts de finale des J.O. de Londres, où les Tricolores finissent par exploser physiquement et mentalement dans les cinq dernières minutes.

Cela aurait pu être la fin d’une histoire. Car la France de 2013 paraît bien plus fébrile que ses homologues de 2011 ou de 2012. Elle est d’abord fragilisée par les forfaits de Joakim NoahKevin SéraphinIan MahinmiAli TraoréLudovic Vaty et Ronny Turiaf dans la raquette. Elle est ensuite moins brillante dans le jeu et cède dès son match d’ouverture contre l’Allemagne au premier tour, puis à nouveau face à la Lituanie et la Serbie au deuxième tour. Les Bleus s’en sortent finalement sans encombre.

Mais s’ils veulent atteindre la finale, ils doivent d’abord vaincre la Slovénie, pays organisateur, en quarts. Puis, ils devront croiser la route de l’Espagne, double tenant du titre, qui malgré un tournoi relativement médiocre et l’absence de certains joueurs majeurs (Navarro, Pau Gasol, Serge Ibaka…) fait encore figure de favorite. Mais la France de 2013 a des ressources. C’est un savant mélange entre deux générations exceptionnelles : celle de 82 et celle de 88 (Nicolas BatumAntoine Diot et Alexis Ajinça), qui, comme son aînée, a été championne d’Europe junior en 2006, en Grèce. Un brillant dosage entre joueurs évoluant en NBA et sur le Vieux Continent. Portés par un Tony Parker en grande forme, les Bleus éliminent la Slovénie,sont héroïques défensivement face à l’Espagne après une première mi-temps désastreuse et se transcendent enfin offensivement contre la Lituanie. Tout cela également grâce à un coaching souvent inspiré du sélectionneur Vincent Collet. Une épopée victorieuse comme nous les aimons dans notre Hexagone. Pourtant, un détail gâche un peu la fête : avant la demi-finale, l’Equipe de France bénéficiait d’une couverture télévisuelle médiocre.

Le désamour des médias pour le basket français

Les amoureux de basket, désireux de suivre en détail ce Championnat d’Europe, n’étaient effectivement pas gâtés. Ils devaient surfer entre Canal+ Sport pour les matchs des Bleus, Sport+ pour les autres. Nous sommes bien loin des grandes retransmissions footballistiques. Ou même du rugby où tous les matchs de l’équipe de France, même amicaux, sont diffusés sur des chaînes publiques. Pourtant, avec environ 470 000 licenciés, le basket est le deuxième sport collectif le plus pratiqué dans notre pays, derrière le football (plus de 2 millions), à égalité avec le handball et devant le rugby (environ 350 000). Des licenciés auxquels nous pourrions ajouter les pratiquants de streetball, de plus en plus nombreux en France, comme en témoigne la popularité montante du Quai 54, tournoi international organisé tous les ans à Paris.

Certes, l’évènement a bénéficié d’un meilleur dispositif médiatique que les précédentes grandes compétitions –exceptés les Jeux Olympiques – mais est-ce une raison de se réjouir comme Jean-Pierre Siutat, le président de la FFBB ? Rien n’est moins sûr. Quand on regarde le classement des sports français selon leurs couvertures télévisées, nous nous apercevons que le basket pointe à une honorable cinquième place, derrière le rugby (quatrième) mais loin devant le handball (douzième). En regardant de plus près, le constat est nettement moins flatteur pour le basket hexagonal. Une simple comparaison avec le handball suffit à évaluer l’ampleur du problème. Si pour les équipes de France de ces deux sports, le bilan est équivalent, à savoir une diffusion systématique du groupe Canal+, pour les compétitions de clubs, la donne est bien différente.

En effet, les matchs du Championnat du France de handball (Division 1) ainsi que ceux de la Coupe de France sont eux aussi retransmis sur Canal+ etintéressent même France Télévisions. De leur côté, les fans du championnat de France de basketball (Pro A) doivent se contenter de Sport+. Même constat à l’échelon européen où BeIN Sport diffuse depuis la saison dernière la Ligue des champions(hand), quand l’Euroligue (basket) doit se contenter encore et toujours du petit Sport+. Alors à quoi doit-on ce classement, en apparence honorable ? La réponse est simple : au basket nord-américain, c’est-à-dire un peu à la NCAA (championnat universitaire) mais surtout à l’alléchante NBA. Cette dernière est largement diffusée sur BeIN Sport (6 matchs par semaine en saison régulière), après des années d’exclusivité sur Canal+.

Si la plupart des fans de basket en France savent que la dernière finale NBA a opposé les Spurs de San Antonio de Tony Parker au Heat de Miami de LeBron James (avec la victoire de ces derniers), ils se moquent éperdument de la victoire de Nanterre surStrasbourg en finale de Pro A ou de savoir que leReal Madrid s’est incliné en finale de l’Euroligue face à l’Olympiakos Le Pirée. Et rien de plus normal puisque les grands hebdomadaires ou mensuels français consacrés au basketball font la part belle à la NBA, quand ils ne parlent pas exclusivement d’elleou mettent carrément la clef sous la porte. Dans une plus large mesure, c’est la presse sportive qui s’intéresse très peu au basket hexagonal, quand elle ne rabaisse pas directement les performances de son équipe nationale.

Une situation qui agace passablement certains acteurs comme Laurent Sciarra, médaillé olympique à Sydney, dans une interview pour Le Monde : « Mais si après tous les efforts faits par ces garçons, une compétition comme ils l’ont faite et une finale comme ils l’ont écrasée, si vous, les médias, vous ne retenez que le fait que l’Espagne ait été privée de Pau Gasol, Juan Carlos Navarro et Serge Ibaka, notre sport ne pourra jamais décoller. Vous nous cassez les bonbons avec le football et de temps en temps avec la Coupe Davis, avec ces joueurs qui sont soi-disant si fabuleux… » Même s’il reconnaît volontiers que ce succès de l’équipe de France pourrait changer la donne : « Gagner ce tournoi, c’est bien pour cette génération. C’est bien pour les joueurs et surtout pour notre sport qui avait besoin d’une victoire référence au niveau de l’équipe de France. Là, ça y est. J’espère que ça ne sera pas juste un feu de paille et qu’on va pouvoir s’appuyer dessus et que ça va permettre à une nouvelle génération de passer ce cap. »

Canal+ a en effet acquis les droits de la Pro A jusqu’en 2017 et accepté de diffuser certaines rencontresen clair sur D8 ou D17, voire d’en céder quelques unes à France Télévisions, alléchée par les audiences records de la finale de l’Euro (5,5 millions de téléspectateurs). C’est bien maigre mais c’est toujours ça de gagné…

Et pendant ce temps, la Pro A traverse le désert…

Mais revenons à l’essentiel : le basket français est-il alors vraiment victime d’un vaste complot médiatique, boudé injustement par l’opinion publique qui ne s’intéresse qu’aux paillettes et aux sirènes du grand spectacle de la NBA ? Après tout, c’est vrai, des dunks, des cheerleaders et des double-mètres tatoués, il y en a aussi à foison sur les parquets de Pro A. Sauf que ça n’intéresse personne, et souvent à juste titre. Le graal européen de la bande à Parker cache la misèreordinaire de notre championnat national.

Selon Antoine Rigaudeau, dans une interview accordée à l’Équipe en octobre 2012, le constat est sans appel : « Techniquement, c’est la deuxième voire la troisième division européenne. Tactiquement, c’est pareil. Physiquement, ça pourrait être beaucoup plus fort dans l’impact. » Une réflexion étayée par les performances catastrophiques des clubs français en Euroligue depuis plusieurs années. C’est bien simple, depuis 10 ans, trois équipes seulement ont atteint le top 16, pour un bilan de 4 victoires et 14 défaites à ce stade de la compétition, et bien sûr aucune qualification pour les quarts de finale dans la foulée. Pire encore, depuis 2007, aucun champion de France n’a dépassé les premières poules de qualification et les clubs de l’Hexagone doivent se contenter des accessits dans des épreuves continentales de seconde zone comme l’EuroChallengeLe sacre du CSP Limoges en 1993 semble aujourd’hui un souvenir bien lointain.

Comment expliquer un tel manque de compétitivité sur la scène continentale ? Un des premiers éléments de réponse est le manque de hiérarchie au niveau national. Comme le déclarait Hervé Touré, intérieur français ayant évolué durant 6 saisons dans le championnat italien, lors d’une interview à nos confrères de Rue89 : « La Pro A, c’est l’endroit où tout est possible ! Tout le monde peut battre tout le monde. C’est un peu comme Disneyland. » Champion de France cette année : la JSF Nanterre, en Pro A depuis seulement deux ans, deuxième plus petit budget de la ligue avec 2,6 millions d’euros. À titre de comparaison, c’est un peu comme si Ajaccio ou Reims finissaient en tête de la Ligue 1 de football. Un exploit évidemment majuscule, à saluer. Une belle histoire à raconter. Mais qui montre bien les difficultés actuelles du basket français à retrouver des locomotives, susceptibles de porter le championnat vers le haut. Et surtout aucun sponsor assez fou pour financer des clubs aux résultats si aléatoires (9 champions différents sur les 11 dernières saisons).

« La Pro A n’est pas vendable. […] Aucun club ne domine. À partir de là, c’est difficile pour les investisseurs de choisir un club et de mettre de l’argent. Tout le monde est du même niveau avec plus ou moins le même budget. […] L’idéal serait d’avoir une ou deux équipes vitrines qui dominent, susceptibles d’attirer les meilleurs jeunes Français, formés par les équipes qui auraient un peu moins d’argent. Il y aurait une vraie hiérarchie, comme quand j’étais à Cholet et que notre but était de battreLimoges ou Pau. », explique encore Antoine Rigaudeau.

Conséquence directe, les clubs français dépendent massivement des collectivités locales et du contribuable. En 2010-2011, 40 % en moyenne du budget des équipes de Pro A provenaient des subventions et de l’argent public. Ce chiffre pouvait même atteindre 71 % pour un club comme le Paris-Levallois. Difficile dans ces conditions de se développer ou d’avoir les coudées franches auprès des politiques pour défendre des projets comme la construction de salle multifonctions, afin de pouvoir prendre une certaine indépendance économique.

Si certaines initiatives aboutissent comme à Rouen avec l’ouverture du Kindarena en 2012, d’autres sont au point mort depuis plusieurs années, comme celui de l’ASVEL, si bien que les actionnaires menacent de quitter le navire en cours de route, comme l’a récemment déclaré Tony Parker. Sans oublier que le basket reste en France une affaire de moyennes ou petites agglomérations. Il ne s’agit bien sûr pas de militer comme des forcenés pour la création artificielle de clubs dans les plus grandes villes du territoire, en dépit de toute tradition. Mais force est de constater que les rois du pétrole et des dollars ont peu de chance de placer leurs billes à Cholet, Gravelines ouOrléans. Pour le strass et les paillettes, on repassera.

Dans ces conditions, et avec des budgets limités, impossible de concurrencer les ogres européens venus d’Espagne, de Grèce, de Turquie ou encore de Russie. À moins de changer complètement son fusil d’épaule, d’arrêter de faire venir quantité d’étrangers d’un niveau douteux ou en bout de course et de se recentrer sur la formation. Là encore, Antoine Rigaudeau propose des pistes intéressantes : « J’ai toujours pensé que la Pro A devrait être un championnat de jeunes, à la serbe ou à la croate. Avec des joueurs du cru, qui travaillent pour mériter du temps de jeu. Il faut penser à une politique commune de travail chez les jeunes, très en amont, en benjamins, minimes, cadets. Les préparer au haut niveau, sans obligatoirement rechercher les résultats très vite, où justement tu oublies l’exigence technique, tactique, physique. Pourquoi nous, Français, n’aurions-nous pas le même niveau de compétitivité en Euroligue que le Partizan Belgrade ? »

C’est sûr que deux quarts de finale et une participation au Final Four de l’Euroligue depuis 2008 (agrémentés de 5 titres en Ligue Adriatique et 11 trophées nationaux dans le même temps) pour un club qui mise tout sur la formation des espoirs locaux, cela ferait saliver n’importe quelle équipe française. On peut d’ailleurs noter que le Partizan compte dans ses rangs deux de nos meilleurs jeunes : Joffrey Lauvergne (titré en Slovénie) et Léo Westermann. Un nouveau signe qui montre bien que si nos graines de champion ne peuvent pas acquérir l’expérience du haut niveau grâce à la Pro A, ils partiront ailleurs…

Des institutions plombées par l’immobilisme

Bon d’accord, on a bien compris qu’on n’avait pas d’argent mais quelques idées pour s’en sortir. Il suffit donc à la Ligue Nationale de Basket, qui chapote notamment la Pro A, de piocher dedans pour redresser la barre, non ? Douce utopie. Car ces dernières années, la LNB patine allègrement dans la semoule, entre coups médiatiques ratés et réformes révolutionnaires avortées.

Au lieu de resserrer son élite pour que la Pro A devienne plus compétitive, la Ligue souhaite l’élargir à 18 puis 20 clubs. Une commission avait même vu le jour dès cette année pour étudier des dossiers de candidatures susceptibles d’être intéressantes sur le plan économique (niveau des équipements, population locale, stratégie marketing et de communication). Les clubs menacés de relégation en Pro B avaient même rempli le formulaire, au cas où. Depuis mars, plus de nouvelles et la Pro A reprendra bien à 16 clubs dans moins d’une semaine.

Et pourtant, ce n’est pas la première fois. La Pro A était déjà passé brièvement à 18 clubs entre 2003 et 2007 dans le but de relancer les clubs français dans les compétitions continentales. Avec la réussite déjà évoquée plus haut. « Le basket français a toujours été assez politisé, trop souvent dans sa guerre de clochers. C’est un peu un sport de rochers, chacun pense pour son truc », conclut Antoine Rigaudeau. La Pro A, championne de l’immobilisme.

On passera volontiers sur d’autres idées ubuesques, finalement laissées en plan comme la création de poules régionales avant le début du Championnat (si la NBA a droit à ses conférences, pourquoi pas nous ?!) ou encore d’une Coupe d’Europe bis, réunissant des championnats de troisième zone (France, Angleterre, Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Portugal), histoire que nos clubs puissent gagner quelque chose.

La LNB tente alors des coups d’un soir, comme déplacer certains événements dans des lieux plus prestigieux (le Palais des Congrès) ou exotiques (la Semaine des As rebaptisée Leaders Cup à… Disneyland). Les Américains avaient Space Jam avec Michael Jordan et les Looney Tunes, alors on nous offre généreusement Antibes / Dijon avec Mickey et Donald. Mais la Ligue peine à assurer le service après vente dès que le jeu en vaut la chandelle. Selon Brice Moulin, auteur de Sport, fric et strass – dans les coulisses du sport business, « la finale des JO Sydney n’a entraîné quasiment aucune retombée ». Idem pour la venue des étoiles françaises lors de la grève NBA en 2011, qui a vu la fréquentation des salles augmenter en flèche durant quelques semaines avant de retomber cliniquement dès leur retour aux États-Unis.

Espérons que cette fois-ci, les institutions françaises parviendront à capitaliser sur cette victoire et surtout sur la sympathie générée par cette équipe de France et son leader charismatique. En insistant sur le fait que certains joueurs majeurs du sacre (Antoine Diot et Alexis Ajinça) ainsi que leur coach évoluent en Pro A, à Strasbourg. On croise donc les doigts pour que le basket français finisse par trouver son oasis au milieu du désert.

 

Trois questions à Matteu Maestracci, journaliste àFrance Info, spécialisé dans le basket.

Est-ce que, selon vous, cet Euro va avoir un impact sur le traitement médiatique du basket en France ?

Au quotidien, je ne pense pas. Le basket, on le suit peu dans les médiasmainstream, grand public pendant l’année. Ce qui intéresse vraiment les fans de basket, c’est la NBA, mais les médias ne s’y intéressent pas car les droits sont chers et il y a un problème de décalage horaire. Le reste, ce n’est pas très bandant, à part l’Euroligue qui excite un peu mais ça ne dépasse pas un cercle d’amateurs réduit. Comme la Pro A, c’est un truc de fidèles.

Maintenant, ce qui va se passer quand la France va jouer, c’est qu’il y aura un intérêt car elle est championne d’Europe. Manque de pot, pour le Mondial de 2014, Parker va peut-être être absent car il lui faut parfois des années off, idem pour Batum et Diaw. Les principales stars ne seront pas là, donc l’intérêt médiatique risque de vite retomber. Paradoxalement, il y a beaucoup de licenciés en France, mais peu de public. Quand les chaînes de télé ne passent pas de basket, c’est parce qu’elles savent qu’il n’y aura presque pas de spectateurs. Il y aura plus de crédibilité et de respectabilité après cet Euro mais ça ne va pas modifier le traitement médiatique de la Pro A. L’impact se fera plus sur l’opinion, car les gens aiment cette équipe.

Comment expliquez-vous les difficultés actuelles de la Pro A, qu’elles soient sportives ou médiatiques ?

C’est un championnat un peu ringard, il n’y a pas de star et il y a un problème de hiérarchie car il y a un champion différent chaque année. Nous, à France Info, on ne fait que les compétitions internationales en entier, et la Pro A juste au début pour dire que ça existe et à la fin, pour la finale. La seule exception, c’est quand les stars de NBA sont revenues en 2011 pour le lock-out. Mais sinon, il n’y a pas de hiérarchie lisible, et ce n’est pas un truc médiatique qui s’auto-alimente comme le football. Le seul moment qui a été un peu intéressant, c’est quand Nanterre a été champion, car il y avait une histoire à raconter.

C’est aussi un problème de budget, les clubs français ont un budget d’environ 3 millions d’euros par an, les clubs en Euroligue c’est deux fois plus. À cause de ça, les meilleurs joueurs ne restent pas en France.

Tony Parker aura-t-il sa place au Panthéon du sport français, bien que finalement son talent s’exprime peu en France ?

Oui car ce qu’il fait est exceptionnel, que l’on s’intéresse ou pas à sa carrière. Il a été trois fois champion NBA, et pas en cirant le banc ! En étant un artisan de son équipe. C’est extraordinaire. Tous les étés, il vient sous le maillot français avec une certaine sincérité alors que d’autres jeunes s’en foutent. Sur ce qu’il apporte au sport français, c’est un monstre.

Lucie Bacon

Boîte Noire

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