Paul Lafargue : Droit à la paresse

« Paressons en toute chose, hormis en aimant et en buvant, hormis en paressant. »

Un revenu universel comme traduction économique du droit à la paresse si cher à Paul Lafargue ? Dans son célèbre ouvrage paru en 1880, le mari de Laura Marx – fille et traductrice en français de Karl – conteste la « valeur travail » pour revenir à une conception de la vie plus proche des Grecs antiques. Pour ces derniers, les citoyens devaient utiliser leur temps à la gestion de la Cité, à la réflexion et aux arts (« Pour tuer le temps qui nous tue seconde par seconde, il y aura des spectacles et des représentations théâtrales toujours et toujours »).

Lafargue dénonce au sein de sa société – et c’est valable pour la nôtre – un amour irrationnel pour le travail. Celui-ci est le fruit d’une nouvelle alliance de la bourgeoisie avec l’Eglise. En effet après avoir combattu cette dernière, alors alliée de la noblesse, la classe capitaliste a vu chez elle un parfait instrument de domination. Les intérêts bourgeois trouvent un parfait complément dans le moralisme chrétien. Il cite alors Adolphe Thiers, homme d’Etat et premier président de la IIIème République, qui déclare : « Je veux rendre toute puissante l’influence du clergé, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l’hom­me qu’il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l’homme : « Jouis » ».

Le résultat de tout ceci est que les ouvriers au XIXème siècle travaillent de plus en plus, alors que le machinisme aurait dû impliquer l’inverse. La société industrielle prévoit d’ailleurs moins de jours fériés que l’Ancien Régime. Le capitalisme est ainsi l’organisation de la production de masse. Pour éviter la surproduction, les bourgeois sont, selon le socialiste français, « contraints » de ne pas travailler et de surconsommer grâce à la plus-value empochée sur le travail de leurs ouvriers. Il plaide ainsi pour une réduction du temps de travail et un partage plus égalitaire du travail et de la paresse. Cette dernière serait garantie par le progrès technique qui permet la liberté de l’organisation du temps. La seule façon selon Lafargue de renouer avec la tradition grecque : « Le rêve d’Aristote est notre réalité. Nos machines au souffle de feu, aux membres d’acier, infatigables, à la fécondité merveilleuse, inépuisable, accom­plissent docilement d’elles-mêmes leur travail sacré ; et cependant le génie des grands philosophes du capitalisme reste dominé par le préjugé du salariat, le pire des esclavages. Ils ne comprennent pas encore que la machine est le rédempteur de l’humanité, le Dieu qui rachètera l’homme des sordidæ artes et du travail salarié, le Dieu qui lui donnera des loisirs et la liberté. »

Boîte noire :

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