A2H : « Rappeur hype, ça ne me parle pas ! »

Interview publiée à l’origine le 18 juin 2014

A2H_JF14
A2H par Jeanne Frank

Rappeur originaire de Melun dans le 77, A2H n’entre dans aucune catégorie. Kickeur né et producteur de talent, le MC se distingue avant tout par son style cool et décalé. Si l’artiste a fait ses premières armes au début des années 2000, ce n’est que depuis quelques années que le buzz est réellement au rendez-vous.  A coups de freestyles et de mixtapes (5 juste pour l’année 2011 !!!), le melunais a réussi à se faire un nom dans le rap game. C’est à l’occasion de son 2ème album solo, après un skeud commun avec en Aelpéacha, que Sound Cultur’ALL a rencontré le MC.

Sound Cultur’ALL : D’abord présente-toi pour ceux qui ne te connaissent pas !

A2H : C’est le « A », c’est le « 2 », c’est le « H ». Rappeur, producteur, beatmaker du 77, Melun-City zoo ! Heureux de faire partager sa potion.

SC : De Svinkels à ton 2ème album solo, en passant par celui avec Aelpéacha, tu peux nous expliquer un peu ton parcours ?

A2H : Non, mais Svinkels n’a jamais été un point de départ. C’était plutôt une petite étape, dans le sens où c’est par hasard que j’ai rencontré Gérard Baste. Les gens font souvent l’amalgame, mais je ne suis pas du tout de cette école. Moi, j’ai grandi avec NTM et Lunatic, dans ma banlieue sud à vendre du shit. Bref, j’ai eu le parcours de n’importe quel jeune de banlieue. Mais toute cette ouverture vers le rap « alternatif » est arrivée plus tardivement, vers la fin du lycée. Et j’ai bien apprécié. On va dire que mes inspirations vont de J’appuie sur la gâchette [NDLR : 2ème album du groupe NTM sorti en 1993] à Pharell Williams. Pour résumer mon parcours, j’ai grandi dans la banlieue sud, j’ai commencé par le rap, puis j’ai arrêté un peu pour faire du reggae, puis un peu de fusion et de rock, après je suis revenu au reggae avec des musiciens, ensuite, j’ai refait du rap avec des musiciens. Ce n’est qu’après que j’ai découvert cette école: les Gérard Baste et tout. On a fait un concert ensemble. Après, j’ai développé ma carrière solo à coups de mixtapes. Mon premier album est sorti en 2012. Celui avec Aalpéacha en 2013. Nous voilà aujourd’hui en 2014 avec Art de vivre.

A2H_JF04
A2H par Jeanne Frank

 

SC : Tu as un style musical très éclectique, tu nous citerais les artistes qui t’ont le plus influencé, à la fois dans le hip hop, mais aussi en dehors ?

A2H : On va dire : les Wailers, NTM, Snoop, Dre, Pharell Williams, Radiohead, les Red Hot, j’ai aussi été beaucoup Ben Harper un moment. Après, je pourrais mettre également beaucoup d’électro.

SC : Comment un gosse du rap se retrouve à faire du reggae, et pire à faire du rock ?

A2H : C’est très simple, j’habite à Melun dans le 77. C’est-à-dire que je suis à mi-chemin entre les blocs et les pavillons à la campagne. Ce qui veut signifie que j’avais des potes qui sortaient de prison, autant que j’en avais fils de médecins ou d’avocats. Donc, je pouvais aussi bien me retrouver dans des ambiances rap/cave que dans des ambiances bœuf dans un pavillon. J’avais vraiment l’ouverture à tous les styles de classes sociales et de personnes. J’ai donc découvert toutes les ambiances en même temps. Moi, je suis de classe moyenne, avec pas trop de thunes, donc j’ai surtout été dans la mouvance rue. Mais, j’ai quand même été ouvert à tout le reste.

« Comme je dis souvent, je ne suis ni un bobo, ni une caillera. On m’invite à un vernissage ou dans une cave, les deux me plaisent »

SC : C’est peut-être aussi ce qui fait que tu t’insères aussi facilement dans le rap actuel qui est plus parisiens et moins ghetto…

A2H : Ouais, carrément. Je pense que ça m’aide à faire la transversal entre les blocs et les milieux un peu plus bobos parisiens.  Comme je dis souvent, je ne suis ni un bobo, ni une caillera. On m’invite à un vernissage ou dans une cave, les deux me plaisent (rires).

SC : Tu fais un peu partie de ce qu’on peut appeler « la génération Can I Kick It », t’as peur d’être considéré seulement comme un rappeur hype et de ne pas être crédible ?

A2H : Non. Si j’étais seulement un rappeur, ça aurait été vrai. Mais, j’ai créé une entreprise, j’ai monté un label, je développe des artistes, je fais des arrangements et je fais des voix off à la TV et au ciné. Je produis également énormément de gens, même s’ils ne sont pas forcément très connus, je fais de la musique, je monte des projets pour les jeunes… Donc « rappeur hype », ça ne me parle pas (rires) ! Rapper, c’est 30 % de ce que je fais tous les jours.

SC : Et comment t’es venu le beatmaking ?

A2H : Au bout d’un moment, quand tu fais des freestyles sur Shook Ones Part II de Mobb Deep depuis 2/3 ans, t’as envie de rapper sur autre chose (rires) ! Donc tu demandes à un pote de te prêter Groove DJs. Après, tu trouves que Groove DJs, c’est horrible, tu décides de passer à Fruity Loops. Ensuite, Fruity Loops tu trouves ça cheap, tu passes à Risen. Puis, Risen, tu trouves ça trop électro, et ainsi de suite. Maintenant, je bosse un peu avec tout et c’est vraiment par la force des choses.

SC : Tu viens de sortir de sortir Art de vivre [ndlr : l’interview a été réalisée le 29 mai 2014] : comment définirais-tu cet album ?

A2H_JF01
A2H par Jeanne Frank

A2H : Sincère ! Tout ce qui est dedans est spontané. Rien n’est réfléchi en termes de buzz. C’est vraiment ce que j’avais envie de faire. Des morceaux, comme Dans ma chambre traduisent un sentiment que j’ai souvent, celui de vouloir me renfermer sur moi-même.  De plus, c’est moi qui produit et il n’y a pas de samples. Il y a des morceaux comme Trivette qui sont des blagues, mais ce ne sont que des private joke. J’ai vraiment mis une très grande sincérité dans ce disque.

SC : Parle-nous des featurings : Kenyon et 3010 ?

A2H : Kenyon, c’est un mec que j’apprécie. On partage un peu la même vision de la musique.On passe du rap au chant et on aime s’ouvrir à d’autres choses.  C’est pareil pour 3010, qui est rappeur-producteur. Il est très consciencieux en termes de sons et de sonorités. Niveau ouverture d’esprit et thématiques, ce sont deux gars du rap français qui sont comme moi. Je sais que les gens n’ont pas forcément tout compris de leur personnage. 3010 peut être perçu comme un « rappeur hype », plus que moi encore, alors que c’est un type qui bosse beaucoup. Il se prend la tête et produit super bien. Kenyon peut être perçu comme un genre de roots, mais c’est un putain de kickeur et un gros improvisateur. Il est très fort en chant en plus.

SC : Comment s’est passé le choix des prods ?

A2H : J’ai demandé à Gregarson de Bel-Air, Kobébeats, Dtwice et Wizi-P de m’envoyer des prods.Kobé est ultra-productif et même s’il n’en a que 3 sur cet album, il m’en a balancé 70 ! Dtwice m’en a proposé une bonne trentaine et j’en ai pris une dizaine. Quant à Wizi-P, ils m’en ont envoyé 3-4. Ils sont sur Mad Decent, le label de Diplo, ils ont de plus gros contrats que le mien à honorer (rires). C’est pour cela qu’ils ne pouvaient pas m’en envoyer beaucoup, mais j’en ai pris une. Le reste a été produit par moi.

SC : Revenir en solo après un duo avec Aelpéacha, ça fait quoi ?

A2H : Ça fait du bien, parce qu’il est un peu autoritaire. Il est très à cheval sur la sonorité que ça doit avoir, car il a une patte bien à lui. Ça a été une superbe expérience, très enrichissante, mais j’aime bien être le patron de mon truc. C’est moi qui arrange et réalise mes albums et je trouve cette position agréable.

SC : Un mot pour finir ?

A2H : Allez acheter Art de vivre, cet album va changer votre vie (rires) !

Pour aller plus loin :

Lire la suite ici

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s