Archives pour la catégorie Autre

Crise interne profonde à « Valeurs actuelles » ?

Article initialement publié le 18 mai 2018 sur Le Média presse

Le 28 avril dernier, nos confrères de Mediapart révélaient les probables départs d’Yves de Kerdrel et Jean-Claude Dassier, directeur général et administrateur de Valmonde, la société qui édite le célèbre hebdomadaire de droite. Derrière ces réorganisations semble se cacher une profonde crise interne. 

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« Amargie » : un pièce pour rendre l’économie aux citoyens »

Article publié initialement le 11 mai 2018 sur Le Média presse

Dans sa dernière pièce, « Amargi », Judith Bernard démystifie une des croyances économiques les plus néfastes de notre époque : la nécessité de rembourser la dette.

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Comment Marion Maréchal-Le Pen organise son retour

Article initialement publié le 24 avril 2018 sur Le Média presse

Moins d’un an après son retrait de la vie politique, Marion Maréchal-Le Pen annonce l’ouverture prochaine de son académie de sciences politiques. Une initiative qui s’inscrit dans une stratégie plus large d’hégémonie culturelle.

C’était en mai 2017. La plus jeune députée de la Ve République décidait de ne pas se représenter pour un deuxième mandat à l’Assemblée nationale. Elle accordait alors un entretien-fleuve à Valeurs Actuelles, en forme de testament politique. « La droite traditionnelle et les classes populaires ont un souci commun, c’est celui de leur identité », pouvions-nous lire. L’ex-députée du Vaucluse précisait : « le souci commun de l’électorat de la droite conservatrice et de la France périphérique, qui n’ont pas le même rapport à la mondialisation, c’est le souci de la transmission de leurs patrimoines matériel et immatériel. » Se déclarant appartenir à « la droite Buisson » – en référence à l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, théoricien d’un populisme identitaire chrétien –, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen affirmait aussi pouvoir travailler avec Laurent Wauquiez, devenu depuis le patron de LR. Elle décidait néanmoins de se retirer, au moins temporairement, de la vie politique. Quelques semaines après, elle récidivait dans Eléments, magazine de la « nouvelle droite » néo-païenne. Presque un an après, Marion Maréchal-Le Pen annonce fièrement que son académie politique, « terreau de tous les courants de droite », sera inaugurée fin juin, pour une ouverture en septembre. Ce serait néanmoins une erreur de croire que l’ex-députée a chômé tout ce temps. Car en reprenant sa liberté et en se détachant de son parti, elle initiait une stratégie de conquête ambitieuse.

LE RETOUR DE LA LIGNE IDENTITAIRE

C’est le 28 novembre 2014 que Marion Maréchal-Le Pen apparaît vraiment comme une concurrente sérieuse à sa tante Marine Le Pen. Alors que cette dernière était réélue à la tête du FN avec 100% des suffrages exprimés, c’est un autre résultat qui attirait le regard des commentateurs : l’élection du comité central du parti d’extrême droite. Un duel s’annonçait entre Florian Philippot, représentant d’une ligne souverainiste nationale-républicaine, et la nièce de la présidente, héraut du courant libéral-identitaire. Le match n’a finalement pas eu lieu, puisque Marion Maréchal-Le Pen arrive en tête, alors que l’ancien chouchou de Marine Le Pen n’arrive que quatrième, derrière Louis Aliot et Steeve Briois. Après la Manif pour tous, à laquelle elle a activement participé, la petite-fille Le Pen devient la nouvelle chouchoute de tous ceux qui ne supportent plus la réorientation gaullienne de Philippot et veulent d’un FN à nouveau franchement à l’extrême droite, notamment sur les questions sociétales et identitaires. L’humiliation de Marine Le Pen au second tour aurait dû propulser la jeune femme. Elle opte pourtant pour un retrait. Trente-six ans après la publication de Pour un gramscisme de droite, l’élue du FN mettait – consciemment ou non – en pratique les enseignements de la nouvelle droite : la bataille politique se gagne par les idées, la « métapolitique ». Cette dernière sera son nouveau terrain de jeu.

En septembre 2017, des proches de Marion Maréchal-Le Pen fondent le magazine mensuel L’Incorrect. « Après la défaite en mai dernier des camps filloniste et mariniste, le moment apparaît idéal pour reconstruire sur ces ruines et essayer d’énoncer une nouvelle ligne idéologique, une vraie ligne de pensée et culturelle », explique Jacques de Guillebon, directeur de la rédaction, au site Boulevard Voltaire. Dans l’édito du premier numéro, il n’hésite pas à la citer, sans la mentionner. Si Marion Maréchal-Le Pen n’est pas directement aux manettes, ses proches travaillent à imposer ses idées, dont celle de l’union des droites.  Mais c’est en février de cette année que la nièce de Marine Le Pen réapparaît vraiment. L’ex-députée est alors invitée à prendre la parole à l’occasion de la CPAC (Conservative Political Action Conference), le rassemblement annuel des conservateurs américains de tous poils. Son discours intervient peu après ceux du vice-président américain, Mike Pence, et de Donald Trump. Quelques jours après, elle enfonce le clou avec un entretien à Valeurs Actuelles. « J’ai décidé de m’associer à la création d’une académie de sciences politiques, à côté d’autres activités professionnelles. L’école que j’accompagne est libre et indépendante. Il ne s’agit pas d’un projet partisan », expliquait-elle fièrement. L’objectif est de donner « des armes intellectuelles, culturelles, juridiques, techniques et médiatiques » aux militants. Le projet, auquel elle se greffe, est à l’origine une initiative de Thibaut Monnier, conseiller régional Front national et co-fondateur du mouvement Audace.

VERS L’UNION DES DROITES ?

Leur modèle est l’Institut de formation politique (IFP), qui depuis 2004 offre aux jeunes de toutes les droites, libérale, conservatrice, identitaire et souverainiste, une formation théorique. Pour Pascale Tournier, journaliste à La Vie et auteure de Le vieux monde est de retour (Stock, 2018), cet institut est au cœur de la montée en puissance des « nouveaux conservateurs », dans le champ politique, médiatique et intellectuel. Marion Maréchal-Le Pen y a d’ailleurs suivi une formation en mars 2015. Cependant, quelques différences sont à noter. Alors que l’IFP se situe à Paris, dans le XVIe arrondissement, Marion Maréchal-Le Pen a choisi une ville de province. Son dévolu s’est plus précisément jeté sur Lyon, centre intellectuel de l’extrême droite où se côtoient gudards, militants de l’Action française, identitaires de diverses obédiences, Bruno Gollnisch ou encore Charles Millon. Elle se rapprochera aussi géographiquement de son rival Laurent Wauquiez. Enfin, alors que l’IFP propose à des jeunes de 18 à 30 ans des séminaires en parallèle à leurs études, le soir et surtout le week-end, l’académie de Maréchal-Le Pen ambitionne d’être une formation diplômante.

En tout cas, depuis sa réapparition publique, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen occupe le terrain. Selon L’Express, elle aurait déjeuné le 21 mars dernier avec Patrick Buisson. Ce dernier est séduit par la nièce de Marine Le Pen. Il estime qu’elle « a compris que dans une société liquide comme la nôtre, les partis deviennent des obstacles. » « Elle a marqué les esprits en montrant son détachement à l’égard des mandats électifs, quand d’autres s’accrochent durant des lustres », précise-t-il. L’hypothèse d’une Marion Maréchal-Le Pen en « Macron de droite » en 2022 devient alors de plus en plus probable et inquiète certains, comme Rachida Dati qui s’est exprimée récemment sur le sujet. Car en se libérant de son parti, la jeune femme entend incarner la passerelle entre LR et le FN et se rêve en nouvelle Jeanne d’Arc. La concrétisation prochaine de son académie marquera une étape de plus vers ses ambitions.

Crédits photo : Remi JDN/ Wikimedia Commons

Aude Lancelin : « La déliquescence morale et intellectuelle du journalisme est très préoccupante »

Entretien initialement publié le 6 avril 2018 sur Le Comptoir

Agrégée de philosophie, Aude Lancelin est journaliste spécialisée dans le domaine des idées et de la culture depuis presque vingt ans. Elle a été directrice adjointe de la rédaction de « Marianne », puis de « L’Obs ». En 2016, elle est brutalement licenciée de ce dernier magazine. Une mésaventure qu’elle raconte dans « Le Monde libre » (Les Liens qui libèrent), pamphlet contre la dérive capitaliste d’un média social-démocrate, qui obtient le prix Renaudot de l’essai 2016. Début 2018, elle publie, à nouveau aux Liens qui libèrent,  « La Pensée en otage ». Elle y analyse la crise de la presse en déconstruisant sept grandes idées reçues. Depuis le 15 janvier, elle travaille pour Le Média, web TV indépendante fondée par Sophia Chikirou, Gérard Miller et Henri Poulain, tous trois proches de La France insoumise*. Nous l’avons rencontrée afin de discuter de la presse et du Média, sous le feu de la critique depuis son lancement.

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Marion Messina : « Je ne peux pas écrire une superbe histoire d’amour alors que tout s’effondre »

Entretien initialement publié le 22 février 2018 sur Le Comptoir

« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. » Cette célèbre citation de Paul Nizan dans « Aden Arabie » pourrait illustrer à la perfection « Faux départ », le premier roman de Marion Messina. Elle y raconte l’histoire d’Aurélie, brillante lycéenne, issue de la classe ouvrière, qui croit en la méritocratie, mais qui va vite déchanter en entrant dans le supérieur. En plus de subir la précarité et le mépris de classe, cette enfant de la banlieue grenobloise, perdue entre « les Jérémie, Yoann, Julie, Audrey, Aurélie, Benjamin, Émilie, Élodie, Thomas, Kévin, Charlotte, Jérémy ou Yohann […] pas détestables, mais nullement intéressants », va aussi devoir affronter la solitude, dans une société qui ignore toute forme d’attachement durable. Si on en sait très peu sur Marion Messina, il semble que cette « banlieusarde sans accent, […] élevée par des ouvriers bibliophiles » et ne croyant plus en la méritocratie, ait beaucoup en commun avec son héroïne. Nous avons rencontré l’Iséroise afin de discuter de son roman, de littérature, mais aussi de précarité, de la France périphérique, de lutte de classes et de l’atomisation de notre société…

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Grand entretien d’Emmanuel Todd

Entretien-fleuve en deux parties publié le 1 et le 3 mars 2017 au Comptoir, avec Adlene Mohammedi

Jeudi 9 février, Emmanuel Todd nous reçoit dans son appartement parisien pour un entretien fleuve sur l’élection de Donald Trump, les États-Unis et la situation politique mondiale, que nous vous proposons en deux parties. Si notre ligne politique peut diverger de celle du chercheur Todd et de sa promotion d’un capitalisme régulé, il demeure pour nous une référence intellectuelle contemporaine majeure. Anthropologue, historien, démographe, sociologue et essayiste, Todd est ingénieur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (Ined). Il est principalement connu pour ses travaux sur les systèmes familiaux et leur rôle politique. En quatre décennies, le chercheur s’est notamment illustré en prophétisant l’effondrement de l’URSS (« La chute finale », 1976) et les printemps arabes (« Le rendez-vous des civilisations », avec Youssef Courbage, 2007). Il a également mis en lumière les faiblesses de la construction européenne et de la mondialisation.