Archives pour la catégorie Politique, économie, idées

« Dans l’amitié de Léon Bloy », de Georges Bernanos

Dans cet article extrait de « Français, si vous saviez… », recueil d’articles écrits entre 1945 et 1948, Georges Bernanos rend hommage à l’écrivain Léon Bloy, en analysant le rapport qu’il entretien aux pauvres, lui-même hérités de sa vision du christianisme.

« Je me demande si Léon Bloy n’est pas le dernier prophète du peuple des Pauvres »

Quelle est la part prophétique du message de Léon Bloy, celui qui s’appelait lui-même le Mendiant Ingrat ? J’imagine que la réponse nous est fournie par ce nom même. Léon Bloy a été le prophète des Pauvres, des vrais Pauvres, des derniers survivants de l’ancienne Chrétienté des Pauvres. Il a souvent comparé le peuple des Pauvres au peuple juif. Le peuple juif a eu ses prophètes, et du dernier d’entre eux jusqu’à la venue du Messie, c’est-à-dire jusqu’à ce que ce peuple fût définitivement rejeté, on compte plus de cinq cents ans, cinq cents ans de silence. Je me demande si Léon Bloy n’est pas le dernier prophète du peuple des Pauvres, je me demande si ce Peuple, à son tour, ne sera pas finalement rejeté. On trouve dans l’Évangile une parole bien singulière et faite pour gêner les professeurs d’optimisme : « Lorsque je reviendrai, trouverai-je encore des amis chez vous ? » Mais, précisément, les vrais amis du Christ sont les pauvres. Trouvera-t-il encore des pauvres, de vrais pauvres ?
À une telle question, le premier venu des imbéciles répondra : «J’espère bien que non!» avec cette grimace qu’on voit au visage de l’imbécile chaque fois qu’il vient de gober une fausse évidence, comme un canard gobe une limace. Oh ! sans doute, la vérité que j’énonce ne me vaudra jamais un siège à la Chambre, ou même un fauteuil à l’Académie depuis que les « inquiétudes » de M. Mauriac ont pris un caractère franchement social. N’importe! Il y a un mystère dans la Pauvreté, je ne suis pas assez lâche pour faire semblant de croire qu’elle n’est qu’un problème général d’économie politique à résoudre.

Pauvreté et misère

« La désintégration de la Pauvreté ne vous donnera pas moins de surprises que l’autre. »

Est-il même besoin de revenir sur la distinction faite, après tant d’autres, par Péguy, entre les pauvres et les misérables? Le misérable dégradé, déshumanisé par la misère ne peut plus porter témoignage que de l’effroyable injustice qui lui est faite, mais le Pauvre est le témoin de Jésus-Christ. J’ose écrire qu’une Société sans pauvres est chrétiennement inconcevable et si personne n’a plus le courage de l’écrire après moi, j’estime que je n’aurai pas vécu en vain. Vous voulez une Société sans pauvres ? Vous n’aurez qu’une société inhumaine, ou plutôt vous l’avez déjà. L’innocente pauvreté que vous aurez cru détruire reparaîtra sous d’autres formes effrayantes, sous lesquelles vous ne la reconnaîtrez pas. Si un proche avenir me donne bientôt tragiquement raison, que m’importe votre scandale ? Il y a une force cachée dans la pauvreté, comparable à celle que nos savants viennent de libérer dans une matière dont leurs prédécesseurs ne voulaient connaître que l’inertie. La désintégration de la Pauvreté ne vous donnera pas moins de surprises que l’autre.

Le monde moderne : un complot contre l’enfance et contre la pauvreté

« Car le robot, pour le monde moderne, c’est l’homme sauvé. »

Le monde moderne a deux ennemis, l’enfance et la pauvreté. Dans une civilisation technique dont la seule règle est l’efficacité, qu’est-ce que l’enfance, sinon une période inefficace de la vie, et qu’il s’agit de raccourcir le plus possible, ou même de supprimer. Supprimer l’enfance, quelle énorme récupération de travail et d’énergie ! L’enfance ne sert pas à grand-chose et la pauvreté ne sert à rien. Il y a une superstition de la Pauvreté qui paraît d’abord ne tenir qu’une place bien modeste dans l’ensemble du catholicisme, et lorsqu’on y regarde de plus près, on s’aperçoit qu’elle en est comme la charnière. Le premier devoir du monde moderne est de détruire cette superstition et on ne saurait la détruire qu’en supprimant les pauvres, en faisant du pauvre un citoyen comme les autres, que rien ne distinguera des autres, qui ne donne pas ce scandale intolérable de pouvoir vivre sans confort, de paraître ainsi mépriser le confort, ce confort dont l’idée tient dans la société actuelle la place que tenait dans l’autre l’idée de salut, le confort au nom duquel l’État prétend disposer de nos biens, de nos travaux, de nos vies, de nos consciences et faire de nous, au bout du compte, des robots. Car le robot, pour le monde moderne, c’est l’homme sauvé.

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Gérald Andrieu : « Une partie du pays a choisi d’entrer en sécession civique »

Entretien publié initialement le 3 novembre 2017 sur Aleteia

Journaliste indépendant, Gérald Andrieu a été rédacteur en chef de Marianne.net jusqu’en 2015. Excédé par le journalisme parisien et les meetings politiques, il a décidé de quitter la capitale en octobre 2016 afin de rencontrer la France oubliée par les élites. Il a alors entrepris de longer à pied la frontière sur 2 100 kilomètres. Il en a tiré une enquête passionnante à mi-chemin entre les travaux sur la France périphérique de Christophe Guilluy et les immersions dans les bas-fonds de la société de Jack London (« Le peuple d’en bas ») et de George Orwell (« Dans la dèche à Paris et à Londres » et « Le quai de Wigan »). Rencontre avec l’auteur du « Peuple de la frontière » (Cerf, 2017).

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Comprendre le protestantisme

A l’occasion des 500 ans de la Réforme protestante initiée par Martin Luther, j’ai écrit quelques articles sur Aleteia sur le protestantisme.

Rappel : mon article sur Thomas Müntzer, pasteur et révolutionnaire  précurseur du communisme pour la revue Limite

Sophie Wahnich : « La révolution russe est d’abord utopique »

Entretien initialement publié le 27 octobre sur Le Comptoir

Sophie Wahnich est docteur en histoire, directrice de recherche au CNRS rattachée à l’Institut interdisciplinaire du contemporain (IIAC) et directrice de l’équipe Tram, “Transformations radicales des mondes contemporains”. Ses travaux portent principalement sur la Révolution française. Elle s’est en outre engagée en politique, en étant candidate du Parti pirate aux élections législatives de 2012 et en appelant à voter pour Jean-Luc Mélenchon en 2017, dans une tribune cosignée par plusieurs personnalités dans Mediapart. Elle a préfacé « Octobre 17, la révolution trahie : Un retour critique sur la révolution russe », livre inédit de Daniel Bensaïd publié cette année aux éditions Lignes. Dans cet ouvrage, le défunt théoricien trotskiste analyse les causes de l’échec du marxisme-léninisme. Nous avons souhaité rencontrer Sophie Wahnich dans le cadre de notre semaine dédiée au centenaire de la révolution d’Octobre 1917.

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Eugénie Bastié répond à Sophia Aram : « Aujourd’hui, le christianisme ne menace pas la femme »

Napocska I Shutterstock

Entretien publié initialement le 17 octobre 2017 sur Aleteia

En plein débat sur le harcèlement sexuel, l’humoriste Sophia Aram a accusé lundi « les religions » d’être responsables du sexisme. La chroniqueuse de France Inter s’en est également prise à la journaliste Eugénie Bastié.

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