Archives pour la catégorie Sport

Neymar, un joueur de foot chrétien de plus à Paris ?

Article initialement publié sur Aleteia le 1er août 2017

Une : Soren Stache | DPA | AFP

L’attaquant du FC Barcelone serait à deux doigts de s’engager au PSG et de devenir par le même coup le joueur le plus cher du monde. L’occasion de revenir sur le parcours de ce fervent chrétien.

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Cruyff, un joueur engagé ? Histoire d’une méprise…

Encart publié dans l’article de Ludovic Alidovitch intitulé “L’inconscient socialiste de Johan Cruyff” sur Le Comptoir

Une théorie très en vogue voudrait que Cruyff soit un homme de gauche. Après tout, le Hollandais vient de Betondorp, quartier d’Amsterdam réputé communiste et laïcard, portait les cheveux longs, symbole de rébellion dans les années 1970, et surtout n’a pas participé la Coupe du monde en Argentine en 1978… Beaucoup y ont vu un boycott de la dictature de Videla. Grossière erreur, comme le rappelle le So Foot de l’été 2015 dédié au Néerlandais.

Trois hypothèses cohabitent. La première vient de Cruyff lui-même. En 2008, dans une radio catalane, l’ancien joueur évoque une tentative d’enlèvement qui se serait déroulée en 1977 avec flingue sur la tempe et femme ligotée, alors que ses trois enfants dormaient dans une pièce à côté. Johan Cruyff explique qu’après cet événement il n’avait plus vraiment la tête au foot : « Mes enfants allaient à l’école accompagnés par la police, des policiers dormaient chez nous, j’allais aux matchs avec un garde du corps. Tout cela vous fait prendre conscience de beaucoup de choses. » Cinq ans auparavant déjà, en 1972, l’Ajax de Cruyff, vainqueur de la Coupe des clubs champions, dispute la finale aller de la Coupe intercontinentale en Argentine. « Le match est ponctué d’incidents et des rumeurs de kidnapping autour de certains joueurs hollandais circulent » note So Foot.

Mais cette explication fait de nombreux sceptiques. Une motivation économique pourrait également être à l’origine de ce choix. Cruyff a un contrat d’exclusivité avec la marque Puma, alors que la fédération néerlandaise est sponsorisée par Adidas. En 1974, le joueur s’en était sorti en arborant un maillot à deux bandes, au lieu de trois. Mais cette fois, Adidas ne veut rien laisser passer. Deux joueurs sous contrat avec Puma décident cependant de disputer la Coupe du monde avec deux bandes. Il s’agit des jumeaux Willy et René Van de Kerhof, qui seront sanctionnés en fin de compétition.

Pour d’autres, notamment ses ex-coéquipiers de sélection, Cruyff n’aurait pas participé au mondial argentin à cause de la jalousie de sa femme Danny. Pour Johnny Rep, ex-attaquant des Oranjes et de l’Ajax, « s’il n’est pas venu, ça n’a rien à voir avec la dictature en Argentine. Ni avec une tentative de kidnapping. Pendant la Coupe du monde 74, il y a eu cette affaire avec les femmes dans la piscine de l’hôtel (les Hollandais auraient participé à une orgie la veille de la finale contre l’Allemagne, ce qui expliquerait leur défaite, NDLR). À cause de cette histoire, Cruyff a eu de gros problèmes avec sa femme. Du coup, tout le monde savait qu’il ne viendrait pas en Argentine. »

Quelle que soit la vérité, Cruyff n’a jamais eu aucun mobile politique. Jean-Marie Brohm, membre du comité de boycott de la Coupe du monde en Argentine, explique d’ailleurs : « Nous n’avions jamais cru […] que Cruyff n’était pas allé au mondial 78 pour des raisons politiques. » Et pour cause, si personne ne connaît les convictions de l’ancienne vedette, une chose est sûre : il était très libéral et l’argent a toujours été son moteur. Il est d’ailleurs l’un des premiers symboles du foot business, n’hésitant pas à admettre cyniquement : « Je gagne plus que ce que je dépense… Mais combien je dépense ? Aucune idée. » David Endt, ancien attaché de presse de l’Ajax Amsterdam, résumait ainsi : « il pourrait être élu président, sérieusement… Et il serait très à droite ! Il a grandi dans un quartier socialiste, certes, mais son père était commerçant, il cherchait à se faire de l’argent et la manière de penser était plutôt droitière. »

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Sócrates : entre football et romantisme révolutionnaire

Article publié le 4 décembre 2014 sur Le Comptoir

Il y a trois ans jour pour jour, la planète football perdait un de ses plus éminents ambassadeurs : le docteur Sócrates. Capitaine de l’équipe de Brésil dans les années 1980, le milieu de terrain s’est illustré à la fois pour son jeu, mais également pour son militantisme. Pour l’anniversaire de sa mort, nous avons décidé de nous repencher sur ce joueur profondément révolutionnaire, issu d’une famille passionnée de philosophie.

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Quand Fakir utilise le football comme miroir de la mondialisation

Fakir Editions ne chôme décidément pas en ce début d’année et nous sort son troisième livre en autant de mois. Après l’Europe et le FN, la bande à Ruffin s’attaque au football. Alors que la Coupe du monde brésilienne approche, le ballon rond est un excellent prétexte pour analyser l’évolution de la mondialisation durant ces dernières décennies. C’est ce que s’efforcent de faire François Ruffin et Antoine Dumini dans Comment ils nous ont volé le football : la mondialisation racontée par le ballon.

Sport populaire par excellence, le football est devenu en quelques décennies une des industries les plus rentables du capitalisme contemporain. Mais quoi de plus normal pour un fait de société si important ? En effet, le ballon rond était destiné à suivre les dérives de notre société du spectacle. Les deux auteurs font démarrer l’histoire à la Coupe du monde 1966. Cette dernière est restée célèbre, pour des raisons peu glorieuses, car elle restera à jamais dans les mémoires comme la « World Cup des arbitres ». La raison de ce surnom est simple : les erreurs d’arbitrage ont joué un rôle décisif dans le sort de la compétition. En pleine guerre froide et décolonisation, le foot sert d’affrontement géopolitique entre les pays du Nord et ceux du Sud et de l’Est. Après deux titres remportés par le Brésil de Pelé (1958 et 1962), les Européens doivent reprendre leur sport. La Coupe du monde qui se déroule en Angleterre, pays inventeur du foot, est l’occasion parfaite. Entre fautes non sifflées et expulsions injustifiées, l’arbitrage s’avère être catastrophique. Les Sud-américains sont vite écartés de la compétition – en commençant par la Seleção de Pelé archi-favorite, jusqu’aux Argentins traités d’« animals » par le directeur technique anglais –, puis c’est au tour de l’URSS. La finale oppose l’Allemagne à l’Angleterre. Le pays organisateur remporte le seul titre mondial de son histoire, dans des conditions plus que discutables.

Les auteurs multiplient les histoires à l’image de celle-ci. La corruption du football est dans un premier temps politique. Le ballon rond a été par exemple l’instrument de blanchiment du fascisme franquiste, par le biais du club vedette du régime : le Real Madrid. Mais peu à peu, les intérêts économiques ont pris le pas. L’élection du brésilien à la tête de Joao Havelange à la Fifa (Fédération internationale de football association) en 1974 fait entrer le football de plein pied dans le capitalisme. Des contrats juteux avec Adidas et Coca-Cola garantissent les entrées d’argent. Depuis 1998, Sepp Blatter a pris la relève à la tête de l’organisation et a permis au foot d’être plus libéral et mondialisé que jamais. Il faut dire, qu’il est bien aidé par l’arrêt Bosman introduit en décembre 1995. Ce décret, relevant de la Cours de justice des communautés européennes (CJCE), qui porte le nom de son inspirateur (le médiocre joueur belge Jean-Marc Bosman), garantit la liberté de circulation des joueurs au sein de l’Union européenne. Une fois ce droit accordé, l’inflation en termes de transferts a pu pleinement exploser. A l’instar du philosophe Jean-Claude Michéa, Dumini et Ruffin voient dans l’arrêt Bosman le point de départ d’une nouvelle ère ultra-libérale du ballon rond. De la capitalisation des clubs et des championnats (en commençant par la Barclays Premier League anglaise), à la prolétarisation des joueurs du Sud (présentant des coûts de main d’œuvre plus faibles), en passant par les niveaux d’endettement records (et la bulle qui menace d’éclater) : cet ouvrage n’oublie rien. Mais, en marge de ce réquisitoire contre le foot business, ce livre montre que tout n’est pas gris. Les auteurs nous narrent l’histoire de Carlos Caszely, joueur et opposant au régime de Pinochet, évoquent l’exemple du club brésilien de Corinthians (et de sa star, le Dr Socrates) développant un modèle révolutionnaire (auto-gestionnaire et radicalement démocratique) ou encore parlent des coups de gueule des supporters contre l’argent-roi. L’immersion dans le monde amateur (auquel appartiennent les deux journalistes) nous rappelle que le foot reste un sport populaire et beau.

Cet ouvrage est un ouvrage de passionnés. Nos deux auteurs sont des amoureux du ballon rond, ce qui leur permet de garder le lien avec le peuple. Ce sont aussi des anticapitalistes convaincus. C’est ces deux élement qui font la différence. En dénonçant les travers du foot, Ruffin et Dumini défendent ce sport qu’ils adorent. Ils mettent aussi en évidence les dangers du capitalisme, fait social total pervertissant peu à peu toutes les sphères de notre monde. Bref, à quand un changement radical qui nous permettrait de récupérer ce qui a de la valeur dans nos vies, en commençant par le football ?

Pour aller plus loin :

Comment le All-Star game a fait de Michael Jordan une légende ?

Ce week-end, du 14 au 16 février se déroule outre-Atlantique le traditionnel NBA All-Star game. Ce match de gala, qui oppose chaque année les plus grandes stars de la NBA (sous le format Conférence Est contre Conférence Ouest), est l’une des attractions majeures de la saison – au moins pour les fans – depuis une cinquantaine d’années. Véritable vitrine du basket américain, le All-Star game a permis de mettre en évidence de nombreux joueurs de légende. Évidemment, le plus prestigieux d’entre eux ne déroge pas à la règle : nous pouvons même affirmer qu’il a aidé Michael Jordan à entrer par la grande porte au Panthéon des basketteurs.

Le All-Star game avec son concours de dunk, son concours de shoots à 3 points et surtout son match final forme le principal événement de la saison de NBA avant les playoffs. Au milieu d’une saison régulière qui en général n’intéresse que les vrais passionnés, cet événement réunit chaque année des millions de téléspectateurs. Ce week-end, toute l’attention devrait se concentrer sur le duel au sommet auquel risquent de se livrer la star incontestée de la Conférence Est, Lebron James, et le joueur en forme du moment de la Conférence Ouest, Kevin Durant. Du côté hexagonal, nous suivrons particulièrement les performances de nos deux frenchies Tony Parker et Joakim Noah. Mais ce All-Star game peut aussi être l’occasion de se replonger sur la plus grande star de l’histoire basket mondial. En effet, durant sa première carrière, de 1985 à 1998, l’ancien meneur de Chicago Bulls a su marquer les All-Star game et y a écrit sa légende.

Acte I : 1985, le rookie of the year

Été 1984, Jordan âgé de 21 ans est draftéi par les Bulls en 4ème position. Equipe mineure de la Conférence Est, Chicago sera profondément bouleversée par cette arrivée. Tout juste auréolé du titre de champion olympiqueii, l’arrière devient vite l’attraction de la saison. Le numéro 23 s’illustre  avec notamment 28,2 points par match en moyenne durant la saison régulière et réussit à qualifier son équipe pour ses premiers playoffsiii depuis longtemps – où elle se fait sortir rapidement dès le premier tour par les Milwaukee Bucks. Une performance qui lui permet d’être sélectionné pour le All-Star game du 10 février 1985 à Indianapolis.

Très populaire chez les fans, Michael est dans le 5 majeur aux côtés de son idole de jeunesse Julius Erving, mais aussi de Moses Malone, de Larry Bird et surtout du leader des Détroit Pistons, Isiah Thomas. Malheureusement, les événements ne tournent pas à l’avantage de Jordan. La jeune star montante de la Ligue a déjà la grosse tête. Le joueur flambe tant dans l’allure vestimentaire que dans le style de jeu. Il est également le nouveau chouchou des médias. Tout cela n’est pas au goût des vétérans, au premier rang desquels Isiah Thomas. Le « bad boy » organise un boycott contre le jeune arrière. Mis de côté par ses partenaires, Jordan ne shoote que neuf fois et inscrit 7 points en 22 minutes de jeu. Nous pouvons ajouter à ce tableau une défaite contre une Conférence Ouest trop forte, emmenée par Magic Johnson, Kareem Abdul-Jabbar et Ralph Sampson (élu MVPiv du match). Michael est quand même élu rookiev devant Hakeem Olujuwan.

Isiah Thomas : « Tu reconnais bien là le style du bad boy de Détroit »
Isiah Thomas : « Tu reconnais bien là le style du bad boy de Détroit »

Mais Jordan se venge rapidement. Dès le 12 février – soit deux jours après le fameux match – les Bulls rencontrent les Pistons de Thomas. Le jeune rookie effectue son meilleur match de la saison et peut-être l’un des plus marquants de sa carrière. Ce soir-là, il se mue en scoreur fou, avec 49 points. Il prend aussi 15 rebonds et effectue 4 interceptions. Meilleur joueur du match, il éclipse le meneur de Détroit, pendant que les Bulls reportent une belle victoire face à une équipe réputée meilleures (et demi-finaliste des playoffs de la Conférence Est). Mais la blessure reste. Le All-Star game de 1985 l’affecte profondément. Il se sépare de ses bijoux et décide de se recentrer exclusivement sur le basket-ball. Sa rancœur contre le bad boy ne disparaîtra jamais, au point que Jordan menace de ne pas participer aux Jeux Olympiques de 1992 s’il fait partie de la sélection. Au final, Thomas sera écartée de la Dream Team. Mais le plus important est que cette expérience modifie en profondeur Jordan qui voudra prouver qu’il est bel et bien le meilleur. La saison 1984-1985 s’avère encourageante et frustrante pour Jordan. Il est logiquement élu rookie de l’année et finit meilleur marqueur de la saison régulière avec 2313 points – il faut remonter à la saison 1969-1970 et à Kareem Abdul-Jabbar pour retrouver une performance aussi élevée d’un rookie. Pourtant, Jordan n’est pas le meilleur et Chicago est encore une équipe modeste du championnat. Mais il ne fait aucun doute pour personne que « A star is borned » comme l’exprime la couverture du Sports Illustred.

Acte II : 1988, premiers MVP

Pas de All-Star game en 1986 pour le sophomorevi, la faute à une blessure à l’os du pied qui lui fait passer une saison cauchemardesque. En 1986-1987, l’arrière des Bulls reprend sa progression. Il est le meilleur marqueur de la Ligue, enchaîne les exploits individuels et connaît à nouveau le All-Star game. Il remporte le concours de dunk et inscrit 11 points au cours d’une nouvelle défaite de la Conférence Est. Mais cela ne suffit évidemment pas. Michael Jordan est bon mais n’est pas encore considéré comme le meilleur. La saison 1987-1988 est celle de la consécration. Jordan est sur une autre planète. Il continue de scorer comme un fou. Il progresse aussi énormément dans le secteur défensif. Le numéro 23 de Chicago déclare même en début de saison : « J’aime jouer en défense, c’est un challenge. Je sais que beaucoup de gens ne me croient pas mais j’aimerais mieux être sélectionné pour la All-Defensive Team que la All-Pro Team. Un joueur qui joue aux 2 bouts du terrain, c’est comme ça que je veux qu’on se souvienne de moi ». Mais il doit encore confirmer afin d’être enfin considérer comme le meilleur… Le All-Star game qui se déroule chez lui, au Chicago Stadium, le 7 février 1988 est l’occasion parfaite.

Le show commence le samedi au concours Slam Dunk Contest. Jordan doit défendre son titre remportée l’année précédente. Parmi les 6 autres concurrents se trouve l’un des meilleurs dunkeurs de l’histoire de la NBA : Dominique Wilkins. Déjà vainqueur en 1985, le joueur des Hawks d’Atlanta est bien décidé à remporter le titre. Lors du premier tour, il finit d’ailleurs en tête devant le Bulls. En demi-finale, c’est Jordan qui prend l’avantage, de deux petits points seulement. Puis arrive la finale. Wilkins effectue deux dunks parfaits. Jordan est en retard de 3 points au moment du dernier dunk. Le joueur d’Atlanta se lance et réalise son dunk le moins bon de la série. Le numéro 23 est encore en course mais il va devoir se surpasser s’il veut l’emporter. C’est ainsi qu’il réalise ce qui reste encore à ce jour le dunk le plus spectaculaire de l’histoire du concours : Air Jordan s’élance puis s’envole de la ligne de lancer de franc jusqu’au panier. Le temps semble se suspendre pendant que le joueur est dans les airs : un dunk stratosphérique pour un concours d’un niveau exceptionnel. Le Bulls devient le premier joueur de l’histoire à reporter deux titres consécutifs. Si aujourd’hui encore certains disent que Wilkins méritait cette victoire plus que Jordan, une chose est sûre : à domicile, le joueur de Chicago est dans sa meilleure forme pour le All-Star game. Il veut entrer dans la légende et il va y arriver.

Air Jordan s'envole
Air Jordan s’envole

Jordan est naturellement dans le 5 majeur, aux côtés de Larry Bird (vainqueur du concours à 3 points), Moses Malone, Isiah Thomas et son rival de la veille, à savoir Do Wilkins. De l’autre côté, il y a la sélection de l’Ouest menée par Magic Johnson face à laquelle Michael a déjà butée deux fois. Seulement présent 29 minutes, Jordan réalise une performance mémorable. Littéralement inarrêtable, MJ réussit un 74% au tir pour 40 points inscrits – deuxième meilleure performance à ce jour après les 42 points de Wilt Chamberlain en 1962. Mais l’arrière des Bulls est aussi intraitable en défense – dans un exercice où les joueurs brillent généralement surtout en attaque et font preuve d’un manque de motivation flagrant en défense – en prenant 8 rebonds, en effectuant 4 contres et 4 interceptions. Nous pouvons ajouter 3 passes décisives à ce beau tableau. C’est lui seul qui porte à la victoire une Conférence Est qui commence à prendre le large dès le deuxième quart-temps. Un vrai show de Jordan qui ne se termine qu’à la fin de la rencontre : l’arrière inscrit 16 points dans les 6 dernières minutes ! Une rencontre qui reste gravée dans les mémoires où Kareem Abdul-Jabbar pour sa 17ème (et avant-dernière) participation devient le meilleur marqueur de l’histoire des All-Star game. Le passage de témoin entre la star des Lakers et celle des Bulls est total ce soir-là.

Le MVP du All-Star game passe le reste de sa saison sur un nuage. Épaulé par Scottie Pippen arrivé en début de saison, il conduit les Bulls en demi-finale de la Conférence Est, où ils sont balayés par les Pistons d’Isiah Thomas. Mais peu importe… La star incontestée de la NBA c’est lui. Il est élu MVP pour la première fois, ainsi que meilleur défenseur. Pour entrer dans l’histoire de la NBA, il faut en général  porter au moins une fois la bague du titre de champion. Mais Jordan n’en a pas besoin, il a déjà prouvé qu’il était le meilleur et tout le monde sait que le titre avec les Bulls n’est plus qu’une question de temps. Les Los Angeles Lakers de Magic Johnson, Kareem Abdul-Jabbar et James Worthy sont une nouvelle fois sacrés champions… Une dernière fois.

Acte III : 1998, la légende est écrite

Après deux titres pour les Pistons d’Isiah, l’heure des Bulls a enfin sonné. De 1991 à 1997, Chicago remporte 5 fois le titre. De son côté, Jordan est élue trois fois MVP. Il est le leader de la Dream Team qui survole les J.O. de Barcelone en 1992. Dix ans ont passé depuis le week-end de légende et Jordan est devenu la première star planétaire du basket. Durant son année d’absencevii, la NBA paraît fade. Air Jordan ne le sait pas en début de saison mais l’année 1998 est à la fois sa dernière saison avec les Bulls, son dernier titre de champion de NBA et l’apothéose de sa carrière. Bien que devenu star incontestée et incontestable de la ligue, Jordan n’a plus survolé le All-Star game comme il l’avait fait en 1988. Certes, en 1997, il inscrit à jamais son nom l’histoire en devenant le premier joueur à effecteur un triple-doubleviii en All-Star game (depuis Lebron James en 2011 et Dwyane Wade en 2012 ont réalisé le même exploit), avec 14 points, 11 rebonds et 11 passes décisives. Mais il est éclipsé par Glen Rice qui égale le record de points en un quart-temps et en une mi-temps décerné auparavant par Wilt Chamberlain.

Le All-Star game 1998 est aussi légendaire que celui de 1988 mais dans un tout autre style. Pas de concours de dunk cette année-là. MJ doit se contenter du match qui se déroule le 8 février, dans un Madison Square Garden de New York survolté, comme à son habitude. Aux côtés de Grant Hill, Shawn Kemp, Penny Hardaway et Dikembe Mutombo, le Bulls défie une excellente Conférence Ouest où se côtoient Karl Malone, Kobe Bryant, Gary Payton, Shaquille O’Neal, Kevin Garnett ou encore Tim Duncan. Pourtant, l’Est prend rapidement le large en menant de 8 points dès la fin du premier quart-temps et l’emporte facilement. Mais plus que le match, l’attention du public se concentre sur le duel qu’il se livre avec Kobe Bryant. Le jeune sophomore de 19 ans, est la nouvelle attraction de la Ligue. Vainqueur du concours de dunk l’année précédente, KB est présenté avec Allen Iverson – non sélectionné pour le All-Star – comme le futur Jordan. Quelques semaines auparavant, le Lakers a tenu tête à Air Jordan en inscrivant 33 points (contre 36 pour MJ) face au Bulls, dans match fou se déroulant en l’absence de Shaq et de Schottie Pippen. Michael doit montrer à cette génération montante (également incarnée dans un tout autre registre par Tim Duncan, rookie cette année-là) qu’il est encore le seul boss de la NBA. La tâche s’annonce portant compliquée, car la rumeur le dit malade et pas en pleine possession de ses moyens physiques. Cependant, la confrontation tourne quand même à l’avantage de l’arrière des Bulls, même si avec ses 18 points en 22 minutes Kobe est loin d’être ridicule. Jordan, de son côté, marque 23 points en 32 minutes et réalise un 55,6% au shoot. Certes, nous avons déjà connu l’arrière meilleur scoreur. Mais avec 6 rebonds et 8 passes décisives, il survole individuellement la rencontre et est le principal élément d’une excellente sélection de l’Est. En plus de son troisième titre de MVP, cette nuit-là, il entre sur le podium des meilleurs marqueurs du match de gala derrière Kareem Abdul-Jabbar et Oscar Robertson.

MJ MVP
Michael Jordan, MVP 1998

Le reste de saison est une promenade de santé pour Jordan et son équipe. Les Bulls remportent face aux Jazz de l’Utah de Karl Malone leur second triplé durant les années 1990 (1991-1992-1993 et 1996-1997-1998). Jordan remporte son dixième et dernier titre de meilleur marqueur du championnat. Cette finale rencontre la plus forte audience, pour une série de finale, de l’histoire de la NBA. Le numéro 23 des Bulls est au sommet. Ce qu’il ignore, c’est que c’est la fin (ou presque). Le lock-outix, les départs de ses coéquipiers Rodman et Pippen, ainsi que du coach Phil Jackson ont raison de Jordan, qui annonce la fin de sa carrière le 13 janvier 1999. L’ère des Bulls de Jordan laisse place à celle des Lakers de Bryant (qui ont récupéré coach Jackson) et des Spurs de Duncan. Bryant, Iverson « The Answer » (car censé être la réponse à la question « Qui sera le successeur de Jordan ? »), puis à la fin des années 2000, Lebron James « The Chosen One » (« L’élu ») enchaînent les records. Pourtant aucun n’approche Jordan en termes de popularité. Le retour de l’ex-Bulls sur les parquets entre 2002 et 2003 pour sauver les Wizards de Washington aurait été anecdotique s’il ne lui avait pas permis de dépasser Abdul-Jabbar au palmarès des scoreur du All-Star (Bryant lui étant depuis passé devant depuis).

Plus qu’un spectacle, le All-Star game est toute une histoire. Evénement majeur de la saison de NBA, certaines éditions resteront à jamais dans les mémoires. Une chose est d’ailleurs certaine : les prestations de Jordan au All-Star seront à jamais mémorables. De ses dunks à ses performances de folies en match, Air Jordan y a forgé sa légende, qui a évidemment su dépasser ce cadre. Aujourd’hui c’est à Lebron James, à Kevin Durant, à Paul George, à Carmelo Anthony, à Dwayne Wade ou à Chris Paul de nous faire rêver, et nous ne doutons pas de leur capacité à le faire. Le roi est mort mais les princes ont fière allure !

i La Draft est un événement annuel présent dans tous les sports collectifs nord-américains où les équipes sélectionnent chacune leur tour – les positions dépendent en partie du hasard et en partie du classement de l’année précédente, par soucis d’équité, les équipes mal classées ont généralement la priorité – des sportifs issus de l’université, de l’école secondaire ou d’une autre ligue. En basket-ball, la Draft permet l’accès au championnat de NBA. Avec Michael Jordan avec John Stockton, Charles Barkley et Hakeem Olujuwon, la Draft 1984 est considérée comme l’une des meilleures de l’histoire de la ligue de basket.

ii Ce n’est qu’à partir des J.O. de 1992 que les joueurs de NBA sont autorisés à participer au tournoi. Avant la sélection états-unienne est composée de joueurs universitaires

iii Les playoffs sont la seconde phase du championnat de NBA. Les 8 meilleures équipes de la saison régulière à l’Est et à l’Ouest s’affrontent séparément dans des confrontations à élimination directe. A la fin, le vainqueur de chaque conférence s’affrontent dans une série de 7 matchs pour le titre de champion de NBA.

iv Le Most Valuable Player désigne le meilleur joueur d’une compétition.

v Un rookie est un joueur dont c’est la première saison en NBA

vi Un joueur est appelé « sophomore » lors de sa deuxième saison en NBA.

vii Jordan prend en 1993 une retraite anticipée suite à l’assassinat de son père. Il se met une saison au baseball, puis revient au cours de la saison 1994-1995.

viii Un joueur effectue un triple-double quand il enregistre au moins dix unités dans trois des cinq catégories statistiques (points, rebonds, passes décisives, interceptions et contres).

ix Un lock-out est une sorte de grève décidée par les employeurs.

Boîte noire :

Doc Gynéco : « Les cités sont remplies de footballeurs et de rappeurs qui ont raté leur carrière. »

Entre son humour, son style nonchalant et sa passion pour le ballon rond, Doc Gynéco est un personnage atypique dans le monde du rap. Malgré une carrière en dents de scie, celui qui se revendique « chanteur de rap » restera à jamais l’auteur de l’un des meilleurs albums de l’histoire du rap français : Première consultation. Alors que beaucoup pensaient sa carrière finie, Bruno Beausir de son vrai nom a annoncé un retour imminent. L’occasion pour RAGEMAG de le rencontrer à son entraînement à Courbevoie pour parler football et rap.

Tu es un grand passionné de foot. Que penses-tu de la nouvelle formule du PSG ?

C’est toute une histoire depuis que le Qatar a pris le pouvoir ! Cette équipe a de l’argent mais plus d’âme. Ça ne sera même pas profitable au football français, d’ailleurs est-ce qu’il y a des joueurs français dans cette équipe ?

Dans le 11 type, il y a Blaise Matuidi, voire Adrien Rabiot de temps en temps.

C’est bien ce que je dis. Deux, c’est rien !

Mais s’ils font un jour comme l’OM de 1993 et remportent la Ligue des Champions ?

Ils n’auront jamais l’esprit. Ils pourraient faire mieux que Marseille sur le plan sportif mais pas sur le plan humain. C’est juste une machine de guerre comme dans Ocean’s Eleven. Avec l’argent qu’ils investissent, ils vont devenir les Harlem Globetrotters du foot et recruter le joueur qui serait capable de marquer en pétant ? (il éclate de rire) Mais nous on s’en fout, on n’a pas besoin de joueurs qui savent tout faire. Une équipe doit avoir une âme et un esprit. C’est une équipe composée de bêtes curieuses.

Selon toi, Paris, Monaco et leur pléiade de stars vont-ils rendre la Ligue 1 plus attractive ?

Ces équipes sont trop financières. Ce n’est que du business tout cela. Le football français a besoin de Guy Roux ou d’Arsène Wenger. Ils ont une âme et vont chercher des joueurs inconnus pour les lancer. Un type comme Eto’o, c’est une belle histoire : son manager me racontait qu’il était tellement pauvre que la première fois qu’il a goûté à un yaourt, il avait 18 ans.

Eto’o est pourtant souvent décrit comme un joueur égoïste et vénal.

Malheureusement, oui. Mais en réalité, il vient d’une case surpeuplée où ils dormaient à même le sol. Elle est là la vérité. Il a connu la misère. Bref, il n’y a plus qu’Arsène et Guy Roux qui ont encore cette culture de lancer de jeunes joueurs français qui nous ressemblent. Et ça nous fait plaisir, car le foot est notre opium à nous. On ne lit pas Jean-Paul Sartre : pour se distraire on n’a que le foot. Regarde Djibril Cissé : c’est Guy Roux qui l’a fabriqué. Aujourd’hui, il fait le malin et le mec fashion mais ce n’est pas vrai. Je l’ai vu petit, quand Guy Roux le sortait, il lui ordonnait de mettre sa veste pour qu’il n’attrape pas froid.

On sait que les rappeurs et les joueurs de football s’apprécient : quel lien vois-tu entre rap et foot ?

Le lien, c’est la cité ! On vient de la rue, du même monde. Et puis, le foot et le rap c’est un rêve pour tout le monde. Le rêve suprême d’un mec de cité c’est de monter une équipe de foot ou une maison de production de rap. Les filles sont les plus sérieuses aux quartiers, elles réussissent mieux (rires). Mais les ghettos sont remplis de footballeurs et de rappeurs qui ont raté leur carrière.

Et que penses-tu de l’affaire Evra ?

Je crois que les joueurs ne devraient pas trop parler de trucs comme ça. Ils ont un sport qui est au centre de la société, c’est vrai. Tout le monde est focalisé sur les grandes compétitions, que ce soit la Coupe du Monde ou l’Euro. Paraît que certains tueraient leur femme pour ça. Mais les footballeurs ne sont que des pions. Quand un club t’a acheté 100 millions, pour lui tu n’es rien d’autre que de l’argent, il ne s’attend pas à ce que tu l’ouvres. Ils ne devraient pas s’exprimer si ce n’est pour le caritatif.

Dans une interview récente à France Info, tu dénonces le rap bling-bling et  déclares que le rap est une musique de droite qui s’imagine de gauche dans sa Ferrari. N’est-ce pas contradictoire avec le soutien à un Président de droite largement décrié pour son côté bling-bling ?

Pas du tout ! Parce qu’à l’époque j’ai voulu marquer les esprits. J’ai vu que le rap tournait en rond. Comment faire la différence entre un mec qui écoute du hip hop et un mec qui écoute du hard rock ? Rien, si ce n’est qu’ils ont chacun été pris par un souffle différent. Un chanteur peut réellement changer la phase du monde, la musique c’est quelque chose de très fort. Quand je me suis associé à Sarkozy, j’aurais pu soutenir aussi un candidat de gauche. C’est la politique qui est réductrice car elle a toujours été en dessous de ce que nous sommes réellement. Ségolène Royal m’aurait appelé, j’aurais été la voir. Le but est que les gens réussissent et s’en sortent. Quant à ma personne, elle n’est jamais trahi que ça soit avec l’extrême gauche ou l’extrême droite. Mais il faut comprendre que beaucoup de rappeurs sont passés par la gauche pour faire croire qu’ils s’intéressaient au peuple afin de vendre n’importe quoi à n’importe qui. Ceux-là sont des hypocrites qui servent le système et c’est moi qui suis intègre. La preuve, c’est que je suis ici et pas à Los Angeles en train de sniffer de la coke où je ne sais quoi d’autre.

« Il faut comprendre que beaucoup de rappeurs sont passés par la gauche pour faire croire qu’ils s’intéressaient au peuple afin de vendre n’importe quoi à n’importe qui. »

Tapis avec qui tu as chanté est aussi le symbole des dérives bling-bling de gauche…

D’un angle journalistique, tu as raison. Normalement, je n’étais pas sensé discuter avec toi. J’ai grandi près des poubelles, à Porte de la Chapelle. Allez y faire un reportage, vous verrez ce que c’est. Moi je ne suis ni un journaliste, ni un politique. Tapis ça reste le mec qui a fait gagner la Ligue des Champions à Marseille en 1993. Je ne suis peut-être pas assez intelligent mais j’agis avec mon cœur et pas par calcul.

Mais au-delà du bling-bling, le hip hop peut être perçu comme une culture provenant des quartiers dits « populaires ». Tu ne trouves pas que l’association à la gauche est logique ?

Non parce que ce discours est mort. Depuis longtemps, les quartiers ont compris que la gauche les a trahis et qu’elle se sert d’eux pour obtenir des voix. Même s’il y a quelques représentants de « couleur », personne n’est dupe : tout le monde sait que c’est du cinéma. La gauche est aussi bourgeoise que la droite. La France est cependant une société de castes. Gauche et droite ne sont que des frères bourgeois qui s’engueulent (rires). Les immigrés, les pauvres ou les ouvriers ne sont pas leurs priorités. Ils n’ont donc pas à prendre parti dans ces disputes de grandes familles : qu’est-ce que ça peut leur faire ?

On croyait que tu avais quitté le rap game : pourquoi cette envie d’un retour ?

C’est une demande expresse du public qui se morfond du rap d’antan. Il suffit de tous les écouter dire que « c’était mieux avant ». Et puis il y a aussi toute une nouvelle école qui essaie de remettre au goût du jour le rap d’avant. La différence avec nous, c’est que nous essayions d’amener quelque chose de nouveau. Mais le niveau du rap a baissé ces dernières années. Il se situe en-dessous du zéro aujourd’hui. Comme tu le dis si bien, c’est devenu un game. Ce n’est plus une musique avec une histoire. On a fini par oublier les éléments et les fondateurs. Voilà pourquoi inconsciemment tout le monde est à la recherche de l’esprit perdu. Ce que je dis c’est vrai pour tous les activistes, que ce soit les premières bandes – avant moi – ou les plus jeunes. Mais contrairement aux autres, moi j’ai ouvert le rap à des gens qui n’étaient pas censés en écouter.

Que penses-tu de cette nouvelle vague de MC’s qui rappent comme les anciens ?

Comme ce groupe, que je trouve très intelligent, qui essaie de ressusciter l’esprit années 1990 ? Comment il s’appelle ce groupe ? C’est tout un collectif, ils sont nombreux dedans…

1995 ?

Oui, 1995 ! Ils sont très intelligents. Ce sont des jeunes qui ont compris que le rap avait perdu son âme et son essence et qui sont assez cultivés pour savoir où aller piocher. Les jeunes qui n’ont pas ce recul croient souvent, à tort, que le rap est une musique de sauvages. En plus, c’est une musique pratiquée majoritairement par des noirs : ils ne manquent plus que les lances pour les amalgamer à des zoulous (rires). Mais en réalité, c’est une musique qui était très en avance sur les autres. C’est, compte tenu de l’époque, l’égal du rock ou de la pop. Chaque musique a ses grands artistes et ses grands groupes. Mais aujourd’hui, le hip hop est devenu un game qui court après le fait divers. Ce mouvement a perdu toute son intelligence et tout ce qu’il pouvait apporter aux jeunes qui l’écoutaient. Il avait des codes et même une mode. Actuellement, ils sont repris par des bourgeois. Ce sont des éléments qui ont été pris et piochés un peu partout dans la société. Le hip hop a été brisé en mille morceaux et chacun a pris ce qu’il voulait. Maintenant certains font des casques, d’autres reprennent le langage…

Dès ton premier album, avec Classez-moi dans la varièt’ par exemple, tu es très critique vis-à-vis du rap game. Est-ce que le hip hop n’a pas toujours été trop réducteur pour toi ?

Les autres rappeurs ne sont pas assez intelligents, ils ne m’intéressent pas. Qu’est-ce que j’en ai à faire d’un mec qui me raconte ses années de prison et qui m’explique qu’il est très doué dans tel art martial ? Moi, je m’en fous. (rires) Ça n’intéresse personne d’ailleurs. Et pire encore, ça ne fait peur à personne. Les rappeurs ne sont pas des voyous.  Des vrais voyous, tout le monde en connaît et ce n’est pas dans les studios qu’on les trouve. Un voyou c’est quoi ? Un Guadeloupéen, un Corse ou un Algérien. (rires) Plus sérieusement, les vrais durs sont dans la rue et pas dans le rap. Les rappeurs ne sont que des enfants qui rêvent de la vie d’Al Pacino dans Le Parrain. Va demander à MC Solaar ou à n’importe qui d’autre si les rappeurs sont des grands durs !

Tu as récemment dénoncé la misogynie de Booba et tu as dit qu’il était bidon. Pourtant, il n’y a pas si longtemps tu disais qu’il était intelligent. On s’y perd.

Les propos rapportés par les médias marchent de la même manière que les téléphones arabes. Tu dis un truc à une première personne et la dixième ressort totalement autre chose. Je maintiens que Booba est quelqu’un de très intelligent qui joue avec tous les codes. Il s’inspire parfaitement de ce qu’il a observé des plus anciens, sans en refaire les erreurs. Plus jeune, quand on m’a demandé de vendre des t-shirts, j’ai rigolé et refusé. J’ai répondu que j’étais là pour faire de la musique et pas de la vente. Pareil, quand on m’a demandé de jouer au dur et de jouer au voyou. À l’époque, je voulais m’en sortir. J’ai des amis qui se sont retrouvés en prison ou sont morts. J’ai souffert de cette vie de voyou et je voulais la laisser derrière moi. Et puis je pensais à ma famille qui pouvait me voir à la télévision. Mais le public ici a tendance à aimer le radical et veut voir en nous des gens violents. Au fond qui est le rebelle ? C’est celui qui joue de son image de noir pour servir la machine ? Ceux qui jouent aux durs, même quand ils le sont réellement, servent la machine, car c’est ce qu’elle attend de nous. C’est le rôle qu’on nous a assigné. Ce que pourrait faire de mieux Booba, ce serait de faire un album avec Rohff que je produirais : on serait riches comme les noirs américains (rires). Il pourrait aussi dire qu’il arrête la drogue et essayer de donner une bonne image aux jeunes. Mais non, il préfère se montrer de plus en plus fonce-dé et casser des gueules…

Les femmes ont toujours joué un rôle central dans ta musique : penses-tu que leur image s’est dégradée dans le rap ?

Diam’s avait son rôle à jouer mais elle a préféré la religion. Elle a fait ce qu’elle avait à faire et elle a emmené le rap féminin où elle le voulait. Mais à notre époque, nous parlions pour les femmes, en tant que rappeurs. Puis quand Diam’s est arrivée, ça a été son tour. Aux États-Unis, ils ont des Queen Latifah et des Lil Kim. Mais il n’y a pas que l’image de la femme qui est en danger dans le rap. C’est toute l’image du rap qu’il faut sauver. Regarde à quoi ressemble un rappeur ou un amateur de rap dans un film : ils sont vus comme des sauvages.

Pourtant sur Paris, le public rap s’est beaucoup démocratisé ces dernières années…

« Les vrais durs sont dans la rue et pas dans le rap. . Les rappeurs ne sont que des enfants qui rêvent de la vie d’Al Pacino dans Le Parrain.  »

Espérons ! Mais d’après moi les bobos n’écoutent plus de rap, ils ont juste gardé les baskets. C’est fini, ils ont compris qu’il n’y avait rien à gratter de positif. Pourquoi écouter des chansons qui parlent de meurtre ? De même, les rappeurs qui décrivent leur quartier, ça n’a pas de sens, ça n’intéresse personne.

Il n’y a pas que dans le rap qu’on voit cela pourtant : un chanteur comme Renaud, avec Dans mon HLM par exemple, le fait aussi.

Exactement !

Et ton affection pour Renaud est bien connue.

Je dirais de l’affection mais aussi de la désaffection. J’ai fini par comprendre que c’était le genre d’artiste qui profite de la faiblesse des autres. Sauf que je l’ai compris trop tard. Ces artistes jouent aux simples mais ne le sont pas. Tu ne peux pas parler aux gens simples assis dans un salon à Saint-Germain. Après, ça existe aussi des milliardaires rouges… Beaucoup d’artistes sont faux, ils ne sont pas en accord avec leur discours.

Que des numéros 10 dans nos teams

IAM versus NTM. OM contre PSG. Il n’y a décidément pas plus belle époque que ces années 1990. Du temps où coups de coudes et tacles à hauteur de genoux venaient animer le fameux classico français, OM – PSG. Le rap français, lui aussi, s’est cherché une rivalité. Celle-là même qui enflammait déjà côte Est et Ouest des États-Unis. Les groupes IAM et NTM sont choisis pour disputer le match. L’arbitre se nomme Les Inrockuptibles. Match d’idéologie où tensions et joutes verbales se mêlent à l’inévitable question des couleurs footballistiques. Kool Shen attaque le premier : « Moi, je suis PSG. […] [Les Marseillais] vous avez ce côté parano vis-à-vis des Parisiens, mais il y a combien de supporters du PSG à Marseille ? Douze ? À Paris, il y a énormément de supporters de l’OM. » Réponse d’AKH, « Le PSG est une belle équipe, mais on ne peut pas supporter le kob de Boulogne et France Football. » Rien à faire, le Sud et le Nord ne passeront jamais leur vacances ensemble (enfin, à part lors de ce maudit chassé-croisé de fin juillet).

Quelques années plus tard, Nord et Sud de la France reparlent ballon rond. Le collectif IV My People signe la bande originale du très bon documentaire À la Clairefontaine qui suit le destin du fleuron de la formation française. Sur la Cannebière, ce sont les Psy 4 de la Rime qui rappent l’Ohème à l’occasion du projet OM All Stars (2004). La même année, Booba électrise le rectangle vert à coups de crochets et de football champagne.
N°10 permet à Coach B2O d’expérimenter son nouveau schéma de rap uniquement basé sur le culte du meneur de jeu. Le football-rap romantique est né. Arrigo Sacchi, lui, ne peut qu’applaudir.

Mais c’est bel et bien Doc Gyneco qui écrasera la concurrence avec le célèbre Passement de jambes. Sur un beat monstrueux, le Doc accumule les clins d’œil au monde du foot tout en livrant une prestation microphonique remarquable. De Bebeto à Marc Landers, en passant par le célèbre jeu vidéo Kick Off, tout y passe. C’est ce qu’on appelle réussir son passement de jambes tout en flambant sur le beat.

Lamine Belharet

Boîte noire

Équipe de France de basket : derrière le Graal européen, la misère du basket français

Texte publié le 29 septembre sur RAGEMAG avec Mathieu Paumard

Il y a quelques jours en Slovénie, l’équipe de France de basket décrochait enfin la timbale aux Championnats d’Europe. Une victoire qui sonne comme une récompense après des années de lutte et de déception. Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce titre cache une réalité moins reluisante. Celle d’un basket français boudé par les médias et d’un championnat local, la Pro A, en perte totale de vitesse.

La France était, jusqu’à très récemment, la seule grande nation du basket européen à posséder un palmarès totalement vierge. Certes, il y avait eu ces quatre médailles d’argent, obtenues aux Jeux olympiques (1948 et 2000) et aux Championnats d’Europe (1949 et 2011). Mais c’était encore trop peu. Cette fois-ci, nous parlons du plus beau des métaux : l’or. Finis les vulgaires lots de consolation (sept médailles de bronze européennes) ou les cruelles désillusions. Les Bleus peuvent enfin regarder leurs adversaires depuis la plus haute marche du podium. Mais au-delà d’une victoire finale et d’un titre de champion, nous avons affaire à l’aboutissement d’une longue histoire, ainsi qu’à une revanche inimaginable il y a encore une quinzaine d’années.

L’équipe de France naît pourtant sous les meilleurs auspices et appartient au gratin international jusque dans les années 1960. Puis elle connaît une longue traversée du désert, disparaissant peu à peu de la scène mondiale. Tandis que le monde entier écarquille les yeux devant la Dream Team américaine, nos Français ne suscitent aucun engouement. Et pour cause : ils sont absents de toutes les grandes compétitions. Il faudra attendre le Championnat d’Europe 1999 pour que la sélection hexagonale refasse parler d’elle. La France peut alors compter sur une génération talentueuse menée par ses deux leaders, Antoine Rigaudeau etTariq Abdul-Wahad.

Cependant, la quatrième place obtenue lors du tournoi masque d’énormes problèmes internes. Bien avant leurs homologues footballeurs, nos basketteurs s’entredéchirent, sur fond de communautarisme selon certains. Cette situation houleuse débouche finalement sur l’exclusion de Tariq Abdul-Wahad, pourtant plus grande star du basket français et seul joueur de l’époque à évoluer en NBA. Malgré cela, les tricolores emmenés par Rigaudeau parviennent à se hisser en finale des J.O. de Sidney un an plus tard, face à des Américains trop forts pour eux. Cet exploit extraordinaire permet à la France de se repositionner sur l’échiquier mondial.

Une génération dorée

La même année voit débarquer la fameuse génération 82 de Tony Parker. La future ossature de l’équipe de France va rapidement et durablement graviter autour de ces joueurs qui remportent le titre de champions d’Europe juniors, en Croatie. La bande à Parker se compose de Ronny Turiaf,Mickaël Pietrus et Boris Diaw (seul présent avec TP la semaine dernière en Slovénie), tous évoluant en NBA. Nous pouvons y ajouter Florent Pietrus (1981) et Mickaël Gelabale (1983). Le meneur des Spurs est le plus précoce et honore sa première sélection A en 2000. Durant le Championnat d’Europe 2003, ces Bleus new look, qui ont déjà largement investi les Etats-Unis, imposent leur marque en affichant d’emblée leurs ambitions : la victoire finale.

Malheureusement, ils buttent en demi-finale et n’obtiennent ni médaille ni qualification pour les J.O. d’Athènes. S’ensuit une série d’échecs, symbolisée par des défaites amères face au voisin espagnol. Le 18 septembre 2011, l’équipe de France est surclassée par un Juan Carlos Navarro stratosphérique et le duo d’intérieurs formé par les frères Gasol (Marc et Pau) en finale du Championnat d’Europe. Rebelote en quarts de finale des J.O. de Londres, où les Tricolores finissent par exploser physiquement et mentalement dans les cinq dernières minutes.

Cela aurait pu être la fin d’une histoire. Car la France de 2013 paraît bien plus fébrile que ses homologues de 2011 ou de 2012. Elle est d’abord fragilisée par les forfaits de Joakim NoahKevin SéraphinIan MahinmiAli TraoréLudovic Vaty et Ronny Turiaf dans la raquette. Elle est ensuite moins brillante dans le jeu et cède dès son match d’ouverture contre l’Allemagne au premier tour, puis à nouveau face à la Lituanie et la Serbie au deuxième tour. Les Bleus s’en sortent finalement sans encombre.

Mais s’ils veulent atteindre la finale, ils doivent d’abord vaincre la Slovénie, pays organisateur, en quarts. Puis, ils devront croiser la route de l’Espagne, double tenant du titre, qui malgré un tournoi relativement médiocre et l’absence de certains joueurs majeurs (Navarro, Pau Gasol, Serge Ibaka…) fait encore figure de favorite. Mais la France de 2013 a des ressources. C’est un savant mélange entre deux générations exceptionnelles : celle de 82 et celle de 88 (Nicolas BatumAntoine Diot et Alexis Ajinça), qui, comme son aînée, a été championne d’Europe junior en 2006, en Grèce. Un brillant dosage entre joueurs évoluant en NBA et sur le Vieux Continent. Portés par un Tony Parker en grande forme, les Bleus éliminent la Slovénie,sont héroïques défensivement face à l’Espagne après une première mi-temps désastreuse et se transcendent enfin offensivement contre la Lituanie. Tout cela également grâce à un coaching souvent inspiré du sélectionneur Vincent Collet. Une épopée victorieuse comme nous les aimons dans notre Hexagone. Pourtant, un détail gâche un peu la fête : avant la demi-finale, l’Equipe de France bénéficiait d’une couverture télévisuelle médiocre.

Le désamour des médias pour le basket français

Les amoureux de basket, désireux de suivre en détail ce Championnat d’Europe, n’étaient effectivement pas gâtés. Ils devaient surfer entre Canal+ Sport pour les matchs des Bleus, Sport+ pour les autres. Nous sommes bien loin des grandes retransmissions footballistiques. Ou même du rugby où tous les matchs de l’équipe de France, même amicaux, sont diffusés sur des chaînes publiques. Pourtant, avec environ 470 000 licenciés, le basket est le deuxième sport collectif le plus pratiqué dans notre pays, derrière le football (plus de 2 millions), à égalité avec le handball et devant le rugby (environ 350 000). Des licenciés auxquels nous pourrions ajouter les pratiquants de streetball, de plus en plus nombreux en France, comme en témoigne la popularité montante du Quai 54, tournoi international organisé tous les ans à Paris.

Certes, l’évènement a bénéficié d’un meilleur dispositif médiatique que les précédentes grandes compétitions –exceptés les Jeux Olympiques – mais est-ce une raison de se réjouir comme Jean-Pierre Siutat, le président de la FFBB ? Rien n’est moins sûr. Quand on regarde le classement des sports français selon leurs couvertures télévisées, nous nous apercevons que le basket pointe à une honorable cinquième place, derrière le rugby (quatrième) mais loin devant le handball (douzième). En regardant de plus près, le constat est nettement moins flatteur pour le basket hexagonal. Une simple comparaison avec le handball suffit à évaluer l’ampleur du problème. Si pour les équipes de France de ces deux sports, le bilan est équivalent, à savoir une diffusion systématique du groupe Canal+, pour les compétitions de clubs, la donne est bien différente.

En effet, les matchs du Championnat du France de handball (Division 1) ainsi que ceux de la Coupe de France sont eux aussi retransmis sur Canal+ etintéressent même France Télévisions. De leur côté, les fans du championnat de France de basketball (Pro A) doivent se contenter de Sport+. Même constat à l’échelon européen où BeIN Sport diffuse depuis la saison dernière la Ligue des champions(hand), quand l’Euroligue (basket) doit se contenter encore et toujours du petit Sport+. Alors à quoi doit-on ce classement, en apparence honorable ? La réponse est simple : au basket nord-américain, c’est-à-dire un peu à la NCAA (championnat universitaire) mais surtout à l’alléchante NBA. Cette dernière est largement diffusée sur BeIN Sport (6 matchs par semaine en saison régulière), après des années d’exclusivité sur Canal+.

Si la plupart des fans de basket en France savent que la dernière finale NBA a opposé les Spurs de San Antonio de Tony Parker au Heat de Miami de LeBron James (avec la victoire de ces derniers), ils se moquent éperdument de la victoire de Nanterre surStrasbourg en finale de Pro A ou de savoir que leReal Madrid s’est incliné en finale de l’Euroligue face à l’Olympiakos Le Pirée. Et rien de plus normal puisque les grands hebdomadaires ou mensuels français consacrés au basketball font la part belle à la NBA, quand ils ne parlent pas exclusivement d’elleou mettent carrément la clef sous la porte. Dans une plus large mesure, c’est la presse sportive qui s’intéresse très peu au basket hexagonal, quand elle ne rabaisse pas directement les performances de son équipe nationale.

Une situation qui agace passablement certains acteurs comme Laurent Sciarra, médaillé olympique à Sydney, dans une interview pour Le Monde : « Mais si après tous les efforts faits par ces garçons, une compétition comme ils l’ont faite et une finale comme ils l’ont écrasée, si vous, les médias, vous ne retenez que le fait que l’Espagne ait été privée de Pau Gasol, Juan Carlos Navarro et Serge Ibaka, notre sport ne pourra jamais décoller. Vous nous cassez les bonbons avec le football et de temps en temps avec la Coupe Davis, avec ces joueurs qui sont soi-disant si fabuleux… » Même s’il reconnaît volontiers que ce succès de l’équipe de France pourrait changer la donne : « Gagner ce tournoi, c’est bien pour cette génération. C’est bien pour les joueurs et surtout pour notre sport qui avait besoin d’une victoire référence au niveau de l’équipe de France. Là, ça y est. J’espère que ça ne sera pas juste un feu de paille et qu’on va pouvoir s’appuyer dessus et que ça va permettre à une nouvelle génération de passer ce cap. »

Canal+ a en effet acquis les droits de la Pro A jusqu’en 2017 et accepté de diffuser certaines rencontresen clair sur D8 ou D17, voire d’en céder quelques unes à France Télévisions, alléchée par les audiences records de la finale de l’Euro (5,5 millions de téléspectateurs). C’est bien maigre mais c’est toujours ça de gagné…

Et pendant ce temps, la Pro A traverse le désert…

Mais revenons à l’essentiel : le basket français est-il alors vraiment victime d’un vaste complot médiatique, boudé injustement par l’opinion publique qui ne s’intéresse qu’aux paillettes et aux sirènes du grand spectacle de la NBA ? Après tout, c’est vrai, des dunks, des cheerleaders et des double-mètres tatoués, il y en a aussi à foison sur les parquets de Pro A. Sauf que ça n’intéresse personne, et souvent à juste titre. Le graal européen de la bande à Parker cache la misèreordinaire de notre championnat national.

Selon Antoine Rigaudeau, dans une interview accordée à l’Équipe en octobre 2012, le constat est sans appel : « Techniquement, c’est la deuxième voire la troisième division européenne. Tactiquement, c’est pareil. Physiquement, ça pourrait être beaucoup plus fort dans l’impact. » Une réflexion étayée par les performances catastrophiques des clubs français en Euroligue depuis plusieurs années. C’est bien simple, depuis 10 ans, trois équipes seulement ont atteint le top 16, pour un bilan de 4 victoires et 14 défaites à ce stade de la compétition, et bien sûr aucune qualification pour les quarts de finale dans la foulée. Pire encore, depuis 2007, aucun champion de France n’a dépassé les premières poules de qualification et les clubs de l’Hexagone doivent se contenter des accessits dans des épreuves continentales de seconde zone comme l’EuroChallengeLe sacre du CSP Limoges en 1993 semble aujourd’hui un souvenir bien lointain.

Comment expliquer un tel manque de compétitivité sur la scène continentale ? Un des premiers éléments de réponse est le manque de hiérarchie au niveau national. Comme le déclarait Hervé Touré, intérieur français ayant évolué durant 6 saisons dans le championnat italien, lors d’une interview à nos confrères de Rue89 : « La Pro A, c’est l’endroit où tout est possible ! Tout le monde peut battre tout le monde. C’est un peu comme Disneyland. » Champion de France cette année : la JSF Nanterre, en Pro A depuis seulement deux ans, deuxième plus petit budget de la ligue avec 2,6 millions d’euros. À titre de comparaison, c’est un peu comme si Ajaccio ou Reims finissaient en tête de la Ligue 1 de football. Un exploit évidemment majuscule, à saluer. Une belle histoire à raconter. Mais qui montre bien les difficultés actuelles du basket français à retrouver des locomotives, susceptibles de porter le championnat vers le haut. Et surtout aucun sponsor assez fou pour financer des clubs aux résultats si aléatoires (9 champions différents sur les 11 dernières saisons).

« La Pro A n’est pas vendable. […] Aucun club ne domine. À partir de là, c’est difficile pour les investisseurs de choisir un club et de mettre de l’argent. Tout le monde est du même niveau avec plus ou moins le même budget. […] L’idéal serait d’avoir une ou deux équipes vitrines qui dominent, susceptibles d’attirer les meilleurs jeunes Français, formés par les équipes qui auraient un peu moins d’argent. Il y aurait une vraie hiérarchie, comme quand j’étais à Cholet et que notre but était de battreLimoges ou Pau. », explique encore Antoine Rigaudeau.

Conséquence directe, les clubs français dépendent massivement des collectivités locales et du contribuable. En 2010-2011, 40 % en moyenne du budget des équipes de Pro A provenaient des subventions et de l’argent public. Ce chiffre pouvait même atteindre 71 % pour un club comme le Paris-Levallois. Difficile dans ces conditions de se développer ou d’avoir les coudées franches auprès des politiques pour défendre des projets comme la construction de salle multifonctions, afin de pouvoir prendre une certaine indépendance économique.

Si certaines initiatives aboutissent comme à Rouen avec l’ouverture du Kindarena en 2012, d’autres sont au point mort depuis plusieurs années, comme celui de l’ASVEL, si bien que les actionnaires menacent de quitter le navire en cours de route, comme l’a récemment déclaré Tony Parker. Sans oublier que le basket reste en France une affaire de moyennes ou petites agglomérations. Il ne s’agit bien sûr pas de militer comme des forcenés pour la création artificielle de clubs dans les plus grandes villes du territoire, en dépit de toute tradition. Mais force est de constater que les rois du pétrole et des dollars ont peu de chance de placer leurs billes à Cholet, Gravelines ouOrléans. Pour le strass et les paillettes, on repassera.

Dans ces conditions, et avec des budgets limités, impossible de concurrencer les ogres européens venus d’Espagne, de Grèce, de Turquie ou encore de Russie. À moins de changer complètement son fusil d’épaule, d’arrêter de faire venir quantité d’étrangers d’un niveau douteux ou en bout de course et de se recentrer sur la formation. Là encore, Antoine Rigaudeau propose des pistes intéressantes : « J’ai toujours pensé que la Pro A devrait être un championnat de jeunes, à la serbe ou à la croate. Avec des joueurs du cru, qui travaillent pour mériter du temps de jeu. Il faut penser à une politique commune de travail chez les jeunes, très en amont, en benjamins, minimes, cadets. Les préparer au haut niveau, sans obligatoirement rechercher les résultats très vite, où justement tu oublies l’exigence technique, tactique, physique. Pourquoi nous, Français, n’aurions-nous pas le même niveau de compétitivité en Euroligue que le Partizan Belgrade ? »

C’est sûr que deux quarts de finale et une participation au Final Four de l’Euroligue depuis 2008 (agrémentés de 5 titres en Ligue Adriatique et 11 trophées nationaux dans le même temps) pour un club qui mise tout sur la formation des espoirs locaux, cela ferait saliver n’importe quelle équipe française. On peut d’ailleurs noter que le Partizan compte dans ses rangs deux de nos meilleurs jeunes : Joffrey Lauvergne (titré en Slovénie) et Léo Westermann. Un nouveau signe qui montre bien que si nos graines de champion ne peuvent pas acquérir l’expérience du haut niveau grâce à la Pro A, ils partiront ailleurs…

Des institutions plombées par l’immobilisme

Bon d’accord, on a bien compris qu’on n’avait pas d’argent mais quelques idées pour s’en sortir. Il suffit donc à la Ligue Nationale de Basket, qui chapote notamment la Pro A, de piocher dedans pour redresser la barre, non ? Douce utopie. Car ces dernières années, la LNB patine allègrement dans la semoule, entre coups médiatiques ratés et réformes révolutionnaires avortées.

Au lieu de resserrer son élite pour que la Pro A devienne plus compétitive, la Ligue souhaite l’élargir à 18 puis 20 clubs. Une commission avait même vu le jour dès cette année pour étudier des dossiers de candidatures susceptibles d’être intéressantes sur le plan économique (niveau des équipements, population locale, stratégie marketing et de communication). Les clubs menacés de relégation en Pro B avaient même rempli le formulaire, au cas où. Depuis mars, plus de nouvelles et la Pro A reprendra bien à 16 clubs dans moins d’une semaine.

Et pourtant, ce n’est pas la première fois. La Pro A était déjà passé brièvement à 18 clubs entre 2003 et 2007 dans le but de relancer les clubs français dans les compétitions continentales. Avec la réussite déjà évoquée plus haut. « Le basket français a toujours été assez politisé, trop souvent dans sa guerre de clochers. C’est un peu un sport de rochers, chacun pense pour son truc », conclut Antoine Rigaudeau. La Pro A, championne de l’immobilisme.

On passera volontiers sur d’autres idées ubuesques, finalement laissées en plan comme la création de poules régionales avant le début du Championnat (si la NBA a droit à ses conférences, pourquoi pas nous ?!) ou encore d’une Coupe d’Europe bis, réunissant des championnats de troisième zone (France, Angleterre, Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Portugal), histoire que nos clubs puissent gagner quelque chose.

La LNB tente alors des coups d’un soir, comme déplacer certains événements dans des lieux plus prestigieux (le Palais des Congrès) ou exotiques (la Semaine des As rebaptisée Leaders Cup à… Disneyland). Les Américains avaient Space Jam avec Michael Jordan et les Looney Tunes, alors on nous offre généreusement Antibes / Dijon avec Mickey et Donald. Mais la Ligue peine à assurer le service après vente dès que le jeu en vaut la chandelle. Selon Brice Moulin, auteur de Sport, fric et strass – dans les coulisses du sport business, « la finale des JO Sydney n’a entraîné quasiment aucune retombée ». Idem pour la venue des étoiles françaises lors de la grève NBA en 2011, qui a vu la fréquentation des salles augmenter en flèche durant quelques semaines avant de retomber cliniquement dès leur retour aux États-Unis.

Espérons que cette fois-ci, les institutions françaises parviendront à capitaliser sur cette victoire et surtout sur la sympathie générée par cette équipe de France et son leader charismatique. En insistant sur le fait que certains joueurs majeurs du sacre (Antoine Diot et Alexis Ajinça) ainsi que leur coach évoluent en Pro A, à Strasbourg. On croise donc les doigts pour que le basket français finisse par trouver son oasis au milieu du désert.

 

Trois questions à Matteu Maestracci, journaliste àFrance Info, spécialisé dans le basket.

Est-ce que, selon vous, cet Euro va avoir un impact sur le traitement médiatique du basket en France ?

Au quotidien, je ne pense pas. Le basket, on le suit peu dans les médiasmainstream, grand public pendant l’année. Ce qui intéresse vraiment les fans de basket, c’est la NBA, mais les médias ne s’y intéressent pas car les droits sont chers et il y a un problème de décalage horaire. Le reste, ce n’est pas très bandant, à part l’Euroligue qui excite un peu mais ça ne dépasse pas un cercle d’amateurs réduit. Comme la Pro A, c’est un truc de fidèles.

Maintenant, ce qui va se passer quand la France va jouer, c’est qu’il y aura un intérêt car elle est championne d’Europe. Manque de pot, pour le Mondial de 2014, Parker va peut-être être absent car il lui faut parfois des années off, idem pour Batum et Diaw. Les principales stars ne seront pas là, donc l’intérêt médiatique risque de vite retomber. Paradoxalement, il y a beaucoup de licenciés en France, mais peu de public. Quand les chaînes de télé ne passent pas de basket, c’est parce qu’elles savent qu’il n’y aura presque pas de spectateurs. Il y aura plus de crédibilité et de respectabilité après cet Euro mais ça ne va pas modifier le traitement médiatique de la Pro A. L’impact se fera plus sur l’opinion, car les gens aiment cette équipe.

Comment expliquez-vous les difficultés actuelles de la Pro A, qu’elles soient sportives ou médiatiques ?

C’est un championnat un peu ringard, il n’y a pas de star et il y a un problème de hiérarchie car il y a un champion différent chaque année. Nous, à France Info, on ne fait que les compétitions internationales en entier, et la Pro A juste au début pour dire que ça existe et à la fin, pour la finale. La seule exception, c’est quand les stars de NBA sont revenues en 2011 pour le lock-out. Mais sinon, il n’y a pas de hiérarchie lisible, et ce n’est pas un truc médiatique qui s’auto-alimente comme le football. Le seul moment qui a été un peu intéressant, c’est quand Nanterre a été champion, car il y avait une histoire à raconter.

C’est aussi un problème de budget, les clubs français ont un budget d’environ 3 millions d’euros par an, les clubs en Euroligue c’est deux fois plus. À cause de ça, les meilleurs joueurs ne restent pas en France.

Tony Parker aura-t-il sa place au Panthéon du sport français, bien que finalement son talent s’exprime peu en France ?

Oui car ce qu’il fait est exceptionnel, que l’on s’intéresse ou pas à sa carrière. Il a été trois fois champion NBA, et pas en cirant le banc ! En étant un artisan de son équipe. C’est extraordinaire. Tous les étés, il vient sous le maillot français avec une certaine sincérité alors que d’autres jeunes s’en foutent. Sur ce qu’il apporte au sport français, c’est un monstre.

Lucie Bacon

Boîte Noire