La fin des supports physiques et l’avènement du digital : mauvaise chose ?

Texte publié le 23 avril 2012 sur Sound Cultur’ALL

« Avant j’achetais des disques, j’écoutais même ceux que j’aimais pas, aujourd’hui j’ai 40 gigas d’MP3 qu’j’écoute même pas » Orelsan

K7C’est triste, à peine 23 ans et je suis déjà un jeune con réac’. Et pire, j’ai décidé d’écrire tout un article pour l’assumer ! Non, en fait, ce n’est pas le vrai but de cet article, mais bon, une fois que tu l’auras lu, la seule chose que tu retiendras, c’est bien ça : « L’Impertinent, il saoule, il n’est même pas foutu d’vivre avec son temps ». Ben voilà, je suis né à la fin des années 80, j’ai grandit dans les 90’s et j’ai muri (vieilli ?) dans les 00’s. Dans ma courte vie (Quoique notre vie n’est-elle pas déjà trop longue à partir du moment où on vient au monde ?), j’ai vu notre société évoluer et se transformer, parfois en bien, souvent en mal. J’ai connu l’effondrement du bloc soviétique, la réunification de l’Allemagne, l’éclatement de la Yougoslavie, j’ai assisté à la chute du mur de Berlin (#syndromesarkozy), j’ai vu le 11 septembre bouleverser nos vies, j’ai connu 3 présidents français (bientôt 4 ?), j’ai vu un noir devenir l’Homme le plus puissant du monde, et j’en passe ! J’ai connu l’époque où le football français, qui à défaut de nous proposer du beau jeu, arrivait à nous faire rêver. J’ai dansé sur des tubes de l’été dégueux, j’ai vécu la mode des boys bands, celle de la dance et j’ai même connu l’époque où Doc Gyneco était génial

Mais, l’événement le plus marquant de notre ère est certainement l’avènement du numérique, symbolisé par la démocratisation des ordinateurs et d’internet. Et là tu te dis « Mais qu’il est relou ce mec, quand est-ce qu’il en arrive au sujet ? ». T’inquiète pas, j’y arrive ! Comme on le sait tous, internet a bouleversé nos vies, mais a bouleversé le monde de la musique. A l’ère du tout-numérique, de la démocratisation de la culture, du progrès technique et du téléchargement, le musique elle aussi se dématérialise, au point qu’on peut logiquement croire, qu’un jour, la musique n’existera plus qu’en digitale sans aucun support : bonne ou mauvaise chose ?

S’il y a un art qui vit avec son temps, c’est bien le 4ème art (la musique si t’es pas au courant). Contrairement au 2ème ou 3ème art (la sculpture et la peinture, si t’es toujours pas au courant), la musique change constamment de support. Art dématérialisé par nature, c’est en 1904 que la musique se matérialise et qu’apparaît le premier support musical commercial, à savoir notre bon vieux disque vinyle(sisi, j’ai fait des recherches qu’est-ce que tu crois ?). Evoluant constamment au gré des évolutions techniques et technologiques, ce vinyle archaïque donne naissance à des formes évoluées, tels que le 33 tours en 1948 ou le 45 tours en 1949 (#wikipédiaestmonami).  Puis, le bon vieux disque de nos parents, engendre notre Compact Disc (CD) en 1981. Bien plus compact (comme pourrait l’indiquer son nom) et ainsi plus pratique, le CD remplace peu à peu le vinyle… Certes, ce dernier n’a jamais disparu, mais, soyons d’accord, son utilisation est presque devenue marginale. En parallèle, la cassette fait son apparition en 1963, permettant d’enregistrer du son et de l’écouter.

Puis l’informatique a décidé de changer les règles du jeu ! En 1994, un nouvel algorithme de compression est mis au point : le MPEG-1/2 Audio Layer 3, plus communément appelé le MP3. Mais, ce format ne commence à se diffuser réellement que dans les années 2000. Grâce aux plateforme de téléchargement (telles que Napster), les Peer-to-peer (comme eMule) ou les sites d’hébergement (encore une fois, R.I.P. Megaupload), ce format se démocratise très vite et favorise la crise du disque. Les ventes chutent drastiquement et ce ne sont pas les pauvres lois Hadopi de M. Sarkozy qui vont changer la donne. Pour donner un ordre d’idée, en France, en 1999, un album était certifié disque d’or au bout de 100 000 ventes, ce chiffre n’était plus que de 75 000 en 2005 et de 50 000 en 2009. Pour résumer, en 1999, un artiste en moyenne vendait deux fois plus qu’actuellement. Vous me direz que le téléchargement n’y est pas forcément pour quelque chose et blablabla, et d’ailleurs, je ne suis pas forcément en désaccord avec vous sur ce point, mon but n’est pas de diaboliser le MP3 (sinon je serais le roi des hypocrites), mais ce n’est pas non plus de comprendre pourquoi l’industrie musicale va mal (dans cet article en tout cas). Bref, revenons à nos moutons, la crise du disque est là, les maisons de disques et distributeurs trouvent pour seule et unique solution de proposer des téléchargements légaux et payants.

Le problème ? De plus en plus de disques ne sortent qu’en MP3, sans support physique. Evidemment, je comprends que c’est beaucoup plus pratique, car, moins cher en terme de coûts pour le label (ou l’artiste indé) et plus avantageux financièrement pour l’auditeur. D’autres même, proposent des bonus disponibles que pour la version digitale… En fait, vous ne comprenez toujours pas mon problème, mais il est simple : j’aime acheter des disques physiques !!!!! Et je sais qu’en réalité, vous êtes pleins comme moi à aimer regarder votre pile de CD entassée sur votre bureau et même que vous en retirez une sorte de fierté. Le bonheur à l’achat d’un disque, ouvrir le livret pour lire les paroles, les noms des compositeurs ou même des dédicaces et remerciements, … tous ces petits plaisirs n’ont pas de prix et ils sont en train de mourir avec le tout-numérique ! Sans oublier la joie d’enregistrer sur sa K7 le dernier morceau diffusé en radio ou un gros freestyle en direct et de se le réécouter en boucle le lendemain sur son walkman. Des kiffes que les plus jeunes ne peuvent pas comprendre, mais je suis certain que beaucoup trop parmi nous les ont aussi oublié.

Mon but n’était nullement de critiquer le téléchargement, car je serais (très) mal placé pour le faire (et j’ai de bons arguments pour le défendre). Ce n’était pas non plus de critiquer les artistes qui proposent leurs albums en téléchargement légal (qu’il soit payant ou non d’ailleurs), ils doivent bien s’adapter à notre société, surtout en période de crise (de l’industrie musicale et économique). Je ne voulais pas non plus critiquer les plates-formes de téléchargement légal, elles ont vu qu’il y avait du profit à se faire et elles ont raison de surfer sur la bonne vague. Je ne voulais même pas critiquer le MP3 lui-même, car, avouons-le, c’est un format très sympa. Je voulais juste passer un coup de gueule ! Montrer comment une innovation cool pouvait avoir des effets pervers. Montrer comment en se transformant, la société pouvait sans le vouloir détruire de bonnes choses au profit de chose qu’elle juge meilleure. Je voulais montrer comment une chose bonne sur un plan pouvait être mauvaise sur un autre plan (oui, tout dépend de l’espace de définition où on se place. Hein !? Je pars dans un délire geek !? Ok, j’arrête). Je voulais aussi montrer que l’évolution n’est pas toujours bonne sur tous les plans. Oui, je voulais surtout laisser s’exprimer le nostalgique que je suis. Bref, rendez-moi ma Super Nintendo, que je puisse geeker en paix toute la journée sur un bon vieux Street Fighter, avec en fond sonore une K7 remplies de sons mal enregistrés et foutez-moi la paix avec vos saloperies technologiques… Mais pas trop longtemps non plus, ça me manquerait vite.

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Loan – Interview

Interview publiée le 17 avril sur Sound Cultur’ALL

LOAN_PHOTO_06Active depuis près de 15 ans, Loan fait parti des poids lourds de l’underground électro français, comme l’atteste sa nomination aux Electronic Music Awards en 2009. Passionnée par la musique, notre DJette est un vrai VTT capable de s’aventurer sur n’importe quel terrain. C’est à l’occasion de la sortie de son nouvel EP, intitulé Drop Circles, que l’équipe de Sound Cultur’ALL a décidé d’aller à sa rencontre. Un entretien sans langue de bois, où l’artiste nous parle d’elle, de son parcours, de ses projets et de sa vision sur l’électro actuel.

Sound Cultur’ALL : Salut Loan, présente-toi en quelques phrases !

Loan : Je suis une productrice de musique électronique, qui aime naviguer dans plusieurs sphères, si possibles étranges, riches en groove et en fusion. Il y a un peu plus d’une quinzaine d’années, j’ai commencé avec de la techno version musclée, pour me plonger ensuite dans du garage, du 2step et du breakbeat. Aujourd’hui on définit ma musique comme étant du dubstep. Ok, pourquoi pas…

SC : Justement, en survolant un peu ta discographie, j’ai l’impression que tu peux autant aller puiser dans le dubstep que dans le breakbeat ou la bass music… Tu définirais comment ta musique ?

L : Le terme « bass music » englobe pas mal de choses. Et finalement, tous ces styles sont pareils. C’est juste de la musique. Pour définir la mienne, je dirais qu’on retrouve souvent un côté onirique, à la fois mental et tribal. Que ce soit dansant, planant, grinçant, peu importe, j’essaye de partager un ressenti, une émotion du moment. J’aime peindre un tableau lorsque je compose, raconter une histoire, amener l’auditeur avec moi dans un voyage. Je souhaite avant tout partager ce qui m’inspire, ce qui me fait rêver, quitte à prendre le risque de semer le trouble sur le dancefloor…

« J’aime peindre un tableau lorsque je compose, raconter une histoire, amener l’auditeur avec moi dans un voyage. »

SC : D’ailleurs, la vague dubstep qui se propage actuellement en France, tu en penses quoi ? On est un peu en retard sur Londres non ?

Loan : Dès lors que ça vient de l’étranger, ça met toujours un certain temps à se propager. Ceci dit, du dubstep, j’en écoute en France et j’en fais depuis un peu plus de 6 ans. Si on parle de « vague » comme étant une déferlante devenue populaire, alors oui, ce qui se propage à l’heure actuelle est une variante ultra mainstream du dubstep original, qui regroupait pas mal de styles et variantes. Personnellement, il y a beaucoup de choses dans le dubstep actuel que je ne peux plus écouter. Overdose, impression d’entendre toujours le même morceau… Je trouve ça trop «bling bling» à mon goût, il y a comme une démonstration de technicité, de production du son, en délaissant ce qui est fondamental pour moi, le groove, la musicalité, et sa capacité à vous toucher, vous transpercer. Ceci dit, cela reste de la musique, et je sais la respecter et même l’apprécier. Il y a beaucoup de prod. dites « dubstep » avec d’autres sensibilités, d’autres influences, des disques qui sortent toutes les semaines avec des tueries… Je pense aux labels Deep Medi, Hessle Audio… Mais ce n’est pas cette scène « alternative » qui marche en France.

Ce que je recherche avant tout, c’est de la fraîcheur, de l’originalité dans de la bonne musique. A force de vouloir mettre des étiquettes, tout est devenu ultra « sectarisé ». Quand j’entends deux personnes qui discutent, l’une disant qu’elle aime la techno minimale, et l’autre surtout pas, mais plutôt de la techno deep house, ça me donne envie de vomir tellement c’est consternant ce manque d’ouverture. Tu changes de 10 BPM ton set, et tout un pan du public décroche. Tous les styles viennent de la même mère, l’acid house, que ce soit de la jungle, de la techno, du hardcore, du dubstep ou autre.

SC : D’ailleurs, il y a une vraie culture électro en France par rapport à Londres ou Berlin ? Et être à Marseille ce n’est pas un handicap dans le monde de l’électro ? Tout n’est pas un peu centralisé dans la capitale ?

L : Oui tout est centralisé à Paris, c’est sûr. Mais bon, il s’y passe quoi au final ? A Londres, Berlin, New York, il y a une culture de l’électro, une vraie énergie, un dynamisme, ça reste positif. Des projets qui naissent, des nouveaux artistes, des labels qui vont de l’avant ! A Paris, je ressens presque plus rien de tout ça. Ça grimace, un fond de motivation, une poignée de nouvelles propositions artistiques… A un moment, je ne m’y retrouvais plus… j’ai décidé de partir.

Etre à Marseille, c’est loin d’être un handicap, bien au contraire, il y fait bon vivre, le soleil, la mer, ambiance village vacances… Pour mon travail et ma famille, c’est une bonne étape. Pourvu que j’ai un accès internet, et je suis connectée au monde entier !

SC : Des artistes qui t’ont influencé ?

L : Impossible de faire cette liste bien trop longue ! Ma première gifle, c’était Public Ennemy quand j’étais petite. La dernière en date, c’est Shlohmo. Entre ces deux, une multitude de noms…

SC : Tu rêverais de collaborer avec qui ?

L : Musicalement ? Des batteurs tels que Chris Dave et Tony Allen, des producteurs tels que Biosphèreou Amon Tobin, des chanteurs comme Paul St Hilaire, Salif Keita. C’est tellement doux de rêver…

SC : Tu t’es produite dans énormément d’endroits prestigieux (Rex, café de la danse, club Maria Joseph, …) : il y a des endroits où tu rêverais de mixer ?

L : Honnêtement, non. Au niveau des clubs, je n’ai pas de nom particulier qui me vient en tête… Il y a certains festivals où je rêverais de jouer, comme le SONAR à Barcelone qui pour moi, reste l’une des références en la matière ! Mais peu importe l’endroit, s’il y a un bon sound sytem et un bon public, je suis au top.

« Dans mon petit microcosme de musiciens, je vois tant de grands artistes, des labels de référence cesser de créer et de produire car il n’y a plus d’issue possible. »

 

SC : Pour en revenir à ton parcours, tu t’es lancée très tôt en fondant ton label (Sub-Radar Record), pourquoi finir par rejoindre une structure (IOT Record & DTC Records) ?

L : On a démarré Sub-radar records, j’ai commencé à apprendre à me servir de machines et à sortir des tracks sur mon label et d’autres. Au fur et à mesure, la gestion du label me prenait quasiment tout mon temps. Au bout de quelques années, j’en ai eu assez de ne jamais être contente de mes morceaux. J’ai donc décidé d’arrêter le label pour me consacrer à la musique, me donner le temps d’apprendre, progresser, et voyager.

Quelques années plus tard, je rencontre le label I.O.T. , puis le label DTC. Grâce à eux, j’arrive à mener des projets, je suis soutenue dans mes créations, et puis, c’est vachement plus « cool » d’être artiste que producteur.

SC : Donc, ton actualité c’est ton EP (Drop Circles) parle nous en un peu plus.

L : Drop Circles est un EP de 6 titres, avec des tracks à influence dub, dubstep, glitch… C’est surtout un EP qui accompagne une création artistique, centrée autour de la vidéo et de la danse hip hop. L’idée était d’adapter de la musique à un univers avec un danseur, et de mettre tout ceci en images.

SC : Comment s’est réalisée la connexion avec Yaman ? Pas très dur de concilier vos deux univers ?

L : Il y a un peu plus d’un an, en zappant d’une chaîne à l’autre, je tombe sur une émission avec un show de Yaman. C’est le déclic. En le voyant, j’ai eu tout de suite envie de faire un projet avec lui. Je lui propose donc de faire un track pour voir si ça collerait avec ce qu’il aimerait. On a discuté de musique, de l’univers qu’il aimait. Vu que le mien était très similaire, c’était facile de comprendre… J’en ai fini un, puis je me suis dit que je pourrais en faire un autre, et le troisième pareil, jusqu’à ce que finalement, je me décide à faire cet EP couplé à une vidéo.

SC : Vous avez travaillé comment sur ce projet ? Pour le son, t’as eu carte blanche ou tu devais répondre à des exigences de sa part ?

L : Comme je viens de dire, on a parlé de musique, d’ambiances, de références. Il n’y avait aucune exigence de sa part. J’ai juste essayé de coller au mieux à ce qu’il pourrait aimer, en l’amenant dans mon univers musical. Vu que j’avais le projet de faire la vidéo, j’ai recherché une thématique autour de laquelle centrer tout notre travail. J’ai pensé à l’élément Eau, en voyant Yaman danser, c’était ce que cela m’évoquait… et aussi par rapport aux idées musicales que je voulais développer, et il se trouve – petite anecdote – que Yaman appelle son style de danse « water style ». Tout a pris sa place et a pris forme presque sans que j’ai besoin d’intervenir… Étrange comme des fois, on est aspiré par un élan créatif qui nous mène vers une évidence, une réalité. Tout le défi est alors d’arriver à retranscrire ceci au monde extérieur et de le partager.

SC : Et au niveau de la réalisation du clip ça s’est passée comment ?

L : L’équation de départ à résoudre, c’était : comment avec un minimum de moyens, je fais un maximum d’efficacité ? Coup de chance : Jérémy Frey. Réalisateur, vidéaste au grand talent, ultra pro et créatif, ce mec est en plus… mon cousin ! Sachant de quoi il était capable, mon imagination n’avait plus de barrières… On a échangé des idées, plein d’idées, parlé, il a écrit le scénario, on l’a peaufiné, il avait tout en tête, chaque image, chaque angle… Tourner avec lui, c’était tout simplement du bonheur, l’équipe d’assistants au top, Yaman, que dire… Bref, une merveilleuse expérience que j’espère renouveler très bientôt ! Je fourmille d’idées, rêve de nouvelles collaborations, d’histoires à raconter… Il y a encore tant à faire, tant de danseur(se)s avec qui je voudrais bosser. La danse à ce niveau là me fait vraiment rêver… Je peux passer des heures à mater en boucle des vidéos…

 

SC : Cet EP, ça annonce un album ?

L : L’objectif de cet EP était de proposer un univers musical inspiré d’un projet global multi-disciplinaire. L’idée n’était vraiment pas de faire un album. Un album, c’est un processus beaucoup plus long, une recherche différente. Mon 1er album, Grigri Breakers, j’ai mis 5 ans à faire des aller-retours dessus jusqu’à avoir la bonne version ! Garder une cohérence dans 17 titres d’un album, tout en explorant plusieurs styles, c’est pas un exercice qui peut se faire vite – pas pour moi en tout cas. Ce format de 6 titres me convenait tout à fait pour ce type de projet. Ça m’a permis de rester concentrée sur l’essentiel et de faire un choix très précis quant à la sélection des tracks. Aujourd’hui, c’est fini. Je suis satisfaite, super contente du travail accompli. On va donc se mettre à la suite le plus vite possible !

SC : Un mot pour finir ?

L : Loin de moi l’idée de vouloir faire un discours rabat-joie, mais il faut le crier haut et fort : soutenez les projets qui vous plaisent ! En participant financièrement, on contribue au développement et à la richesse de l’art, à son indépendance et à l’intégrité des structures indépendantes et des artistes. Ce n’est pas de la charité, c’est une nécessité si on veut continuer à nourrir son esprit et son imaginaire. Dans mon petit microcosme de musiciens, je vois tant de grands artistes, des labels de référence cesser de créer et de produire car il n’y a plus d’issue possible. C’est tout un pan de ma culture et de mon patrimoine qui s’efface. Et j’en ai profondément la rage.

www.loanliveset.com

www.dropcircles.org

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Tu sais que tu es fan du Klub des Loosers quand…

Texte publié dans Sound Cultur’ALL le 29 mars 2012, avec Thomas Passe (a.k.a. Nessuno)

KlubdesLoosersHuit ans que t’attendais ça. Huit longues années à devoir supporter la soupe commerciale passant en boucle à la télé. En fait non, tu n’attendais plus. En 2004, Vive la vie avait été le seul petit rayon de soleil dans ta vie minable et misérable… En huit ans, seuls les deux albums du Klub des 7 ont réussi à te rendre le sourire, mais à peine, y avait cinq mecs de trop dans ce groupe. Tes potes pour te réconforter ont essayé de te convertir à Orelsan, mais pour toi la copie ne vaudra jamais l’originale. Et puis un jour, un pote t’envoie une interview du Klub des Loosers dans l’abcdrduson. T’en crois pas tes yeux : Fuzati revient dans le game ! Sans attendre, le 9 mars tu as couru te procurer cette merveille et tu n’as évidemment pas été déçu. Au contraire. Et oui, tu sais que t’es un vrai fan du Klub des Loosers quand :

  1. T’aimes pas le rap.
  2. T’habites à Versailles, Le Raincy, Enghien, Neuilly ou Passy. Mais qu’importe vu que t’aimes pas ta ville
  3. Tes parents sont dans les affaires. Mais tu sais pas dans lesquelles.
  4. Dans ton entourage, il y a une Anne-Charlotte ou une Marie-Charlotte ou une Anne-Marie ou une Marie-Claire qui te fout des râteaux au tel depuis des mois. Mais tu t’en fous, t’as aucune fierté.
  5. En fait t’es plus fan de Fuzati que du Klub des Loosers. Detect c’est un emploi fictif à bien y regarder.
  6. Tu joues aux fléchettes sur un poster d’Orelsan et Orgasmic.
  7. T’aimes pas les hommes.
  8. Tu regrettes que Jonathan Lambert ne soit plus chez Ruquier. D’ailleurs tu regrettes Zemmouraussi.
  9. T’écoutes un album tous les 8 ans.
  10. Tu sais que Sefyu n’a rien inventé. Quoi ? Ghostface ? Rockin’ Squat ? MF Doom ? Connais pas.
  11. T’as beau n’avoir jamais étudié la médecine, tu connais par cœur la composition du valium et du prozac.
  12. Pour toi tous les autres rappeurs sont mauvais. A part peut-être Fredy K, Cyanure, Gérard Baste,James Delleck et Le Jouage. Eux ça passe. Mais à petite dose, faut pas déconner.
  13. Quand t’es fonce-dé en soirée, TTC aussi ça passe. Mais vu que personne ne t’invite jamais en soirée…
  14. T’écoutes aussi du Lunatic, mais t’as honte de l’avouer.
  15. T’aimes pas les femmes.
  16. Quand t’entends parler d’une catastrophe au JT, t’es toujours déçu au moment où Pujadas annonce le nombre de victimes.
  17. Tu te déguises à chaque Halloween, tu es convaincu que c’est une fête en l’hommage de ton rappeur préféré.
  18. Une fois un ami t’as dit qu’il a perdu son pucelage à 22 ans. Tu l’as jamais cru.
  19. T’aimes pas les enfants.
  20. D’ailleurs dans quelques semaines tu voteras sûrement Eva Joly ou Jean-Luc Mélenchon : ce sont les seuls fervents défenseurs de l’IVG et de l’euthanasie.
  21. Dans le temps t’avais quand même une certaine sympathie pour Chirac et le RPR. Les emplois fictifs ? Y a rien de mal à ça. Demandez à Detect.
  22. Le seul noir que tu vois aux concerts de ton idole, c’est Le Jouage. Quand y en a un ça va, c’est quand y en a plusieurs…
  23. Tu détestes encore plus Orelsan que les puristes et les féministes.
  24. Tu détestes encore plus les puristes et les féministes qu’Orelsan.
  25. Tu penses que quand ton couple va mal, c’est quand même plus classe de finir dans Faites entrer l’accusé que dans Confessions intimes. D’ailleurs, nous non-plus on peut pas te contredire sur ce point.
  26. Tu sais qui a inventé le white trash. Quoi ? Eminem ? Necro ? R.A the rugged man ? Connais pas.
  27. Une fois un ami t’as raconté une blague. T’as presque esquissé un début de sourire.
  28. Quoi qu’en y repensant, c’est parce que tu trouvais qu’il avait l’air minable en la racontant.
  29. Ta série préférée c’est Dr House, ton écrivain préféré c’est Céline, ton humoriste préféré c’estDesproges.
  30. Tu ne t’aimes pas.
  31. Tu sais au fond de toi que le seul personnage de BD qui a un minimum de charisme c’est leSchtroumpf grognon.
  32. Tu te tapes peut-être peu de meufs, mais tu n’te tapes jamais de thon, pas comme Orelsan.
  33. Les 7 jours de la semaine, les 7 péchés capitaux, les 7 boules de cristal, les 7 doigts de la main, les 7 continents, les 7 couleurs primaires, les Jackson 7… Bref, faut être con pour monter un club à cinq !
  34. Pour toi Michel Houellebecq est le plus grand écrivain actuel. Son absence de style ? Rien à battre, toi ton rappeur préféré n’a pas de flow. Tout ça n’est qu’accessoire.
  35. D’ailleurs, depuis que les Inrocks ont qualifié le Klub des Loosers comme étant « la rencontre entre Houellebecq et le Wu-Tang Clan », t’as compris que le Wu, c’est un peu le Klub des 7 américain… Le talent en moins.
  36. Les pitreries ça n’a jamais été ton truc, pourtant t’as toujours été fasciné par le clown Zavatta… De même pour le rock et Kurt Kobain. Surement parce que ces mecs réussissaient tout ce qu’ilsentreprenaient.
  37. Tu n’comprendras jamais les rappeurs qui essaient d’avoir du flow.
  38. Tu déprimes sachant que le prochain Klub des Loosers sortira certainement en 2020. Mais bon, t’attends impatiemment que Fuzati te parle de sa crise de la quarantaine, de ses problèmes d’érection et de sa connasse de fille qui fait le mur pour aller en boîte. T’en jubiles d’avance.
  39. Tu n’comprendras jamais les agissements de Bertrand Cantat, faut être con pour avoir une femme.
  40. Tu trouves cet article archi-naze. Mais, fallait pas s’attendre à mieux de la part de deux écervelés dénués de talent pensant que du bon rap ça existe encore.
  41. Bref, t’aimes pas la vie.

Tu sais que t’es un puriste (en carton) du rap quand…

Texte publié le 4 mars 2012 sur Sound Cultur’ALL, avec Thomas Passe (a.k.a. Nessuno)

RAP_MIEUX_AVANT_NOIR_01_298x298Depuis tes années collèges, tu écoutes du rap en boucle, ou du moins Skyrock. Mais, récemment, ta vie en a été bouleversée : t’as compris que tu n’étais pas catalogué parmi les « connaisseurs » de hip hop. Une grande incompréhension et un profond mal-être t’ont envahi mais t’as décidé de remédier à cet épineux problème en faisant ton entrée par la grande porte parmi « l’élite » des auditeurs. En un rien de temps, tu as écumé les forums et sites spécialisés, tu as jeté à la poubelle tes vieux albums de La Fouine (ou de Sniper ouStomy Bugzy pour les plus anciens) et t’as couru t’acheter Illmatic de Nas ! Bref, tel Magicarpe en Léviator, t’as réussi ta transformation en (néo)-puriste du rap et tes goûts sont désormais supérieurs à ceux d’autrui. Tu te reconnaîtras forcément dans la liste qui suit…

Tu sais que t’es un puriste (en carton) du rap quand…

  1. Tu as un rapport quasi-religieux avec ta musique, pour toi rien ne peut justifier le fait de l’avoir sali ou de lui manquer de respect.
  2. T’écoutes jamais le second album d’un artiste, tu sais qu’il aura forcément baissé son froc entre temps.
  3. Tu chies constamment sur Skyrock que tu tiens pour responsable de tous les maux du rap… Pourtant, si demain matin une bande de guignols t’appelle en te faisant des blagues que tu trouvais déjà immatures à 12 ans, tu répondras forcément « Skyrock ! » quand ils te demanderont quelle est ta station de radio préférée.
  4. Tu as un profond sentiment de nostalgie quand tu penses à ce qu’était Génération dans le temps…
  5. T’écoutais 1995 il y a un an mais maintenant tu leur chies dessus allègrement.
  6. En lisant le point précédent t’as d’ailleurs eu une sensation de déjà-vu en pensant à la Sexion d’Assaut, Orelsan ou même Booba… Mais pas avec La Fouine.
  7. Il y a 2 ans tu pensais que 0.9 était le meilleur album de Booba, maintenant tu ne jures plus que parLunatic et Temps Mort et exècres ceux qui s’en sont suivis.
  8. Tu portes des t-shirts « Le rap c’était mieux avant » alors que ça fait 5 ans que t’en écoutes.
  9. T’as jamais écouté la moitié de tes 20 albums de références
  10. Public Ennemy est, pour toi, l’un des plus grands groupes de l’histoire du rap US, alors que tu ne connais pas une seule de leur chanson.
  11. T’es capable de démontrer à n’importe qui que Talib Kweli est l’un des plus grands lyricistes du rap US et que Rick Ross écrit comme ses pieds, alors que tu parles anglais comme une vache espagnole.
  12. Tu détestes les rappeurs français qui ne font que de l’egotrip ou se vantent de leurs exploits criminels alors que tous les rappeurs américains que tu écoutes en font de même.
  13. T’es pour la discrimination positive : 5 de tes 10 rappeurs français préférés sont blancs.
  14. Tu déteste les rappeurs qui foutent des meufs à poil dans leurs clips… Mais tu adules Ludacris !
  15. Tu détestes les rappeurs qui mélangent rap et r’n’b’, pour toi c’est la perversion du Hip Hop… Pourtant 2Pac, Biggie et Fabe sont tes dieux !
  16. Pour toi Temps Mort de Booba et Marshall Mathers d’Eminem sont les derniers classiques du rap français et américains.
  17. Tu détestes le Dirty South… Mais tu adules Ludacris !
  18. 1990 d’Orelsan t’a rappelé des souvenirs, pourtant t’as pas compris la moitié des références.
  19. Tu trouves tout de même dommage que ce titre ait été fait par Orelsan.
  20. Oxmo Puccino est pour toi le seul rappeur actuel avec une discographie parfaite… Pourtant quand on te demande de citer une track de Cactus de Sibérie, tu bugges.
  21. « Qui prétend faire du rap sans prendre position ? » est ton hymne, Notorious B.I.G. est ton rappeur préféré, le Wu Tang Clan est ton groupe référence… pour toi tout est cohérent.
  22. Kool G Rap est pour toi le meilleur rappeur du Queens loin devant Nas et Prodigy… Pourtant quand on te demande de citer une track de lui, tu bugges encore.
  23. T’as des envies de meurtres ou de viols à chaque fois que t’entends un beat électro, cependant, DJ Mehdi est selon toi le plus grand beatmaker que la France ait portée… pour toi, tout est cohérent toujours.
  24. Quand on t’a dit que Rocca faisait un titre avec Alpha Wann de 1995, t’as demandé à ton interlocuteur de te foutre une baffe pour t’assurer que tu ne faisais pas un cauchemar.
  25. Tu fais une descente d’organe chaque année au lendemain des nominations pour les Victoires de la musique.
  26. T’as fait un arrêt cardiaque hier en voyant qu’Orelsan était récompensé. Mais ça va mieux aujourd’hui, t’as vu que c’était que le prix du meilleur album de musiques urbaines et pas celui de rap. Quoi ? Cette appellation de guignols désigne le rap ?
  27. T’as d’ailleurs fait une syncope deux années de suite au moment des Trophées du Hip Hop et ta tension chute à chaque évocation de Yassine Belattar.
  28. En soirée, tu te fais chier royalement.
  29. Tu t’y fais d’ailleurs constamment insulter quand t’essaies de mettre du Casey discrètement.
  30. Tu détestes encore plus Booba que les fans de Rohff.
  31. A bien y penser, tu détestes également Rohff.
  32. Tu les hais surtout pour avoir eu le culot de sortir un deuxième album (et d’autres après)… Par contre tu hais Sinik pour avoir eu le culot d’avoir commencé le rap.
  33. Tu hais les clashs dans le rap français, tu adores pourtant les diss tracks dans le rap US.
  34. Il y a trois choses que tu détestes plus que tout au monde : Skyrock, les majors et les refrains chantés. Pourtant, tu adules Fabe.
  35. D’ailleurs tu attends son retour comme les Chrétiens attendent celui du messie.
  36. Tu attendais aussi celui de Rocca, mais depuis qu’il rappe avec Alpha Wann, tu penses qu’il tient finalement plus de Judas que du Christ : Qu’il aille se pendre !
  37. Pour toi un beat boom bap, fait en 10 minutes avec un sample cramé et des kits de batteries et de basses téléchargés sur internet, vaudra toujours mieux qu’un beat électro sur lequel le beatmaker a passé des jours.
  38. En bon fan de la Scred, t’es en quelque sorte « Vieux avant l’âge ».
  39. Au final tu détestes plus que tu aimes ta musique.
  40. Tu te fous de tes contradictions et incohérences parce qu’au fond être un puriste, pour toi, tient plus d’un certain état d’esprit que d’une quelconque rationalité. Et au fond, cette musique, bah tu l’aimes.

Nessuno et L’Impertinent

Renaissance du rap technique ou mort d’une contre-culture ?

Texte publié le 26 mars 2012 sur Sound Cultur’ALL 

Mac-MillerDepuis un an/un an et demi, on a l’impression d’assister à un « retour aux sources » dans le hip hop. Un retour à la seconde moitié des années 1990, à une époque où la technique semblait primer plus que tout dans le hip hop. Cette technicité était parfaitement illustrée par des collectifs tels que Time Bomb ou La Cliqua ou encore par les Sages Poètes de la Rue. C’est l’époque des lyricistes comme Fabe ou Oxmo Puccino. L’époque des passionnés, du rap boom bap, des freestyles de légende (notamment sur Génération), bref l’âge d’or du hip hop (au moins pour les puristes et les nostalgiques). La richesse des rimes et des punchlines, la variété des flows et la culture du sampling…Voilà ce qui caractérisait cette époque « bénie ». Le rap était toujours une contreculture à cette époque, comme à ses débuts, qui s’érige contre la société et ses maux, tout en étant un art faisant vibrer toute une partie de la population.

Puis, le rap a évolué, a mué, a perdu son insouciance et son innocence… Il s’est transformé, ce que beaucoup ont eu du mal à accepter. Fini l’époque de la technique, place au « rap caillera » : moins de flow, rimes biens moins travaillées et beats se ressemblant tous…On est au début des années 2000 et le but n’est plus de montrer sa maitrise technique, mais de représenter son hood. Puis la vague Dirty South s’est échappée du sud des Etats-Unis et atteint notre bel Hexagone. Notre Hexagone habitué aux vibes East Coast, au point de s’être approprié le genre. Ce même Hexagone qui même quand la West Coast dominait le rap US a toujours su résister à ce courant, s’est laissé emporté par le raz-de-marée Dirty ! Et voilà tous les puristes du Royaume de France et de Navarre révoltés, criant à l’escroquerie, à la perversion de la culture française (oubliant que l’histoire du rap français se résume à un vulgaire pompage du style ricain), refusant d’écouter ce nouveau genre. Le rap s’exporte en club et devient bling-bling, on en oublie nos valeurs de base. Booba, ex-prince du rap technique à l’époque de Time Bomb ou Lunatic a osé tuer le rap technique (quoi qu’il était déjà plus qu’à l’agonie) pour devenir le roi incontesté du rap bling-bling et Dirty. Oh traîtrise ! B20 devint très vite le rappeur le plus détesté des puristes (quoi que Rohff n’est pas si loin après tout). Puis arrive la vague de l’auto-tune et s’ensuit celle du mauvais électro versionGuetta. A ce moment là, on crût le rap fini (d’ailleurs autant en France et aux States, mais bien plus chez nous), rendant prophétique les dires de Nessbeal : « Bientôt l’rap va s’faire niquer par la techno ». Et c’est là que tout bascula : après une lente phase de dégénérescence, le rap des 90’s rennaît, un retour aux sources symbolisé par le groupe parisien 1995. Mais est-il possible de faire renaître une époque déjà révolue ? L’Histoire se répète ? Oui, mais jamais à l’identique !

La technique est devenue Hype

Et voilà qu’en un rien de temps, on se rend compte qu’une nouvelle génération semble prendre le pouvoir. Une génération, qui pourtant n’a pas ou peu connue cette époque, arrive et fait du rap rappelant plus le rap d’il y a 10/15 ans que le rap actuel, entourée de quelques anciens revenants sur le devant de la scène… Tout ça symbolisé par quelques grands évènements, comme l’engouement récent pour les Rap Contenders, les End of the Week, ou les concerts Can I Kick It (organisés par le groupe Triptik). En réalité, beaucoup de rappeurs underground, notamment dans le 18ème arrondissement de Paris n’ont jamais arrêté ce type de rap, mais aujourd’hui, ce rap semble se généraliser. Même le rap de rue qui semblait n’avoir que faire de la technique il y a encore quelques mois s’y met (avec la génération Niro,Sadek, L.E.C.K., SofianeFababy voire Guizmo), avec toute une nouvelle génération qui freestyle un peu partout sur le net ou à la radio. D’ailleurs, je parle principalement de l’Hexagone, cependant le constat est semblable aux States. Les années 2010/2011 ont vu l’émergence de Mac Miller, Tyler The Creator(et la clique d’Odd Futur), d’A$AP Rocky (et la clique d’A$AP Mob), les californiens Black Hippie (et notamment Kendrick Lamar, Jay Rock et Schoolboy Q) ou encore Big K.R.I.T..Des rookies au style atypique, clairement influencés par les 90’s plus que par ce qui se fait depuis les années 2000, allant musicalement du pur Boom Bap (Mac Miller) à un mélange d’influence Boom Bap/dirty (A$AP ou K.R.I.T.)…. C’est tout un mouvement international ! Bref, happy end à la conte de fée pour le rap ? J’en suis pas si sûr…

« J’invente pas des mots qui n’existent pas pour être technique » Diomay

La technique que pour la technique ?

Parallèlement à ce retour à la technique, le rap engagé n’a jamais eu l’air de se porter si mal. Je n’irai pas jusqu’à dire que « faire de la musique pour un éveil communautaire pour moi c’est ça l’rap ». Cependant, doit-on rappeler que l’engagement est légitime dans le rap ? Le rap, composante du hip hop, est une contreculture, c’est-à-dire, un moyen d’expression contestataire en marge de la culture dominante. Né pour porter la voix des sans-voix, l’engagement quoi que pas automatique peut sembler logique. Le problème est qu’être engagé semble être devenu « has been », les rappeurs actuels préférant freestyler et ne rien raconter. Pire, quand on a l’impression que le rap se joue à un concours de « hype » ou de « swagg ». On semble donc passer du truc subversif à un courant bobo, porté par quelques faux-intellectuels bien-pensants. Le public aussi se transforme, ne veut plus entendre de message et s’en contre-fiche d’écouter quelques chose qui a du sens, ce qui peut nous désoler : Le rap est-il dans ces conditions encore réellement une contre-culture ?

« Où est passé le sens ? Y a tout pour la technique » Mokless

On ne peut en réalité pas dire que le rap n’est plus une contreculture. Malgré sa popularité grandissante dans les couches de la population les plus jeunes, il reste une musique qui dérange les médias et les politiques. Il reste encore en réalité des rappeurs à message et à thème et ce même dans les rappeurs techniques (existe-t-il actuellement plus technique et plus engagée que Casey ?). Cependant, la société se transforme, ne croit plus au changement, et le rap avec… Entendre le rap rabâcher le même message depuis 20 ans a surement usé le dit message, surtout quand il sonnait faux et démago dans la bouche de certains rappeurs. Et n’oublions pas que le rap se popularise aussi et le public rap se diversifie. Lle cliché du fan de rap banlieusard/de cité/fils d’immigré ne colle plus du tout à la réalité. C’est surement parce que le public rock s’est diversifié et embourgeoisé, que cette musique s’est trop popularisée au point de perdre de sa subversion… Prenons garde que cela n’arrive pas au rap, car il perdrait de sa superbe.

« J’croyais qu’les rappeurs voulaient changer ce système qui nous exploite… Ils voulaient juste rentrer en boite. » Le Vrai Ben

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