Laurent Mauduit : « Hollande a continué la politique de Sarkozy »

Texte publié le 2 avril dans RAGEMAG

Jamais aucun Président de la République n’avait semblé si affaibli aussi tôt dans son mandat que François Hollande. Alors que Léon Blum et le Front populaire portaient un espoir nouveau et que les premières années de la mitterrandie se plaçaient sous le signe du changement, l’actuel Gouvernement socialiste ne s’est même pas embarrassé de fausses illusions. La Révolution copernicienne est en marche au PS et le quinquennat est placé sous le signe du « réalisme ». Laurent Mauduit, journaliste économique, co-fondateur de Mediapart et auteur notamment de Les Imposteurs de l’économie et L’Etrange capitulation – à paraître bientôt – décrypte pour nous les premières réformes économiques et sociales du Gouvernement.

 

 

Comment jugez-vous la politique économique menée par François Hollande depuis 10 mois ?

Elle est stupéfiante ! Dans le passé, il y a eu dans l’histoire de la gauche des promesses non tenues, voire des reniements, plus ou moins spectaculaires, et des échecs. Mais toujours, tous les gouvernements de gauche ont cherché, au moins au début,  à honorer leurs engagements ou certains d’entre eux. Ce fut le cas sous le Front populaire, en 1936, où le gouvernement prit de grandes mesures sociales, dont les congés payés, avant de baisser les bras. Ce fut le cas encore en 1981, où pendant presque un an, le gouvernement de Pierre Mauroy prit les mesures que vous savez (plan de relance, hausse du Smic et des prestations, nationalisations…), avant de négocier en 1982-1983 le virage de la « rigueur » – en fait, le virage de l’austérité. Et ce fut aussi le cas sous Lionel Jospin : le premier ministre arriva au pouvoir en 1997, avec un programme très ancré à gauche, puis changea progressivement de cap.

Or, François Hollande, lui, n’a pas un seul instant cherché à appliquer une politique de gauche. Le jour même où il a accédé à l’Elysée, cela a été, vous vous en souvenez, la douche froide : refus d’un véritable coup de pouce au salaire minimum, plan d’austérité budgétaire, cadeau de 20 milliards d’euros aux grandes entreprises, hausse de la TVA, l’impôt le plus injuste. Bref, il faut dire les choses telles qu’elles sont : sur l’essentiel, Hollande a continué la politique de Sarkozy.

Vous l’avez d’ailleurs observé lors de son dernier passage, véritablement consternant, à France 2. Aucune mesure pour lutter contre le chômage, alors qu’il explose ! Aucune mesure pour soutenir le pouvoir d’achat, alors qu’il s’effondre ! C’est donc une politique économique stupéfiante, oui, parce que tous ceux qui ont voté contre Sarkozy à la présidentielle peuvent avoir le sentiment qu’on  leur a volé leur victoire.

« Il faut dire les choses telles qu’elles sont : sur l’essentiel, Hollande a continué la politique de Sarkozy. »

Au regard de la liste des économistes qui soutenaient François Hollande durant la campagne, tout ceci était écrit, non ?

Pendant la campagne présidentielle, François Hollande s’est effectivement affiché avec des économistes qui ont soutenu ou mis en œuvre la politique économique gravement inégalitaire conduite par Nicolas Sarkozy. Je pense en particulier à plusieurs économistes qui ont été membres sous Sarkozy d’une commission de réflexion présidée par Jacques Attali, à l’origine d’un rapport ultra-libéral préconisant des mesures antisociales, et qui ensuite, sentant les vents tourner, se sont ralliés à Hollande.

Or, François Hollande n’a pas fait que s’afficher avec certains de ces économistes ou experts. Une fois élu, il s’est aussi appuyé sur certains d’entre eux. Je pense par exemple à Emmanuel Macron qui a été le secrétaire de cette Commission Attali et qui est aujourd’hui le secrétaire général adjoint de l’Elysée. Quand on s’appuie de la sorte sur  des experts de « l’ancien régime », il est assez prévisible que la politique de « l’ancien régime » soit aussi poursuivie.

« Je trouve que ce que l’on vit avec Hollande est inédit. Jamais, dans le passé, nous n’avions vu les socialistes capituler  sans même avoir combattu. »

Mais est-ce que tout était écrit, tout de même ? Honnêtement, je ne le pensais pas. Car François Hollande ne faisait pas partie du clan des ultra-libéraux du Parti socialiste – style Dominique Strauss-Kahn. Donc, il y a quand même une part de surprise : je ne m’attendais pas à ce que la politique économique soit aussi vite et aussi spectaculairement ancrée à droite. Oui, une vraie surprise, une insupportable surprise : je ne m’attendais pas à ce que les choses se passent de manière si caricaturale, que François Hollande en vienne par exemple à mettre en chantier une réforme du marché du travail, pour faciliter les licenciements, digne de ce que préconise le Fonds Monétaire International.

Cette politique menée par le Gouvernement, n’est-ce pas avant tout le fruit de 30 ans de reniements socialistes ?

Je ne dirais pas exactement les choses comme cela. Oui, il y a eu beaucoup de reniements, beaucoup de dérives. Mais il faut bien comprendre ce qui s’est joué. En fait, les socialistes ont accédé au pouvoir en 1981, voici un peu plus de trente ans, au moment où le monde entier a été submergé par une vague libérale, partie des pays anglo-saxons. Puis, ensuite, il y a eu l’effondrement du Mur,  le modèle du capitalisme anglo-saxon s’est propagé partout, jusqu’en France. Or, il s’agit d’un capitalisme beaucoup plus intransigeant, beaucoup plus tyrannique. D’années en années, les socialistes n’ont donc cessé de reculer face à ce nouveau capitalisme. D’abord, ils se sont montrés de plus en plus impuissants. Puis, parfois, ils se sont montrés complices. Et, avec Hollande, c’est un peu la fin de cette histoire qui se joue : les socialistes ont rendu les armes dès le premier jour face à la finance, sans même combattre.

C’est un peu l’aboutissement d’une histoire. J’insiste sur ce point parce que je trouve que ce que l’on vit avec Hollande est inédit. Jamais, dans le passé, nous n’avions vu les socialistes capituler  sans même avoir combattu. C’est pour cela que, dans mon dernier livre, je parle d’une « étrange capitulation », en résonance avec l’essai du grand historien Marc Bloch qui, parlant de la débâcle française de juin 1940 face à l’armée allemande, évoque une « étrange défaite ». Et il a cette formule : « Le pis est que nos ennemis y furent pour peu de choses ». C’est un peu la même chose aujourd’hui : les socialistes n’ont plus ni âme ni ressort. Ils courent tout droit à l’échec par leur propre faute.

 L’ANI et la loi de séparation des banques, vous en pensez quoi ?

Beaucoup de mal ! La réforme du marché du travail, c’est tout bénéfice pour le patronat ; c’est le dynamitage de pans entiers du Code du travail et notamment du droit du licenciement. Or, il faut bien avoir à l’esprit ce qu’est le droit du licenciement : ce n’est pas une garantie contre les licenciements ; c’est une garantie pour pouvoir exercer des recours en cas de mesures illégitimes ou de mesures abusives. Il y a donc quelque chose de très inquiétant à observer que le gouvernement socialiste a œuvré à un recul du droit. Cela équivaut à un recul de notre démocratie et à une avancée de la société de l’arbitraire.

« La séparation entre activité commerciale et activité spéculative a été purement cosmétique. Pour dire vrai, il n’y a quasiment pas eu de séparation. »

Et la loi de séparation des banques, c’est au final une imposture. « Mon ennemi, c’est la finance » avait promis François Hollande. Et finalement, il n’a pas tenu parole. La séparation entre activité commerciale et activité spéculative a été purement cosmétique. Pour dire vrai, il n’y a quasiment pas eu de séparation. Et le reproche auquel s’expose le gouvernement est exactement le même que celui qu’adressait en mars 1937 Marceau Pivert à Léon Blum : « Vous avez capitulé face aux banques ». Plus que jamais, la politique économique que nous suivons est celle que dicte la finance.

Que Karine Berger, appartenant à l’aile gauche du PS et renommée pour ses compétences économiques, soit rapporteur de la loi de séparation des banques  vous inspire quoi ?

Je ne sais pas pourquoi vous dites d’elle qu’elle appartient à l’aile gauche. Ce n’est vraiment pas le regard que j’ai sur elle. Sur toutes les grandes questions, elle a collé à la politique économique du gouvernement, sans se distinguer le moins du monde. C’est aussi le paradoxe de cette crise. En d’autres temps, il y a toujours eu des débats à gauche, et jusqu’à l’intérieur du Parti socialiste. Mais cette fois, non : pas de débat. Tout juste y a t-il eu quelques vaguelettes, à l’occasion de la réforme du marché du travail.

Karine Berger se situe pourtant dans le courant post-keynésien. N’est-ce pas le signe que les mutations du capitalisme ces 30 dernières années ont effacé les différences entre keynésiens et libéraux ?

Encore une fois, je ne classerai pas cette députée dans le courant post-keynésien. Quelqu’un comme Pierre-Alain Muet, oui, mais pas elle. Mais, au-delà de son propre cas, c’est vrai, je viens de le dire, ce qui est effectivement terrifiant, c’est qu’il n’y a plus effectivement de débat de doctrine au sein du Parti socialiste. Nous traversons une crise historique, et le PS apparaît totalement désarmé, incapable de « penser » cette crise.

Mais peut-on encore réellement réguler la finance au niveau national ?

Tout est affaire de volonté ! Si on veut combattre la finance, il y a des réformes qui peuvent se mener au niveau national et d’autres seulement au niveau européen. Pour  organiser une véritable séparation des activités bancaires, on peut le faire au niveau national mais pour re-réguler la finance, la désarmer, il faut se battre au moins à l’échelon européen…

Finalement, l’Europe et la mondialisation n’ont-elles pas tué la social-démocratie en rendant le rapport de force défavorable pour les salariés ?

Oui, l’effondrement du Mur et l’émergence au plan mondial du capitalisme anglo-saxon ont été marqués par un nouveau rapport de force entre le capital et le travail, très favorable au premier et défavorable au second.

Mais la social-démocratie n’était pas vouée immanquablement à rendre les armes. Car cette crise historique aurait pu – aurait dû –  sonner le retour d’un nouveau réformisme, un réformisme de gauche.

Regardez la violence de la crise tout particulièrement dans le Sud de l’Europe : au Portugal, en Espagne, en Italie, et surtout en Grèce et à Chypre. Eh bien ! La France de Hollande aurait pu prendre la tête de la contestation, contre l’intransigeance de l’Allemagne de Merkel, pour ouvrir la voie à une autre Europe. Une Europe sociale, qui tourne le dos au néo-libéralisme…

« Les dangers de la droite radicale n’ont jamais été aussi forts en France que lorsque les partis de gauche ont renoncé à leur mission de transformation sociale. »

A ne pas prendre la tête de cette contestation, quel risque encourt donc la social-démocratie ? Je pense que le risque de suicide dont vous parlez est réel. Pis que cela ! A ne pas offrir de perspective de sortie de crise, à conduire une politique assez peu différente de celle de Sarkozy, le PS alimente le vote protestataire et populiste. Les dangers de la droite radicale n’ont jamais été aussi forts en France que lorsque les partis de gauche ont renoncé à leur mission de transformation sociale.

 

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Fabe – Détournement de son [Chronique]

Texte publié sur Sound Cultur’ALL le 12 mars 2013

Fabe-Detournement-de-son-Pochette-CDIl y a moins de 2 semaines, le monde du rap français a tremblé : Fabe’s back ! Eh non, vous ne rêvez pas. Mais, les vœux de tous les puristes et pseudo-puristes n’ont pas été exaucé pour autant. Befa ne revient pas dans les médias pour nous parler de rap mais de religion. Petite piqure de rappel pour ceux qui ne maîtrisent pas le sujet. Fabe est un rappeur originaire du XVIIIème arrondissement de Paris qui débarque dans le rap game en 1995 avec Befa surprend ses frères. Trois albums et la création de la Scred Connexion plus tard, Befa surprend ses fans en quittant précipitamment le rap en 2000. La raison est simple, l’artiste s’est converti à l’islam et a décidé de se consacrer à l’étude de cette religion. Mais sa réapparition médiatique donne un excellent prétexte pour chroniquer son plus grand classique : Détournement de son.

« Si Jean-Marie courrait aussi vite que j’l’emmerde il serait tellement loin » L’Impertinent

La chanson la plus célèbre de cet album est sans doute L’Impertinent. C’est d’ailleurs sous ce nom que devait sortir au départ le skeud, avant que le morceau Scred Connexion extrait de Cut Killer Show – Opération freestylen’annonce  : « Détournement de son, on tourne action ! » Provocations, rimes techniques, scratchs et instrus signés Cut Killer : ce son reflète parfaitement l’album. Le fil conducteur du disque est clair. Befa nous sert un rap conscient/engagé, toujours réfléchi et… impertinent. Les thèmes abordés sont cependant assez variés. Le MC fait dans l’exercice de style comme dans Exercice de style (justement) où les membres du groupe 1 Bario 5 S’pry tirent leur épingle du jeu (avec parmi eux, un certain Sëar Lui-Même). On a aussi des titres  plus personnels comme Quand je serai grand ou encore Au Fond de nos cœurs. Beaucoup de featurings aussi : la Scred Connexion au complet (avec la première apparition de Morad) sur Ça ou rien,Koma seul sur Tu peux pas te tromper, Al et son couplet stratosphérique sur Correspondance, Chinaprésente sur Superstars, Superhéros et enfin Neg Lyrical, Rachid et Neg Madnik sur Code Noir. Outre Cut, la liste des producteurs fait saliver : Cutee B, Stofkry, Ivan, Dj Mehdi, Wood Willey et Logilo.

« ­ La cité c’est pas ta mère et si tu crèves, elle aura d’autres enfants » Visionnaire

Détournement de son est assurément l’opus le plus abouti de Fabe. Plus engagé et surtout bien mieux produit que ses grands frères, Befa surprend ses frères et Le fond et la forme,  et plus hargneux que son petit frère, La rage de dire. Insolent, dérangeant mais toujours intelligent, l’artiste emmène son auditeur à réfléchir tout en lui faisant bouger la tête. Certainement l’un des tous meilleurs solos de l’Histoire du rap français. 1998 restera à jamais gravé dans le cœur des kiffeurs de rap français, Détournement de son avec.

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Clouscard : trajectoire d’un visionnaire solitaire

Né en 1928 à Montpinier, Clouscard fait partie des penseurs français ayant réalisé la critique du capitalisme la plus radicale et la plus aboutie de la fin du XXe siècle. Ce proche du Parti Communiste Français rattache sa pensée à trois philosophes : Rousseau, Hegel et Marx. Il s’efforce ainsi de prouver que le premier est le père du socialisme démocratique et que les seconds sont ses fils théoriques. Le Tarnais définit Rousseau comme le fondateur de la conception morale et des définitions modernes de l’égalitarisme et de la liberté, par le biais du matérialisme dialectique et historique. Il oppose à cette philosophie le néo-kantisme de Sartre, Lacan, Foucault, Levi-Strauss ou encore Barthes, qui est, selon lui, fondamentalement contre-révolutionnaire. C’est à partir de cela qu’il pourra poser les bases de sa critique du nouveau visage du capitalisme de nature libérale-libertaire.

 

Mai 68 : tout est permis mais rien n’est possible

Le plus grand exploit de Clouscard est d’avoir compris immédiatement le caractère contre-révolutionnaire de mai 68. Tandis que toute l’intelligentsia – principalement de gauche – y voit une avancée sociale majeure, il dénonce l’imposture qui se trame. Dans ce qui reste à ce jour son œuvre la plus célèbre, Néo-fascisme et idéologie du désir, il analyse avec lucidité les forces en actions. Il explique ainsi qu’il s’agit d’une lutte opposant trois personnalités symbolisant chacune une composante différente de la bourgeoisie. Nous avons alors le « libertaire » Daniel Cohn-Bendit, de Gaulle dans le rôle du conservateur et Pompidou dans la peau du libéral débonnaire. Si le Président de la République de l’époque représente la bourgeoisie traditionnelle et vertueuse qui sert de rempart au capitalisme fou, il n’en va pas de même pour les deux autres protagonistes. L’ancien Premier ministre, et ex-directeur général de la banque Rothschild, préfigure le néolibéralisme, à savoir ce capitalisme inhumain qui asservit les hommes en les transformant en consommateurs compulsifs. Mais ce basculement d’un capitalisme traditionnel à un capitalisme libéral est freiné par le conservatisme du gaullisme, qu’il faut donc liquider à tout prix. C’est là qu’intervient « Dany le rouge », le (libéral)-libertaire. La libéralisation totale des mœurs qu’il prône permet d’émanciper les Français des vieilles valeurs, pour les soumettre à la consommation de masse. Ce libertarisme – qui n’a pas grand chose à voir avec le libertarisme authentique – n’est que le fruit du freudo-marxisme, qui défend une libéralisation de la conscience de classe au profit de l’assouvissement des envies. La séduction du capitalisme peut enfin atteindre son apogée et le consumérisme devient indépassable. Mai 68 annonce alors le partage du gâteau entre les trois pouvoirs de l’actuel consensus : social-démocrate, libéral, libertaire. Au premier, on laisse la gestion administrative, au second la gestion économique, enfin au dernier celle des mœurs devenues nécessaires au marché du désir. Ce nouveau système est en constante révolution interne. L’ancienne description marxiste d’un capitalisme en mouvement perpétuel et détestant la stabilité est plus que jamais d’actualité.

« Le capitalisme a viré à gauche au niveau politico-culturel et a viré à droite au niveau économico-social. »

Le retour à l’État-nation

L’autre bataille du philosophe, bien moins connue, est celle de la défense de l’État-nation. Sur le sujet, il se place plus du côté de Rousseau et de Hegel que de Marx. Comme le premier, il pense que l’État est seul légitime pour maintenir la liberté et l’égalité des citoyens. Comme le second, il pense que l’État-nation est une construction historique indépassable. Conscient du lien inaltérable entre l’infrastructure économique et l’environnement économique qui fondent ensemble la seule superstructure protectrice, le capitalisme ne peut être soumis que par le contrat social citoyen qui met en relation toutes les composantes de l’économie. Depuis la révolution de 1789, les grandes avancées n’ont pu être obtenues que par l’État-nation. Son dépassement n’est donc pas souhaitable. Le capitalisme libéral ne s’exprime, dans sa forme moderne, qu’à travers la mondialisation et l’Union européenne qui détruisent toutes les marches de manœuvres économiques. Voilà pourquoi Clouscard va s’engager contre Maastricht et pour le retour à la souveraineté nationale, comprenant encore une fois avant tout le monde le danger de la monnaie unique. Il ne sera que trop peu écouté.

« L’État a été l’instance superstructurale de la répression capitaliste. C’est pourquoi Marx le dénonce. Mais aujourd’hui, avec la mondialisation, le renversement est total. Alors que l’État-nation a pu être le moyen d’oppression d’une classe par une autre, il devient le moyen de résister à la mondialisation. C’est un jeu dialectique. »

Intellectuel très en avance sur son temps, Michel Clouscard aura été trop marginalisé au sein de son propre camp, qui lui a toujours préféré les fils du néo-kantisme. Sûrement le signe que le libéralisme a gagné, au sein même de la gauche dite « antilibérale ». On retiendra surtout de lui qu’il a su comprendre avant tout le monde que la libéralisation des mœurs prônée par la bourgeoisie n’est autre que la liberté de produire et de consommer, et donc de n’être qu’une simple variable d’ajustement au sein du nouveau capitalisme de séduction.

Boîte noire

Patriotisme : Jaurès et Che Guevara étaient-ils fascistes ?

Texte publié le 26 février sur RAGEMAG 

Concept souvent malmené, la patrie n’est pas toujours en odeur de sainteté à gauche. Accusé d’être un concept bourgeois qui divise les prolétaires ou renvoyant aux heures les plus sombres de notre histoire, le patriotisme est accablé de tous les maux. Entre les attaques de Marx & Engels dans Le Manifeste du Parti Communiste et le tristement célèbre « Travail, Famille, Patrie » pétainiste, on arrive aisément à comprendre d’où vient le malaise. Pourtant, Robespierre, Jaurès, Che Guevara, Lumumba, Orwell, Sankara : autant de grands hommes de gauche qui n’ont jamais hésité à se définir comme patriotes.

Rappelez-vous 1792, quand les troupes françaises repoussaient les Prussiens en scandant « Vive la nation ! » .  La République naissait, le patriotisme avec. Défendre la patrie, c’était défendre un espace politique commun au nom de l’égalité et de la liberté de tous. Le lien du sang disparaissait et laissait place à un lien moral et social. Un nouveau concept émergeait à mi-chemin entre Du Contrat Social de Rousseau et La Théorie des climats de Montesquieu. Être patriote c’était surtout être républicain, universaliste, mais aussi internationaliste. Jusqu’à la IIIe République, protéger la patrie c’était protéger le peuple en commençant par sa base : le prolétariat. Mais le concept ne s’est pas arrêté à nos frontières hexagonales, puisqu’il a progressivement été repris aux quatre coins du monde par des révolutionnaires, notamment tiers-mondistes et anticolonialistes.

Entre patriotisme et internationalisme

L’histoire a commencé avec le plus célèbre des révolutionnaires et son bras-droit : Robespierre et Saint-Just. Toutes leurs actions n’ont été dictées que par l’amour du peuple. Celui que l’on surnommait l’Archange de la Révolution déclara même : « Un patriote est celui qui soutient la République en masse ; quiconque la combat en détail est un traître. » Cette donnée ne doit pas masquer qu’ils ont aussi été précurseurs de l’internationalisme socialiste. Ainsi, la version de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen que l’Incorruptible a proposée aux Jacobins le 23 avril 1793 disait dans l’article 35 : « Les hommes de tous les pays sont frères, et les différents peuples doivent s’entraider selon leur pouvoir comme les citoyens du même État. » Cette articulation entre patriotisme et internationalisme a existé très longtemps au sein de la gauche française. C’est ce qui a poussé Jaurès dans L’Armée nouvelle en 1911 à écrire notamment : « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène », tandis que Clémenceau durant la Première Guerre mondiale appelle à un patriotisme intraitable dans le journal L’Homme enchaîné. Même si cette position s’est marginalisée à gauche, il existe encore des gens comme Régis Debray – ex-compagnon de route du Che – capable de s’en réclamer en se définissant par exemple comme « gaulliste d’extrême gauche ». De plus, un Mélenchon qui à chaque meeting chante La Marseillaise devant le drapeau tricolore ne peut-il pas être qualifié de patriote ? Au sein du socialisme, ce sentiment a réussi à dépasser nos frontières avec, par exemple, George Orwell qui parlait de « patriotisme révolutionnaire » tout en étant capable d’affronter le fascisme arme à la main en Espagne. Mais c’est surtout dans le Tiers-Monde que cette posture trouve le meilleur écho.

« Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène. » Jean Jaurès

 

Le patriotisme libérateur du Tiers-Monde

Qui d’autre qu’Ernesto Che Guevara symbolise le mieux l’internationalisme socialiste ? Argentin de naissance, rappelons que son principal fait d’armes est sa participation à la Révolution cubaine. Une fois fait citoyen cubain, c’est au Zaïre aux côtés de Patrice Lumumba qu’il ira lutter avant de mourir dans les maquis boliviens. Cependant, beaucoup ignorent encore qu’il signait toutes ses lettres par la devise castriste : « Patria o muerte. Venceremos » (en français : « la patrie ou la mort, nous vaincrons ») . En 1967, le Che écrivît Message à la Tricontinentale dans lequel il parle de son projet de « grande patrie » pour l’Amérique latine. Cette idéologie fut plus tard celle du révolutionnaire burkinabé Thomas Sankara qui ira jusqu’à faire du slogan « la patrie ou la mort, nous vaincrons » la devise de son pays. Évidemment, le patriotisme n’est pas que le fait de Castro, Guevara et Sankara, mais c’est un sentiment libérateur pour l’ensemble du Tiers-Monde. C’est lui qui a guidé tous les grands mouvements de décolonisation dont Lumumba avec ses appels à « l’unité nationale » est l’un des plus illustres symboles. Même hors de la décolonisation, le patriotisme est puissant chez les différents mouvements socialistes dont l’ex-président égyptien Nasser est un leader. Actuellement, c’est le président Chávez qui représente le mieux cette tendance. Admiré par une grande partie de la gauche radicale d’aujourd’hui, le vénézuélien n’hésite pas à paraphraser de Gaulle pour expliquer que son souci est la grandeur de son pays. Donc, à moins d’imaginer que Jaurès et Robespierre n’étaient que des précurseurs du fascisme et que le Che ou Chávez en sont les successeurs, il n’y a aucune raison pour que le patriotisme soit un gros mot à gauche.

« La patrie ou la mort, nous vaincrons. » Che Guevara

« La nation, c’est le seul bien des pauvres » aurait dit Jaurès. Difficile de ne pas le croire. Le prolétariat n’a rien d’autre à revendiquer que le lieu où il vit et les gens qui l’entourent. Il n’a pas les moyens financiers de la bourgeoisie pour passer son temps entre voyages touristiques, étudiants ou professionnels. Il ne peut compter que sur l’État pour le protéger. Et cette donnée est vraie et universelle. Être patriote c’est vouloir d’abord protéger les plus faibles et revendiquer l’égalité. Il ne faut absolument pas confondre ce sentiment inclusif avec le nationalisme qui n’est qu’une de ses perversions comme l’amour-propre exclusif est une perversion de l’amour de soi chez Rousseau. Il préfigure l’internationalisme comme l’amour de soi préfigure l’amour des autres, toujours chez le même auteur. C’est par le respect des autres peuples et leur reconnaissance à pouvoir disposer d’eux-mêmes qu’on se sent concerné par leurs sorts et impliqué dans leurs destinées. Abandonner ce thème à l’extrême-droite, c’est la laisser se poser en seule protectrice des pauvres alors que l’on sait pertinemment qu’elle ne peut fondamentalement pas l’être. Malheureusement, chez trop de « gauchistes » – au sens péjoratif du terme – cette posture juste et égalitaire est assimilée à des relents de fascisme.

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L’Europe doit-elle devenir sankariste ?

Texte publié sur RAGEMAG 1 février 2012

Et si notre modèle salutaire venait du Tiers-Monde ? Dans notre vieille Europe donneuse de leçons, cette idée paraît inconcevable. Comment, nous, phare de l’humanité depuis des siècles pourrions-nous recevoir de leçons ? Et pourtant, il n’est pas si idiot de penser que nous puissions trouver les solutions à nos problèmes en réécoutant celui que l’on surnomme « le Che Guevara africain ».

 

Activiste politique burkinabé depuis la fin des années 1970, Thomas Sankara accède au pouvoir le 4 août 1983. Président du Conseil National de la Révolution de la Haute-Volta, il s’efforce de remettre son pays sur le droit chemin. La Haute-Volta devient le Burkina Faso ou « Pays des Hommes intègres ». La lutte contre la corruption est un impératif. Nous pouvons aussi ajouter au programme : anti-impérialisme, alphabétisation, redressement économique et productif, réformes sociales. L’Homme devient rapidement une figure populaire en Afrique et dans tout le Tiers-Monde. La romance entre le leader et son peuple a duré un peu plus de 4 ans. Car, le 15 octobre 1987, Sankara est trahi par son bras droit, Blaise Compaoré. Le Président est assassiné avec les complicités présumées de Mitterrand, Chirac et Kadhafi. L’histoire pourrait s’arrêter là, si les opinions politiques du révolutionnaire burkinabé ne restaient pas autant d’actualité. Pire : quand nous voyons comment notre Union Européenne marche sur la tête, il est temps de se demander si une forte dose de sankarisme ne pourrait pas nous sauver…

 « Nous préférons un pas avec le peuple que 10 pas sans le peuple » : un exemple pour la construction européenne ?

« Nous préférons dix pas sans le peuple qu’un avec » pourrait parfaitement remplacer la devise actuelle de l’Union Européenne, In varietate concordia (« Unis dans la diversité »). La construction européenne est devenue un dogme en lui-même. Seule compte l’intégration, peu importe l’avis des peuples européens. Les exemples récents sont nombreux. Nous nous rappelons tous du traité constitutionnel de Rome de 2004 et du référendum français. Par contre, nous oublions vite que le référendum était plus l’exception que la règle : sur les 25 pays concernés, 15 avaient choisi de bâillonner leurs citoyens en passant directement par la voie parlementaire. Qui connaît l’importance juridique de ce traité ne peut y voir qu’un déni de démocratie. Alors que le double « non » franco-hollandais aurait dû enterrer à jamais ce traité, nos dirigeants ont la bonne idée de nous le refourguer en 2008 sous le nom de traité modificatif de Lisbonne. Cette fois, seuls les Irlandais ont leur mot à dire et les 24 autres peuples européens se font tout simplement entuber. Rebelote avec le TSCG de 2012 qui touche à la souveraineté des états européens sans que personne n’ait le droit de se prononcer. Sans oublier le gentil mensonge de François Hollande qui avait promis de le renégocier en cas d’élection. À chaque fois, un seul et même argument est avancé : l’Europe doit aller de l’avant et les peuples européens ne doivent surtout pas enrayer le mouvement. Nos dirigeants se méfient des citoyens comme de la peste et les méprisent, considérant qu’ils sont trop bêtes pour savoir ce qui est bon pour eux. Mais, comme l’a si justement dit Sankara : « Malheur à ceux qui bâillonnent. » C’est pour cela qu’il a décidé d’impliquer le peuple aux décisions du pays, celui-ci ayant la capacité d’infléchir la politique nationale. Car, comme l’expliquait le leader, une politique qui se met en place en faisant taire une partie des citoyens est illégitime. En réalité, nous pouvons le dire, Sankara n’agissait que pour le bien de son peuple… Europe, entends-tu ?

« Le plus important, je crois, c’est d’avoir amené le peuple à avoir confiance en lui-même, à comprendre que, finalement, il peut s’asseoir et écrire son développement. »

Dette, patriotisme économique, écologie : et si Sankara était le modèle à suivre ?

Sankara, c’est aussi de grandes réformes économiques. Son principal fait d’armes se porte sur la dette. Le 29 juillet 1987 à Addis Abeba, devant l’Organisation de l’Unité Africaine, le Président burkinabé prononce un discours marquant sur le sujet. Il explique comment il compte ne pas rembourser la dette de son pays, jugée illégitime car contractée à cause de la colonisation. Sauf que la situation budgétaire, même hors du remboursement de la dette, est calamiteuse. Les recettes fiscales sont très faibles et les salaires des fonctionnaires phagocytent presque tout le budget (70%). Dans ces conditions, il semble impossible d’investir pour l’éducation, les services publics ou l’économie. C’est ainsi que le révolutionnaire entame toute une série de réformes fiscales. La bourgeoisie voltaïque est mise à contribution. Sankara et ses ministres roulent en R5 toutes pourries et prennent l’avion comme tout le monde. Les dépenses de fonctionnement sont assainies et redirigées vers l’investissement. Les salaires dans la fonction publique diminuent de 5 à 12%. Par contre, la gratuité des loyers est décrétée. Il s’agit pour le pays de s’en sortir par lui-même, sans aide extérieure. Le patriotisme économique est donc exalté et le protectionnisme renforcé. Le leader refuse aussi les aides alimentaires étrangères et préfère développer l’agriculture locale grâce à une réforme agraire qui répartit mieux les terres et prépare l’arrivée de l’engrais dans les techniques de culture. La production de coton locale est aussi relancée et la mode du vêtement traditionnel burkinabé est lancée par le biais des fonctionnaires qui sont obligés de le porter. À l’heure où tout le monde s’en fout, la question de l’écologie est intégrée par Sankara, lequel veut faire de l’agro-écologie une politique nationale. Celle-ci a plusieurs objectifs : la souveraineté alimentaire, la revalorisation de la vie paysanne et de l’agriculture familiale, l‘adaptation à la croissance démographique et aux effets du changement climatique et enfin, la sauvegarde de l’environnement et des ressources naturelles. Tant de positions qui pourraient bien inspirer notre Vieux Continent agonisant.

« La patrie ou la mort, nous vaincrons ! »

Tandis que l’Europe a choisi de mépriser le peuple et de kidnapper la démocratie, il y a 25 ans Sankara a fait le choix de s’appuyer dessus. Alors que l’Europe est au bord du désastre budgétaire, il y a 25 ans Sankara a su réfléchir au problème d’un point de vue moral et pragmatique et agir contre. À l’heure du déclin industriel européen et de la phobie mondialiste, il y a 25 ans, Sankara a utilisé le patriotisme économique pour relancer l’économie locale et a évoqué l’idée du protectionnisme africain (rappelant le protectionnisme européen agité par Emmanuel Todd ou Jacques Sapir). Au moment de l’impasse écologique, il y a 25 ans Sankara a saisi le problème à bras le corps. À quand une même prise de conscience en Europe ?

 Boîte Noire

  • Pour en savoir plus sur Sankara, c’est par  ;
  • Pour un protectionnisme européen, c’est par ici ;
  • On doit vraiment rembourser cette satanée dette ?
  • Les rappeurs aiment bien Sankara.

L.E.C.K. : « Vu que je sors du lot aujourd’hui, ça veut dire que j’avais les épaules »

Interview publiée le 25 janvier sur Sound Cultur’ALL

LeckL.E.C.K. appartient à la nouvelle génération qui monte dans le rap game. Après plusieurs featurings remarqués avec Sniper ou La Fouine, c’est par la Booska Tape sortie l’an dernier que le grand public le découvre vraiment. A force de freestyles et d’apparitions, le buzz commence à monter et le rappeur originaire de Vitry devient l’une des valeurs montantes du rap street aux côtés de Niro ou Sadek. Après une première session d’écoute dans les locaux  Believe, votre Impertinent préféré l’a rencontré seconde fois pour recueillir ses impressions à la sortie de son premier album.

Sound Cultur’ALL : Présente-toi !

L.E.C.K. : L.E.C.K. qui vient de « leck » dialecte sénégalais qui veut dire « guerrier ». Plus de 10 ans dans le rap et lyriciste avant tout. Mon premier album vient de sortir.

SC : T’es un mec du 9.4. le fait qu’il existe une grosse école là-bas t’as aidé ?

L : Oui et non, parce que ça veut dire qu’il y a peu de place. Mais, vu que je sors du lot aujourd’hui, Dieu merci, ça veut dire que j’avais les épaules.

SC : Quels artistes t’ont inspiré dans ta vie ?

L : Il y en a pleins, français comme cainris et même du reggae jamaïcains. Je pourrais te citer Jazmine Sullivan, Vybz Kartel, 113, Kery, Lino, Le Rat, … Un peu comme tout le monde en fait.

SC : Le rap ça t’a pris comment ?

L : J’étais jeune, mon grand frère kickait dessus et j’ai pris le flambeau vers 13 ans. C’est dans le sang et c’est tout.

SC : Et d’autres artistes qui t’ont donné envie d’écrire ?

L : C’est vraiment mon frère.

SC : Ton premier album est sorti lundi (n.d.l.r. lundi 14 janvier), tu peux nous en dire plus dessus ?
L : C’est mon premier bébé qui vient de naître. On a peu dormi, mais, on est heureux. C’est un rêve qui se réalise pour moi.

SC : Premier album assez varié niveau thèmes et musicalités …

L : Oui, c’est un melting-pot, une grande peinture multicolore. C’est parfois à des extrêmes différents, mais qui à la limite se rejoignent sur la toile.

SC : On t’a surtout connu avec la Booska Tape l’an dernier ? Ca fait quoi de venir de cette génération ?

L : Au début, t’es obligé d’être affilié à quelque chose. Mais, ce n’est pas forcément la chose que j’aime mettre en avant. Aujourd’hui, j’arrive tout seul avec mes couilles, c’est un autre délire, un autre challenge.

C’est mon premier bébé qui vient de naître. On a peu dormi, mais, on est heureux. C’est un rêve qui se réalise pour moi.
SC : Arriver dans l’industrie du disque à l’heure actuelle, ça ne t’effraie pas un peu ?

: Non. C’est la crise, mais ça fait longtemps que ça dure. On est déjà préparé, on ne s’attend pas à grand-chose. Mais, maintenant, Dieu merci, il y a un très bon démarrage. J’espère que ça va continuer, on va se battre pour.

SC : Et t’écoutes quels artistes actuellement ?

L : Moi (rires) ! Je ne vais pas te mentir, je m’écoute déjà parce qu’il faut que j’apprenne mes textes. Et sinon, je suis ce que fais Kery. Sinon toujours ma petite matrice avec Jazmine Sullivan.

SC : J’imagine donc qu’une tournée arrive ?

L : oui, il y a d’abord un concert qui arrive bientôt, le 22 à la Boule Noire. Il est déjà complet. On va enquiller une autre date derrière, parce qu’on est des « show-man ». Il y a beaucoup de dates dont le 25, je serai à Avignon et le 1er à Toulon. Et, il y en aura d’autres.

SC : T’as rencontré comment tes beatmakers ?

L : C’est mon éditrice qui m’a fait écouter beaucoup d’instrus. Dès que l’un me plaisait, j’écrivais dessus.  Je n’ai pas fait comme les cainris, genre faire 100 000 morceaux et pré-choisir. J’ai choisi en amont.

SC : Sur ton premier album, il y a eu peu de featurings, pourquoi ?

L : C’était voulu. Je le voulais personnel. Et, je suis aussi directeur artistique de mon label, j’ai donc choisi de mettre Mansly en avant, c’est un jeune performeur, un vrai talent brut. Awa Imani, je voulais travailler avec elle depuis longtemps et qui est devenue mon amie. On a donc fait un morceau ensemble, tant mieux.

SC : Et comment s’est passée cette connexion avec Mister V ?

L : Je l’ai rencontré par rapport à mon éditrice qui est aussi sa manageuse. On n’a pas besoin d’aller plus loin. Elle m’a proposé une collaboration, j’ai regardé ses podcasts, j’ai vu qu’il buzzait bien et qu’on est de la même génération. On s’est tapé un délire ensemble.

SC : Il y a peut-être une proximité entre les nouveaux rappeurs et les nouveaux web-humoristes ?

L : C’est exactement ça. Moi, je suis très proche d’Abdelkrim et Ahmed Sylla. Ce sont tous les deux mes potos. C’est la famille. Mister V, c’est aussi devenu un poto. On est de la même génération, on pense pareil, donc c’est normal.

SC : Et t’es arrivé comment chez Believe ?

L : Ce sont eux qui sont venus vers moi. Ils étaient intéressés par moi et tant mieux. Ils m’aident à me développer, le duo fonctionne. Le trio même, vu qu’il y a M6 aussi dans l’affaire.

SC : Un dernier mot pour la fin ?

L : Ce n’est que le début !

 

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Marion Maréchal-Le Pen, la droite populaire et le retour de la contre-révolution

Texte publié le 18 janvier sur RAGEMAG

Oyez oyez braves gens ! En ce 16 janvier 2013, Marion Maréchal-Le Pen, plus jeune députée de l’Histoire de notre Vème République, nous a proposé une grande proposition de loi. Alors que tout le monde croyait les deux députés du FN –pardon, il faut dire « Rassemblement Bleu Marine » – bien isolés, notre chère Marion a réussi à trouver du soutien auprès de plusieurs députés UMP, dont Lionnel Luca, chef de file de la Droite Populaire. Bref, nous avions de quoi nous attendre au pire… Et bien c’est encore pire que ça.

Nous connaissions la demoiselle étudiante en droit, nous la découvrons apprentie historienne. Car, oui, c’est bien à notre histoire que la jeune Le Pen et ses nouveaux amis de la Droite Populaire ont décidé de s’attaquer. Au premier abord, nous sommes contents de voir le RBM capable de proposer autre chose que des lois fumeuses sur la préférence nationale, qui au passage ont déjà montré leurs limites durant les années 1930. Puis, apparaît le titre : « reconnaissance du génocide vendéen de 1793-1794 » et nous ne savons trop quoi faire entre rire ou pleurer. Et pour finir, nous lisons le texte en lui-même et là, nous sommes consternés. Le nouveau cheval de bataille de l’extrême-droite est donc de pourfendre la Révolution française, en surfant sur un très mauvais reportage diffusé l’an dernier sur France 3 ? Nous pourrions tomber dans la facilité et balancer simplement un « laissons l’Histoire aux historiens », mais comme chez Ragemag nous n’avons rien contre les choses compliquées, nous avons décidé d’attaquer le texte de front.

Une loi mémorielle stupide et idéologique

Il est d’abord fâcheux de constater que le FN, qui parle constamment de « sujets importants » pour la France, ne trouve rien de mieux à faire pour cette dernière que d’attaquer son Histoire dans ce qu’elle a de plus belle. Ensuite, il est amusant de remarquer que le FN et l’UMP sont traditionnellement les premiers à s’insurger dès qu’il s’agit de tomber dans le mémoriel, l’excuse ou la repentance. Il suffit d’un petit discours de rien du tout de notre Président, en Algérie, pour que tatie Le Pen nous parle déjà d’abaissement de la France et que la Droite Pop’ monte au créneau. Et là, les voilà qui décident de faire une loi mémorielle. Alors pourquoi le FN, et quelques histrions de l’aile droite de l’UMP, ont décidé de faire ce qu’ils sont en général si enclins à dénoncer ? Tout ceci est simplement idéologique. Depuis toujours, la droite réactionnaire hisse le peuple vendéen en héros qui s’est battu pour la Monarchie et contre la République. Nous ne remettons pas en cause le courage de ces ennemis de la révolution. Il faut reconnaître qu’ils ont eu l’honneur de mourrir pour leur idées, même si elles sont opposées aux nôtres.  Mais, est-ce que quelque chose justifierait l’adoption de cette loi ?

Une guerre civile, mais pas un génocide

D’après l’article 211-1 du Code Pénal, un génocide est « défini comme le fait, en exécution d’un plan concerté tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux, ou d’un groupe déterminé à partir de tout critère arbitraire». Que s’est-il réellement passé en Vendée durant la Révolution française ? Octobre 1791, les Girondins, alors majoritaires à l’Assemblée, décident de déclarer la guerre à la Prusse et à l’Autriche. Si officiellement, il s’agit de défendre la Nation menacée, officieusement, il s’agit de sauver l’Assignat au bord de la faillite. Et c’est pour cela que dès le départ, Robespierre s’oppose à cette guerre… En vain. La Monarchie définitivement abolie, la République naissante est embourbée dans les guerres et décide ce que l’on appelle « la levée des masses. » Des hommes entre 18 et 25 ans sont enrôlés par tirage au sort dans tous les départements afin de repousser l’ennemi hors des frontières. Les Vendéens prennent cette action républicaine pour une ingérence. S’ensuit une guerre civile opposant la République et les « contre-révolutionnaires ». Couplée aux guerres extérieures, elle débouche sur la (re)mise en place du Tribunal révolutionnaire par Danton le 10 mars 1793, qui mène au Gouvernement de la Terreur. Ne soyons pas manichéens : on décompte 200 000 morts – chiffre contesté par ailleurs – du côté insurrectionnel en 3 ans. La répression est terrible. Mais, il s’agît bien d’une guerre civile et non d’un génocide, car il n’y a jamais eu aucun projet d’extermination du peuple de Vendée.  D’où vient donc cette affreuse rumeur ? Elle est d’abord le fait de Gracchus Babeuf et de son pamphlet Du système de dépopulation ou La vie et les crimes de Carrier (cité dans le projet de loi de Marion) contre Carrier, leader des massacres vendéens (notamment des noyades de Nantes), et Robespierre. A l’époque, Babeuf est engagé contre l’Incorruptible qu’il voit comme un tyran. Il faut noter que par la suite, le picard changea d’avis, déclarant : « Je confesse aujourd’hui de bonne foi que je m’en veux d’avoir autrefois vu en noir, et le gouvernement révolutionnaire et Robespierre et Saint-Just. Je crois que ces hommes valaient mieux à eux seuls que tous les révolutionnaires ensemble. » Il n’existe sinon aucune autre source pouvant attester d’un quelconque génocide. Le fameux Le génocide franco-français : la Vendée Vengée de Reynald Secher s’appuie principalement sur les écrits de Babeuf et des hypothèses sans fondements. Pour résumer, il y a une guerre civile, mais aucun génocide. Affirmer ceci et vouloir voter cette loi est une attaque contre la Révolution et, donc, la République, mais surtout contre l’Histoire elle-même.

 « Je confesse aujourd’hui de bonne foi que je m’en veux d’avoir autrefois vu en noir, et le gouvernement révolutionnaire et Robespierre et Saint-Just. Je crois que ces hommes valaient mieux à eux seuls que tous les révolutionnaires ensembles. » Babeuf

« La Révolution est un bloc », Clémenceau

Lors d’un discours à la Chambre des députés le 29 janvier 1891 Georges Clémenceau défend la Révolution, les révolutionnaires et notamment Robespierre et ses partisans. Victorien Sardou décide de censurer une pièce intitulée Thermidor dans le seul but de défendre Danton et d’attaquer la Convention robespierriste. Dans un discours exceptionnel comme peu d’autres savent les faire, Le Tigre explique que nous ne pouvons pas dissocier les bons des mauvais révolutionnaires : la Révolution est un tout qui a permis l’émergence des valeurs républicaines. La Première Révolution anglaise ne s’est pas non plus déroulée dans la joie et la bonne humeur, mais elle a aussi fait verser des litres de sang et de sanglots. Est-ce que les Anglais en sont encore à discuter des hypothétiques crimes d’Oliver Cromwell ? Donc non, il ne faut rien jeter dans la Révolution, mais tout absorber. Car, cette dernière est le parfait reflet de la France belle et rebelle que nous aimons. Elle fut loin d’atteindre la perfection, mais comme l’a dit  Saint-Just : « Les révolutions marchent de faiblesse en audace et de crime en vertu. » Ainsi, elles font partie intégrante de notre histoire, donc nous les assumons.

« Les révolutions marchent de faiblesse en audace et de crime en vertu ». Saint-Just

Par-delà la méprise historique, c’est bien une certaine vision de l’Histoire que l’extrême-droite et la droite réactionnaire ont décidé d’essayer de nous imposer. Malgré les efforts de Marine Le Pen pour se parer d’un vernis républicain, nous comprenons ainsi que le FN est loin de s’être débarrassé de son anti-républicanisme et de ses valeurs contre-révolutionnaires. Mais le plus grave est de voir une partie de la droite dite « républicaine » tomber dans ce genre de dérives réactionnaires. Alors que la France prend l’eau de toute part, que François Hollande se sert du sociétal comme écran de fumée pour cacher son impuissance dans le domaine social, l’extrême-droite se perd en fumeuses conjectures historiques. Pire, le parti se prétendant le défenseur de la Nation s’attaque justement au fondement moderne de cette Nation, à savoir la Révolution Française.

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