Renaud – Marche à l’ombre [Chronique]

Texte publié le 24 juin 2013 sur Sound Cultur’ALL

 

Il y a des albums qui marquent à jamais une carrière et c’est le cas de Marche à l’ombre de Renaud. Actif depuis 1968, c’est en 1974 que le « chanteur énervant » sort son premier album et son premier succès, tant sur le plan commercial que sur le plan qualitatif, Amoureux de Panam. Mais jusque-là Renaud n’est qu’un bon artiste parisien engagé. Son quatrième album est celui qui lui a réellement permis de s’affirmer et de changer d’envergure. Pourquoi ? Parce qu’avec ce disque, Renaud le chanteur engagé est devenu Renaud le loubard. Cette image de voyou est entretenue dès la couverture, où l’artiste apparaît avec un blouson en cuir et un bandana rouge, en dédicace à Paul Toul (pseudonyme du célèbre Jacques Mesrine tué par la police un an auparavant). Mais c’est surtout par les 10 titres qui composent cette œuvre que le style est totalement incarné.

 

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Grèce : chronique d’une tragédie contemporaine

Tiré d’un encart écrit pour un article intitulé « Grèce : la révolution sera télévisée », publié le 16 juin 2013 sur RAGEMAG par Paul Tantale

Les dirigeants de la Commission européenne, de la BCE et du FMI n’ont absolument rien à envier à EschyleSophocle et Euripide, tant le sauvetage de la Grèce par la fameuse Troïka tient plus de la tragédie antique que du film de super-héros contemporain. Petit rappel des faits : fin 2009, soit un an après le déclenchement de la crise mondiale, les marchés financiers commencent à s’inquiéter de l’ampleur de l’endettement public de certains pays : Portugal, Irlande, Italie, Grèce, et Espagne (surnommés les PIIGS). Puis c’est au tour des agences de notations de s’en mêler et de dégrader la Grèce. Les taux d’intérêt augmentent drastiquement, le pays risque d’être en cessation de paiement et la Troïka décide de l’aider en avril 2010. Un plan de sauvetage qui a un coût : la mise en place de réformes dites structurelles – comprendre par-là de libéralisation de l’économie – afin de remettre l’économie hellène sur les bons rails. Athènes est sommée de flexibiliser son marché du travail, d’augmenter ses recettes et de diminuer ses dépenses en appliquant le célèbre consensus de Washington. En vrac, on peut noter : la création d’un sous-SMIC pour les jeunes et les seniors, l’âge de départ à la retraite rehaussé tout comme la TVA, de nouvelles taxes, les indemnités de chômage diminuées et, dorénavant, la capacité pour les entreprises de renvoyer leurs employés comme bon leur semble. Ces mesures sont loin de faire l’unanimité. Paul Krugman, le Nobel d’économie 2008 plaide par exemple pour une annulation de la dette grecque et sa sortie de la zone euro. Mais le dogme néolibéral est toujours le plus fort.

Malheureusement, les choses ne se passent pas comme prévu. Le PIB se replie, les recettes avec, et les dépenses stagnent. Résultat : le poids de la dette augmente. Les socialistes au pouvoir (parti du Pasok de Papandréou) sont contraints de démissionner, en 2011, et un gouvernement de coalition (socialistes, conservateurs et extrême-droite) est mis en place. Rien n’y fait cependant : la Troïka est obligée début 2012 de faire une première concession et la dette est restructurée (53,5% de la dette est grosso modo effacée, soit 107 milliards d’euros). Ce n’est toujours pas suffisant et les électeurs tentent de pénaliser les partis du système au législatives de mai. Après un double vote qui a failli mener au pouvoir le SYRIZA d’Alexis Tsipras – et fait naître l’espoir chez toute la gauche radicale européenne – ce sont finalement les socialistes et les conservateurs qui sont reconduits.

Mais, double coup de théâtre ! Le premier a lieu le mois dernier avec l’invalidation des travaux économiques qui avaient inspiré ces politiques. Keneth Rogoff et Carmen Reinhart ont admis s’être trompés dans leurs calculs. Après correction d’une erreur dans leur tableau Excel, des experts trouvent qu’un niveau d’endettement représentant 90 % du PIB ne pénalise pas aussi significativement qu’ils le supposaient la croissance (soit non pas une moyenne en récession de -0,1 % par an, mais une croissance positive à 2,2 % par an). Plus rien ne justifie alors les politiques d’austérité imposées aux peuples européens depuis 3 ans et à divers pays du tiers-monde depuis bien plus longtemps. Le second coup de théâtre vient du FMI lui-même qui, dans son dernier rapport sorti le 7 juin dernier, admet s’être trompé dans la gestion de la crise grecque. Il reconnaît maintenant avoir exigé des réformes trop dures et pense qu’une restructuration de la dette aurait dû intervenir courant 2010, soit deux ans plus tôt, la situation politique européenne de l’époque l’empêchant. Mais la Commission européenne ne veut rien entendre et son commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, estime ne rien avoir à se reprocher. En attendant, les Grecs, eux, ont connu leur 18e trimestre consécutif de récession – un record absolu – et espèrent une nouvelle restructuration, asphyxiés par le poids d’une dette qu’ils ne pourront jamais rembourser et par des politiques d’austérité imposées comme châtiment divin pour les punir de leurs excès, d’après Paul Krugman.

Angela Merkel : la néo-dame d’acier

Texte publié le 15 mai 2013 

À chaque décennie sa personnalité marquante. Si l’Europe des années 1980 a eu Miss Maggie, celle des années 2010 possède Frau Angie. La première, feue Margaret Thatcher, a imposé à l’Angleterre la loi impitoyable des marchés et y a brisé les syndicats, entraînant dans son sillage tout le Vieux Continent. La seconde, Angela Merkel, se fait le chantre de l’(hyper)-austérité depuis quelques années, de la modération salariale européenne généralisée et de la fin de l’action étatique. La dernière en date de la « dame d’acier » est une attaque en bonne et due forme contre le peu de souveraineté que possèdent encore les pays de la zone euro. Mais le plus inquiétant est certainement l’alignement politique dont font preuve nos dirigeants.

Depuis le début de la crise, le couple franco-allemand, moteur de l’Union européenne a du plomb dans l’aile. Si notre ex-président Sarkozy s’agitait dans tous les sens pour laisser croire en l’existence d’un bras de fer permanent entre les deux parties, Hollande ne s’embarrasse même pas de ces considérations. Angela Merkel est donc devenue il y a presque 5 ans le seul capitaine du navire euro, au grand dam des Grecs, des Espagnols, des Portugais ou des Italiens. Afin d’asseoir cette domination, la chancelière fédérale allemande eut la bonne idée d’évoquer la fin de la souveraineté des États, préférant sûrement la tyrannie des marchés à l’expression populaire.

Merkel et le libéralisme teuton

L’Allemagne est traditionnellement considérée comme à l’origine de l’économie sociale de marché (Soziale Marktwirtschaft), fille héritière de l’ordolibéralisme. Ce modèle économique qui se veut original prétend combiner les traits traditionnels du capitalisme néolibéral avec un certain degré de protection sociale. En réalité, il repose avant tout sur la libre concurrence, la stabilité de la politique monétaire et un État économe qui régule uniquement par le droit. L’économie sociale de marché s’oppose donc radicalement à toute forme de socialisme, mais aussi au keynésianisme social-démocrate et au néolibéralisme classique, hédoniste et consumériste. Cependant, ce modèle n’a de social que le nom et la monnaie unique a révélé cette imposture aux yeux de tous. L’Union que nous connaissons est avant tout une zone hyper-mondialisée, régulée par le droit supranational (notamment par la directive rédigée par l’ordolibéral Bolkestein) donc, par ricochet, d’hyper-concurrence, gérée par une politique monétaire neutre. Un contexte dont l’Allemagne va tirer mieux parti que les autres pays européens, en pratiquant une politique de modération salariale et d’austérité budgétaire afin de profiter au maximum de ses avantages comparatifs. Une stratégie qui a le double défaut d’accroître les inégalités outre-Rhin mais aussi de forcer indirectement les autres pays européens à suivre cette méthode.

« Chantre de l’austérité et pourfendeuse de toute coopération entre les États, la chancelière allemande impose aux peuples européens une version germanisée du consensus de Washington et de son corrolaire, TINA. »

Cependant, si cette politique est inhérente au système allemand – pour  preuve, la politique de rigueur a été mise en place par les sociaux-démocrates allemands (SPD) –, Angela Merkel en est le prophète absolu. C’est d’ailleurs dans cette unique perspective que se situe son action. Chantre de l’austérité et pourfendeuse de toute coopération entre les États, la chancelière allemande impose aux peuples européens une version germanisée du « consensus de Washington » et de son corollaire, « TINA ». Consciente de la défiance croissante à son encontre et de la recrudescence de germanophobie causée par ses méthodes, Angie a trouvé un moyen d’arriver à ses fins : demander aux États d’abandonner leur souveraineté, au moins partiellement. Cette solution indolore en apparence n’est que le stade suprême de l’Europe rêvée par le CDU : une destruction organisée de l’action étatique au profit d’une harmonisation concurrentielle vers le bas. L’Europe de la paix dans ces conditions sera avant tout l’Europe des marchés.

 

La capitulation française

Mais le plus inquiétant reste l’étrange capitulation à laquelle s’adonnent les politiques européens. Si Maggie a servi indirectement de modèle durant les années 1980, aussi bien aux sociaux-démocrates qu’aux sociaux-libéraux et aux conservateurs, plus personne aujourd’hui n’ose contester la domination d’Angie. La polémique récente au sein du Parti socialiste français en est un parfait exemple. Au départ, on a une remise en question légitime du modèle européen par l’aile gauche du PS, Jean-Christophe Cambadélis et le président du Perchoir, Claude Bartolone. Ces derniers, dans un texte destiné à préparer la convention du PS, invitent le parti à s’indigner contre « les recettes qui ont conduit au pire : le libre-échange commercial comme seul horizon des relations extérieures, l’austérité comme étalon à l’intérieur de nos frontières ». Les réactions qui ont fait suite à ces propos prouvent l’impossibilité de débattre sereinement sur le sujet, puisque la droite française est rapidement montée au créneau pour dénoncer cette infâme « germanophobie » et que ce sont les Allemands eux-mêmes qui ont eu le dernier mot. Passons sur la curieuse amnésie qui semble frapper l’UMP, oubliant la volonté affichée par Sarkozy en début de quinquennat de ringardiser le couple franco-allemand au profit d’une nouvelle idylle atlantiste avec le Royaume-Uni. Le vrai danger est l’assimilation abjecte de toute critique du modèle allemand à de la germanophobie et de facto à un repli nationaliste nauséabond renvoyant aux années 1930. Outre le mépris que semblent afficher nos politiques pour la réalité historique de notre pays, c’est bien une collaboration vis-à-vis du néolibéralisme mondialisé qui se joue sous couvert d’antinationalisme.  

« Outre le mépris que semblent afficher nos politiques pour la réalité historique de notre pays, c’est bien une collaboration vis-à-vis du néolibéralisme mondialisé qui se joue sous couvert d’antinationalisme. »

Et si le problème était plus profond ?

Néanmoins, ce qui se passe en Europe depuis 3 ans devrait nous emmener à réfléchir réellement au système dans lequel nous évoluons. À cause des différences entre les pays et la mise en place de la zone euro, celle-ci n’est pas une zone monétaire optimale au sens du Nobel d’économie 1999, Robert Mundell. L’austérité merkélienne  et la soumission aux marchés ne sont en fait que l’aboutissement de la logique de cette construction supranationale absurde. Pour analyser la construction de la monnaie unique, le trilemme d’incompatibilité de Rodrik fournit une excellente grille d’analyse. Celui-ci stipule que l’on ne peut avoir simultanément une zone économique totalement mondialisée, des États souverains et de la démocratie. L’euro ne permet actuellement que les deux premières : une zone économique totalement intégrée avec des États indépendants. Dans ces conditions, les choix des États sont limités car une partie du champ d’action leur échappe totalement. La démocratie est donc implicitement détruite et les décisions des gouvernements sont soumises aux contrôles des marchés économiques et financiers.

Les deux solutions possibles pour sortir de cette tyrannie libérale sont les suivantes : l’abandon de la souveraineté des États ou la remise en cause de l’intégration économique. Si la première est très séduisante sur le papier, elle n’est que chimérique, car elle ignore les différences culturelles, politiques et économiques entre les nations qui sont trop grandes pour prétendre instaurer une démocratie supranationale s’entendant sur le plus petit dénominateur commun. Si les frontières économiques ont disparu, les barrières linguistiques ou institutionnelles subsistent malgré tout et les replis nationalistes ont tendance à s’amplifier quand le particulier risque de s’effacer totalement au profit de l’universel. L’économiste McCallum mettait d’ailleurs en évidence en 2000 l’existence « d’effets-frontières » : même quand les barrières commerciales et physiques sont supprimées, les frontières fictives persistent et freinent les échanges. Le fédéralisme européen dans ces conditions n’est qu’une destruction pure du pouvoir politique au profit d’une régulation par l’économie et le droit. Il ne reste dans ces conditions plus que la solution de la remise en cause de l’hyper-intégration européenne sans s’engouffrer dans le piège du repli nationaliste. En somme, rétablir la souveraineté nationale pour mettre fin à la dictature du libéralisme et rétablir la liberté des citoyens.

« L’austérité merkélienne et la soumission aux marchés ne sont en fait que l’aboutissement de la logique de cette construction supranationale absurde. »

Le parallèle entre Maggie et Angie est certes pertinent mais reste incomplet. Si la seconde rejoue la partition de la première, elle le fait de manière différente. En effet, Merkel ne fait que se jouer des failles de notre système. Contrairement à Thatcher, elle ne sert que de faire-valoir à la tyrannie libérale et n’a pas à l’imposer directement. Dans ce contexte, la lutte a changé de nature et résister à la chancelière ne suffit plus, il faut avant tout lutter contre les institutions libérales qui permettent l’existence d’Angie.

« Ce que nous devons conquérir, la souveraineté du pays, nous devons l’enlever à quelqu’un qui s’appelle le monopole. Le pouvoir révolutionnaire, ou la souveraineté politique, est l’instrument de la conquête économique pour que la souveraineté nationale soit pleinement réalisée. » Ernesto Che Guevara

Boite noire :

Anouk Aïata : « Notre truc, c’est de faire de la musique du monde en français »

Interview publiée le 10 mai 2013 sur Sound Cultur’ALL

anouk-aiata-pourquoi-regardes-tu-la-lune-version-edit-single1Anouk Aïata est une jeune chanteuse parisienne pleine de rêves que nous vous avons déjà fait connaître sur Sound Cultur’ALL. Après un EP sorti fin 2012, l’artiste, accompagnée d’Amos Mâh, auteur-compositeur,  nous a livré son premier album le mois dernier. Un véritable ovni musical  très prometteur. Voilà pourquoi nous avons décidé d’aller à sa rencontre. Le rendez-vous est pris dans un bar près du canal Saint-Martin à Paris 10ème, avec AnoukAmos et leur manager. L’occasion de revenir avec eux sur la sortie de leur album.

Sound Cultur’ALL : Présentez-vous…

Anouk Aïata : Moi, c’est Anouk Aïata

Amos Mâh : Et Amos Mâh son ombre chinoise !

AA : Et on a un premier album qui vient de sortir qui s’intitule : La femme mangeuse des nuages du ciel.

SC : Comment vous êtes-vous rencontrés tous les deux ?

AA : Je l’ai rencontré, après bien des années de galère et d’écumage de scènes parisiennes. J’ai fait sa rencontre dans un projet trip hop où Amos était violoncelliste et moi chanteuse.  Nous avons donc fait connaissance dans la joie, la bonne humeur et l’alchimie musicale.

AM : Je ne dirais pas mieux.

SC : Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours de votre EP à l’album ?

AA : On a sorti l’an dernier notre EP sur le label Barclays comme l’album. L’EP était un 4 titres aux influences très métissées, avec une reprise en espagnol d’un titre écrit par Tony Gatlif et des titres en anglais et en français écrits par nous. On a affiné notre travail sur 11 titres, mais avec plus de chansons en français cette fois-ci. Mais toujours avec un métissage affirmé et revendiqué.

AM : Et même assumé !

AA : Assumé, voilà ! Notre truc, c’est de faire de la musique du monde en français.

SC : Justement, on aimerait en savoir davantage sur tes influences.

AA : De mon côté, énormément de musiques du monde et beaucoup de chanson française avec des références ultimes, en ce qui me concerne comme Barbara. J’ai aussi dérivé vers Dalida. Sinon, j’aime beaucoup le jazz, la soul, la funk, le hip hp, le trip hop etc. Mais l’influence première sur ce disque c’est la musique du monde, sans frontière.

AM : J’ajouterais un peu de classique aussi, parce que ça a laissé des traces chez moi. Mais sinon, pas mieux qu’Anouk, encore une fois.

SC : Pourquoi écrire en deux langues, français et anglais, et ne pas se restreindre à une seule ?

AA : On n’a pas su choisir. C’était pour moi comme choisir entre mon père et ma mère. J’ai toujours aimé écrire et chanter en anglais. J’ai aussi toujours écouté beaucoup de musique en anglais, il ne faut pas le nier non plus, comme les Beatles. On avait des textes en anglais qu’on voulait faire vivre sur cet album. On avait aussi la très ferme intention d’écrire du français et de prôner cette langue. On a choisi ensemble les titres avec Barclays. Finalement, on a retenu que deux titres en anglais, mais du coup, on en fait plus sur scène.

AM : On avait quand même comme ligne directrice d’avoir plus de français que d’anglais sur l’album, tout en ne voulant pas nous limiter dans les langues que l’on chante.  Finalement, on trouve ça musical et beau.

AA : Donc demain, peut-être une chanson en arabe, en araméen, en javanais, rien n’est impossible.

SC : Et comment vous avez tous les 2 atterri chez Barclays ?

AA : On a vu de la lumière et on est rentré (rires). En fait, on avait une trentaine de textes déjà écrits et enregistrés. Forts de ces textes, on s’est armé d’un manager, Arthur et d’un apporteur d’affaires, Raphaël. Ils ont démarché quasiment toutes les maisons de disques de la place de Paris. On a pu ainsi obtenir beaucoup de rendez-vous. On a eu un grand choix et on a choisi Barclays parce qu’humainement et artistiquement, on a senti qu’ils pouvaient nous apporter beaucoup. Et pour le moment, on n’est pas déçu.

AM : Bon, tu as tout dit ?

AA : Oui, j’ai tout dit ! (rires)

« Il y a plein d’artistes avec lesquels on aimerait travailler, car on sait reconnaître le talent chez les autres » Anouk Aïata

SC : La suite, c’est quoi ? D’autres scènes à venir ?

AA : Oui, d’autres scènes ! On est le 16, 17, 24 et 25 mai aux Trois Baudets, à Paris. On sera à Saint-Etienne le 29 mai pour le festival Paroles et Musiques. On fait le festival des Francofolies à La Rochelle le 16 juillet. En août, on est à l’Île d’Yieu avec Olivia Ruiz. Je l’ai déjà rencontrée, c’est une super nana, qui est entourée d’une excellente équipe, très professionnelle, donc je suis très contente de la retrouver.  Et puis, on aura notre tournée en France, dans toutes les villes.

AM : J’ajouterais à tout ceci, qu’en juin, nous jouerons aussi à Lille et à Angers.

AA : Exact, c’est la vérité.

SC : Sur l’album et l’EP, si je ne m’abuse, on ne retrouve que vous deux. Il n’y a pas d’artistes avec lesquels vous aimeriez collaborer ?

AA : On a quand même collaboré sur l’EP et l’album avec le guitariste Jean-Louis Solans qui nous suit quasiment depuis le début du projet. On a été rejoint sur scène par un batteur qui s’appelle Pascal Robert, qui donne un grand plus. On est très content de sa présence supplémentaire. Il y a plein d’artistes avec lesquels on aimerait travailler, car on sait reconnaître le talent chez les autres et heureusement ! Pourquoi pas, dans nos rêves les plus fous…

AM : Olivier Koundouno, ancien soliste d’Emilie Loizeau.

AA : Oui. Et pourquoi pas, maintenant qu’on est très en kiffe sur elle, un duo vocal avec Olivia Ruiz.

« Pour la suite, on va essayer de tirer le fil du métissage que l’on trouve dans nos textes surtout et dans la voix d’Anouk »Amos Mâh

SC : Et la suite vous la voyez comment ?

AA : Lumineuse ? On espère pouvoir faire 2, 4, 16, 50 albums encore ensemble. La matière première c’est nous deux, Amos et moi.

AM : Pour la suite, on va essayer de tirer le fil du métissage que l’on trouve dans nos textes surtout et dans la voix d’Anouk qui est tellement extraordinaire…

AA : Le mec est fan (rires) ! La suite, on espère surtout rencontrer le public qu’on attend… qui est déjà là.

SC : Un petit mot pour finir chacun ?

AA : « été » et « mangeuse de nuages »

AM : « Biscornu » !

AA : Merci surtout à Sound Cultur’ALL et à L’Impertinent !

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Le FN ou l’idiot utile du système

Article publié  le 18 avril 2013

Alors que l’on pensait que l’affaire Cahuzac et la perte de confiance à l’encontre de nos politiques profiteraient en premier lieu au FN, adepte du « tous pourris », il semblerait finalement que les choses puissent être plus compliquées pour le parti de la dynastie Le Pen. En effet, tandis que le PS se discréditait peu à peu, une pluie de révélations s’est abattue sur l’auto-proclamé « parti de la résistance ». Le rôle de Philippe Péninque dans l’ouverture du compte de l’ex-ministre du Budget nous a révélé les liens du FN avec le système, l’existence d’un compte de Jean-Marie en Suisse nous a rappelé la fortune engrangée par le patriarche du clan Le Pen et les amitiés « douteuses » de Marion nous ont encore une fois prouvé que le Front n’avait pas changé.

Le Front National est toujours sujet à débats. Fasciste pour certains, résistant pour d’autres, il est souvent difficile de démêler le vrai du faux. Alors qu’on dit le parti dédiabolisé et fréquentable, il soulève toujours autant de haine et de passion. Le parti d’extrême-droite a subi en 40 ans énormément de changements : modifications légères de nom et de logo, renouvellement à la tête de la structure, nettoyage de l’intérieur et, pour finir, passage d’un discours ultra-libéral à un message dénonçant ce dernier. Pourtant, le Front National nous a prouvé récemment qu’entre Défendre les Français, en 1973, et maintenant, peu de choses ont réellement changé : en terme de vertu politique, il ne vaut toujours pas mieux que ceux qu’il traite de « pourris » et l’idéologie qu’il prône n’a pas bougé.

Tout aussi pourri que les autres

Alors qu’il se présente traditionnellement comme le parti de la dissidence, marginalisé par le système, le FN n’hésite pas à profiter de ce dernier dès qu’il en a la possibilité. N’oublions pas que les frontistes ont  participé à plusieurs reprises aux affaires républicaines depuis leur première victoire municipale à Dreux, en 1983. Et, on ne peut pas dire qu’ils se soient mieux débrouillés que la « bandes des quatre » (RPR, UDF, PS et PCF) qu’ils avaient coutume de dénoncer à une certaine époque. On peut même affirmer que la mauvaise gestion est une des marques de fabrique du FN. Les cas les plus retentissants sont ceux de Daniel Simonpieri qui a fait exploser les impôts à Marignane sans aucun résultat positif pour la ville et de Catherine Mégret qui a détruit l’emploi à Vitrolle. Mais pire encore, le clientélisme et les affaires n’ont pas épargné les dirigeants bleu marine, et c’est ce que vient nous rappeler l’Affaire Cahuzac. On peut ainsi citer sommairement : les subventions détournées par

Jean-Marie Le Chevallier (Toulon) pour financer ses vacances et sa campagne législative de 1997, qui sera invalidée pour fraude ; les fermetures arbitraires d’associations pratiquées par Simonpieri et C. Mégret, remplacées par des associations tenues par des proches à eux ; les prises d’intérêts illégales de Jacques Bompard (Orange). Cet affairisme n’est pas le propre des élus mais est aussi inhérent à la direction du parti. Celui-ci serait même la principale cause de l’enrichissement colossale du leader historique du FN, comme l’expliquent Phillipe Cohen et Pierre Péan dans leur ouvrage dédié à l’histoire du Front National. Car c’est bien une fortune colossale que le patriarche des Le Pen, parti de rien, a accumulé dans sa vie en n’hésitant pas à utiliser les caisses de son parti – et à l’endetter – pour améliorer son patrimoine personnel.

Des incohérences économiques pour masquer le fond idéologique

L’attitude des leaders du FN vis-à-vis des morts récentes d’Hugo Chávez et de Margaret Thatcher est très révélatrice de sa vraie nature. En apparence, rendre hommage à l’une des plus grandes figures récentes du socialisme puis en faire de même avec l’incarnation humaine du néo-libéralisme est contradictoire. Mais les frontistes n’ont que faire de ces considérations. La raison est simple : si la « révolution libérale » prônée par Le Pen père n’était qu’une grossière imposture, la lutte contre l’ultra-libéralisme de Le Pen fille est un leurre tout aussi ridicule. Il ne faut pas s’y tromper, en glorifiant l’ex-Président vénézuélien, c’est le patriote anti-impérialiste que le FN glorifie et en pleurant l’ancienne « Dame de Fer », le parti d’extrême-droite ne pleure que l’ultra-conservatrice. Le Front n’est au départ que l’union de tous les grands courants d’extrême-droite, une grande famille qui n’a pour seuls points communs que le nationalisme et une vision réactionnaire de la société. Dans cette optique, corporatisme, libéralisme ou antilibéralisme ne sont que des habillages. En pleine explosion libérale où le mythe de la croissance est dans toutes les têtes, Jean-Marie Le Pen, ex-poujadiste, se convertit au reaganisme – poussé par un électorat petit bourgeois – avant de faire lentement marche arrière avec l’évolution de son électorat, les signes de fatigue du système économique et l’avènement de la mondialisation financière.

« La raison est simple : si la « révolution libérale » prônée par Le Pen père n’était qu’une grossière imposture, la lutte contre l’ultra-libéralisme de Le Pen fille est un leurre tout aussi ridicule. »

Mais c’est sa fille qui poussera la logique jusqu’au bout. Si dénoncer l’ultra-libéralisme mondialisé est aujourd’hui commode pour un parti nationaliste – et à plus forte raison quand la base électorale est majoritairement ouvrière – la mue est loin d’être achevée. On en vient ainsi à comprendre la cacophonie concernant la position du FN vis-à-vis de l’âge du départ du système de retraite et les multiples incohérences de son programme économique et social censé défendre les travailleurs (suppression de l’ISF, allègements patronaux, durcissement de la législation à l’égard des chômeurs, destruction des syndicats, absences de chiffres…).

Le vrai fonds de commerce du FN

Si la conversion du FN à l’antilibéralisme n’est que poudre aux yeux, il en est de même pour beaucoup d’autres changements. Il s’est par exemple enfin rallié à la laïcité républicaine sans avoir à changer quoi que ce soit dans son idéologie. Le parti nationaliste a très bien compris les manquements républicains actuels et défend une laïcité à géométrie variable. Bénéficiant du recul et de la laïcisation de la pratique chrétienne, le Front se sert de la laïcité pour mieux attaquer les communautés musulmane (principalement) et juive. Et c’est bien dans la stigmatisation communautaire que se place le vrai discours du Front National. Les immigrés sont les vrais boucs émissaires du parti et en particulier les musulmans, qui sont le symbole moderne de l’anti-France menaçant notre Nation. D’ailleurs, la bande à Le Pen n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle dénonce la viande hallal et l’arabisation des banlieues ou quand elle voit en l’Islam un danger pour la République. Ce faux revirement s’est opéré dans tous les partis « acceptables » d’extrême-droite : ce qu’entreprend actuellement Marine Le Pen en France, son ex-camarade parlementaire, Alessandra Mussolini, l’a déjà plus ou moins réussi en Italie. Dans ses conditions, pourquoi s’étonner des fréquentations de Marion Marchéchal-Le Pen ou Julien Rochedy ?

 

Le rôle de l’idiot utile

Le FN n’a donc pas changé et c’est tant mieux pour notre système. Car loin d’être une quelconque menace fasciste, le Front n’est ni plus ni moins que l’épouvantail qui permet à notre régime de survivre. Mitterrand avait bien compris le potentiel de Jean-Marie Le Pen en la matière et c’est pour cela qu’il a décidé de l’instrumentaliser. Son discours identitaire permet de diviser les Français selon leurs communautés d’origine. La gauche mitterrandienne a sciemment abandonné le petit peuple, l’a laissé à la merci de l’extrême-droite qui est apparue comme la seule en mesure de s’adresser à la France d’en bas. Tant que l’ouvrier est occupé à voir en l’immigré la source de ses malheurs, il ne s’en prend pas au Patronat et aux élites.

« Tant que l’ouvrier est occupé à voir en l’immigré la source de ses malheurs, il ne s’en prend pas au Patronat et aux élites. »

Parallèlement, la montée du FN a aidé à faire avaler aux Français issus de l’immigration l’illusion d’un pays raciste et hostile à son existence, contribuant à son auto-marginalisation. Diaboliser le parti lepeniste tout en le promouvant c’est aussi un moyen d’étouffer toute vraie contestation et remise en cause de la société. Impossible de critiquer l’euro et la mondialisation néolibérale – qui ont déjà montré leurs limites – sans être taxé de xénophobe. Pointer du doigt les limites de nos institutions, l’alternance sans alternative politique de ces 40 dernières années ou les points de convergence entre l’UMP et le PS renvoie irrémédiablement au populisme frontiste. Et quand tout ceci ne suffit pas, nos dirigeants jouent à l’antifascisme spectacle en faisant mine de combattre la bête immonde qu’ils ont eux-mêmes mise en place ou en agitant le chiffon du vote utile pour mettre fin au danger républicain.

Alors qu’il se nourrit des errements du système, le Front National sert sa cause. Il l’a d’ailleurs bien compris et c’est pour cela qu’il l’utilise pour ses propres intérêts électoraux ou financiers. La mondialisation, l’abandon des classes populaires par la gauche gouvernementale, l’insécurité (culturelle ou au sens strict) sont autant de phénomènes qui ont permis de faire du parti d’extrême-droite l’une des principales forces politiques du paysage politique hexagonal. Mais, à mesure qu’il grossit, une remise en cause du système semble de plus en plus compliquée. Un paradoxe pas si nouveau que ça puisque George Orwell voyait déjà dans la montée du nationalisme une conséquence des manquements de la gauche et dans les fronts antifascistes une posture faussement démocrate de la classe exploitante.

Boite Noire

Willaxxx : « Celui qui parle mal de Boobi, je lui coupe la barbichette. »

Interview publiée le 12 avril  avec Mathilde Hamet et Margaux Duquesnes 

Mathilde est derrière la caméra, Kévin pose les questions et Margaux organise : toutes les conditions sont réunies pour avoir une grande rencontre. Le concept est simple, le jeune homme ne nous répond qu’en personnage et nous avons choisi qu’il ne serait que Kaares. Bref, il est temps de passer aux choses sérieuses : on vous laisse ainsi admirer la vidéo postée plus haut.

 

Boîte noire

Nordine Idir : « Le Parti Communiste est toujours révolutionnaire. »

Interview publiée le 5 avril 

On croyait le communisme mort. La chute de l’URSS devait être la chute finale et la victoire ultime du capitalisme. Cependant, la crise a rebattu les cartes et la critique du capitalisme semble plus que jamais valide. Pendant ce temps, le Parti Communiste Français en pleine agonie s’est offert une seconde jeunesse par le biais du Front de Gauche. Des raisons suffisantes pour interviewer Nordine Idir – secrétaire général du Mouvement Jeunes Communistes Français – et évoquer avec lui l’avenir du mouvement.

Être communiste en 2013 pour toi ça veut dire quoi ?

C’est tout d‘abord défendre des idéaux de solidarité, de vivre ensemble, de justice sociale. Mais ce n’est pas que les défendre, c’est aussi les traduire concrètement. C’est ensuite vouloir combattre les discriminations et faire en sorte que l’on puisse choisir son mode de vie comme on l’entend, sa sexualité, son travail et son parcours de vie. Cela passe forcément par des garanties collectives. Ce communisme-là, je le vois comme le partage des pouvoirs, des savoirs et aussi des droits. Cette ambition de solidarité et de vivre ensemble n’est accessible que si nous avons les mêmes droits. Mais le communisme c’est avant tout un partage et une mise en commun, on en revient au terme originel. Nous ne sommes pas là pour nier les individus mais pour les épanouir.

Et l’ancienne idée de « dictature du prolétariat », elle en est où ?

C’est une référence qui a été abandonnée mais je ne suis pas sûr que ça soit un recul sur les ambitions. Je le comprends comme une évolution même si je n’ai pas vécu les débats de l’époque. Je l’interprète comme la recherche d’une nouvelle dynamique d’union de toutes les forces sociales pour aboutir à une transformation sociale radicale et révolutionnaire. L’idée d’une véritable lutte collective et populaire qui se fait par le bas a été cependant préservée. Nous continuons de mettre le peuple toujours au cœur de tout. Le débat autour du terme n’est peut-être plus d’actualité mais nous avons toujours la même ambition.

D’ailleurs, vous avez aussi abandonné récemment la faucille et le marteau. Aujourd’hui, le communisme n’a pas bonne publicité, car il renvoie toujours à l’URSS. Ne serait-il pas pertinent de changer aussi le nom du parti ?

Non, je ne pense pas. D’abord, ces abandons de symboles ou autres ne sont pas des abandons en tant que tels, ce sont des évolutions. Notre ambition est toujours la même. Ce qu’il faut savoir, c’est s’ils sont audibles auprès de la population.

« Nous ne sommes pas là pour nier les individus mais pour les épanouir. »

En tout cas, ce ne sont pas eux qui font notre projet. La preuve : cela n’a jamais été le symbole du MJCF et nous sommes pourtant révolutionnaires. Pour ce qui est de l’URSS, je pense que ça change dans la tête des nouvelles générations.  Les caricatures sont en train de s’effacer, car le capitalisme montre tous les jours son injustice. Même si nous avons fait des erreurs, nous ne sommes pas passéistes. Et il existe aussi d’autres modèles dans le monde tout autant condamnables, voire plus. Ensuite, il y a eu des avancées sociales en URSS même si l’implication populaire a été bâillonnée, menant à une désaffection.

À l’inverse, il existe des régimes d’économie capitaliste peu scrupuleux sur les droits humains ou le partage des richesses qui sont peu condamnés. N’oublions pas que nous avons un regard très européen : d’autres exemples de communisme vivent, notamment en Amérique latine. Il suffit de regarder Cuba qui a la population la mieux éduquée du continent devant les États-Unis et la mieux soignée (sic). Ses institutions ne peuvent être analysées avec nos grilles de lecture. Les latino-américains l’ont bien compris : ce pays constitue une référence dans la région. Nous pouvons ici en débattre et analyser, en restant critique bien sûr. Pour en revenir au nom, le communisme annonce ce que nous sommes et c’est très important pour nous.

Comment expliquerais-tu la chute du PCF au cours des années 1990 et 2000 ?

Je ne sais pas exactement. Le recul est même un peu plus long dans la durée. Nous l’analysons comment ? Je dirais qu’il y a eu des évolutions structurelles du capitalisme et des offensives réactionnaires de la classe dominante dans un contexte de crise économique. Il s’agissait d’une vraie stratégie pour casser méthodiquement les voies de financement de la sécurité sociale et de tous les dispositifs de mise en commun. Du coup, toutes les avancées sociales arrachées par le mouvement ouvrier et les compromis sociaux se sont retrouvés affaiblis et en incapacité de répondre aux besoins.

« Il ne faut pas oublier que les partis communistes de tous les pays occidentaux ont connu un vrai recul et le français est peut-être celui qui s’en est le mieux sorti a posteriori. »

On ne peut éluder l’explosion du chômage de masse qui a explosé à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Les communistes ont certainement éprouvé des difficultés pour aller parler avec tous les exploités qui se sont retrouvés éclatés. Il y a eu un affaiblissement mais pas une chute. Surtout, il ne faut pas oublier que les partis communistes de tous les pays occidentaux ont connu un vrai recul et le français est peut-être celui qui s’en est le mieux sorti a posteriori.

Est-ce dû, selon toi, à une différence de ligne entre les anciens dirigeants plus tournés sur la défense des travailleurs – Thorez, Duclos et Marchais – et  les nouveaux dirigeants plus centrés sur la lutte contre les discriminations et sur le sociétal – à savoir Hue, Buffet et Laurent ?

Je n’en suis pas sûr. Je ne suis pas historien mais je pense que cette dichotomie est fausse. Parce si nous prenons le parti de la fondation au Front Populaire, il y a déjà eu de grandes évolutions. A l’époque, le parti était un parti de masse qui travaillait avec les organisations ouvrières et les socialistes. Pourtant, la lutte contre les discriminations, notamment celles faites aux femmes ou aux étrangers – par le biais des colonies – était au cœur des combats. La vraie difficulté aujourd’hui est de les rendre audibles, car les associations qui rendaient possible la solidarité et qui étaient liées au mouvement ouvrier se sont affaiblies. Mais les questions de discriminations ne s’opposent pas aux questions de classe parce que les femmes sont parmi les plus exploitées – 80% du temps partiel – et sont sous-payées. Il faut à tout prix lutter pour les sans-papiers, contre les discriminations religieuses, etc. Ce n’est pas contradictoire au contraire, il faut trouver un moyen de les articuler.

Est-ce que tu penses que le communisme à l’heure actuelle peut encore séduire la jeunesse ?

Je l’espère en tout cas, c’est un peu ma mission et mon rôle. Mais je pense que oui ! Toutes les mobilisations que notre génération a connues, notamment sous la droite, portaient en elles des exigences de justice ou d’égalité. Ce sont forcément des choses que nous portons en nous que ça soit dans l’éducation, l’accès à l’emploi ou à la mobilité. À travers la planète, que ça soit en Amérique latine, en Europe ou au Maghreb, les jeunes sont au cœur des grandes luttes d’émancipation. Après, il y a tout un travail pour devenir majoritaire et c’est pour cela qu’il faut réaliser des avancées dès maintenant. En tant que militants d’organisations, nous devons travailler à construire ces ambitions fortes.

Mais nous avons l’impression que la jeunesse actuelle nourrie à la consommation de masse et aux nouvelles technologies n’a jamais été aussi séduite par le capitalisme. Et c’est encore plus vrai dans les milieux populaires…

Je ne partage pas cette analyse, notamment sur les jeunes de classes populaires. C’est vrai qu’ils veulent posséder des marques et semblent s’attacher au consumérisme. Et ce fait est d’autant plus vrai que ces jeunes sont pauvres. C’est logique car la société nous répète sans cesse que nous sommes rien si nous ne possédons pas. Mais la consommation en soi n’est pas un ennemi. La vraie question est de savoir comment donner accès à tout ça, c’est-à-dire comment les aider à avoir les moyens de s’offrir les nouvelles technologies ou à pouvoir s’habiller correctement. Donc pour reprendre ta question, ce n’est pas contradictoire de vouloir porter de la marque et vouloir changer la société ! Dans notre organisation, nous avons des militants assez représentatifs de la jeunesse, avec tous les « styles » imaginables, qui consomment comme le reste de la société et ça ne les empêche pas d’aspirer à un changement radical. Je pense qu’il faut sortir de ce débat-là.  Nous avons cependant bien conscience des dangers du consumérisme. Quand nous posons nos exigences de services publics et de mise en commun, c’est aussi parce que nous avons conscience que certaines choses doivent échapper aux lois du marché.

Justement, selon toi, l’avenir du communisme ne passe pas par une remise en cause du consumérisme, donc in fine du productivisme et du mythe de la croissance ?

Effectivement, les économistes libéraux mettent toujours en avant le problème de la croissance. Les exigences de profits immédiats placent en ce moment davantage les « problèmes de déficits, de coût du travail et de compétitivité ». Mais la question de produire des richesses pour ensuite les partager et garantir un niveau de vie digne à tout le monde est un vrai enjeu. Et c’est bien en mettant en commun un de tas de choses via les services publics que les citoyens pourront prendre les bonnes orientations. Je pense notamment à la planification écologique parce qu’il y a de vrais enjeux derrière : comment nourrir demain 9 milliards d’individus, produire les voitures propres de demain – car la mobilité est une vraie nécessité – ou comment produire de manière propre ? Nous ne posons donc pas la croissance comme un mythe, mais comme un moyen de créer des richesses utiles pour le bien commun et donc la société. Cependant, il est vrai que certaines choses n’auront peut-être plus d’intérêt à être produites demain mais ce n’est pas à moi de le décider, c’est à l’intelligence collective de le faire. Les grands choix ne sont pas à prendre par les grandes multinationales qui mettent en concurrence les peuples mais bien par ces derniers.

Sur l’écologie on sait qu’il existe au sein du Front de Gauche plusieurs sensibilités. Jusqu’à présent, les communistes n’ont pas été aussi loin que le Parti de Gauche et son « écosocialisme » dans cette direction. C’est toujours vrai ?

En tout cas, l’écosocialisme n’est pas une notion que nous nous approprions. Par contre, je sais qu’elle est portée par plusieurs formations de gauche : des écologistes, des membres du Parti socialiste, évidemment des membres du Parti de Gauche et dans d’autres courants. Mais pour nous, j’en reviens à ce que je disais tout à l’heure, nous nous plaçons dans la perspective du communisme, c’est-à-dire de la mise en commun et du partage des pouvoirs et des savoirs.

« Les grands choix ne sont pas à prendre par les grandes multinationales qui mettent en concurrence les peuples mais bien par ces derniers. »

Mais évidemment, cette dimension écologie est incontournable car il en va de la survie de l’humanité. Cependant, nous l’envisageons toujours dans une idée de changement plus global. Ce qui nous guette, c’est une reprise de l’écologie par le capitalisme pour ouvrir de nouveaux marchés afin de mettre en concurrence les peuples, les culpabiliser et accroître les inégalités. Pourtant, l’articulation entre écologie et justice sociale bien que complexe est un sujet majeur. Même si nous n’utilisons pas tous le même terme, la compagne du Front de Gauche a montré que l’on défendait tous autant l’écologie.

D’ailleurs, penses-tu que la bannière du Front de Gauche était indispensable au PCF pour reconquérir l’électorat à gauche de la gauche ?

Je pense le Front de Gauche avant tout comme un rassemblement et un mouvement. La société est complexe et nous ne pourrons pas la changer seuls. Il nous faudra être majoritaire et donc gagner le rapport de force. L’idée était donc de nous rassembler avec ceux qui étaient les plus proches de nous. Et puis, en tant que communistes pour nous l’idée du rassemblement est indispensable. Vue l’ampleur de la crise et celle de l’offensive du patronat et des multinationales, nous étions dans l’obligation de rebâtir une union forte. Cependant, les différences continuent de vivre. Notre mouvement n’a d’ailleurs pas vocation à rester figé, au contraire nous sommes prêts à accueillir tous ceux qui veulent nous rejoindre. Jusqu’ici, tous les grands changements ont eu lieu quand le peuple a dépassé tous les schémas établis. Ce qui fait la force du Front de Gauche c’est que nous ne sommes pas sûrs des postures et qu’il y a du débat interne. On a annoncé la fin de l’Histoire pendant 20 ans mais l’ampleur de la crise montre que nos solutions étaient les bonnes. Mais ça demandera beaucoup de travail et ça passera par le rassemblement.

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