Diomay : « Si t’as que de la gueule, juste un 16 et que t’avais pas 10 morceaux on te prenait pas au sérieux »

Interview publiée le 27 avril 2012 sur Sound Cultur’ALL, avec Thomas Passe (a.k.a. Nessuno)

Diomay1Il y a des interviews comme ça dont on se souviendra. Le rendez-vous est pris avec Diomay, 19h30 dans le 12ème arrondissement accompagné de mon acolyte Kévin dit L’Impertinent. Rappeur depuis la fin des années 1990, le MC revient sur son parcours et nous évoque sans gêne ses débuts, son passage mitigé chez IV my People, la création de son label, sa relation avec Salif, ses déceptions liées au milieu du rap avant de nous parler de son actualité et ses projets futurs. Le tout sous les cordes à arpenter le parc de Bercy afin de changer d’abri sans cesse.

Sound Cultur’all : Présentes-toi pour ceux qui te connaissent pas.

Diomay : Diomay, Diomay Sarr pour ceux qui connaissent mon nom de famille, je viens du 12ème arrondissement et je suis français d’origines guadeloupéenne et sénégalaise. J’ai commencé le rap vers la fin de l’année 1999 et ma première apparition remonte à 2001.

SC : C’était pour Guéant le « Je suis français » ?

D : Non c’est juste que c’est important. Dire mes origines c’est bien, mais ça veut pas dire que je renie le truc tu vois ? Je trouve que c’est important de le dire.

SC : Est-ce qu’il y a des artistes qui t’ont particulièrement inspiré ?

D : Oh y en pas qu’un seul ! Déjà, tu dois compter tous les artistes avant l’époque du rap, donc ça peut aller à Michael Jackson, Stevie Wonder, Phil Collins, Sting, même Madonna dans les années 1980 qui me parlait aussi. Le rap est arrivé ensuite. Bien avant ça j’écoutais tout ce qu’était Dance Machine :Ace of Base, 2 Unlimited, la musique qui passait à la radio quoi. Puis est arrivé le rap, que j’ai d’abord pris du côté mainstream. Les premiers que j’ai écouté c’était les LL Cool J, les Boyz II Men, Biggie,2pac, Faith Evans, etc… Je m’y suis vraiment mis en tant qu’auditeur à la base.

SC : Des rappeurs français également ?

D : Qui m’auraient influencé ? Ceux qui m’ont entouré, que j’ai vu à l’œuvre en fait. Alors je vais t’en citer quatre : Fredo et Le K-Fear de La Brigade, les deux qui nous ont mis le pied à l’étrier, avec Nysay, donc Salif et Exs. Le côté agressif que tu me vois employer des fois, ça c’est Exs. Puis la rigueur, le côté illimité dans l’écriture, on ne se limite pas à un 16, ça c’est Salif. Parce que pour tout te dire, quand on a commencé dans le rap français, la grande différence avec maintenant c’est que c’était un truc de grands. Quand t’étais petit, t’avais le droit de rapper mais on te prenait pas au sérieux. Et un jour, j’ai entendu à la radio Nysay et L’Skadrille en freestyle, et les mecs avaient 16 et 17 ans… Tu vois quand on nous parle de prodige, à côté à 20 ans t’es déjà grand. Ils avaient 16-17 ans et rappaient aussi bien que les mecs deTime Bomb, fallait le faire. J’ai entendu Le rêve de L’Skadrille, y avait leur maxi Mack.01, après y avait Nysay avec Salif à l’intérieur. Et Salif c’était le plus chaud ! Et c’est quand j’ai entendu des mecs comme ça rapper que j’ai eu envie de m’y mettre. Parce que je me suis dit, les petits peuvent rapper, pas mieux parce qu’on n’avait pas cette prétention, mais au moins aussi bien que les grands. T’avais Time Bomb aussi mais ça c’était intouchable. C’était des gars avec un charisme… Y avait pas encore les clips mais les gars ils étaient grands, ils avaient du style, de la sappe qui venait des USA. Nous on avait des Jordans, mais c’était des Jordans du marché avec le 37 au lieu du 23 (rires). Donc quand tu voyais ces mecs arriver sur Paris, tu savais déjà ce que c’était que le pré-star system, pourtant y avait aucun titre qui tournait, mais tout le monde les connaissait. Mais pour revenir à ta question, c’était vraiment le K-Fear et Fredo, parce que c’est qui se sont occupés de nous avec Granit. Et pour le lancement je dirais Nysay et L’Skadrille, par rapport à leur jeune âge ils ont ouvert la voie à tous les jeunes.

SC : T’avais quel âge à ce moment-là ?

D : Je devais avoir 17 ans. On avait le même âge sauf qu’eux ils étaient déjà à Génération en train de freestyler comme des malades ! Je rappais pas, j’étais qu’un auditeur. Quand t’entends un mec plus fort que toi, du moins à l’époque, tu te contentes de l’écouter. Tu fais pas un 16 tout pourri en disant « Je suis meilleur que toi ». Moi j’allais tout le temps chez Salif ou Exs et je leur disais « Vous devriez faire ça, comme ça, etc… ». Puis jour y en a un qui m’a dit : « Tu sais Diomay, si tu penses faire mieux… Fais-le » (rires). Et c’était même pas méchant, je devais vraiment être relou ! Mais je pense que toute personne qu’est un gros kiffeur de son est comme ça. Je sais que mon cousin Kopdass, qui s’occupait du groupe ATK, il leur prenait la tête ! Mais c’est pas toi qu’est aux commandes, ils ont le talent et ils décident. S’ils prennent les bonnes décisions c’est tant mieux pour eux. Mais c’est toujours dur de voir des gars que t’affectionne rapologiquement prendre les mauvaises décisions ou être victimes de leur époque, parce que c’est pas aussi facile que ça de sortir un disque.

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SC : C’est un peu grâce à ton entourage que tu t’es donc mis au rap ? Salif est ton cousin, un autre de tes cousins était le manager d’ATK…

D : Ouais mais non. Parce que Salif il m’a pas calculé, ATK non-plus, c’était pas des petits. Quand mon cousin il arrivait dans la chambre, avec les mecs d’ATK, moi j’étais devant le Club Dorothée et j’avais limite pas le droit d’entrer pendant qu’ils répétaient. C’était bien défini ! J’arrivais pas devant les gens à les toiser « Vas-y rappe un peu » ! C’était pas comme ça. Et un jour je leur ai dit « Je peux rapper », mais comme je t’ai dit on était en 1996-96, fallait joindre le geste à la parole. Si t’as que de la gueule, juste un 16 et que t’avais pas 10 morceaux on te prenait pas au sérieux. Donc, je suis allé voir Granit, je lui dis que je me lance, il me répond qu’il écrira un texte par-ci et fera les refrains. Voilà, Diomay & Granit se lançait, on mackettait. Mais tu vois, on se prenait la tête parce qu’on n’avait pas le droit de faire un truc qu’était pas chant-mé.

SC : T’es donc présent depuis la fin des années 1990, quel regard portes-tu sur l’évolution du rap depuis cette période ? C’était mieux avant ?

D : On va dire que c’était mieux géré. Comment t’expliquer ? Quand tu fais du rap tu commences d’abord comme auditeur. Avant t’écoutais de la merde, après on a tous cette période où on devient super connaisseur et on a le pêché de s’approprier cette musique qui ne nous appartient pas. Et on l’a tous fait ! Toi, moi, ceux qui arriveront après, etc… Ca c’est pas le problème, le truc c’est que les mecs d’avant le faisaient de manière plus mafieuse. C’est-à-dire qu’aujourd’hui tu peux dire « Toi tu devrais pas rapper » alors qu’avant les mecs qui détenaient le truc disaient « Toi tu peux rapper si tu veux, mais je t’accorderai aucun crédit ». Donc au final ça revient au même, tu voyais les mecs de Time Bomb ou les X-Men ils vont même pas te serrer la main ! Du coup ça t’énerve et tu vas tellement travailler en te disant « Vous allez voir » ! C’était bien défini : t’avais les grands et les petits. Si tu voulais faire partie de la cour des grands, fallait être carré. Si t’avais le niveau on te laissait passer, de toute façon t’avais pas le choix ! Aujourd’hui ça a un peu changé, le petit peut dire au grand « Ton truc c’est pourri », mais le petit n’écoutera pas le grand. C’est-à-dire que tu vas me faire écouter ton nouveau groupe, bah moi je vais te faire écouter un truc d’avant. Je vais pas essayer de te convaincre que la Scred Connexion c’est meilleur que ce t’écoutes. Mais ça va peut-être te faire réfléchir. Je pense que c’est ça qui a changé, y a plus grand-chose de bien défini. Aujourd’hui tout le monde fait un peu ce qu’il veut, tu peux piquer le style de l’autre c’est pas grave. Avant, quelqu’un qui rappait comme Ill pouvait pas rapper… Tu rappais comme Zoxea ? Stop ! Les gens te serraient pas la main ! Le respect était dû à ton propre style. Les gens t’aimaient pas plus pour autant, ils te détestaient mais ils pouvaient rien faire. A l’époque de Time Bomb y a pas eu de polémique entre eux et ceux de la génération précédente, parce que Time Bomb ils avaient révolutionné le rap.

SC : On ne peut pas dire que les fans de rap sont « ignorants » à l’heure actuelle ? C’est-à-dire que si on ne remarque pas qu’un mec rappe comme Ill, c’est parce qu’on ne se rappelle plus comment Ill rappait ?

D : Si, ils savent, mais comme je dis, la nouvelle génération est en opposition avec l’ancienne génération. Quand on te dit « Je trouve pas que ça ressemble » c’est juste une façon indirecte de te dire « C’est le jeu, c’est nous maintenant ». Ils le savent, sauf qu’ils n’ont pas ce respect. Le problème c’est qu’on arrive en 2012 à un réel choc des générations. Ca avait jamais eu lieu, parce qu’on va dire qu’après Different Teepet tous ces premiers groupes, les X-Men c’était pas vraiment des petits à côté. Ill a pas non-plus 10 ans de plus que moi. On se suivait, y avait pas un grand fossé. Là on arrive à un moment où t’as des rappeurs de 30-35 ans face à des rappeurs de 20 ans. Il n’y avait jamais eu ça avant. Mais la différence entre ma génération et la nouvelle, c’est qu’avant on te laissait pas faire ce que tu voulais. Mais c’est pas seulement les rappeurs, le public aussi. T’as aussi le public de l’ancienne génération et de la nouvelle. Un petit jeune va m’écouter, il va dire « C’est pas mal… Mais c’est un vieux ». Alors que j’aurai l’âge de Jay-Z que dans 10 ans ! Rick Ross il a 38 ans et tout va bien ! On prend pas de la DHEA (Rires).

SC : Expliques-nous comment t’es venu à bosser avec Neochrome.

D : En fait, l’histoire avec Neochrome c’est tout simple. Fredo nous a coaché, nous a fait rapper sans cesse. Et un jour il vient nous voir et nous dit « Y a Neochrome qui se prépare », et à l’époque c’était LA mixtape. Ca avait déjà un sacré buzz, peut-être même plus que certains projets d’ajourd’hui. Et il nous dit « Faut vous préparer, on va vous faire auditionner ». Tout ça pour te dire que le piston existait pas. Je t’explique, Yonea démarche Fredo pour avoir La Brigade sur Neochrome. Ils étaient en passe de faire leur premier album, ils avaient déjà un paquet de mixtapes et ils ont commencé à ralentir. Ils lui disent donc « Nous on se calme par contre on a des petits », mais tout le monde avait ses petits. Ca les gavait tous. Mais y en a un qu’a senti l’affaire et qui lui a dit « Ecoutes, tes petits je les prends si tu poses un couplet » sous-entendu « comme ça je peux mettre Fredo avec entre parenthèses La Brigade et puis tes machins-choses ». Fredo est d’accord, on vient, on kick et tout le monde nous regarde chelou (rires). Fredo il revient nous voir et il nous dit « Ouais Yonea et Loko ils ont dit que c’était vraiment pas mal votre truc, à la base ils voulaient garder que ma partie et vous dégager » (rires). Au moins ça avait le mérite d’être clair, c’est pas comme aujourd’hui où on te dit « Ouah mortel le morceau » puis quand tu vois le CD qui sort t’es pas dessus. Et au final on s’est retrouvés sur Neochrome sur la plage 2 ! Je te laisse imagine ce que ça peut représenter à l’époque. Y avait Faf Larage, la Scred Connexion, tous les mecs de maintenant ! Et cette mixtape, tout le monde l’a écoutée. Des fois tu peux rencontrer des mecs qui vont te toiser mais à cette époque ils t’ont écouté. Je serai jamais assez reconnaissant envers Fredo, et Le K-Fear qui était là aussi.

Là il me passe quelqu’un, j’entends : « Allô allô, c’est No-Bru-là ! »

SC : Et pour IV my People ?

D : En fait Salif suivait Zoxea et faisait ses backs sur sa tournée. Et Kool Shen, impressionné par la dextérité du petit décide de le signer. Et au moment de faire l’album il lui dit qu’il aimerait bien nous inviter dessus. Et Kool Shen pareil qu’avant « Ah mais tu sais c’est un album sérieux là »… Il nous fait venir, et pareil le morceau devait pas apparaître, mais Kool Shen l’entend et se dit « Ouah, le morceau il défonce ». En plus le truc c’est qu’à la base quand il devait nous appeler pour venir poser on s’est dit qu’il nous appellerait pas parce que là, quand même, c’est un autre level.  Et à deux heures du matin, Granit sonne chez moi pour me dire que Salif appelait : « Eh Dio, faut que tu viennes poser ». Et nous à l’époque on débitait pas des 16 mesures comme ça, on préparait deux semaine à l’avance UN 16 mesures ! Avec nos meilleures rimes ! Et là il me demande de venir poser deux 16 sur l’album à deux heures du matin alors que ça devait avoir lieu que dans peut-être deux semaines ! Et on n’avait que huit mesures ! Donc on avait la pression… On se débinait, on lui a dit qu’on était pas prêts. Là il me passe quelqu’un, j’entends : « Allô allô, c’est No-Bru (ndlr : Bruno Lopes, Kool Shen) là ! » (rires). C’est fou le psychisme, tu sais pas comment il s’appelle en vrai mais tu sais que c’est lui ! Et Granit c’est pas quelqu’un qui recule, il me sort « Concentres-toi, moi je m’occupe du refrain, toi t’écris plus, je vais prendre la voiture du daron et pendant ce temps-là toi tu grattes et tu t’affiches pas ! » On arrive au studio IV my People, tu vois Kool Shen qui roule son bédo et qui te dit « Ca va ? Bien ? » C’était un autre level ! Tu vois Zoxea qui est là ! Les mecs ils avaient déjà un tel charisme ! Tu peux pas arriver et hausser des épaules, les mecs c’est eux ! Nous on était des gamins ! On commence à kicker, Madizm envoie la prod, elle était un peu cainrie. Je me suis dit que c’était foutu, j’ai commencé à débiter et tout le monde me regarde bizarrement. Je souhaite à personne qu’il leur arrive ce qui m’est arrivé. Et Granit me rassure il me fait un clin d’œil. Et au final Kool Shen nous félicite. Du coup par gentillesse on nous invite au Planète rap. Et ça c’était calculé, t’arrivais pas avec tes potes ! Sinon t’avais les Karimbo, les gens qui s’occupaient du label qui te disaient « Tu sors ». On arrive là-bas, on sait pas trop ce que c’était que Skyrock parce que c’était le début. On voit les studios trop bien faits ! On commence à débiter, on lâche pas le steak et Kool Shen nous sort « C’est vraiment bien les gars » ! Mais Granit, qu’était un gars très indépendant, avait commencé à mettre des sous de côté pour commencer à faire notre disque. Et à l’époque, le label IV my People avait commencé à prendre du poids, y avait plein d’artistes, et s’était relativement embourgeoisé. Je dis ça dans le sens où t’avais certains artistes qui travaillaient un peu moins, qui devaient rendre des albums qui sortaient pas. Et le deuxième patron du label, Karimbo, nous fait signer avec l’accord de Kool Shen. Et Granit, qu’était bien en avance sur son temps dit : « Nous on veut bien signer, mais on fait pas la locomotive ». Dans le sens où le premier qui finissait son album le sortait. Nous on avait déjà pré-macketté des trucs de dingues ! Et tu vois, quand t’es tout seul, que tu dois mettre tes petits francs pour avoir le studio, quand t’as un studio qui commence à 9h et finit à 19h : t’arrives à 9h ! Donc les mecs qu’avaient toujours eu ça, ils avaient tendance à arriver à 16h ! Donc Karim qui voit des petits qu’ont la gnac il veut sortir notre truc. Et ce qui devait arriver arriva, ça a donné une sorte d’impulsion dans le label et tout le monde s’est remis à travailler. Tout le monde venait écouter ce qu’on faisait, pas parce qu’on avait plus de buzz mais juste parce que nous on faisait les disques ! Donc là on termine les maquettes, l’album est terminé, tout le monde est content. Mais c’est le destin, tout le monde a terminé son album au même moment. Comme par hasard. Tout le monde est arrivé avec l’album sur le bureau de Kool Shen. Il doit faire un choix. Un jour il nous convoque et nous dit « L’album ça le fait pas trop ». Après je reconnais, je faisais des thèmes, je parlais déjà de meufs, c’était pas la bonne époque pour faire ça. Il me dit que ça lui parle pas trop, que c’est pas l’image qu’il veut à IV my People. Lui il est rap-rap ! Et pourtant en studio il hochait la tête ! Et il nous dit « Je pense pas le sortir chez nous ». Il ajoute « Je te dénigre pas tu sais écrire, je vous propose qu’on aille voir les maisons de disque et si y en a une qui le veut je vous le sors ». Il a tenu parole, il nous a trouvé un deal chez Jive. Mais le truc c’est qu’ils voulaient nous signer, mais on serait pas prioritaires sur les sorties et on leur devait trois albums ! Ca veut dire que si Justin Timberlake sort son album tu recules vu que t’es pas prioritaires, et y a des artistes qui reculent toute leur vie parce qu’ils dorment chez les maisons de disque. Et moi j’ai dit que ça m’intéressait pas, Granit voulait accepter parce qu’il voulait plus qu’on perde de temps. Mais moi j’avais envie de faire de la musique, et pas d’être bloqué. Au final ça a saoulé Granit, il s’est investi dans le commerce et est parti de son côté et moi je suis resté comme ça.

SC : Comment s’est passé cette époque en solo pour la première fois pour toi ?

D : Mais je me suis pas trop découragé, parce que grâce à IV my People on avait eu la chance de poser sur les Street style 1, 2 et 3 et la bande originale du film Le Boulet. Ce qui fait que j’avais quand même une certaine notoriété, j’étais pas connu mais si quelqu’un dans le milieu faisait une mixtape un peu importante, il allait m’appeler. J’ai profité de ça pour poser sur toutes les mixtapes à ma sortie du label. J’ai posé sur 92100, de mecs du 92, de Paris, etc… Entre 2002 et 2004, j’étais sur toutes les mixtapes de rap français. Et mon cousin Kopdass, qui travaillait plus avec ATK me dit que c’est pas mal ce que je faisais. Il me demande où est mon album que j’ai enregistré chez IV my People, je lui explique que je l’ai pas parce que c’est eux les éditeurs donc je lui fais écouter les maquettes que les ingés son ont bien voulu me graver. Là il me demande « C’est tes derniers morceaux ? », je lui réponds que non que c’est les morceaux que j’ai enregistré chez eux et là il me sort « Quoi ? Ils t’ont viré alors que t’avais fait ça ? ». Il était choqué ! Là il me sort « Je peux pas te promettre que ce sera comme avec IV my People, on passera pas sur Skyrock, mais je sortirai tout ce que t’as fait ». Et en association on a créé le label Sky the limit. Pareil pour Salif, il m’a pas lâché, il m’a dit que c’était une connerie. On pouvait pas avoir les beats de Madizm et Sec.Undo, mais il m’a proposé de me donner tout ce qu’il avait produit sur sa MPC. Et dedans t’avais Poésie, le morceau avec Alpha 5.20, tout ça c’est lui qui les a produit ! Mais en fait sa carrière de producteur s’est arrêtée le jour où mon album est sorti. Parce que les gens ont tellement kiffé ses sons, qu’ils lui ont demandé et ça l’a, je pense, un peu gêné. Il se positionnait en tant que rappeur et non producteur. Il a arrêté net. Mais tout ce qu’il y a dans Mwen Ka Galsen, à l’exception de deux-trois morceaux, c’est produit par Salif. C’est crédité, même y a pas longtemps, sur Skyrock il a dit « C’est moi qu’a produit l’album de Diomay ». Avec le recul c’est marrant. Mais le pire c’est qu’il avait des prods de malade. Mais comme tout était défini, t’avais déjà des producteurs qui étaient stars, ses prods avaient beau être presque aussi bonnes, comme ça venait d’un rappeur elles avaient pas le même crédit. Moi qu’avait rien à perdre, j’ai tout pris. Il m’a fait le premier morceau qui m’a fait connaître. Tous ceux qu’avaient la chaîne XXL à l’époque ont vu Poésie en boucle. C’est Salif qu’a pris la boucle et mis ses gros coups de pieds dessus, il avait pas de règles, il les faisait comme ça. Et mon album Mwen Ka Galsen sort, Salif participe et ça marche plutôt pas mal. Parce que tu vois, je suis de la génération Neochrome, ça veut dire Brasco, Seth Gueko, et je suis le premier à avoir pu sortir mon disque. Et sans l’aide de Neochrome. A l’époque c’était quand même quelque chose, parce que tous les autres rappeurs se disaient « Bon il a pas vendu, mais il a eu raison de faire ça, l’album est pas mal ». Et du coup, ça m’a un peu ancré. Tu peux ne pas aimer, mais j’ai fait mon premier album en 2004. Y avait des featurings de Salif, les thèmes que je voulais, tout le monde était content et ça s’est pas trop mal vendu. C’était juste que quand tu claques 100 000 d’un coup, à côté quand tu vends 5000 c’est pas beaucoup. Mais comme c’était un des premiers albums indépendants, de notre génération, ça a été considéré comme un bon succès tu vois. On a continué sur cette lancée-là. Salif était encore chez IV my People, donc lui il a continué à faire ses trucs là-bas.

SC : Tu regrettes pas de ne pas être allé plus loin avec IV my People ?

D : L’histoire m’a pas trop donné tort. Parce qu’il y a eu des histoires internes, que je ne connais pas, parce que je n’y étais pas. Le label a fermé pendant que Sky the limit se développait, on développait mon image puis j’avais la garantie que tout était concentré sur moi. Quand Kopdass trouvait les moyens pour faire les clips, il faisait appel à Oxyd, j’étais un des premiers rappeurs de l’époque à avoir mes clips aussi. Quand t’es chez IV my People et compagnie, tu dois te concerter avec des gens pour voir si quelqu’un n’est pas d’accord. Et puis y a eu des gens qu’ont été très cools avec moi. Madizm par exemple, mais il avait pas le pouvoir de décision. Y avait des directeurs artistiques là-bas qu’étaient pas spécialement fans de moi. C’est le destin. Mais moi je regrette pas, parce qu’aujourd’hui j’ai un label. Bon, c’est pas moi qui prend la dernière décision, mais si je veux faire un clip demain, y a de grandes chances que ça se fasse.

SC : « C’est bandant d’être indépendant » comme disait Booba ?

D : Dans une certaine mesure ouais, en fait t’as un pouvoir de décision. Etre en maison de disque, et que quand tu parles on ne t’écoute pas, ça sert à rien. Après c’est à toi d’avoir les arguments pour convaincre les gens. C’est comme dans le monde du cinéma, pour faire Avatar, James Cameron il a dû trouver une parade. Tu convaincs pas les gens du jour au lendemain pour mettre 300 millions de budget sur un film sans savoir si ça va marcher.

SC : Comment es-tu venu à travailler avec Alexi Kantrall/Le Roumain ?

D : Ce qui s’est passé avec Alexi Kantrall, alias Le Roumain, c’est que quand Salif est parti chez IV my People j’avais plus de prods puisqu’il avait arrêté de produire. Et je suis pas le genre de gars qui traîne à gauche à droite. Quand je trouve quelqu’un avec qui je m’entends bien, je suis du genre fidèle. Mais le problème c’est que si la personne avec qui tu bosses lâche l’affaire, tu te retrouves sans rien. Donc moi je commence à faire mes trucs, et un jour je reçois un mail d’un gars qui s’appelle Gwenzel, du groupeFutur Proche. Je faisais déjà plus trop de featurings, ça m’avait gavé. Et il me dit que ce serait bien que je pose sur leur skeud. Je leur réponds que pourquoi pas et ils me disent qu’ils sont à Daumesnil dans le 12ème, « Oh vous êtes à côté, pourquoi pas ». J’y vais et je fais connaissance du Roumain qu’était en train de produire l’album de Futur Proche. Le problème c’est que, lui, c’était un gars qui venait de la scène pop/rock et qu’avait pas trop la gueule de l’emploi. Donc à part Gwenzel et quelques personnes comme ça il s’entendait avec très peu de rappeurs même si beaucoup sont passés chez lui. Mais 80% de la scène rap, avant qu’il explose en tant que Le Roumain – parce que c’est un des plus connus maintenant – ils lui ont tous dit non. Tous les gars connus pour qui il a produit lui ont tous dit non au début. Je le rencontre et je lui dis qu’on devrait faire mon prochain skeud chez lui. Je lui parle de mon budget et il me dit qu’il veut pas d’argent, qu’il aime bien ce que je fais et qu’il veut produire le truc avec moi. Il voulait s’investir musicalement avec moi. En fait c’est un musicien à la base, et, du moins à l’époque, quand t’étais musicien on t’empêchait de faire de la musique. Quand il commençait à faire des arrangements tout le monde disait « Oh qu’est-ce que tu fais ? Allez arrête ! Moi je t’ai demandé ça, c’est tout ». Et lui ça le frustrait, moi j’entends ça et je lui dis « Ah tu joues du Michel Berger ? », moi je m’en bas les couilles. Je me dis il est chaud lui (rires) ! Il a vu que j’étais un peu tête brûlée, je commençais à kicker, il me faisait 10 prods par jour.  Et très vite on a commencé à faire notre truc. Et comme ça faisait un petit moment, pour marquer le coup j’ai fait Parcours du combattant, le double CD avec les inédits produits par Le Roumain.  Dedans on avait commencé à ramener les sonorités dirty south parce que lui ça l’amusait. Le best of marche plutôt bien, on passe à la radio, Génération nous joue. Et ça c’est l’avant French dirty south.

On est partis dans l’idée de faire le truc à l’américaine

SC : Tu t’es donc distingué comme étant l’un des prionniers du dirty en France, t’as senti la vague arriver ?

D : Je suis pas le premier, y avait LMC Click et DGC avant. Mais le truc avec eux, c’est que comme c’était un dirty très street, Grigny c’est très Three Six Mafia, c’était pas identifié comme dirty. C’est peut-être pour ça que le titre leur est pas revenu directement. Nous ce qui s’est passé, c’est que Le Roumain commence à faire des prods dirty, sauf que comme il est musicien il va te rajouter plein de trucs. Et t’asRma2n qui enregistrait au même moment chez Le Roumain. Et nous on s’est dit, pourquoi ne pas faire un projet, c’était qu’un projet au début : faire une mixtape qui s’appellerait French dirty south. L’originalité du projet, c’était qu’Alex avait repris Temps mort, La boulette de Diam’s, Hardcore de Kery James, Still Dre, en dirty ! C’est-à-dire que c’était du dirty, mais pas comme on fait maintenant genre « Je baise ta meuf, j’ai trop de swag ». Tu nous as jamais entendu dire ça. On avait quand même des thèmes.

SC : Rma2n un peu plus quand même.

D : Ouais, mais après la différence entre lui et moi, c’est que moi je suis east à la base. Lui, il est dirty, mais dirty no limit ! C’est un autre extrême du dirty ! Alex et moi on est rentrés dans le dirty parce qu’on aimait beaucoup Lil Wayne ou Rick Ross. Mais pour quelqu’un qu’est à fond dans le dirty, c’est pas eux les vrais représentants ! Tu vois, pour un gars comme Rma2n, le vrai dirty c’est C-Murder ou UGK. Je vais pas lui donner tort, c’était son univers. Le truc, c’est qu’on a subtilisé l’univers à personne. Quand on a fait la première mixtape, c’était Alex qui faisait les sons et c’est lui qui faisait les reprises. Du coup, toute personne qui n’aurait pas aimé le délire était libre de ne pas poser. Tous les mecs, entre guillemets, ont posé ! Tout le monde était content, la mixtape fait un carton c’était dans les 10 000 ventes. On est partis dans l’idée de faire le truc à l’américaine. Au lieu de chercher des distribs, j’ai eu de mauvaises expériences, on s’est achetés une tour. C’était du jamais vu. On a gravé les CDs nous-mêmes, on avait un imprimeur et avec l’aide de Just Like Hip Hop on vendait ça 5€. C’était la première vraie mixtape faite comme les Américains. La mixtape cartonne et on a été portés par le truc : Génération nous joue, on est invités à l’Elysée Montmartre faire du french dirty en même temps que Kery James. Fallait le faire à l’époque. Tu te retrouves dans les loges avec la Mafia K’1 Fry quand même. Et les mecs te disent bonjour et que c’est bien ce que tu fais. Après, Mac Tyer est arrivé avec 93 tu peux pas test, Booba avec Boulbi, etc… La chance qu’on a eu, c’est qu’on est arrivés légèrement avant. Les gens se sont dits qu’on avait rien volé tu vois. Et ensuite, on a eu l’idée de faire la webradio. Et ça ça nous a encore plus boosté. Dans laFDS Radio,  avec toutes les personnes plus ou moins dans le délire cainri on s’est unis. Pour te dire La Fouine était venu. Gen Renard ou Trade Union aussi. C’était une super époque, c’était tous les mercredis, on était écoutés, on passait nos morceaux, on faisait des mixtapes, Raja nous faisait des refrains R’n’B. Y avait toute une synergie autour du truc. Puis comme toutes les épopées, ça se termine, pas toujours bien malheureusement. T’avais des entités, deux équipes dans les crews. Aujourd’hui j’ai pris mon chemin, Rma2n le sien et ça s’est terminé. Mais bien parce que les gens en parlent encore en bien aujourd’hui. On estime avoir fait notre boulot. Et j’ai gardé des restes, parce que quand je fais desAssassin’s skills ou Niggas in Paris, les gens viennent pas dire « Eh il commence à faire des flows », on faisait ça avant, on va pas se répéter (rires) ! La FDS c’est vraiment un travail à trois, t’as Alex, t’as Rma2n et Diomay, c’est nous la French dirty south à la base.

SC : Ensuite t’es revenu aux sources, un rap qui sonne plus années 90, qu’est-ce qui t’en as donné envie ? Une envie de te démarquer de ce mouvement ?

D : Tu veux la vérité ? Moi j’ai fait du dirty parce que j’étais dans une équipe qui en faisait. Quand ça c’est terminé avec Rma2n, sous fond de conflit, j’étais suffisamment orgueilleux pour ne pas laisser place à un débat qui ne sert à rien. C’est-à-dire que si Hermann revendique le titre de king du dirty et compagnie, d’autres diront qu’on a profité d’untel ou untel. Donc moi je me suis dit qu’il fallait que je me remette à mon rap de Diomay tout seul pour qu’on ne puisse pas dire que j’ai subtilisé le dirty à tout le monde. Parce que c’est ce qui se serait passé. Admettons que Rma2n et moi on se sépare, lui fait son truc à sa façon mais à la base j’étais plus connu que lui, je fais mon dirty à moi avec mon délire artistique et mes thèmes et ça prend. Et du coup Hermann lui reste à la traîne, qu’est-ce qu’on aurait dit ? On aurait dit, Diomay il s’est débarrassé de Rma2n et de tous les autres et Alex et lui ils ont fait le truc à leur sauce et ils ont tout gardé pour eux. Et crois-moi, ça aurait arrangé tout le monde cette version-là ! Mais nous on a toujours été des champions de l’anticipation. C’est bien les gars, continuez, moi je continue de mon côté. Alex il est reparti en province, il a remonté un studio, on s’est dit qu’on allait s’aérer l’esprit, faire du son à la Big Pun. Et on a fait Retour aux sources. Tout le monde se disait « Lui il va se faire niquer ». Ce qui m’a sauvé, c’est que j’avais fait Mwen Ka Galsen avant, et dans cet album t’as Poésie et tous ces morceaux-là. Tous ces gens sont venus prendre ma défense, entre guillemets, en disant « Ouais, mais à la base il faisait ça, donc c’est cohérent ». Ma tête était sauvée, même Salif il m’appelle « Ouah t’as sauvé ton nom ! » (rires). Même lui il est venu me voir et on a fait Wesh mon pote, il cartonne bien sur internet, tout le monde le partage. Je fais mes thèmes, ça fonctionne bien. Et dans la même année, on a tellement kiffé qu’on a fait un deuxième skeud qui s’appelle Rue de la paix où y a les Si maman si, que j’ai clippé y a pas longtemps, lesNeverland. Et ça c’est super bien passé, les disques fonctionnaient bien, sur iTunes ça se vendait pas mal aussi. J’ai pris la tangeante par rapport à cet univers, mais pas pour le laisser tomber mais pour pas qu’on m’accuse d’avoir subtilisé l’univers de qui que ce soit. J’avais trop de respect pour ce qu’on avait fait tous ensemble pour commencer à revendiquer quelque chose, chacun a fait son truc. J’ai toujours été contre ça, je me suis toujours dit on est un crew : on reste ensemble. Si au bout d’un moment on peut plus se voir, on peut plus rester dans le même studio, qu’il en soit ainsi, mais qu’on respecte ce qui a été fait. Moi j’y ai pas touché, j’ai jamais attaqué la French dirty south après, j’ai fermé ma gueule et j’ai fait mon truc.

SC : En France on aime bien mettre des étiquettes, est-ce qu’être le cousin de Salif ne t’a pas desservi ?

D : En fait cousin, c’est surtout le fait que tout jeunes chacun allait dans la famille de l’autre. C’est pas public nos liens ! Je pense pas que ça m’ait desservi, ça m’a plutôt aidé. Et puis Salif et moi on a travaillés ensemble occasionnellement. On a traîné ensemble toute notre vie, mais musicalement et rapologiquement, on pense pas du tout de la même façon ! Disons que Salif c’est quelqu’un qu’est là depuis plus longtemps que moi, donc il a vu des choses et il voulait avancer. Moi, j’étais là pour changer les choses dans ma vision. Pour lui, j’étais le mec un peu tête brûlée, donc il veillait à ce que je puisse un peu avancer, il m’a jamais court-circuité mais il m’a jamais aidé. C’est-à-dire que si je montais pas Sky the limit, je sortais pas de disque. Quand c’était la fin de IV my people, il est pas allé voir Kool Shen pour lui dire « Qu’est-ce que tu fais ? ». Ca c’est la réalité de la musique, t’as la vie et la musique. Lui il était forcé d’avancer. Après t’as l’époque du rap street et compagnie, lui il était dans ce délire, moi pas. En fait quand tu nous entends parler c’est différent. Moi quand tu m’entends parler, c’est limite je suis déséquilibré, dans le rap tu dois faire ce qu’il faut faire et non ce que tu dois faire. Et Salif il était arrivé à un stade plus haut où il gagnait déjà sa vie grâce à la musique et y a des choses que tu ne peux pas faire délibérément. Moi, j’étais mon propre patron donc ça se cassait la gueule je mangeais des pâtes, ça cartonnait je m’achetais des Jordans. Mais quand t’es dans la vraie vie, que t’as des enfants, si c’est ça qu’il faut faire tu le fais. C’est même pas une question d’être vendu, t’es obligé. Donc on avait des visions très diverses. Je pense que ce qui est dommage, c’est qu’on n’ait pas travaillé ensemble. Je mets pas la faute sur lui, je devais pas avoir bonne réputation dans le milieu. Si on s’était calés, qu’on avait fait notre équipe à nous et des concerts à gauche à droite, on aurait pu plier trop de gens. Parce qu’à chaque fois qu’on a fait des morceaux ensemble, que ce soit Wesh mon pote ou Faut vendre, ça a toujours marché. Ca a toujours cartonné. Je vais pas te dire qu’on aurait rivalisé avec certains, mais ça aurait fait son truc. Salif il gère la scène, moi t’inquiètes j’ai pas besoin de boire pour y aller. C’est la seule chose qu’on a laissé passer. Mais après l’heure c’est plus l’heure. Je pense pas que trois ans après tu vas nous voir le faire, on a trop d’orgueil. Moi je vise pas Busta Flex et Zoxea, parce que justement eux ils l’ont fait, ils ont fait l’association au moment où fallait le faire. Donc à partir du moment où nous on a loupé le coche, on l’a loupé. Maintenant chacun doit faire ce qu’il doit faire en solo. Ce que je dois faire c’est pas louper le coche avec ma discographie. J’attends plus rien de l’association. Salif, tu vois, c’est un personnage au talent infini mais il est aussi très imprévisible. Alex il a enregistré des tas de morceaux avec lui qui sortiront jamais ! T’entends les morceaux, tu te dis qu’est-ce qui se passe ? Moi je suis pas comme ça, tout ce que j’ai fait est dehors.

 

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SC : D’ailleurs on a l’impression dans tes morceaux que tu ressens une certaine frustration vis-à-vis du public.

D : C’est Public enemy ! Non mais c’est pas de la frustration ! En fait, le morceau c’est un truc que tout le monde aurait pu écrire tu vois. Sauf que tout le monde rumine ça dans son coin, mais personne le dit. Moi, je suis pas frustré, j’ai représenté pour toute la scène ! Moi j’ai dit que j’ai rien à perdre, que ça se fait pas quand vous dite « Untel c’est le meilleur rappeur » mais qu’à la fin c’est l’autre qui vend le plus. Donc en gros, si tu reprends le refrain : « C’est pour mes confrères qui comptaient sur le public pour les aider ». Et on va me demander de quel rappeur je parle, mais ce titre je l’ai écrit en 2010, tout ce qui a suivi après c’est ce qui s’est passé après. C’est juste un état des lieux. Donc non, je pense pas que frustration soit le bon mot, tu dis ce que tu penses. Le public soutient pas les gens, je le sais. Et ce qu’est bien, c’est que je m’affranchis de certaines critiques avec mes morceaux. Quelqu’un me dit « Le jour où tu feras tel ou tel morceau j’achèterais un de tes albums », je lui réponds « T’as écouté Public enemy ? ». Si tu l’as écouté, tu sais que j’en ai rien à foutre. Et y a beaucoup de rappeurs qui m’ont dit « C’est trop ça ». Et comment ! La gamelle elle se remplit toujours pas ! Mais je suis content parce que c’est des morceaux qui resteront. J’ai pas révolutionné le rap, je suis pas là pour ça, mais je sais que les thèmes sont liés à ma propre personnalité. C’est des thèmes que j’ai traités parce que je suis du genre critique, mais pas faussement subversif. Je vais dire ce qui va pas. Pareil, Fais croquer c’est dans la même veine. On va me dire que y a de la frustration, mais si je suis frustré, alors faut pas aller voir les autres rappeurs ! Encore j’ai réussi à le cracher sur un texte ! Et c’est vrai que quand t’écoutes le deuxième couplet, dans la cabine, ouais je m’énerve.

SC : Mais t’es justement un des rares à le faire sur morceau.

D : Oui bien sûr, mais si Dieu il te permet de t’exprimer et de mettre en place tes idées c’est pour ça. Je dis pas que je suis plus doué qu’un autre. Mais t’as des rappeurs qui vont se coucher et qui disent « Niquez vos mères ». Non c’est pas comme ça que faut le dire. Moi je vais pas insulter la mère des gens avec qui j’ai un problème, je dis juste que je suis déçu. Comme dit MC Jean Gab’1, c’est pas moi qui le dit : « Je rappe pour dire qui je suis, pas pour qu’on dise ce que je suis ». Donc, quand tu vas m’approcher tu vas me demander un featuring, c’est que t’as pas écouté Fais croquer. Dedans je dis « Tapez feat Diomay sur Google / Autant de résultats que de MCs qui maintenant me crachent à la gueule ». Parce qu’au bout d’un moment, tu fais de la musique, t’as le cœur ouvert et tout le monde joue de manière hypocrite sur l’esprit Hip Hop. Puis tu te fais clasher ou insulter par des gens que t’as aidé ? Des gens qui se mettent en ligne contre toi ? Un gars qui a besoin d’un featuring tu vas lui dire ouais, un gars qui veut que tu le boostes sur scène tu vas lui dire ouais. Après t’entends que toutes ces personnes-là se lient entre eux pour faire des trucs bizarres. Pas des trucs bizarres liés à la street, parce que ça ça peut pas arriver. Je te parle de trucs, tu sais la mauvaise vibe ! Ca marche ça ! Si quelqu’un te casse ton délire, tu te dis mais attends ? Tu peux te regarder dans le miroir cinq minutes ? Etre entouré par des gens qui t’ont laissé tomber ?

SC : Il y a eu le EP « Vive la musique de France » en binôme avec Alexi Kantrall qui est sorti récemment. L’idée du projet c’était quoi ? Montrer que le rap appartient lui aussi au patrimoine musical et culturel de ce pays ?

D : Pour tout te dire, y avait pas vraiment de calcul. Alexi depuis le début reprend de la chanson française,Allô maman d’Alain Souchon dans Retour aux sources ou Si maman si de Michel Berger par exemple. On a juste voulu pousser le concept un peu plus loin. Et puis le rap, de nos jours, tout le monde connait. Pareil pour la variété française. La légitimité de ce projet vient du fait que moi je viens vraiment du rap et qu’Alex lui vient vraiment de la chanson française. Il maîtrise mieux la disco de Michel Berger que celle de Lil Wayne et ça l’a pas empêché d’être un des premiers producteur français en matière de dirty south. Quant au titre Vive la musique de France  c’est un clin d’œil à la mixtape de DJ Cream Nique la musique de France. Notre titre n’est pas en opposition au sien. Pour nous, le nôtre veut dire qu’on aime la chanson française. Comme je suis sûr que pas mal de chanteurs français aiment le rap. Combien sont fans de MC Solaar ? On a déjà de supers retours sur ce projet et ça fait plaisir. Le clip Manu a déjà été réalisé et est toujours dispo sur Youtube. La suite si Dieu veut.

SC : Maintenant que presque tous les morceaux de 90 BPM ont été clippés, doit-on s’attendre à l’arrivée d’un nouvel album ?

D : The saga continues. La team a toujours la même motivation. Alexi m’a dit qu’il était là cet été. Un nouveau producteur de talent, The Nyx, dont vous avez pu entendre le travail sur Spasme par exemple ou sur Assasin’s skills, sera de la partie. Avec le soutien de Sky the limit record je pense ramener un sixième album, qui, je l’espère, sera encore meilleur. Tout ça pour dire que, grâce à Dieu, le meilleur est à venir !

SC : Un mot pour finir ?

D : Merci à toute la team soundculturall.fr. Un big up pour djpimp.net, sans oublier Sky the limit. C’était ma première interview sous la pluie, mais aucun regret ! Que des barres ! Tchiki o !

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La fin des supports physiques et l’avènement du digital : mauvaise chose ?

Texte publié le 23 avril 2012 sur Sound Cultur’ALL

« Avant j’achetais des disques, j’écoutais même ceux que j’aimais pas, aujourd’hui j’ai 40 gigas d’MP3 qu’j’écoute même pas » Orelsan

K7C’est triste, à peine 23 ans et je suis déjà un jeune con réac’. Et pire, j’ai décidé d’écrire tout un article pour l’assumer ! Non, en fait, ce n’est pas le vrai but de cet article, mais bon, une fois que tu l’auras lu, la seule chose que tu retiendras, c’est bien ça : « L’Impertinent, il saoule, il n’est même pas foutu d’vivre avec son temps ». Ben voilà, je suis né à la fin des années 80, j’ai grandit dans les 90’s et j’ai muri (vieilli ?) dans les 00’s. Dans ma courte vie (Quoique notre vie n’est-elle pas déjà trop longue à partir du moment où on vient au monde ?), j’ai vu notre société évoluer et se transformer, parfois en bien, souvent en mal. J’ai connu l’effondrement du bloc soviétique, la réunification de l’Allemagne, l’éclatement de la Yougoslavie, j’ai assisté à la chute du mur de Berlin (#syndromesarkozy), j’ai vu le 11 septembre bouleverser nos vies, j’ai connu 3 présidents français (bientôt 4 ?), j’ai vu un noir devenir l’Homme le plus puissant du monde, et j’en passe ! J’ai connu l’époque où le football français, qui à défaut de nous proposer du beau jeu, arrivait à nous faire rêver. J’ai dansé sur des tubes de l’été dégueux, j’ai vécu la mode des boys bands, celle de la dance et j’ai même connu l’époque où Doc Gyneco était génial

Mais, l’événement le plus marquant de notre ère est certainement l’avènement du numérique, symbolisé par la démocratisation des ordinateurs et d’internet. Et là tu te dis « Mais qu’il est relou ce mec, quand est-ce qu’il en arrive au sujet ? ». T’inquiète pas, j’y arrive ! Comme on le sait tous, internet a bouleversé nos vies, mais a bouleversé le monde de la musique. A l’ère du tout-numérique, de la démocratisation de la culture, du progrès technique et du téléchargement, le musique elle aussi se dématérialise, au point qu’on peut logiquement croire, qu’un jour, la musique n’existera plus qu’en digitale sans aucun support : bonne ou mauvaise chose ?

S’il y a un art qui vit avec son temps, c’est bien le 4ème art (la musique si t’es pas au courant). Contrairement au 2ème ou 3ème art (la sculpture et la peinture, si t’es toujours pas au courant), la musique change constamment de support. Art dématérialisé par nature, c’est en 1904 que la musique se matérialise et qu’apparaît le premier support musical commercial, à savoir notre bon vieux disque vinyle(sisi, j’ai fait des recherches qu’est-ce que tu crois ?). Evoluant constamment au gré des évolutions techniques et technologiques, ce vinyle archaïque donne naissance à des formes évoluées, tels que le 33 tours en 1948 ou le 45 tours en 1949 (#wikipédiaestmonami).  Puis, le bon vieux disque de nos parents, engendre notre Compact Disc (CD) en 1981. Bien plus compact (comme pourrait l’indiquer son nom) et ainsi plus pratique, le CD remplace peu à peu le vinyle… Certes, ce dernier n’a jamais disparu, mais, soyons d’accord, son utilisation est presque devenue marginale. En parallèle, la cassette fait son apparition en 1963, permettant d’enregistrer du son et de l’écouter.

Puis l’informatique a décidé de changer les règles du jeu ! En 1994, un nouvel algorithme de compression est mis au point : le MPEG-1/2 Audio Layer 3, plus communément appelé le MP3. Mais, ce format ne commence à se diffuser réellement que dans les années 2000. Grâce aux plateforme de téléchargement (telles que Napster), les Peer-to-peer (comme eMule) ou les sites d’hébergement (encore une fois, R.I.P. Megaupload), ce format se démocratise très vite et favorise la crise du disque. Les ventes chutent drastiquement et ce ne sont pas les pauvres lois Hadopi de M. Sarkozy qui vont changer la donne. Pour donner un ordre d’idée, en France, en 1999, un album était certifié disque d’or au bout de 100 000 ventes, ce chiffre n’était plus que de 75 000 en 2005 et de 50 000 en 2009. Pour résumer, en 1999, un artiste en moyenne vendait deux fois plus qu’actuellement. Vous me direz que le téléchargement n’y est pas forcément pour quelque chose et blablabla, et d’ailleurs, je ne suis pas forcément en désaccord avec vous sur ce point, mon but n’est pas de diaboliser le MP3 (sinon je serais le roi des hypocrites), mais ce n’est pas non plus de comprendre pourquoi l’industrie musicale va mal (dans cet article en tout cas). Bref, revenons à nos moutons, la crise du disque est là, les maisons de disques et distributeurs trouvent pour seule et unique solution de proposer des téléchargements légaux et payants.

Le problème ? De plus en plus de disques ne sortent qu’en MP3, sans support physique. Evidemment, je comprends que c’est beaucoup plus pratique, car, moins cher en terme de coûts pour le label (ou l’artiste indé) et plus avantageux financièrement pour l’auditeur. D’autres même, proposent des bonus disponibles que pour la version digitale… En fait, vous ne comprenez toujours pas mon problème, mais il est simple : j’aime acheter des disques physiques !!!!! Et je sais qu’en réalité, vous êtes pleins comme moi à aimer regarder votre pile de CD entassée sur votre bureau et même que vous en retirez une sorte de fierté. Le bonheur à l’achat d’un disque, ouvrir le livret pour lire les paroles, les noms des compositeurs ou même des dédicaces et remerciements, … tous ces petits plaisirs n’ont pas de prix et ils sont en train de mourir avec le tout-numérique ! Sans oublier la joie d’enregistrer sur sa K7 le dernier morceau diffusé en radio ou un gros freestyle en direct et de se le réécouter en boucle le lendemain sur son walkman. Des kiffes que les plus jeunes ne peuvent pas comprendre, mais je suis certain que beaucoup trop parmi nous les ont aussi oublié.

Mon but n’était nullement de critiquer le téléchargement, car je serais (très) mal placé pour le faire (et j’ai de bons arguments pour le défendre). Ce n’était pas non plus de critiquer les artistes qui proposent leurs albums en téléchargement légal (qu’il soit payant ou non d’ailleurs), ils doivent bien s’adapter à notre société, surtout en période de crise (de l’industrie musicale et économique). Je ne voulais pas non plus critiquer les plates-formes de téléchargement légal, elles ont vu qu’il y avait du profit à se faire et elles ont raison de surfer sur la bonne vague. Je ne voulais même pas critiquer le MP3 lui-même, car, avouons-le, c’est un format très sympa. Je voulais juste passer un coup de gueule ! Montrer comment une innovation cool pouvait avoir des effets pervers. Montrer comment en se transformant, la société pouvait sans le vouloir détruire de bonnes choses au profit de chose qu’elle juge meilleure. Je voulais montrer comment une chose bonne sur un plan pouvait être mauvaise sur un autre plan (oui, tout dépend de l’espace de définition où on se place. Hein !? Je pars dans un délire geek !? Ok, j’arrête). Je voulais aussi montrer que l’évolution n’est pas toujours bonne sur tous les plans. Oui, je voulais surtout laisser s’exprimer le nostalgique que je suis. Bref, rendez-moi ma Super Nintendo, que je puisse geeker en paix toute la journée sur un bon vieux Street Fighter, avec en fond sonore une K7 remplies de sons mal enregistrés et foutez-moi la paix avec vos saloperies technologiques… Mais pas trop longtemps non plus, ça me manquerait vite.

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Loan – Interview

Interview publiée le 17 avril sur Sound Cultur’ALL

LOAN_PHOTO_06Active depuis près de 15 ans, Loan fait parti des poids lourds de l’underground électro français, comme l’atteste sa nomination aux Electronic Music Awards en 2009. Passionnée par la musique, notre DJette est un vrai VTT capable de s’aventurer sur n’importe quel terrain. C’est à l’occasion de la sortie de son nouvel EP, intitulé Drop Circles, que l’équipe de Sound Cultur’ALL a décidé d’aller à sa rencontre. Un entretien sans langue de bois, où l’artiste nous parle d’elle, de son parcours, de ses projets et de sa vision sur l’électro actuel.

Sound Cultur’ALL : Salut Loan, présente-toi en quelques phrases !

Loan : Je suis une productrice de musique électronique, qui aime naviguer dans plusieurs sphères, si possibles étranges, riches en groove et en fusion. Il y a un peu plus d’une quinzaine d’années, j’ai commencé avec de la techno version musclée, pour me plonger ensuite dans du garage, du 2step et du breakbeat. Aujourd’hui on définit ma musique comme étant du dubstep. Ok, pourquoi pas…

SC : Justement, en survolant un peu ta discographie, j’ai l’impression que tu peux autant aller puiser dans le dubstep que dans le breakbeat ou la bass music… Tu définirais comment ta musique ?

L : Le terme « bass music » englobe pas mal de choses. Et finalement, tous ces styles sont pareils. C’est juste de la musique. Pour définir la mienne, je dirais qu’on retrouve souvent un côté onirique, à la fois mental et tribal. Que ce soit dansant, planant, grinçant, peu importe, j’essaye de partager un ressenti, une émotion du moment. J’aime peindre un tableau lorsque je compose, raconter une histoire, amener l’auditeur avec moi dans un voyage. Je souhaite avant tout partager ce qui m’inspire, ce qui me fait rêver, quitte à prendre le risque de semer le trouble sur le dancefloor…

« J’aime peindre un tableau lorsque je compose, raconter une histoire, amener l’auditeur avec moi dans un voyage. »

SC : D’ailleurs, la vague dubstep qui se propage actuellement en France, tu en penses quoi ? On est un peu en retard sur Londres non ?

Loan : Dès lors que ça vient de l’étranger, ça met toujours un certain temps à se propager. Ceci dit, du dubstep, j’en écoute en France et j’en fais depuis un peu plus de 6 ans. Si on parle de « vague » comme étant une déferlante devenue populaire, alors oui, ce qui se propage à l’heure actuelle est une variante ultra mainstream du dubstep original, qui regroupait pas mal de styles et variantes. Personnellement, il y a beaucoup de choses dans le dubstep actuel que je ne peux plus écouter. Overdose, impression d’entendre toujours le même morceau… Je trouve ça trop «bling bling» à mon goût, il y a comme une démonstration de technicité, de production du son, en délaissant ce qui est fondamental pour moi, le groove, la musicalité, et sa capacité à vous toucher, vous transpercer. Ceci dit, cela reste de la musique, et je sais la respecter et même l’apprécier. Il y a beaucoup de prod. dites « dubstep » avec d’autres sensibilités, d’autres influences, des disques qui sortent toutes les semaines avec des tueries… Je pense aux labels Deep Medi, Hessle Audio… Mais ce n’est pas cette scène « alternative » qui marche en France.

Ce que je recherche avant tout, c’est de la fraîcheur, de l’originalité dans de la bonne musique. A force de vouloir mettre des étiquettes, tout est devenu ultra « sectarisé ». Quand j’entends deux personnes qui discutent, l’une disant qu’elle aime la techno minimale, et l’autre surtout pas, mais plutôt de la techno deep house, ça me donne envie de vomir tellement c’est consternant ce manque d’ouverture. Tu changes de 10 BPM ton set, et tout un pan du public décroche. Tous les styles viennent de la même mère, l’acid house, que ce soit de la jungle, de la techno, du hardcore, du dubstep ou autre.

SC : D’ailleurs, il y a une vraie culture électro en France par rapport à Londres ou Berlin ? Et être à Marseille ce n’est pas un handicap dans le monde de l’électro ? Tout n’est pas un peu centralisé dans la capitale ?

L : Oui tout est centralisé à Paris, c’est sûr. Mais bon, il s’y passe quoi au final ? A Londres, Berlin, New York, il y a une culture de l’électro, une vraie énergie, un dynamisme, ça reste positif. Des projets qui naissent, des nouveaux artistes, des labels qui vont de l’avant ! A Paris, je ressens presque plus rien de tout ça. Ça grimace, un fond de motivation, une poignée de nouvelles propositions artistiques… A un moment, je ne m’y retrouvais plus… j’ai décidé de partir.

Etre à Marseille, c’est loin d’être un handicap, bien au contraire, il y fait bon vivre, le soleil, la mer, ambiance village vacances… Pour mon travail et ma famille, c’est une bonne étape. Pourvu que j’ai un accès internet, et je suis connectée au monde entier !

SC : Des artistes qui t’ont influencé ?

L : Impossible de faire cette liste bien trop longue ! Ma première gifle, c’était Public Ennemy quand j’étais petite. La dernière en date, c’est Shlohmo. Entre ces deux, une multitude de noms…

SC : Tu rêverais de collaborer avec qui ?

L : Musicalement ? Des batteurs tels que Chris Dave et Tony Allen, des producteurs tels que Biosphèreou Amon Tobin, des chanteurs comme Paul St Hilaire, Salif Keita. C’est tellement doux de rêver…

SC : Tu t’es produite dans énormément d’endroits prestigieux (Rex, café de la danse, club Maria Joseph, …) : il y a des endroits où tu rêverais de mixer ?

L : Honnêtement, non. Au niveau des clubs, je n’ai pas de nom particulier qui me vient en tête… Il y a certains festivals où je rêverais de jouer, comme le SONAR à Barcelone qui pour moi, reste l’une des références en la matière ! Mais peu importe l’endroit, s’il y a un bon sound sytem et un bon public, je suis au top.

« Dans mon petit microcosme de musiciens, je vois tant de grands artistes, des labels de référence cesser de créer et de produire car il n’y a plus d’issue possible. »

 

SC : Pour en revenir à ton parcours, tu t’es lancée très tôt en fondant ton label (Sub-Radar Record), pourquoi finir par rejoindre une structure (IOT Record & DTC Records) ?

L : On a démarré Sub-radar records, j’ai commencé à apprendre à me servir de machines et à sortir des tracks sur mon label et d’autres. Au fur et à mesure, la gestion du label me prenait quasiment tout mon temps. Au bout de quelques années, j’en ai eu assez de ne jamais être contente de mes morceaux. J’ai donc décidé d’arrêter le label pour me consacrer à la musique, me donner le temps d’apprendre, progresser, et voyager.

Quelques années plus tard, je rencontre le label I.O.T. , puis le label DTC. Grâce à eux, j’arrive à mener des projets, je suis soutenue dans mes créations, et puis, c’est vachement plus « cool » d’être artiste que producteur.

SC : Donc, ton actualité c’est ton EP (Drop Circles) parle nous en un peu plus.

L : Drop Circles est un EP de 6 titres, avec des tracks à influence dub, dubstep, glitch… C’est surtout un EP qui accompagne une création artistique, centrée autour de la vidéo et de la danse hip hop. L’idée était d’adapter de la musique à un univers avec un danseur, et de mettre tout ceci en images.

SC : Comment s’est réalisée la connexion avec Yaman ? Pas très dur de concilier vos deux univers ?

L : Il y a un peu plus d’un an, en zappant d’une chaîne à l’autre, je tombe sur une émission avec un show de Yaman. C’est le déclic. En le voyant, j’ai eu tout de suite envie de faire un projet avec lui. Je lui propose donc de faire un track pour voir si ça collerait avec ce qu’il aimerait. On a discuté de musique, de l’univers qu’il aimait. Vu que le mien était très similaire, c’était facile de comprendre… J’en ai fini un, puis je me suis dit que je pourrais en faire un autre, et le troisième pareil, jusqu’à ce que finalement, je me décide à faire cet EP couplé à une vidéo.

SC : Vous avez travaillé comment sur ce projet ? Pour le son, t’as eu carte blanche ou tu devais répondre à des exigences de sa part ?

L : Comme je viens de dire, on a parlé de musique, d’ambiances, de références. Il n’y avait aucune exigence de sa part. J’ai juste essayé de coller au mieux à ce qu’il pourrait aimer, en l’amenant dans mon univers musical. Vu que j’avais le projet de faire la vidéo, j’ai recherché une thématique autour de laquelle centrer tout notre travail. J’ai pensé à l’élément Eau, en voyant Yaman danser, c’était ce que cela m’évoquait… et aussi par rapport aux idées musicales que je voulais développer, et il se trouve – petite anecdote – que Yaman appelle son style de danse « water style ». Tout a pris sa place et a pris forme presque sans que j’ai besoin d’intervenir… Étrange comme des fois, on est aspiré par un élan créatif qui nous mène vers une évidence, une réalité. Tout le défi est alors d’arriver à retranscrire ceci au monde extérieur et de le partager.

SC : Et au niveau de la réalisation du clip ça s’est passée comment ?

L : L’équation de départ à résoudre, c’était : comment avec un minimum de moyens, je fais un maximum d’efficacité ? Coup de chance : Jérémy Frey. Réalisateur, vidéaste au grand talent, ultra pro et créatif, ce mec est en plus… mon cousin ! Sachant de quoi il était capable, mon imagination n’avait plus de barrières… On a échangé des idées, plein d’idées, parlé, il a écrit le scénario, on l’a peaufiné, il avait tout en tête, chaque image, chaque angle… Tourner avec lui, c’était tout simplement du bonheur, l’équipe d’assistants au top, Yaman, que dire… Bref, une merveilleuse expérience que j’espère renouveler très bientôt ! Je fourmille d’idées, rêve de nouvelles collaborations, d’histoires à raconter… Il y a encore tant à faire, tant de danseur(se)s avec qui je voudrais bosser. La danse à ce niveau là me fait vraiment rêver… Je peux passer des heures à mater en boucle des vidéos…

 

SC : Cet EP, ça annonce un album ?

L : L’objectif de cet EP était de proposer un univers musical inspiré d’un projet global multi-disciplinaire. L’idée n’était vraiment pas de faire un album. Un album, c’est un processus beaucoup plus long, une recherche différente. Mon 1er album, Grigri Breakers, j’ai mis 5 ans à faire des aller-retours dessus jusqu’à avoir la bonne version ! Garder une cohérence dans 17 titres d’un album, tout en explorant plusieurs styles, c’est pas un exercice qui peut se faire vite – pas pour moi en tout cas. Ce format de 6 titres me convenait tout à fait pour ce type de projet. Ça m’a permis de rester concentrée sur l’essentiel et de faire un choix très précis quant à la sélection des tracks. Aujourd’hui, c’est fini. Je suis satisfaite, super contente du travail accompli. On va donc se mettre à la suite le plus vite possible !

SC : Un mot pour finir ?

L : Loin de moi l’idée de vouloir faire un discours rabat-joie, mais il faut le crier haut et fort : soutenez les projets qui vous plaisent ! En participant financièrement, on contribue au développement et à la richesse de l’art, à son indépendance et à l’intégrité des structures indépendantes et des artistes. Ce n’est pas de la charité, c’est une nécessité si on veut continuer à nourrir son esprit et son imaginaire. Dans mon petit microcosme de musiciens, je vois tant de grands artistes, des labels de référence cesser de créer et de produire car il n’y a plus d’issue possible. C’est tout un pan de ma culture et de mon patrimoine qui s’efface. Et j’en ai profondément la rage.

www.loanliveset.com

www.dropcircles.org

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Tu sais que tu es fan du Klub des Loosers quand…

Texte publié dans Sound Cultur’ALL le 29 mars 2012, avec Thomas Passe (a.k.a. Nessuno)

KlubdesLoosersHuit ans que t’attendais ça. Huit longues années à devoir supporter la soupe commerciale passant en boucle à la télé. En fait non, tu n’attendais plus. En 2004, Vive la vie avait été le seul petit rayon de soleil dans ta vie minable et misérable… En huit ans, seuls les deux albums du Klub des 7 ont réussi à te rendre le sourire, mais à peine, y avait cinq mecs de trop dans ce groupe. Tes potes pour te réconforter ont essayé de te convertir à Orelsan, mais pour toi la copie ne vaudra jamais l’originale. Et puis un jour, un pote t’envoie une interview du Klub des Loosers dans l’abcdrduson. T’en crois pas tes yeux : Fuzati revient dans le game ! Sans attendre, le 9 mars tu as couru te procurer cette merveille et tu n’as évidemment pas été déçu. Au contraire. Et oui, tu sais que t’es un vrai fan du Klub des Loosers quand :

  1. T’aimes pas le rap.
  2. T’habites à Versailles, Le Raincy, Enghien, Neuilly ou Passy. Mais qu’importe vu que t’aimes pas ta ville
  3. Tes parents sont dans les affaires. Mais tu sais pas dans lesquelles.
  4. Dans ton entourage, il y a une Anne-Charlotte ou une Marie-Charlotte ou une Anne-Marie ou une Marie-Claire qui te fout des râteaux au tel depuis des mois. Mais tu t’en fous, t’as aucune fierté.
  5. En fait t’es plus fan de Fuzati que du Klub des Loosers. Detect c’est un emploi fictif à bien y regarder.
  6. Tu joues aux fléchettes sur un poster d’Orelsan et Orgasmic.
  7. T’aimes pas les hommes.
  8. Tu regrettes que Jonathan Lambert ne soit plus chez Ruquier. D’ailleurs tu regrettes Zemmouraussi.
  9. T’écoutes un album tous les 8 ans.
  10. Tu sais que Sefyu n’a rien inventé. Quoi ? Ghostface ? Rockin’ Squat ? MF Doom ? Connais pas.
  11. T’as beau n’avoir jamais étudié la médecine, tu connais par cœur la composition du valium et du prozac.
  12. Pour toi tous les autres rappeurs sont mauvais. A part peut-être Fredy K, Cyanure, Gérard Baste,James Delleck et Le Jouage. Eux ça passe. Mais à petite dose, faut pas déconner.
  13. Quand t’es fonce-dé en soirée, TTC aussi ça passe. Mais vu que personne ne t’invite jamais en soirée…
  14. T’écoutes aussi du Lunatic, mais t’as honte de l’avouer.
  15. T’aimes pas les femmes.
  16. Quand t’entends parler d’une catastrophe au JT, t’es toujours déçu au moment où Pujadas annonce le nombre de victimes.
  17. Tu te déguises à chaque Halloween, tu es convaincu que c’est une fête en l’hommage de ton rappeur préféré.
  18. Une fois un ami t’as dit qu’il a perdu son pucelage à 22 ans. Tu l’as jamais cru.
  19. T’aimes pas les enfants.
  20. D’ailleurs dans quelques semaines tu voteras sûrement Eva Joly ou Jean-Luc Mélenchon : ce sont les seuls fervents défenseurs de l’IVG et de l’euthanasie.
  21. Dans le temps t’avais quand même une certaine sympathie pour Chirac et le RPR. Les emplois fictifs ? Y a rien de mal à ça. Demandez à Detect.
  22. Le seul noir que tu vois aux concerts de ton idole, c’est Le Jouage. Quand y en a un ça va, c’est quand y en a plusieurs…
  23. Tu détestes encore plus Orelsan que les puristes et les féministes.
  24. Tu détestes encore plus les puristes et les féministes qu’Orelsan.
  25. Tu penses que quand ton couple va mal, c’est quand même plus classe de finir dans Faites entrer l’accusé que dans Confessions intimes. D’ailleurs, nous non-plus on peut pas te contredire sur ce point.
  26. Tu sais qui a inventé le white trash. Quoi ? Eminem ? Necro ? R.A the rugged man ? Connais pas.
  27. Une fois un ami t’as raconté une blague. T’as presque esquissé un début de sourire.
  28. Quoi qu’en y repensant, c’est parce que tu trouvais qu’il avait l’air minable en la racontant.
  29. Ta série préférée c’est Dr House, ton écrivain préféré c’est Céline, ton humoriste préféré c’estDesproges.
  30. Tu ne t’aimes pas.
  31. Tu sais au fond de toi que le seul personnage de BD qui a un minimum de charisme c’est leSchtroumpf grognon.
  32. Tu te tapes peut-être peu de meufs, mais tu n’te tapes jamais de thon, pas comme Orelsan.
  33. Les 7 jours de la semaine, les 7 péchés capitaux, les 7 boules de cristal, les 7 doigts de la main, les 7 continents, les 7 couleurs primaires, les Jackson 7… Bref, faut être con pour monter un club à cinq !
  34. Pour toi Michel Houellebecq est le plus grand écrivain actuel. Son absence de style ? Rien à battre, toi ton rappeur préféré n’a pas de flow. Tout ça n’est qu’accessoire.
  35. D’ailleurs, depuis que les Inrocks ont qualifié le Klub des Loosers comme étant « la rencontre entre Houellebecq et le Wu-Tang Clan », t’as compris que le Wu, c’est un peu le Klub des 7 américain… Le talent en moins.
  36. Les pitreries ça n’a jamais été ton truc, pourtant t’as toujours été fasciné par le clown Zavatta… De même pour le rock et Kurt Kobain. Surement parce que ces mecs réussissaient tout ce qu’ilsentreprenaient.
  37. Tu n’comprendras jamais les rappeurs qui essaient d’avoir du flow.
  38. Tu déprimes sachant que le prochain Klub des Loosers sortira certainement en 2020. Mais bon, t’attends impatiemment que Fuzati te parle de sa crise de la quarantaine, de ses problèmes d’érection et de sa connasse de fille qui fait le mur pour aller en boîte. T’en jubiles d’avance.
  39. Tu n’comprendras jamais les agissements de Bertrand Cantat, faut être con pour avoir une femme.
  40. Tu trouves cet article archi-naze. Mais, fallait pas s’attendre à mieux de la part de deux écervelés dénués de talent pensant que du bon rap ça existe encore.
  41. Bref, t’aimes pas la vie.

Tu sais que t’es un puriste (en carton) du rap quand…

Texte publié le 4 mars 2012 sur Sound Cultur’ALL, avec Thomas Passe (a.k.a. Nessuno)

RAP_MIEUX_AVANT_NOIR_01_298x298Depuis tes années collèges, tu écoutes du rap en boucle, ou du moins Skyrock. Mais, récemment, ta vie en a été bouleversée : t’as compris que tu n’étais pas catalogué parmi les « connaisseurs » de hip hop. Une grande incompréhension et un profond mal-être t’ont envahi mais t’as décidé de remédier à cet épineux problème en faisant ton entrée par la grande porte parmi « l’élite » des auditeurs. En un rien de temps, tu as écumé les forums et sites spécialisés, tu as jeté à la poubelle tes vieux albums de La Fouine (ou de Sniper ouStomy Bugzy pour les plus anciens) et t’as couru t’acheter Illmatic de Nas ! Bref, tel Magicarpe en Léviator, t’as réussi ta transformation en (néo)-puriste du rap et tes goûts sont désormais supérieurs à ceux d’autrui. Tu te reconnaîtras forcément dans la liste qui suit…

Tu sais que t’es un puriste (en carton) du rap quand…

  1. Tu as un rapport quasi-religieux avec ta musique, pour toi rien ne peut justifier le fait de l’avoir sali ou de lui manquer de respect.
  2. T’écoutes jamais le second album d’un artiste, tu sais qu’il aura forcément baissé son froc entre temps.
  3. Tu chies constamment sur Skyrock que tu tiens pour responsable de tous les maux du rap… Pourtant, si demain matin une bande de guignols t’appelle en te faisant des blagues que tu trouvais déjà immatures à 12 ans, tu répondras forcément « Skyrock ! » quand ils te demanderont quelle est ta station de radio préférée.
  4. Tu as un profond sentiment de nostalgie quand tu penses à ce qu’était Génération dans le temps…
  5. T’écoutais 1995 il y a un an mais maintenant tu leur chies dessus allègrement.
  6. En lisant le point précédent t’as d’ailleurs eu une sensation de déjà-vu en pensant à la Sexion d’Assaut, Orelsan ou même Booba… Mais pas avec La Fouine.
  7. Il y a 2 ans tu pensais que 0.9 était le meilleur album de Booba, maintenant tu ne jures plus que parLunatic et Temps Mort et exècres ceux qui s’en sont suivis.
  8. Tu portes des t-shirts « Le rap c’était mieux avant » alors que ça fait 5 ans que t’en écoutes.
  9. T’as jamais écouté la moitié de tes 20 albums de références
  10. Public Ennemy est, pour toi, l’un des plus grands groupes de l’histoire du rap US, alors que tu ne connais pas une seule de leur chanson.
  11. T’es capable de démontrer à n’importe qui que Talib Kweli est l’un des plus grands lyricistes du rap US et que Rick Ross écrit comme ses pieds, alors que tu parles anglais comme une vache espagnole.
  12. Tu détestes les rappeurs français qui ne font que de l’egotrip ou se vantent de leurs exploits criminels alors que tous les rappeurs américains que tu écoutes en font de même.
  13. T’es pour la discrimination positive : 5 de tes 10 rappeurs français préférés sont blancs.
  14. Tu déteste les rappeurs qui foutent des meufs à poil dans leurs clips… Mais tu adules Ludacris !
  15. Tu détestes les rappeurs qui mélangent rap et r’n’b’, pour toi c’est la perversion du Hip Hop… Pourtant 2Pac, Biggie et Fabe sont tes dieux !
  16. Pour toi Temps Mort de Booba et Marshall Mathers d’Eminem sont les derniers classiques du rap français et américains.
  17. Tu détestes le Dirty South… Mais tu adules Ludacris !
  18. 1990 d’Orelsan t’a rappelé des souvenirs, pourtant t’as pas compris la moitié des références.
  19. Tu trouves tout de même dommage que ce titre ait été fait par Orelsan.
  20. Oxmo Puccino est pour toi le seul rappeur actuel avec une discographie parfaite… Pourtant quand on te demande de citer une track de Cactus de Sibérie, tu bugges.
  21. « Qui prétend faire du rap sans prendre position ? » est ton hymne, Notorious B.I.G. est ton rappeur préféré, le Wu Tang Clan est ton groupe référence… pour toi tout est cohérent.
  22. Kool G Rap est pour toi le meilleur rappeur du Queens loin devant Nas et Prodigy… Pourtant quand on te demande de citer une track de lui, tu bugges encore.
  23. T’as des envies de meurtres ou de viols à chaque fois que t’entends un beat électro, cependant, DJ Mehdi est selon toi le plus grand beatmaker que la France ait portée… pour toi, tout est cohérent toujours.
  24. Quand on t’a dit que Rocca faisait un titre avec Alpha Wann de 1995, t’as demandé à ton interlocuteur de te foutre une baffe pour t’assurer que tu ne faisais pas un cauchemar.
  25. Tu fais une descente d’organe chaque année au lendemain des nominations pour les Victoires de la musique.
  26. T’as fait un arrêt cardiaque hier en voyant qu’Orelsan était récompensé. Mais ça va mieux aujourd’hui, t’as vu que c’était que le prix du meilleur album de musiques urbaines et pas celui de rap. Quoi ? Cette appellation de guignols désigne le rap ?
  27. T’as d’ailleurs fait une syncope deux années de suite au moment des Trophées du Hip Hop et ta tension chute à chaque évocation de Yassine Belattar.
  28. En soirée, tu te fais chier royalement.
  29. Tu t’y fais d’ailleurs constamment insulter quand t’essaies de mettre du Casey discrètement.
  30. Tu détestes encore plus Booba que les fans de Rohff.
  31. A bien y penser, tu détestes également Rohff.
  32. Tu les hais surtout pour avoir eu le culot de sortir un deuxième album (et d’autres après)… Par contre tu hais Sinik pour avoir eu le culot d’avoir commencé le rap.
  33. Tu hais les clashs dans le rap français, tu adores pourtant les diss tracks dans le rap US.
  34. Il y a trois choses que tu détestes plus que tout au monde : Skyrock, les majors et les refrains chantés. Pourtant, tu adules Fabe.
  35. D’ailleurs tu attends son retour comme les Chrétiens attendent celui du messie.
  36. Tu attendais aussi celui de Rocca, mais depuis qu’il rappe avec Alpha Wann, tu penses qu’il tient finalement plus de Judas que du Christ : Qu’il aille se pendre !
  37. Pour toi un beat boom bap, fait en 10 minutes avec un sample cramé et des kits de batteries et de basses téléchargés sur internet, vaudra toujours mieux qu’un beat électro sur lequel le beatmaker a passé des jours.
  38. En bon fan de la Scred, t’es en quelque sorte « Vieux avant l’âge ».
  39. Au final tu détestes plus que tu aimes ta musique.
  40. Tu te fous de tes contradictions et incohérences parce qu’au fond être un puriste, pour toi, tient plus d’un certain état d’esprit que d’une quelconque rationalité. Et au fond, cette musique, bah tu l’aimes.

Nessuno et L’Impertinent

Renaissance du rap technique ou mort d’une contre-culture ?

Texte publié le 26 mars 2012 sur Sound Cultur’ALL 

Mac-MillerDepuis un an/un an et demi, on a l’impression d’assister à un « retour aux sources » dans le hip hop. Un retour à la seconde moitié des années 1990, à une époque où la technique semblait primer plus que tout dans le hip hop. Cette technicité était parfaitement illustrée par des collectifs tels que Time Bomb ou La Cliqua ou encore par les Sages Poètes de la Rue. C’est l’époque des lyricistes comme Fabe ou Oxmo Puccino. L’époque des passionnés, du rap boom bap, des freestyles de légende (notamment sur Génération), bref l’âge d’or du hip hop (au moins pour les puristes et les nostalgiques). La richesse des rimes et des punchlines, la variété des flows et la culture du sampling…Voilà ce qui caractérisait cette époque « bénie ». Le rap était toujours une contreculture à cette époque, comme à ses débuts, qui s’érige contre la société et ses maux, tout en étant un art faisant vibrer toute une partie de la population.

Puis, le rap a évolué, a mué, a perdu son insouciance et son innocence… Il s’est transformé, ce que beaucoup ont eu du mal à accepter. Fini l’époque de la technique, place au « rap caillera » : moins de flow, rimes biens moins travaillées et beats se ressemblant tous…On est au début des années 2000 et le but n’est plus de montrer sa maitrise technique, mais de représenter son hood. Puis la vague Dirty South s’est échappée du sud des Etats-Unis et atteint notre bel Hexagone. Notre Hexagone habitué aux vibes East Coast, au point de s’être approprié le genre. Ce même Hexagone qui même quand la West Coast dominait le rap US a toujours su résister à ce courant, s’est laissé emporté par le raz-de-marée Dirty ! Et voilà tous les puristes du Royaume de France et de Navarre révoltés, criant à l’escroquerie, à la perversion de la culture française (oubliant que l’histoire du rap français se résume à un vulgaire pompage du style ricain), refusant d’écouter ce nouveau genre. Le rap s’exporte en club et devient bling-bling, on en oublie nos valeurs de base. Booba, ex-prince du rap technique à l’époque de Time Bomb ou Lunatic a osé tuer le rap technique (quoi qu’il était déjà plus qu’à l’agonie) pour devenir le roi incontesté du rap bling-bling et Dirty. Oh traîtrise ! B20 devint très vite le rappeur le plus détesté des puristes (quoi que Rohff n’est pas si loin après tout). Puis arrive la vague de l’auto-tune et s’ensuit celle du mauvais électro versionGuetta. A ce moment là, on crût le rap fini (d’ailleurs autant en France et aux States, mais bien plus chez nous), rendant prophétique les dires de Nessbeal : « Bientôt l’rap va s’faire niquer par la techno ». Et c’est là que tout bascula : après une lente phase de dégénérescence, le rap des 90’s rennaît, un retour aux sources symbolisé par le groupe parisien 1995. Mais est-il possible de faire renaître une époque déjà révolue ? L’Histoire se répète ? Oui, mais jamais à l’identique !

La technique est devenue Hype

Et voilà qu’en un rien de temps, on se rend compte qu’une nouvelle génération semble prendre le pouvoir. Une génération, qui pourtant n’a pas ou peu connue cette époque, arrive et fait du rap rappelant plus le rap d’il y a 10/15 ans que le rap actuel, entourée de quelques anciens revenants sur le devant de la scène… Tout ça symbolisé par quelques grands évènements, comme l’engouement récent pour les Rap Contenders, les End of the Week, ou les concerts Can I Kick It (organisés par le groupe Triptik). En réalité, beaucoup de rappeurs underground, notamment dans le 18ème arrondissement de Paris n’ont jamais arrêté ce type de rap, mais aujourd’hui, ce rap semble se généraliser. Même le rap de rue qui semblait n’avoir que faire de la technique il y a encore quelques mois s’y met (avec la génération Niro,Sadek, L.E.C.K., SofianeFababy voire Guizmo), avec toute une nouvelle génération qui freestyle un peu partout sur le net ou à la radio. D’ailleurs, je parle principalement de l’Hexagone, cependant le constat est semblable aux States. Les années 2010/2011 ont vu l’émergence de Mac Miller, Tyler The Creator(et la clique d’Odd Futur), d’A$AP Rocky (et la clique d’A$AP Mob), les californiens Black Hippie (et notamment Kendrick Lamar, Jay Rock et Schoolboy Q) ou encore Big K.R.I.T..Des rookies au style atypique, clairement influencés par les 90’s plus que par ce qui se fait depuis les années 2000, allant musicalement du pur Boom Bap (Mac Miller) à un mélange d’influence Boom Bap/dirty (A$AP ou K.R.I.T.)…. C’est tout un mouvement international ! Bref, happy end à la conte de fée pour le rap ? J’en suis pas si sûr…

« J’invente pas des mots qui n’existent pas pour être technique » Diomay

La technique que pour la technique ?

Parallèlement à ce retour à la technique, le rap engagé n’a jamais eu l’air de se porter si mal. Je n’irai pas jusqu’à dire que « faire de la musique pour un éveil communautaire pour moi c’est ça l’rap ». Cependant, doit-on rappeler que l’engagement est légitime dans le rap ? Le rap, composante du hip hop, est une contreculture, c’est-à-dire, un moyen d’expression contestataire en marge de la culture dominante. Né pour porter la voix des sans-voix, l’engagement quoi que pas automatique peut sembler logique. Le problème est qu’être engagé semble être devenu « has been », les rappeurs actuels préférant freestyler et ne rien raconter. Pire, quand on a l’impression que le rap se joue à un concours de « hype » ou de « swagg ». On semble donc passer du truc subversif à un courant bobo, porté par quelques faux-intellectuels bien-pensants. Le public aussi se transforme, ne veut plus entendre de message et s’en contre-fiche d’écouter quelques chose qui a du sens, ce qui peut nous désoler : Le rap est-il dans ces conditions encore réellement une contre-culture ?

« Où est passé le sens ? Y a tout pour la technique » Mokless

On ne peut en réalité pas dire que le rap n’est plus une contreculture. Malgré sa popularité grandissante dans les couches de la population les plus jeunes, il reste une musique qui dérange les médias et les politiques. Il reste encore en réalité des rappeurs à message et à thème et ce même dans les rappeurs techniques (existe-t-il actuellement plus technique et plus engagée que Casey ?). Cependant, la société se transforme, ne croit plus au changement, et le rap avec… Entendre le rap rabâcher le même message depuis 20 ans a surement usé le dit message, surtout quand il sonnait faux et démago dans la bouche de certains rappeurs. Et n’oublions pas que le rap se popularise aussi et le public rap se diversifie. Lle cliché du fan de rap banlieusard/de cité/fils d’immigré ne colle plus du tout à la réalité. C’est surement parce que le public rock s’est diversifié et embourgeoisé, que cette musique s’est trop popularisée au point de perdre de sa subversion… Prenons garde que cela n’arrive pas au rap, car il perdrait de sa superbe.

« J’croyais qu’les rappeurs voulaient changer ce système qui nous exploite… Ils voulaient juste rentrer en boite. » Le Vrai Ben

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