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Kendrick Lamar : Un Pulitzer pour le dernier Black Panther

Article publié initialement le 17 avril 2018 sur le site Le Média presse

Kendrick Lamar est devenu ce lundi 16 avril le premier rappeur à obtenir un prix Pulitzer. Les ghettos américains ont-ils trouvé un nouveau porte-parole ?

Le MC de Compton n’en finit plus de glaner les récompenses. Après ses douze Grammy Awards, dont quatre l’an dernier, il devient le premier rappeur à obtenir le Pulitzer, pour son quatrième album DAMN. Il n’est que le onzième musicien à obtenir cette distinction créée en 1917 par le célèbre éditeur américain Joseph Pulitzer. En plus d’être devenu une superstar du rap, l’interprète de « Alright », hymne non-officiel du mouvement Black Lives Matter, et de Black Panther : The Album, peut-il devenir le porte-parole des ghettos, comme l’a été son idole 2Pac ?

KENDRICK LAMAR, 2PAC ET LE BLACK PANTHER PARTY

Né à Compton, comme les rappeurs Dr. Dre ou Ice Cube, en 1987, sa vie bascule en 1995. L’enfant de huit ans participe au clip de California Love de 2Pac et Dr. Dre. A ce moment, la West Coast a le vent en poupe et 2Pac est au sommet de sa gloire. Il est alors plus qu’un rappeur, c’est une icône populaire. Rappeur et chanteur, il est aussi pour beaucoup, le « dernier des Black Panthers ». Pour rappel, sa mère Afeni Shakur a milité dans le célèbre parti antiraciste et socialiste, au point d’être emprisonnée à New York, peu de temps avant la naissance du MC. Sa tante est Assata Shakur, leader de la Black Liberation Army (BLA), frange la plus radicale du Black Panther Party. Condamnée à perpétuité pour le meurtre d’un policier lors d’une fusillade, elle s’évade en 1979 et obtient l’asile politique à Cuba. 2Pac porte malgré lui cet héritage. Ses textes, surtout dans ses premiers albums, sont engagés, dénoncent la violence de la société américaine, le racisme et les inégalités économiques. Un personnage qui fascine dans les ghettos noirs américains et Kendrick est l’un des gosses qui rêve de devenir comme l’artiste d’Oakland.

« K-Dot », comme on le surnomme, grandit dans une ville pauvre, ravagée par la violence. La foi l’éloigne néanmoins des gangs, comme il l’expliquera plus tard. La musique lui donne une raison de vivre. Mais il a une vision bien précise de ce à quoi ressemblera son art. « Les gens que tu as touchés ont vu leur vie changer pour toujours. Je me suis dit que je voulais être aussi un guide pour les hommes, un jour. N’importe qui savait que je parlais tout haut pour que tu m’entendes », écrit-il le 16 septembre 2015, pour les 19 ans de la mort du rappeur. Kendrick prétend aussi avoir vu 2Pac en rêve quand il avait 21 ans. Il lui aurait conseillé de s’accrocher à la musique. Il pousse le mimétisme jusqu’à être capable de citer de tête du William Shakespeare, comme le rappeur décédé. Son premier album, Section.80, sorti en 2010, est, notamment au niveau des textes, comparable à 2Pacalypse Now. Il raconte sans langue de bois ce qu’est être un jeune issu des ghettos noirs, le racisme, la brutalité policière ou le système éducatif malade. Des paroles crues et engagées qui côtoient des textes plus légers sur la fumette ou les filles.

UN ARTISTE TRAVERSÉ PAR DES DES CONTRADICTIONS

Il signe alors avec Dre, comme 2Pac. L’artiste devient alors la mauvaise conscience de Barack Obama. Au fil de Good Kid, MA.A.D City et To Pimp a Butterfly, sortis en 2012 et 2015, se dessinent le portrait d’une Amérique peu flatteuse. Loin d’être apaisée par l’élection du premier président noir, on comprend que la situation continue de se dégrader pour les millions d’habitants des ghettos. Le fantôme de Nelson Mandela, décédé deux ans auparavant, en 2013, apparaît aussi dans Mortal ManK-Dot montre par-là que son combat est comparable à celui du Sud-africain, les Etats-Unis étant encore pris dans une forme d’apartheid.

Le rappeur ne semble pourtant pas assumer ce rôle de leader. Comme 2Pac, il est traversé par des contradictions. A côté du Kendrick engagé cohabite un Lamar egotrip et individualiste. Car K-Dot reste avant tout un MC, qui joue le jeu du système capitaliste, et ne sera probablement jamais un activiste politique. Difficile dans ces conditions d’être réellement le porte-parole de quoique que ce soit, et surtout des ghettos en quête d’un leader.

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Les meilleurs films 2015 de la rédac’

Article coécrit avec Rachid Zerrouki, Sylvain Métafiot, Vincent Froget, Galaad Wilgos,Boris Lasne et Louis Alidovitch, publié sur Le Comptoir, le 28 décembre 2015

L’équipe du Comptoir aime la politique, les débats d’idées, la littérature et… le cinéma ! Notre affection pour les querelles philosophico-politiques ne nous fait pas oublier notre enthousiasme pour les salles obscures. La rédaction vous propose donc une sélection éclectique des films les plus marquants de cette année 2015, reflétant lespenchants divers et variés de chacun des rédacteurs : film social brésilien, drame onirique portugais, chronique anarchiste, western mécanique, cauchemar russe, vertige hollywoodien, histoire arménienne, premier film prometteur… il y en a pour tous les goûts. Bon visionnage.

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Bakary Sakho : « L’être humain a besoin de garder contact avec ses racines »

Entretien publié le 9 octobre 2015 sur Le Comptoir

En pleine crise du livre, certains courageux osent quand même se lancer dans l’édition. En ce début octobre, le dernier né de la profession, Faces Cachées, publie son premier ouvrage intitulé « Je suis ». Loin de réaliser une autobiographie, l’auteur, Bakary Sakho, essaie de parler des cités quelques dix années après les fameuses émeutes de 2005, à travers son identité de noir, musulman, français et son expérience de militant associatif dans les quartiers populaires du 19earrondissement de Paris. C’est sur son lieu de travail – une loge de gardien dans un immeuble près du métro Crimée, ligne 7 – qu’il nous reçoit, afin de discuter de son livre, et plus largement des “quartiers”. Un entretien qui se déroule dans une ambiance conviviale, entrecoupé d’interventions des habitants de l’immeuble, où le tutoiement s’impose de lui-même, dès les premières secondes de l’échange.

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Tu sais que t’es un puriste (en carton) du rap quand…

Texte publié le 4 mars 2012 sur Sound Cultur’ALL, avec Thomas Passe (a.k.a. Nessuno)

RAP_MIEUX_AVANT_NOIR_01_298x298Depuis tes années collèges, tu écoutes du rap en boucle, ou du moins Skyrock. Mais, récemment, ta vie en a été bouleversée : t’as compris que tu n’étais pas catalogué parmi les « connaisseurs » de hip hop. Une grande incompréhension et un profond mal-être t’ont envahi mais t’as décidé de remédier à cet épineux problème en faisant ton entrée par la grande porte parmi « l’élite » des auditeurs. En un rien de temps, tu as écumé les forums et sites spécialisés, tu as jeté à la poubelle tes vieux albums de La Fouine (ou de Sniper ouStomy Bugzy pour les plus anciens) et t’as couru t’acheter Illmatic de Nas ! Bref, tel Magicarpe en Léviator, t’as réussi ta transformation en (néo)-puriste du rap et tes goûts sont désormais supérieurs à ceux d’autrui. Tu te reconnaîtras forcément dans la liste qui suit…

Tu sais que t’es un puriste (en carton) du rap quand…

  1. Tu as un rapport quasi-religieux avec ta musique, pour toi rien ne peut justifier le fait de l’avoir sali ou de lui manquer de respect.
  2. T’écoutes jamais le second album d’un artiste, tu sais qu’il aura forcément baissé son froc entre temps.
  3. Tu chies constamment sur Skyrock que tu tiens pour responsable de tous les maux du rap… Pourtant, si demain matin une bande de guignols t’appelle en te faisant des blagues que tu trouvais déjà immatures à 12 ans, tu répondras forcément « Skyrock ! » quand ils te demanderont quelle est ta station de radio préférée.
  4. Tu as un profond sentiment de nostalgie quand tu penses à ce qu’était Génération dans le temps…
  5. T’écoutais 1995 il y a un an mais maintenant tu leur chies dessus allègrement.
  6. En lisant le point précédent t’as d’ailleurs eu une sensation de déjà-vu en pensant à la Sexion d’Assaut, Orelsan ou même Booba… Mais pas avec La Fouine.
  7. Il y a 2 ans tu pensais que 0.9 était le meilleur album de Booba, maintenant tu ne jures plus que parLunatic et Temps Mort et exècres ceux qui s’en sont suivis.
  8. Tu portes des t-shirts « Le rap c’était mieux avant » alors que ça fait 5 ans que t’en écoutes.
  9. T’as jamais écouté la moitié de tes 20 albums de références
  10. Public Ennemy est, pour toi, l’un des plus grands groupes de l’histoire du rap US, alors que tu ne connais pas une seule de leur chanson.
  11. T’es capable de démontrer à n’importe qui que Talib Kweli est l’un des plus grands lyricistes du rap US et que Rick Ross écrit comme ses pieds, alors que tu parles anglais comme une vache espagnole.
  12. Tu détestes les rappeurs français qui ne font que de l’egotrip ou se vantent de leurs exploits criminels alors que tous les rappeurs américains que tu écoutes en font de même.
  13. T’es pour la discrimination positive : 5 de tes 10 rappeurs français préférés sont blancs.
  14. Tu déteste les rappeurs qui foutent des meufs à poil dans leurs clips… Mais tu adules Ludacris !
  15. Tu détestes les rappeurs qui mélangent rap et r’n’b’, pour toi c’est la perversion du Hip Hop… Pourtant 2Pac, Biggie et Fabe sont tes dieux !
  16. Pour toi Temps Mort de Booba et Marshall Mathers d’Eminem sont les derniers classiques du rap français et américains.
  17. Tu détestes le Dirty South… Mais tu adules Ludacris !
  18. 1990 d’Orelsan t’a rappelé des souvenirs, pourtant t’as pas compris la moitié des références.
  19. Tu trouves tout de même dommage que ce titre ait été fait par Orelsan.
  20. Oxmo Puccino est pour toi le seul rappeur actuel avec une discographie parfaite… Pourtant quand on te demande de citer une track de Cactus de Sibérie, tu bugges.
  21. « Qui prétend faire du rap sans prendre position ? » est ton hymne, Notorious B.I.G. est ton rappeur préféré, le Wu Tang Clan est ton groupe référence… pour toi tout est cohérent.
  22. Kool G Rap est pour toi le meilleur rappeur du Queens loin devant Nas et Prodigy… Pourtant quand on te demande de citer une track de lui, tu bugges encore.
  23. T’as des envies de meurtres ou de viols à chaque fois que t’entends un beat électro, cependant, DJ Mehdi est selon toi le plus grand beatmaker que la France ait portée… pour toi, tout est cohérent toujours.
  24. Quand on t’a dit que Rocca faisait un titre avec Alpha Wann de 1995, t’as demandé à ton interlocuteur de te foutre une baffe pour t’assurer que tu ne faisais pas un cauchemar.
  25. Tu fais une descente d’organe chaque année au lendemain des nominations pour les Victoires de la musique.
  26. T’as fait un arrêt cardiaque hier en voyant qu’Orelsan était récompensé. Mais ça va mieux aujourd’hui, t’as vu que c’était que le prix du meilleur album de musiques urbaines et pas celui de rap. Quoi ? Cette appellation de guignols désigne le rap ?
  27. T’as d’ailleurs fait une syncope deux années de suite au moment des Trophées du Hip Hop et ta tension chute à chaque évocation de Yassine Belattar.
  28. En soirée, tu te fais chier royalement.
  29. Tu t’y fais d’ailleurs constamment insulter quand t’essaies de mettre du Casey discrètement.
  30. Tu détestes encore plus Booba que les fans de Rohff.
  31. A bien y penser, tu détestes également Rohff.
  32. Tu les hais surtout pour avoir eu le culot de sortir un deuxième album (et d’autres après)… Par contre tu hais Sinik pour avoir eu le culot d’avoir commencé le rap.
  33. Tu hais les clashs dans le rap français, tu adores pourtant les diss tracks dans le rap US.
  34. Il y a trois choses que tu détestes plus que tout au monde : Skyrock, les majors et les refrains chantés. Pourtant, tu adules Fabe.
  35. D’ailleurs tu attends son retour comme les Chrétiens attendent celui du messie.
  36. Tu attendais aussi celui de Rocca, mais depuis qu’il rappe avec Alpha Wann, tu penses qu’il tient finalement plus de Judas que du Christ : Qu’il aille se pendre !
  37. Pour toi un beat boom bap, fait en 10 minutes avec un sample cramé et des kits de batteries et de basses téléchargés sur internet, vaudra toujours mieux qu’un beat électro sur lequel le beatmaker a passé des jours.
  38. En bon fan de la Scred, t’es en quelque sorte « Vieux avant l’âge ».
  39. Au final tu détestes plus que tu aimes ta musique.
  40. Tu te fous de tes contradictions et incohérences parce qu’au fond être un puriste, pour toi, tient plus d’un certain état d’esprit que d’une quelconque rationalité. Et au fond, cette musique, bah tu l’aimes.

Nessuno et L’Impertinent