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Macron déçoit sur les banlieues

Article initialement publié le 23 mai 2018 sur Le Média presse

Le président de la République a décidé de ne pas suivre le plan Borloo, certes ambitieux, mais pas révolutionnaire, dans ses « quelques nouvelles mesures » de politique de la ville.
« Que deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers s’échangent l’un un rapport, l’autre disant “on m’a remis un plan”… Ce n’est pas vrai. Cela ne marche plus comme ça », a expliqué Emmanuel Macron ce mardi 22 mai à l’Elysée devant un parterre d’invités, parmi lesquels Jean-Louis Borloo. Par-delà la polémique autour de la formulation – certains l’accusant de “communautariser” ou de “racialiser” le débat public –, le président de la République a surtout décidé de ne rien faire ou presque pour les banlieues. Alors qu’il devait, selon le Premier ministre Edouard Philippe, annoncer un « plan de mobilisation » à destination des quartiers populaires, devant des centaines de personnes, élus locaux, entrepreneurs, responsables associatifs et habitants, Macron a déçu. Seules « quelques mesures » ont été avancées, lors d’un discours où le chef de l’Etat a préféré prôner un changement de « philosophie » plutôt que d’annoncer le déblocage de crédits spécifiques. « L’idée est de donner la parole aux acteurs de terrain, de partir de la base, des habitants, plutôt que d’apporter d’en haut des solutions toutes faites. Il y a déjà beaucoup d’expériences menées dans les quartiers qui pourraient être dupliquées ailleurs », a-t-il expliqué pour justifier sa reculade.

Un plan ambitieux, mais pas révolutionnaire

Dans son rapport de 164 pages remis le 26 avril dernier, l’ex- ministre de la Cohésion sociale préconisait 19 programmes pour les 1.300 quartiers prioritaires en métropole où habitent cinq millions de personnes. Pour rappel, Borloo proposait notamment d’investir massivement dans la petite enfance, en créant, entre autres, 30.000 places en crèches dans les quartiers à horizon 2022. Il était question de créer des cités éducatives qui regrouperaient écoles et collèges dans un même lieu dans une approche globale avec « une autonomie de pédagogie et de gestion renforcée », tout en garantissant la gratuité de la cantine dans les écoles et collèges REP et REP+. Borloo y défendait également la mise en place d’un programme sur les formations en alternance et en apprentissage inspiré du modèle allemand, la fondation d’un fonds d’investissement éducatif dans les quartiers pour la réhabilitation et la construction des 300 écoles et 100 collèges les plus dégradés, l’ouverture d’une Cour d’équité territoriale, ou encore la suppression de la mécanique du financement des associations au profit d’appels à projets avec un financement pérenne sur la base de leurs actions, comme l’exigent depuis longtemps les acteurs de terrain. Rien n’était vraiment cependant proposé afin de lutter contre les discriminations ou les contrôles au faciès. Le plan Borloo était donc ambitieux, mais souffrait aussi de lacunes. Il exigeait cependant des investissements colossaux, de l’ordre de 48 milliards d’euros, sans doute trop pour Macron.

Presque tout jeté

Le président de la République a affirmé : « Nous nous devons de veiller à une politique d’émancipation: que chacun retrouve sa dignité dans la République ». Il a insisté sur les réformes – très insuffisantes – déjà engagées en matière d’éducation (dédoublement des classes en CP, généralisation de la scolarisation dès 3 ans…). Il a annoncé que 30.000 stages de 3e allaient être proposés par les entreprises et l’Etat (moitié-moitié) afin de combattre « l’assignation à résidence » des quartiers. Macron a demandé aux 120 plus grandes entreprises françaises de prendre leur part dans la lutte contre le chômage qui sévit dans les quartiers. Le résident de l’Elysée a annoncé qu’elles seraient toutes soumises à des tests anti-discrimination au rythme de 40 par an dans les trois ans.

C’est sûrement la seule proposition de Borloo vraiment reprise, Emmanuel Macron s’est dit favorable à la création en juillet d’une « instance de recours pour les habitants comme les élus » et à un « débat d’évaluation sur l’équité territoriale au Parlement ». « Il y a des territoires en grande difficulté, et ils peuvent être très urbains, très ruraux, les raisons sont profondément différentes et […] il faut une politique de droit réel, d’effectivité des droits dans ces endroits de la République », a-t-il souligné. Enfin, il a insisté sur les questions régaliennes et sécuritaires. Il promet de finaliser « d’ici juillet un plan de lutte contre le trafic de drogue » car pour l’instant « on a perdu la bataille du trafic dans de nombreuses cités ». Macron s’est alors prononcé pour « un plan de mobilisation générale » contre ces « trafics internationaux » qui « conduisent aux pires des crimes ». Le président demeure, au passage, fermement opposé à la légalisation du cannabis.

Le 14 novembre dernier, lors d’un discours à Tourcoing (Nord), Macron appelait à « une mobilisation nationale pour les villes et les quartiers ». Finalement, comme l’égalité femmes-hommes, les banlieues ne seront pas la priorité du quinquennat.

Photo : Emmanuel Macron lors de sa présentation ce 22 mai

Crédits : Capture d’écran France info

Marion Messina : « Je ne peux pas écrire une superbe histoire d’amour alors que tout s’effondre »

Entretien initialement publié le 22 février 2018 sur Le Comptoir

« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. » Cette célèbre citation de Paul Nizan dans « Aden Arabie » pourrait illustrer à la perfection « Faux départ », le premier roman de Marion Messina. Elle y raconte l’histoire d’Aurélie, brillante lycéenne, issue de la classe ouvrière, qui croit en la méritocratie, mais qui va vite déchanter en entrant dans le supérieur. En plus de subir la précarité et le mépris de classe, cette enfant de la banlieue grenobloise, perdue entre « les Jérémie, Yoann, Julie, Audrey, Aurélie, Benjamin, Émilie, Élodie, Thomas, Kévin, Charlotte, Jérémy ou Yohann […] pas détestables, mais nullement intéressants », va aussi devoir affronter la solitude, dans une société qui ignore toute forme d’attachement durable. Si on en sait très peu sur Marion Messina, il semble que cette « banlieusarde sans accent, […] élevée par des ouvriers bibliophiles » et ne croyant plus en la méritocratie, ait beaucoup en commun avec son héroïne. Nous avons rencontré l’Iséroise afin de discuter de son roman, de littérature, mais aussi de précarité, de la France périphérique, de lutte de classes et de l’atomisation de notre société…

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Bakary Sakho : « L’être humain a besoin de garder contact avec ses racines »

Entretien publié le 9 octobre 2015 sur Le Comptoir

En pleine crise du livre, certains courageux osent quand même se lancer dans l’édition. En ce début octobre, le dernier né de la profession, Faces Cachées, publie son premier ouvrage intitulé « Je suis ». Loin de réaliser une autobiographie, l’auteur, Bakary Sakho, essaie de parler des cités quelques dix années après les fameuses émeutes de 2005, à travers son identité de noir, musulman, français et son expérience de militant associatif dans les quartiers populaires du 19earrondissement de Paris. C’est sur son lieu de travail – une loge de gardien dans un immeuble près du métro Crimée, ligne 7 – qu’il nous reçoit, afin de discuter de son livre, et plus largement des “quartiers”. Un entretien qui se déroule dans une ambiance conviviale, entrecoupé d’interventions des habitants de l’immeuble, où le tutoiement s’impose de lui-même, dès les premières secondes de l’échange.

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Rachid Santaki : « Aujourd’hui, la République n’est plus dans les quartiers »

Entretien publié le 15 septembre 2015 sur Le Comptoir

Autodidacte, Rachid Santaki porte plusieurs casquettes. Après une expérience comme éducateur sportif à Saint-Denis (93), il fonde le magazine urbain “5Styles” qui rencontre un vif succès. Fort de cette expérience, le Séquano-Dyonisien se lance dans la littérature et publie plusieurs romans noirs. Aujourd’hui, celui qui est parfois surnommé “le Victor Hugo du ghetto tente sa chance comme scénariste. Toujours actif dans les quartiers populaires, le romancier vient de publier avec son ami Brahim Chikhi un court essai intitulé La France de demain – Pour réconcilier république & banlieue”(éditions Wildproject). 

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Nicolas Jounin : « La lutte pour les droits civiques et la lutte de classes se poursuivent »

Entretien publié initialement le 17 novembre sur Le Comptoir

Nicolas Jounin est un enseignant-chercheur en sociologie. Il est maître de conférences à l’Université de Paris VIII Vincennes-Saint-Denis. Il vient de sortir « Voyage de classes », livre retraçant une expérience originale qu’il a réalisée avec ses élèves de licence. Durant trois ans, il a fait enquêter ces jeunes, souvent issus des quartiers populaires de banlieue, sur le VIIIe arrondissement de Paris, qui concentre pouvoir politique, économique et culturel.

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