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L’Europe proche de la spirale déflationniste

Article publié initialement dans le 13 août 2014 dans l’Humanité

Les chiffres de la croissance du deuxième trimestre en France et dans l’ensemble de la zone euro, qui seront connus demain, confirmeront certainement la faiblesse de l’activité économique européenne et ne devraient pas éloigner les inquiétudes sur un possible risque déflationniste.

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Coralie Delaume autopsie le rêve européen

Blogueuse politique officiant sur divers supports, notamment sur L’Arène Nue qu’elle a créé en 2011, Coralie Delaume sort son premier ouvrage intitulé Europe, les États Désunis. En pleine crise prolongée des institutions européennes – autant sur le plan politique que sur le plan économique – et à peine deux mois avant les élections européennes, ce réquisitoire peut s’avérer très utile.

Le livre est organisé en deux grandes parties. La première concerne le trio institutionnel moteur de l’Union européenne, à savoir : la Commission européenne, la Banque Centrale Européenne (BCE) et la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE). La seconde est une réflexion sur l’état actuel de l’Europe.

L’analyse institutionnelle permet de situer le cadre idéologique de la construction européenne. Née du discrédit jeté sur les nations et les peuples par les deux guerres mondiales, celle-ci repose sur deux piliers : le juridisme et l’économicisme.  Le problème provient du fait que cette création post-nationale et économique, en plus d’être profondément libérale,  implique des sacrifices démocratiques. Afin d’appuyer son argumentation, Coralie n’hésite pas à détricoter le « mythe Monnet » – mythe plus présent dans la tête de nos élites que dans l’esprit des gens ordinaires – ou à recontextualiser le rêve européen de Victor Hugo. Dans cette optique, la Commission européenne n’est qu’un « bastion du techno-atlantisme », à l’image de ce que Jean Monnet avait prévu, qui a pour mission principale de se substituer aux États. Cet organisme qui échappe à la démocratie (ou aux démocraties européennes pour être plus précis) concentre en son sein les pouvoirs législatif et exécutif – Montesquieu[i] et Rousseau[ii] doivent se retourner dans leur tombe. De son côté, la BCE indépendante des États – comme le veut l’orthodoxie libérale et surtout l’ordolibéralisme allemand, père de l’économicisme européen – est aussi très sévèrement critiquée par l’auteur. L’économicisme européen illustre parfaitement un paradoxe mis en évidence par Béatrice Hibou : « Plus on déréglemente, plus on bureaucratise »[iii]. La bureaucratisation de l’Union est mise en place par la CJUE. Coralie explique à juste titre qu’un excès de législation répond au défaut de législateur né de l’impuissance du Parlement européen. Une législation qui s’est mise en place par « petits pas » et qui est progressivement devenue supérieure au droit national[iv]. Celle-ci est comparée à une forme juridique du slogan TINA[v] si cher à Margaret Thatcher. De plus en plus complexe, elle a fini par transformer notre Constitution en vrai « chewing-gum » (5 amendements depuis 1992) à coups de traités mais aussi de droits dérivés.

Outre ce constat institutionnel et idéologique, le livre dresse un « beau » portrait de ce qu’est aujourd’hui l’Union européenne de façon plus concrète. Le problème du leadership européen, dont l’Allemagne ne veut pas réellement est d’abord évoqué. Pourtant, le moteur de l’Union se trouve aujourd’hui bien outre-Rhin. Le souci est que les Allemands veulent les avantages européens – un grand marché économique – mais ne veulent pas les inconvénients – la peur de « payer » pour les autres, pourtant nécessaire dans l’optique d’un saut fédéraliste. Les conséquences économiques de la monnaie unique et l’installation d’une Europe à deux vitesses sont parfaitement analyser. Au « Sud » les PIIGS (Portugal, Italie, Irlande, Grèce et Espagne : un acronyme méprisant et méprisable qui en dit très long sur la solidarité européenne) auxquels nous pouvons ajouter la France se débattent tant bien que mal pour enrayer le chômage (plus de 25% de la population active en Espagne ou en Grèce !!), alors que le « Nord » composé de l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, les Pays-Bas (même s’ils sont actuellement en difficulté à cause de l’éclatement d’une bulle immobilière) et la Finlande se porte relativement mieux. Ces conséquences économiques ne sont pas sans conséquences politiques, loin de là. Aujourd’hui, cette Europe qui bénéficie d’un culte quasi-religieux de la part de nos élites politiques, économiques et intellectuelles divise les peuples. En résulte une montée des nationalismes, des mouvements comme le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo ou encore des séparatismes au sein des régions riches coincés chez les pauvres (comme la Catalogne en Espagne). En France, l’Union européenne rime de plus en plus avec pessimisme, désillusion politique – surtout depuis que nos dirigeants se sont assis sur la volonté populaire et le rejet du TCE en 2005 – et montée du Front national, sorte de parti parasite qui grignote les miettes (de plus en plus importantes) qu’on lui laisse.

Brillant, instructif, nourri de références (de Marcel Gauchet à Patrick Artus en passant par Frédéric Lordon, Cornelius Castoriadis, George Orwell ou encore Jean-Michel Quatrepoint) et souvent drôle – l’ironie étant, dans ce livre comme ailleurs, un trait marquant de la plume de l’auteur – cet ouvrage   constitue une très bonne sortie de ce début d’année. La charge portée par Coralie Delaume contre cette Union européenne supranationale et néolibérale est sérieuse. Les critiques que je pourrais formuler à l’égard de ce livre sont très minimes. La première serait sur l’utilisation du mot « populisme » pour caractériser la montée du néonationalisme.  Certes, l’auteur met des guillemets pour parler du populisme, mais elle participe quand même au discrédit jeté par nos élites sur le concept de « peuple » et contribue à faire oublier que le populisme est à l’origine un mouvement entendant adapter le socialisme aux réalités populaires[vi]. Il serait certainement plus judicieux de parler de « national-populisme », forme dégénérée du populisme (et du socialisme selon Jean Jaurès[vii]) qui exacerbe le peuple au sens national et l’essentialise. La seconde critique concerne les raisons de l’absence de débats sur l’euro. Si Coralie a raison de montrer que nos élites politiques font preuves d’une irrationalité criante pour éviter toute remise en question de la monnaie unique, elle oublie aussi d’expliquer que c’est aussi parce qu’elle correspond à des intérêts de classes (même si la question est très brièvement soulevée). La construction européenne doit en partie beaucoup aux lobbys de la classe dominante (au premier rang duquel l’European Round Table, grand lobby industriel) qui a tout intérêt à la sauver quitte à mettre à la rue tous les peuples européens.

Mais si la perfection n’est pas de ce monde, cet ouvrage est  à se procurer d’urgence par tous ceux qui défendent l’idée d’une Europe des nations, dont on oublie trop souvent qu’elle correspond à l’idéal internationaliste de Jaurès[viii].

Boîte noire :


[i] Voir De l’Esprit des lois (1748)

[ii] Voir Du Contrat Social (1762)

[iii] La bureaucratisation du monde à l’ère néolibérale, La Découverte, 2012

[iv] L’auteur rappelle que cette supériorité a commencé en 1964 avec l’arrêt Costa contre ENEL

[v] Acronyme de « There is no alternative » ou en français « Il n’y a pas d’autre alternative » signifiant qu’il n’y a pas d’autre option possible que le capitalisme néolibéral mondialisé.

[vi] C’était en tout cas la préoccupation du mouvement Narodniki russe du XIXème siècle qui a créé en 1901 le Parti socialiste révolutionnaire (SR), tout comme du People’s party américain qui s’est également constitué au XIXème siècle.

[vii] A propos du général Boulanger dans L’Idéal de justice

[viii] Lire à ce sujet le chapitre X de L’Armée Nouvelle de Jaurès (1911)

Les banques centrales ne sauveront pas le néolibéralisme

Article publié le 9 juillet 2013 sur RAGEMAG

Depuis le début de l’année, ce ne sont plus les montants des dettes publiques ou autres dégradations de notes qui agitent les marchés financiers. Les investisseurs ne réagissent plus qu’aux diverses annonces des grandes banques centrales. Les politiques monétaires expansionnistes de la Réserve fédérale américaine (Fed), de la Banque du Japon voire de la Banque d’Angleterre soutiennent l’environnement économique mondial et préoccupent les marchés.

Dans un contexte mondial compliqué entre crise de la zone euro, redémarrage difficile dans les autres pays développés et ralentissement des grandes économies émergentes et où les niveaux massifs des dettes publiques empêchent toute manœuvre budgétaire, il ne reste plus aux États souverains – comprendre hors euro – que l’outil monétaire. Et ceux-ci s’en donnent à cœur joie, avec la complicité de leurs banques centrales. C’est ainsi que l’on a vu apparaître de nouveaux instruments au sein des banques centrales et la normalisation des politiques monétaires dites « non conventionnelles ».

Au commencement était la crise

Ben Bernanke, président de la Fed Septembre 2008. La crise des subprimes devient une crise financière et économique générale, à cause de la faillite de la banque américaine d’investissement Lehman Brothers. Les États décident de se saisir rapidement du problème en pratiquant des relances budgétaires expansives de type keynésiennes. Les banques centrales ont peur de réitérer les erreurs de la Grande Dépression des années 1930 ou d’un scénario « à la japonaise ». Le danger est la spirale déflationniste dont Irving Fisher a mis en évidence les mécanismes, à la fin des années 1930. La déflation se définit comme la baisse généralisée des prix sur une période assez longue (plusieurs trimestres). Celle-ci a tendance à s’auto-entretenir : si les agents d’une économie s’attendent à voir les prix baisser, ils préfèrent reporter leurs achats, mettant en difficulté les entreprises qui éprouvent des problèmes de ventes. Pour éviter cette situation, les banques centrales doivent injecter de la monnaie dans l’économie. Traditionnellement, les banques centrales contrôlent le volume de monnaie créée en fixant le taux directeur à court terme. Le taux directeur des banques centrales est le taux auquel la banque centrale va faire des crédits aux banques commerciales qui sont en charge de la création monétaire ex nihilo. Le taux directeur des banques centrales se répercute sur les taux bancaires qui jouent sur les flux de crédits. Cependant, quand le taux directeur est nul, les banques centrales semblent désarmées et perdent le contrôle de la politique monétaire. C’est ce qui est arrivé au Japon durant la « décennie perdue » des années 1990. La Banque du Japon a ainsi mis en place ce que l’on appelle communément les politiques non conventionnelles d’assouplissement quantitatif (quantitative easing ou QE). Afin d’augmenter la quantité de monnaie en circulation dans l’économie nippone, la Banque du Japon a procédé à un (timide) programme de rachat de titres, notamment de bons du Trésor. Bien que les résultats de cette première expérience furent modestes, les mesures non conventionnelles vont piloter les politiques de la Fed, de la Banque d’Angleterre et dans une très moindre mesure de la BCE depuis début 2009.

Politiques quantitatives : quelles formes et quels effets ?

« Helicopter Ben » arrose l’Amérique de petits billets Si la première banque centrale qui se lance sur la voie du QE est la Banque d’Angleterre, c’est la Fed qui en est la principale utilisatrice, surtout depuis son second programme lancé en novembre 2010. Face à une dette abyssale ne laissant aucune marge de manœuvre et une sortie de crise plus compliquée que prévue, le président de la banque centrale américaine, Ben Bernanke, décide d’abaisser son taux directeur (« the overnight federal fund rate ») à 0 % et de lancer un programme de rachat d’actifs de 75 milliards de dollars par mois afin de faire baisser le taux de chômage à 6,5 % (à condition que l’inflation ne dépasse pas les 2,5 % par an). Une action d’une ampleur inédite qui équivaut à 4 % du PIB américain et environ 40 % de leur déficit. La Fed prévoit d’acheter principalement des bons du Trésor (« treasuries bonds ») et des créances hypothécaires (« morthage-backed securities » ou MBS). Plus récemment, c’est le Japon qui a décidé de refaire appel à cette méthode. Arrivé au pouvoir en décembre 2012, le Premier ministre libéral Shinzo Abe choisit principalement l’outil monétaire pour sauver son pays enlisé une énième fois dans la récession et la déflation. La Banque du Japon annonce ainsi en avril dernier qu’elle va accroître fortement ses achats de titres en vue de doubler en deux ans sa base monétaire (c’est-à-dire la monnaie créée par la Banque du Japon et qui figure à son passif sous la forme de dépôts bancaires voire de billets). Dans les cas de la Fed et de la Banque du Japon, l’objectif est le même : redresser l’activité économique en favorisant l’endettement et en faisant baisser le taux de change (par l’augmentation de monnaies en circulation sur les marchés internationaux).

« Arrivé au pouvoir en décembre 2012, le Premier ministre libéral Shinzo Abe choisit principalement l’outil monétaire pour sauver son pays, enlisé une énième fois dans la récession et la déflation. »

Pourtant, si ces politiques monétaires quantitatives permettent effectivement de soutenir l’activité, elles sont insuffisantes pour la relancer durablement et peuvent même présenter des effets secondaires non désirables. En rachetant auprès des banques divers actifs, les banques centrales leur fournissent de nouvelles liquidités, espérant qu’elles soient placées dans le circuit économique sous forme de crédits. Cependant, en période de crise, et plus fortement en présence de « trappes à liquidités » (situation exceptionnelle où toute nouvelle liquidité est gardée par les agents plutôt que d’être réinjectée dans l’économie), augmenter le crédit n’est pas si simple pour la simple et bonne raison que les prêteurs sont réticents à prêter, se méfiant de la situation financière des emprunteurs. Ces derniers non solvables ne veulent pas forcément emprunter. Certes, les banques centrales conscientes du problème ajoutent des volets qualitatifs à leurs politiques quantitatives en jouant sur les types de titres achetés et leurs faibles substituabilités ou sur leurs maturités (durée de vie). En pratique, seule une faible part est réinjectée dans l’économie réelle, la majorité des liquidités servant à nourrir les marchés financiers et favoriser les bulles. On comprend aisément dans ce contexte pourquoi notre CAC 40 atteignait des records en avril-mai dernier, alors que l’économie hexagonale était plongée en récession : parce que les actions françaises étaient massivement achetées par des investisseurs américains ou japonais qui dépensaient leur surplus de liquidités. De plus, les baisses des changes peuvent ne pas mener au rééquilibrage des balances commerciales, par la baisse des prix à l’exportation et le renchérissement des importations, car les autres pays sont tentés de contre-attaquer en soutenant à la baisse leurs monnaies et le risque de « guerre des monnaies » est réel. Cette dernière annulerait les effets des changes et serait déstabilisatrice pour l’économie mondiale.

Un problème trop profond pour être résolu si simplement

Haruhiko Kuroda, président de la Banque du Japon a.k.a. « monsieur anti-déflation » La crise que nous connaissons n’a pas pour origine un problème d’offre de monnaie. La raréfaction du crédit, si elle est réelle, n’est qu’une conséquence et pas une cause. Ce qui se passe depuis 2008 est simple : on voit s’effondrer un système fondé sur une contradiction. Le néolibéralisme repose sur deux piliers : l’encouragement à la surconsommation et la compression des salaires par la mondialisation. Le capitalisme a besoin d’accumuler, de produire simplement pour produire mais, dans une société d’abondance matérielle, il se heurte à la limitation des besoins, avant de bientôt se heurter à la limitation des ressources. Il lui faut donc créer de faux besoins, fabriquer de nouveaux désirs pour garder cette dynamique. Mais cette logique bute sur celle de la maximisation des profits, qui a besoin que les coûts de production soient les plus faibles possible. La mondialisation permet dans les pays industrialisés de dévaloriser le travail tandis que la financiarisation permet, par le biais du crédit, d’offrir un complément de revenu nécessaire au consommateur. Aux États-Unis, le pays de la consommation de masse, la libéralisation de la finance dans les années 1970-1980 a soutenu artificiellement la consommation et donc la croissance durant des décennies. Mais c’est elle qui a aussi causé la crise des subprimes qui est d’abord une crise de surendettement. Si la situation japonaise est plus singulière, elle n’est pas si différente. L’économie nippone est entrée en situation de crise après une longue période d’euphorie financière qui a débouché sur une bulle spéculative. L’éclatement de cette bulle en 1991, en plus du déclin démographique, explique que le Japon ne connaît plus de croissance, ni de hausse des prix depuis les vingt dernières années. Dans ces conditions, inonder de liquidités pour relancer la machine revient à appliquer toujours les mêmes vieilles mauvaises formules avec un nouveau moule, en espérant que le gâteau devienne meilleur.

« Dans ces conditions, inonder de liquidités pour relancer la machine revient à appliquer toujours les mêmes vieilles mauvaises formules avec un nouveau moule, en espérant que le gâteau devienne meilleur. »

Le vieux capitalisme vertueux et modéré de l’après-guerre confronté à une crise de la production a dû inéluctablement se métamorphoser pour survivre. Devenu consumériste, il s’est trop reposé sur les seuls endettements privé et public. Malheureusement ces derniers ne peuvent plus servir de moteur. L’outil budgétaire étant abîmé par les dettes abyssales contractées par les pays développés, les banques centrales ont dû prendre le relai des États en menant des politiques exceptionnellement agressives. Si ces dernières servent encore de béquille à un système qui peine à tenir sur ses jambes, elles ne permettront jamais aux économies de remarcher normalement. Surtout que ces politiques, pour rester efficaces, doivent rester exceptionnelles. C’est pour cela que la Fed pense déjà à stopper progressivement son programme de rachats d’actifs, avec des conséquences qui pourraient se révéler désastreuses.

La théorie des « néo-chartalistes » de la monnaie

La crise financière mondiale a révélé les faiblesses de l’économie dominante et de cette opinion largement répandue dans les médias de la non-pertinence des politiques de relance keynésiennes. Pourtant, alors que la récession était bien installée, les vieilles recettes néo-libérales de lutte contre les déficits et le « fardeau » de la dette ont refait surface. Pour autant, d’autres théories alternatives ont pu éclore au cours de cette crise. C’est le cas de la théorie des « néo-chartalistes » de la monnaie. D’après ses défenseurs (Randall Wray, Jan Kruger), l’État décide de ce qui peut servir de monnaie. Cette dernière est vue comme un avoir sur des taxes à payer. L’État crée la monnaie en dépensant, et détruit cette monnaie par le pouvoir de taxer les individus. Une fois en circulation, cette monnaie « souveraine » peut être utilisée de deux manières différentes :

  • comme un employeur de dernier recours, qui pourrait se résumer à la formule suivante : tous ceux qui sont prêts à travailler autour du salaire minimum actuel auraient l’assurance d’obtenir un emploi pour quiconque prêt à travailler mais qui ne trouverait pas de travail dans le secteur privé. L’aide aux vieillards, enfants et malades ; des surveillants à l’école, des artistes ou des musiciens ; des travailleurs de l’environnement ; la restauration des immeubles abandonnés ou d’installations communautaires sont notamment envisagés.
  • en réaffirmant l’importance de la politique budgétaire, ce qui contraste avec le rôle négligeable qu’elle joue dans la macroéconomie dominante. Le but est de montrer comment le secteur privé domestique ne peut accumuler des actifs financiers que si le secteur public domestique accepte de s’endetter (ou si le pays dispose d’un solde du compte courant positif, dans une économie ouverte), montrant ainsi que la dette publique n’est pas nécessairement un mal.

Aurélien Beleau

Boîte noire :

Grèce : chronique d’une tragédie contemporaine

Tiré d’un encart écrit pour un article intitulé « Grèce : la révolution sera télévisée », publié le 16 juin 2013 sur RAGEMAG par Paul Tantale

Les dirigeants de la Commission européenne, de la BCE et du FMI n’ont absolument rien à envier à EschyleSophocle et Euripide, tant le sauvetage de la Grèce par la fameuse Troïka tient plus de la tragédie antique que du film de super-héros contemporain. Petit rappel des faits : fin 2009, soit un an après le déclenchement de la crise mondiale, les marchés financiers commencent à s’inquiéter de l’ampleur de l’endettement public de certains pays : Portugal, Irlande, Italie, Grèce, et Espagne (surnommés les PIIGS). Puis c’est au tour des agences de notations de s’en mêler et de dégrader la Grèce. Les taux d’intérêt augmentent drastiquement, le pays risque d’être en cessation de paiement et la Troïka décide de l’aider en avril 2010. Un plan de sauvetage qui a un coût : la mise en place de réformes dites structurelles – comprendre par-là de libéralisation de l’économie – afin de remettre l’économie hellène sur les bons rails. Athènes est sommée de flexibiliser son marché du travail, d’augmenter ses recettes et de diminuer ses dépenses en appliquant le célèbre consensus de Washington. En vrac, on peut noter : la création d’un sous-SMIC pour les jeunes et les seniors, l’âge de départ à la retraite rehaussé tout comme la TVA, de nouvelles taxes, les indemnités de chômage diminuées et, dorénavant, la capacité pour les entreprises de renvoyer leurs employés comme bon leur semble. Ces mesures sont loin de faire l’unanimité. Paul Krugman, le Nobel d’économie 2008 plaide par exemple pour une annulation de la dette grecque et sa sortie de la zone euro. Mais le dogme néolibéral est toujours le plus fort.

Malheureusement, les choses ne se passent pas comme prévu. Le PIB se replie, les recettes avec, et les dépenses stagnent. Résultat : le poids de la dette augmente. Les socialistes au pouvoir (parti du Pasok de Papandréou) sont contraints de démissionner, en 2011, et un gouvernement de coalition (socialistes, conservateurs et extrême-droite) est mis en place. Rien n’y fait cependant : la Troïka est obligée début 2012 de faire une première concession et la dette est restructurée (53,5% de la dette est grosso modo effacée, soit 107 milliards d’euros). Ce n’est toujours pas suffisant et les électeurs tentent de pénaliser les partis du système au législatives de mai. Après un double vote qui a failli mener au pouvoir le SYRIZA d’Alexis Tsipras – et fait naître l’espoir chez toute la gauche radicale européenne – ce sont finalement les socialistes et les conservateurs qui sont reconduits.

Mais, double coup de théâtre ! Le premier a lieu le mois dernier avec l’invalidation des travaux économiques qui avaient inspiré ces politiques. Keneth Rogoff et Carmen Reinhart ont admis s’être trompés dans leurs calculs. Après correction d’une erreur dans leur tableau Excel, des experts trouvent qu’un niveau d’endettement représentant 90 % du PIB ne pénalise pas aussi significativement qu’ils le supposaient la croissance (soit non pas une moyenne en récession de -0,1 % par an, mais une croissance positive à 2,2 % par an). Plus rien ne justifie alors les politiques d’austérité imposées aux peuples européens depuis 3 ans et à divers pays du tiers-monde depuis bien plus longtemps. Le second coup de théâtre vient du FMI lui-même qui, dans son dernier rapport sorti le 7 juin dernier, admet s’être trompé dans la gestion de la crise grecque. Il reconnaît maintenant avoir exigé des réformes trop dures et pense qu’une restructuration de la dette aurait dû intervenir courant 2010, soit deux ans plus tôt, la situation politique européenne de l’époque l’empêchant. Mais la Commission européenne ne veut rien entendre et son commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, estime ne rien avoir à se reprocher. En attendant, les Grecs, eux, ont connu leur 18e trimestre consécutif de récession – un record absolu – et espèrent une nouvelle restructuration, asphyxiés par le poids d’une dette qu’ils ne pourront jamais rembourser et par des politiques d’austérité imposées comme châtiment divin pour les punir de leurs excès, d’après Paul Krugman.