Archives du mot-clé Booba

Chroniques d’album sur IHH

 

Chroniques d’album publiées dans le numéro du magazine IHH – International Hip Hop de mars 2016

Booba – Nero Nemesis

Quoique l’on pense de Booba, il faut reconnaître qu’il est toujours capable de nous surprendre, chose qui n’est pas si évidente pour un rappeur français après vingt ans de carrière. Quelques mois après l’inégal D.U.C., l’ourson revient avec un album surprise. Sorti le 4 décembre 2015, comme la réédition de Feu de Nekfeu, ainsi que les nouveaux opus de Rohff, Jul, et JoeyStarr, Nero Nemesis est probablement le meilleur projet du duc de Boulogne depuis très longtemps. La recette est simple : de l’Auto-Tune moins présent et mieux maitrisé, des flows bien travaillés et des instrus de qualité. Ceux qui cherchent du fond devront cependant repasser une autre fois. Car Booba fait du Booba : egotrip, punchlines sur punchlines et éloge de l’argent et du luxe. Pourtant ses phases font souvent mouche, comme dans 4G (« Touche ta SACEM y a pas 30 balles/ Personne te regarde comme le handball/ J’te traite comme négro dans plantation/ 400 ans d’fouet t’as pas retenu la leçon ») ou 92I Veyron (« Ne fais pas trop de bien ou tu seras cloué sur une croix/ La rafale dans ta grand-mère arrivera plus tôt que n’crois/ La race humaine me dégoûte, j’allume gros pilon au chalumeau/ Nique ta fondation de merde, j’préfère sauver les animaux »). Le MC semble parfois nostalgique du bon vieux rap et de l’âge d’or des années 1990. Un sentiment palpable dans Génération Assassin (« Génération Assassin, Ideal J, Mama Lova »). Evidemment, la perfection n’existe plus avec Booba depuis Temps mort. On déplorera notamment la présence du très mauvais Validée, reprise avec Benash de Ignanafi debeda de l’artiste malien Sidiki Diabate. Mais qu’importe, cette fois-ci l’aspect artistique ne semble pas être passé au second plan après l’aspect commercial.

Kevin Victoire

 

Lucio Bukowski & Kyo Itachi – Kiai sous la pluie noire

Au fil du temps, Lucio Bukowski nous prouve qu’il n’est pas seulement une des meilleures plumes du rap français, mais qu’il est également un artiste accompli. Alors que certains avec sa surproductivité – 2 albums et un EP en 2015, sans compter ses deux EP d’instrus –, se seraient déjà essoufflés, lui arrive à se renouveler musicalement sans cesse. Le secret ? Un beatmaker attitré à chaque projet. Pour Kiai sous la pluie noire sorti le 13 novembre dernier, le MC de L’Animalerie a jeté son dévolu sur un des producteurs du moment : Kyot Itachi. Bonne pioche, tant la musique du samouraï semble en adéquation avec la poésie du Lyonnais. Si cette forme permet de donner un peu de fraicheur au rap de Lucio Bukowski, niveau textes pas grand-chose de nouveau. Le rappeur nous livre son habituel mélange d’egotrip (« Et je n’insiste pas, mon art : donner du mien, gratter des chansons qui, peut-être, te feront du bien » ; Notes d’un souterrain) et de critique acerbe de notre société (« Tu bouffes du riz vu qu’t’as passé ton SMIC dans un iPhone/ T’aimes Cyril Hanouna, les clubs et les sales connes » ; Transmigration des ânes). Une routine qui aurait pu devenir lassante si Lucio n’était capable de multiplier les références à la peinture (Caravage dans Notes d’un souterrain ou Orozco dans Grand Roque), à la littérature (Notes d’un souterrain est le titre d’un roman de l’écrivain russe Fiodor Dostoïevski), à la religion (Jean 2, 13-21),  à la philosophie, à l’histoire (Marco Polo dans Grand Roque), à la chanson (Gil Schott-Heron ou Alain Bashung dans Pâtes au beurre) ou à la culture de masse. Mais vu son talent pour la rime et l’étendue de sa culture générale, on souhaiterait toujours plus du Lyonnais. Mais qu’importe, sa riche discographie reste sans déchet. On attend déjà avec impatience son prochain projet.
Kevin Victoire

 

 

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L’année rap 2015

Edito écrit pour le site Reaphit, publié le 30 décembre 2015

Tandis que tous les puristes de France, de Navarre et d’ailleurs, continueront de crier que le rap c’était mieux avant, je leur retorquerai encore et encore que ce n’est pas si mal aujourd’hui. Car en 2015 encore, il y a eu de quoi faire plaisir à tout le monde, mais encore faut-il s’intéresser vraiment aux sorties. Mais surtout 2015 est peut-être aussi une année de renouvellement tant dans l’Hexagone, qu’outre-Atlantique.

2015 en France, c’est d’abord le retour dans le game de Booba, avec deux albums plus que corrects – quoiqu’inégaux – après le décevant Futur sorti en 2012. C’est également Nekfeu, qui prouve qu’il faudra compter sur lui. Grâce à un renouvellement musical, par rapport à 1995, salutaire et un flow toujours affuté, le premier album du jeune parisien a fait mouche et s’est très bien vendu. Ken devra cependant faire un sérieux effort côté lyrics s’il veut vraiment devenir un grand. Autre confirmation, mais dans un style totalement différent : Vald. Après NQNT (Ni Queue Ni Tête) en 2014, le rappeur originaire d’Aulnay-sous-Bois revient avec NQNT 2. Toujours prêt à casser les codes du hip hop et à proposer des textes de plus en plus absurdes, le MC nous propose une formule rafraichissante.

Mais 2015, c’est d’abord l’année PNL. Débarqués de nulle part, les deux frères du 91 ont conquis la France avec deux albums sortis en quelques mois d’intervalle (Que la famille et Le Monde Chico) et un style musical envoûtant. En outre, en 2015, on a aussi pu dire « aux trentenaires qu’ils peuvent rallumer la radio », comme le scande Lino pour son retour, auquel il faudrait ajouter celui de Rocca. Mais si les deux MC’s n’ont rien perdu de leur technique, force est de reconnaître que nous les avons connu en meilleure forme artistique. Niveau underground, on peut noter que Lucio Bukowski, meilleure plume actuelle du rap français, reste toujours aussi hyperproductif, avec deux albums et trois EP dans l’année, sans jamais sacrifier la qualité.

Outre-Atlantique, l’événement majeur est incontestablement la poursuite de l’ascension de Kendrick Lamar. Trois ans après l’excellent Good Kid, M.A.A.D City, K-Dot confirme avec To Pimp a Butterfly et signe les meilleures prestations de Compton de Dr. Dre, également un des albums de l’année. Autre événement de l’année Joey Bada$$ prouve avec son premier album intitulé B4.DA.$$. que l’avenir s’écrira avec lui. Le New-yorkais nous offre le jour de ses 20 ans un très beau cadeau, avec ce skeud qui nous rappelle les 90’s. Il faut également noter qu’Action Bronson (avec Mr. Wonderful) et d’A$AP Rocky (avec At. Long. Last. ASAP) franchissent aussi brillamment le cap du deuxième album.

PNL, Vald, Kendrick Lamar, ou encore Joey Bada$$ : cette année, une nouvelle génération semble avoir pris le pouvoir des deux côtés de l’Atlantique. Mais il faudra que la tendance perdure en 2016 pour en avoir le cœur net.

Lire le dossier complet de l’équipe Reaphit ici

Bakary Sakho : « L’être humain a besoin de garder contact avec ses racines »

Entretien publié le 9 octobre 2015 sur Le Comptoir

En pleine crise du livre, certains courageux osent quand même se lancer dans l’édition. En ce début octobre, le dernier né de la profession, Faces Cachées, publie son premier ouvrage intitulé « Je suis ». Loin de réaliser une autobiographie, l’auteur, Bakary Sakho, essaie de parler des cités quelques dix années après les fameuses émeutes de 2005, à travers son identité de noir, musulman, français et son expérience de militant associatif dans les quartiers populaires du 19earrondissement de Paris. C’est sur son lieu de travail – une loge de gardien dans un immeuble près du métro Crimée, ligne 7 – qu’il nous reçoit, afin de discuter de son livre, et plus largement des “quartiers”. Un entretien qui se déroule dans une ambiance conviviale, entrecoupé d’interventions des habitants de l’immeuble, où le tutoiement s’impose de lui-même, dès les premières secondes de l’échange.

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Lucio Bukowski : « Il ne peut y avoir de changement que par le bas »

Interview initialement publiée sur Le Comptoir le 20 avril 2015 et réalisée avec Ludivine Bénard

Membre du collectif lyonnais L’Animalerie, Lucio Bukowski est un rappeur atypique. Loin des clichés – parfois justifiés – sur le rap, le MC préfère parler dans ses textes de littérature, de poésie et de philosophie, plutôt que d’armes, de « biatch » et de « bicrave », sans pour autant tomber dans le rap conscient. Nous avons profité d’un passage sur Paris où il était accompagné de ses compères Anton Serra et Oster Lapwass, avec lesquels il vient de sortir un album commun, pour le rencontrer. « Accoudé au Comptoir, [il] raconte [sa] vie à une Stella Artois » (enfin, un café, en l’occurrence, il était 9 h du mat’).

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Doc Gynéco : « Les cités sont remplies de footballeurs et de rappeurs qui ont raté leur carrière. »

Entre son humour, son style nonchalant et sa passion pour le ballon rond, Doc Gynéco est un personnage atypique dans le monde du rap. Malgré une carrière en dents de scie, celui qui se revendique « chanteur de rap » restera à jamais l’auteur de l’un des meilleurs albums de l’histoire du rap français : Première consultation. Alors que beaucoup pensaient sa carrière finie, Bruno Beausir de son vrai nom a annoncé un retour imminent. L’occasion pour RAGEMAG de le rencontrer à son entraînement à Courbevoie pour parler football et rap.

Tu es un grand passionné de foot. Que penses-tu de la nouvelle formule du PSG ?

C’est toute une histoire depuis que le Qatar a pris le pouvoir ! Cette équipe a de l’argent mais plus d’âme. Ça ne sera même pas profitable au football français, d’ailleurs est-ce qu’il y a des joueurs français dans cette équipe ?

Dans le 11 type, il y a Blaise Matuidi, voire Adrien Rabiot de temps en temps.

C’est bien ce que je dis. Deux, c’est rien !

Mais s’ils font un jour comme l’OM de 1993 et remportent la Ligue des Champions ?

Ils n’auront jamais l’esprit. Ils pourraient faire mieux que Marseille sur le plan sportif mais pas sur le plan humain. C’est juste une machine de guerre comme dans Ocean’s Eleven. Avec l’argent qu’ils investissent, ils vont devenir les Harlem Globetrotters du foot et recruter le joueur qui serait capable de marquer en pétant ? (il éclate de rire) Mais nous on s’en fout, on n’a pas besoin de joueurs qui savent tout faire. Une équipe doit avoir une âme et un esprit. C’est une équipe composée de bêtes curieuses.

Selon toi, Paris, Monaco et leur pléiade de stars vont-ils rendre la Ligue 1 plus attractive ?

Ces équipes sont trop financières. Ce n’est que du business tout cela. Le football français a besoin de Guy Roux ou d’Arsène Wenger. Ils ont une âme et vont chercher des joueurs inconnus pour les lancer. Un type comme Eto’o, c’est une belle histoire : son manager me racontait qu’il était tellement pauvre que la première fois qu’il a goûté à un yaourt, il avait 18 ans.

Eto’o est pourtant souvent décrit comme un joueur égoïste et vénal.

Malheureusement, oui. Mais en réalité, il vient d’une case surpeuplée où ils dormaient à même le sol. Elle est là la vérité. Il a connu la misère. Bref, il n’y a plus qu’Arsène et Guy Roux qui ont encore cette culture de lancer de jeunes joueurs français qui nous ressemblent. Et ça nous fait plaisir, car le foot est notre opium à nous. On ne lit pas Jean-Paul Sartre : pour se distraire on n’a que le foot. Regarde Djibril Cissé : c’est Guy Roux qui l’a fabriqué. Aujourd’hui, il fait le malin et le mec fashion mais ce n’est pas vrai. Je l’ai vu petit, quand Guy Roux le sortait, il lui ordonnait de mettre sa veste pour qu’il n’attrape pas froid.

On sait que les rappeurs et les joueurs de football s’apprécient : quel lien vois-tu entre rap et foot ?

Le lien, c’est la cité ! On vient de la rue, du même monde. Et puis, le foot et le rap c’est un rêve pour tout le monde. Le rêve suprême d’un mec de cité c’est de monter une équipe de foot ou une maison de production de rap. Les filles sont les plus sérieuses aux quartiers, elles réussissent mieux (rires). Mais les ghettos sont remplis de footballeurs et de rappeurs qui ont raté leur carrière.

Et que penses-tu de l’affaire Evra ?

Je crois que les joueurs ne devraient pas trop parler de trucs comme ça. Ils ont un sport qui est au centre de la société, c’est vrai. Tout le monde est focalisé sur les grandes compétitions, que ce soit la Coupe du Monde ou l’Euro. Paraît que certains tueraient leur femme pour ça. Mais les footballeurs ne sont que des pions. Quand un club t’a acheté 100 millions, pour lui tu n’es rien d’autre que de l’argent, il ne s’attend pas à ce que tu l’ouvres. Ils ne devraient pas s’exprimer si ce n’est pour le caritatif.

Dans une interview récente à France Info, tu dénonces le rap bling-bling et  déclares que le rap est une musique de droite qui s’imagine de gauche dans sa Ferrari. N’est-ce pas contradictoire avec le soutien à un Président de droite largement décrié pour son côté bling-bling ?

Pas du tout ! Parce qu’à l’époque j’ai voulu marquer les esprits. J’ai vu que le rap tournait en rond. Comment faire la différence entre un mec qui écoute du hip hop et un mec qui écoute du hard rock ? Rien, si ce n’est qu’ils ont chacun été pris par un souffle différent. Un chanteur peut réellement changer la phase du monde, la musique c’est quelque chose de très fort. Quand je me suis associé à Sarkozy, j’aurais pu soutenir aussi un candidat de gauche. C’est la politique qui est réductrice car elle a toujours été en dessous de ce que nous sommes réellement. Ségolène Royal m’aurait appelé, j’aurais été la voir. Le but est que les gens réussissent et s’en sortent. Quant à ma personne, elle n’est jamais trahi que ça soit avec l’extrême gauche ou l’extrême droite. Mais il faut comprendre que beaucoup de rappeurs sont passés par la gauche pour faire croire qu’ils s’intéressaient au peuple afin de vendre n’importe quoi à n’importe qui. Ceux-là sont des hypocrites qui servent le système et c’est moi qui suis intègre. La preuve, c’est que je suis ici et pas à Los Angeles en train de sniffer de la coke où je ne sais quoi d’autre.

« Il faut comprendre que beaucoup de rappeurs sont passés par la gauche pour faire croire qu’ils s’intéressaient au peuple afin de vendre n’importe quoi à n’importe qui. »

Tapis avec qui tu as chanté est aussi le symbole des dérives bling-bling de gauche…

D’un angle journalistique, tu as raison. Normalement, je n’étais pas sensé discuter avec toi. J’ai grandi près des poubelles, à Porte de la Chapelle. Allez y faire un reportage, vous verrez ce que c’est. Moi je ne suis ni un journaliste, ni un politique. Tapis ça reste le mec qui a fait gagner la Ligue des Champions à Marseille en 1993. Je ne suis peut-être pas assez intelligent mais j’agis avec mon cœur et pas par calcul.

Mais au-delà du bling-bling, le hip hop peut être perçu comme une culture provenant des quartiers dits « populaires ». Tu ne trouves pas que l’association à la gauche est logique ?

Non parce que ce discours est mort. Depuis longtemps, les quartiers ont compris que la gauche les a trahis et qu’elle se sert d’eux pour obtenir des voix. Même s’il y a quelques représentants de « couleur », personne n’est dupe : tout le monde sait que c’est du cinéma. La gauche est aussi bourgeoise que la droite. La France est cependant une société de castes. Gauche et droite ne sont que des frères bourgeois qui s’engueulent (rires). Les immigrés, les pauvres ou les ouvriers ne sont pas leurs priorités. Ils n’ont donc pas à prendre parti dans ces disputes de grandes familles : qu’est-ce que ça peut leur faire ?

On croyait que tu avais quitté le rap game : pourquoi cette envie d’un retour ?

C’est une demande expresse du public qui se morfond du rap d’antan. Il suffit de tous les écouter dire que « c’était mieux avant ». Et puis il y a aussi toute une nouvelle école qui essaie de remettre au goût du jour le rap d’avant. La différence avec nous, c’est que nous essayions d’amener quelque chose de nouveau. Mais le niveau du rap a baissé ces dernières années. Il se situe en-dessous du zéro aujourd’hui. Comme tu le dis si bien, c’est devenu un game. Ce n’est plus une musique avec une histoire. On a fini par oublier les éléments et les fondateurs. Voilà pourquoi inconsciemment tout le monde est à la recherche de l’esprit perdu. Ce que je dis c’est vrai pour tous les activistes, que ce soit les premières bandes – avant moi – ou les plus jeunes. Mais contrairement aux autres, moi j’ai ouvert le rap à des gens qui n’étaient pas censés en écouter.

Que penses-tu de cette nouvelle vague de MC’s qui rappent comme les anciens ?

Comme ce groupe, que je trouve très intelligent, qui essaie de ressusciter l’esprit années 1990 ? Comment il s’appelle ce groupe ? C’est tout un collectif, ils sont nombreux dedans…

1995 ?

Oui, 1995 ! Ils sont très intelligents. Ce sont des jeunes qui ont compris que le rap avait perdu son âme et son essence et qui sont assez cultivés pour savoir où aller piocher. Les jeunes qui n’ont pas ce recul croient souvent, à tort, que le rap est une musique de sauvages. En plus, c’est une musique pratiquée majoritairement par des noirs : ils ne manquent plus que les lances pour les amalgamer à des zoulous (rires). Mais en réalité, c’est une musique qui était très en avance sur les autres. C’est, compte tenu de l’époque, l’égal du rock ou de la pop. Chaque musique a ses grands artistes et ses grands groupes. Mais aujourd’hui, le hip hop est devenu un game qui court après le fait divers. Ce mouvement a perdu toute son intelligence et tout ce qu’il pouvait apporter aux jeunes qui l’écoutaient. Il avait des codes et même une mode. Actuellement, ils sont repris par des bourgeois. Ce sont des éléments qui ont été pris et piochés un peu partout dans la société. Le hip hop a été brisé en mille morceaux et chacun a pris ce qu’il voulait. Maintenant certains font des casques, d’autres reprennent le langage…

Dès ton premier album, avec Classez-moi dans la varièt’ par exemple, tu es très critique vis-à-vis du rap game. Est-ce que le hip hop n’a pas toujours été trop réducteur pour toi ?

Les autres rappeurs ne sont pas assez intelligents, ils ne m’intéressent pas. Qu’est-ce que j’en ai à faire d’un mec qui me raconte ses années de prison et qui m’explique qu’il est très doué dans tel art martial ? Moi, je m’en fous. (rires) Ça n’intéresse personne d’ailleurs. Et pire encore, ça ne fait peur à personne. Les rappeurs ne sont pas des voyous.  Des vrais voyous, tout le monde en connaît et ce n’est pas dans les studios qu’on les trouve. Un voyou c’est quoi ? Un Guadeloupéen, un Corse ou un Algérien. (rires) Plus sérieusement, les vrais durs sont dans la rue et pas dans le rap. Les rappeurs ne sont que des enfants qui rêvent de la vie d’Al Pacino dans Le Parrain. Va demander à MC Solaar ou à n’importe qui d’autre si les rappeurs sont des grands durs !

Tu as récemment dénoncé la misogynie de Booba et tu as dit qu’il était bidon. Pourtant, il n’y a pas si longtemps tu disais qu’il était intelligent. On s’y perd.

Les propos rapportés par les médias marchent de la même manière que les téléphones arabes. Tu dis un truc à une première personne et la dixième ressort totalement autre chose. Je maintiens que Booba est quelqu’un de très intelligent qui joue avec tous les codes. Il s’inspire parfaitement de ce qu’il a observé des plus anciens, sans en refaire les erreurs. Plus jeune, quand on m’a demandé de vendre des t-shirts, j’ai rigolé et refusé. J’ai répondu que j’étais là pour faire de la musique et pas de la vente. Pareil, quand on m’a demandé de jouer au dur et de jouer au voyou. À l’époque, je voulais m’en sortir. J’ai des amis qui se sont retrouvés en prison ou sont morts. J’ai souffert de cette vie de voyou et je voulais la laisser derrière moi. Et puis je pensais à ma famille qui pouvait me voir à la télévision. Mais le public ici a tendance à aimer le radical et veut voir en nous des gens violents. Au fond qui est le rebelle ? C’est celui qui joue de son image de noir pour servir la machine ? Ceux qui jouent aux durs, même quand ils le sont réellement, servent la machine, car c’est ce qu’elle attend de nous. C’est le rôle qu’on nous a assigné. Ce que pourrait faire de mieux Booba, ce serait de faire un album avec Rohff que je produirais : on serait riches comme les noirs américains (rires). Il pourrait aussi dire qu’il arrête la drogue et essayer de donner une bonne image aux jeunes. Mais non, il préfère se montrer de plus en plus fonce-dé et casser des gueules…

Les femmes ont toujours joué un rôle central dans ta musique : penses-tu que leur image s’est dégradée dans le rap ?

Diam’s avait son rôle à jouer mais elle a préféré la religion. Elle a fait ce qu’elle avait à faire et elle a emmené le rap féminin où elle le voulait. Mais à notre époque, nous parlions pour les femmes, en tant que rappeurs. Puis quand Diam’s est arrivée, ça a été son tour. Aux États-Unis, ils ont des Queen Latifah et des Lil Kim. Mais il n’y a pas que l’image de la femme qui est en danger dans le rap. C’est toute l’image du rap qu’il faut sauver. Regarde à quoi ressemble un rappeur ou un amateur de rap dans un film : ils sont vus comme des sauvages.

Pourtant sur Paris, le public rap s’est beaucoup démocratisé ces dernières années…

« Les vrais durs sont dans la rue et pas dans le rap. . Les rappeurs ne sont que des enfants qui rêvent de la vie d’Al Pacino dans Le Parrain.  »

Espérons ! Mais d’après moi les bobos n’écoutent plus de rap, ils ont juste gardé les baskets. C’est fini, ils ont compris qu’il n’y avait rien à gratter de positif. Pourquoi écouter des chansons qui parlent de meurtre ? De même, les rappeurs qui décrivent leur quartier, ça n’a pas de sens, ça n’intéresse personne.

Il n’y a pas que dans le rap qu’on voit cela pourtant : un chanteur comme Renaud, avec Dans mon HLM par exemple, le fait aussi.

Exactement !

Et ton affection pour Renaud est bien connue.

Je dirais de l’affection mais aussi de la désaffection. J’ai fini par comprendre que c’était le genre d’artiste qui profite de la faiblesse des autres. Sauf que je l’ai compris trop tard. Ces artistes jouent aux simples mais ne le sont pas. Tu ne peux pas parler aux gens simples assis dans un salon à Saint-Germain. Après, ça existe aussi des milliardaires rouges… Beaucoup d’artistes sont faux, ils ne sont pas en accord avec leur discours.

Que des numéros 10 dans nos teams

IAM versus NTM. OM contre PSG. Il n’y a décidément pas plus belle époque que ces années 1990. Du temps où coups de coudes et tacles à hauteur de genoux venaient animer le fameux classico français, OM – PSG. Le rap français, lui aussi, s’est cherché une rivalité. Celle-là même qui enflammait déjà côte Est et Ouest des États-Unis. Les groupes IAM et NTM sont choisis pour disputer le match. L’arbitre se nomme Les Inrockuptibles. Match d’idéologie où tensions et joutes verbales se mêlent à l’inévitable question des couleurs footballistiques. Kool Shen attaque le premier : « Moi, je suis PSG. […] [Les Marseillais] vous avez ce côté parano vis-à-vis des Parisiens, mais il y a combien de supporters du PSG à Marseille ? Douze ? À Paris, il y a énormément de supporters de l’OM. » Réponse d’AKH, « Le PSG est une belle équipe, mais on ne peut pas supporter le kob de Boulogne et France Football. » Rien à faire, le Sud et le Nord ne passeront jamais leur vacances ensemble (enfin, à part lors de ce maudit chassé-croisé de fin juillet).

Quelques années plus tard, Nord et Sud de la France reparlent ballon rond. Le collectif IV My People signe la bande originale du très bon documentaire À la Clairefontaine qui suit le destin du fleuron de la formation française. Sur la Cannebière, ce sont les Psy 4 de la Rime qui rappent l’Ohème à l’occasion du projet OM All Stars (2004). La même année, Booba électrise le rectangle vert à coups de crochets et de football champagne.
N°10 permet à Coach B2O d’expérimenter son nouveau schéma de rap uniquement basé sur le culte du meneur de jeu. Le football-rap romantique est né. Arrigo Sacchi, lui, ne peut qu’applaudir.

Mais c’est bel et bien Doc Gyneco qui écrasera la concurrence avec le célèbre Passement de jambes. Sur un beat monstrueux, le Doc accumule les clins d’œil au monde du foot tout en livrant une prestation microphonique remarquable. De Bebeto à Marc Landers, en passant par le célèbre jeu vidéo Kick Off, tout y passe. C’est ce qu’on appelle réussir son passement de jambes tout en flambant sur le beat.

Lamine Belharet

Boîte noire

Willaxxx : « Celui qui parle mal de Boobi, je lui coupe la barbichette. »

Interview publiée le 12 avril  avec Mathilde Hamet et Margaux Duquesnes 

Mathilde est derrière la caméra, Kévin pose les questions et Margaux organise : toutes les conditions sont réunies pour avoir une grande rencontre. Le concept est simple, le jeune homme ne nous répond qu’en personnage et nous avons choisi qu’il ne serait que Kaares. Bref, il est temps de passer aux choses sérieuses : on vous laisse ainsi admirer la vidéo postée plus haut.

 

Boîte noire

Tu sais que tu es fan de Booba quand…

Article publié le 29 novembre 2012 sur Sound Cultur’ALL

booba-futur-album-coverBooba est certainement le boss du rap français. Scruté à chaque sortie, l’Ourson défraie les passions que ça soit en positif ou en négatif. Adulé par certains, maudit par les autres, B2O fait partie des artistes qui ne laissent personne indifférent. Capable du meilleur comme du pire (voire d’encore pire), le MC reste un personnage à part. Dans cette guerre entre les groupies et les haters, toi t’as fait ton choix : t’es un adepte de la B2ologie. Le système tu l’enc*** (sans huile), tu veux du biff, de grosses govas, des biatch, du bling-bling et pouvoir un jour te pavaner avec Rick Ross et Diddy à Miami. Le genre de mecs qui ne manquent jamais à l’appel quand c’est le jour de la paye. Alors, depuis que Futur a été annoncé tu ne tiens plus en place, t’enchaînes les abdos (ouais un corps de rêve ça s’entretient), tu te refais toute la disco depuis Cash Flow et tu as déjà pré-commandé le disque. Bref, si pour toi Booba est ce que Johny Halliday est aux beaufs ou ce que la cocaïne est à Maradona, ce qui suit est pour toi. Si ce n’est pas le cas, rien ne t’empêche de lire quand même.

Tu sais que t’es fan de Booba quand….

  1. T’es un de ces gosses à problèmes qui n’attendent rien du système et t’as grandi dans l’une  des villes les plus riches de France.
  2. Tu t’es mangé une caisse au bac de français… Tu ne comprends pas, t’avais pourtant un excellent prof particulier et t’avais lu Louis-Ferdinand Céline, ou c’est tout comme.
  3. Ça fait 8 ans que tu n’as pas gagné un match de foot avec tes potes… Dur de ne jouer qu’avec des numéro 10 dans sa team.
  4. Les mails, tu ne connais pas, t’es un gars à l’ancienne : t’envoies que des lettres à tes potes.
  5. Faut dire ce qui est, tu n’as jamais eu autant de sympathie pour Diam’s que depuis qu’elle porte le voile. D’ailleurs, on devrait autoriser le niqab  juste pour elle.
  6. T’as fait grec ancien au lycée, mais tu n’as retenu que 3 lettres : Bêta, Omega et Alpha.
  7.  Les textos tu ne connais pas, tu n’envoies que des diamants à ta go.
  8. Pour ressembler à ton idole, tu prends des protéines et soulèves v’là les altères… En vain…
  9. Quentin Tarantino c’est qui ? Ah oui, le type qui a fait un film sur une chanson de ton idole.
  10. Il y a 10 ans, tu boycottais Skyrock, puis c’est devenu ta radio préférée et maintenant tu concentres toute ta haine sur Fred… Toi une girouette ? Non, pas possible !
  11. A chaque fois que ta meuf te dit qu’elle galère pour trouver du taf, tu expliques à cette pétasse qu’elle a qu’à être blonde.
  12. Le bahut ? Tu kiffais pas, t’y allais pas et puis c’est tout !
  13. Dragon Ball Z, Saint SeiyaKen le Survivant… C’est pour les bolosses. Le seul manga digne de ce nom a un ourson pour héros et se déroule sur les flancs du Mont Tallac.
  14. Que Dieu bénisse l’autotune, ce logiciel qui te permet de te prendre pour le nouveau R. KellyMême s’il n’y a que toi qui y crois.
  15. Tu sais que tous les mecs qui ont clashé l’ourson ne sont que des groupies refoulées.
  16. T’as une importante collection de teils de Jack chez toi. Faut dire qu’on peut faire tellement de choses avec.
  17. Tu payes par mois l’équivalent de deux SMIC en excès de vitesse.
  18. T’as une dent contre les flics, les procureurs, les juges et… les chauffeurs de taxi.
  19. Faut un minimum de swag pour être ton kho : les aigles ne volent pas avec les pigeons
  20. De toute façon, au lycée t’as foutu la merde et tu t’es barré. En fait, tu t’es fait virer après avoir voulu marquer ton territoire.
  21. A chaque procès, tu big up ton avocatLes vrais savent !
  22. Avant tu kiffais Rohff… Mais, ça c’était avant.
  23. En soirée tu changes 5 fois de sapes et tu finis toujours abdos à l’air.
  24. Pour toi Médine n’est qu’une pâle copie d’Ali.
  25. Tu considères Nessbeal comme ancien grand espoir du rap français… Hein ? Il a sorti 4 albums solos ?
  26. T’es le seul de ta bande de potes à avoir la chance d’entendre des sons ton rappeur préféré quand tu vas en boite… Alors, ils en disent quoi les fans de Rohff, Sinik, Kery James ou Soprano ?
  27. La chanson la plus vieille que t’écoutes c’est Le Crime Paie : NTM, IAM, Solaar tout ça c’est de l’antiquité !
  28. A t’écouter, ton quartier est plus dangereux que Bagdad et t’as vécu l’apartheid… T’as grandi où ? Ben à Meudon, pourquoi ?
  29. Tu ne calcules pas les autres rappeurs français… Cependant, t’es le seul à savoir qui sont KyzerF.E. et tous les autres wacks qui ont osé test le Météore, sans même qu’il ne les calcule.
  30. T’arrives jamais à pécho. Bizarre, pourtant, t’utilises les mêmes techniques de drague que B2O.
  31. A chaque rumeur annonçant la mort de Booba, t’as d’abord un pincement au cœur… Puis, tu te réjouis en te disant que B2O deviendrait le 2Pac ou le Biggie français… En vain.
  32. T’as jamais trop su qui étaient Willy Denzey ou Sully Sefil.
  33. Pour éviter les bastons, tu feintes à chaque fois d’avoir de nouveaux habits.
  34. T’as jamais pu blairer Mala, mais t’es obligé de t’infliger un de ses couplets à chaque album.
  35. T’utilises le mot « négro » à toutes les sauces et n’importe comment… Pour toi, c’est comme un synonyme du verbe « zlataner ».
  36. Ton film préféré Star Wars est.
  37. En classe, tu ne copiais jamais… Pourtant, t’étais loin d’être le premier de ta classe.
  38. Tu penses que Booba a créé le « French Dirty South »… Hein ? SoFresh Squad ? Rma2n et Diomay ? Jamais entendu parler…
  39. Pour toi Rocé n’est qu’une pâle copie d’Oxmo.
  40. A une époque t’écoutais Sinik, mais tu ne l’avoueras jamais.
  41. Entre les albums, les mixtapes, Bercy, Ünkut,… être fan de Booba a un prix, des fois tu te dis que t’aurais mieux fait d’être fan de Nessbeal, c’est mieux pour le compte en banque.
  42. C’est dommage qu’Ali ait lâché le rap, il faisait un bon faire-valoir à Booba… Hein ? Il a sorti 2 albums solos ?
  43. Tes potes n’ont jamais compris de quelle religion t’étais : juif, musulman, chrétien, athée… On a même avancé bouddhiste. Par contre, on a bien compris que l’argent était ton maitre.
  44. L’amour, le sens de la vie, notre place dans l’Univers… Toutes ces questions métaphysiques n’ont qu’une seule réponse : faut se faire du biff !
  45. Pour toi, dur d’accoster une meuf dans la rue : t’es trop en avance pour lui demander l’heure.