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Vincent Cocquebert : « On sous-traite à une jeunesse fantasmée les grands défis d’aujourd’hui et de demain »

Entretien initialement publié le 28 mars 2019 sur Le Comptoir

Vincent Cocquebert est journaliste et rédacteur en chef de Twenty, magazine consacré à la jeunesse. Il vient de publier aux éditions Arkhé « Millennial burn-out : X, Y, Z… Comment l’arnaque des “générations” consume la jeunesse ». Il revient avec nous sur cet ouvrage.

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Richard Wilkinson : « Le changement climatique exige des sociétés plus égalitaires »

Entretien  publié initialement le 22 février 2019, sur Le Média presse

Richard Wilkinson est professeur émérite d’épidémiologie sociale à l’université de Nottingham. En 2009, il publie avec Kate Pickett The Spirit Level : Why mor equal societies almost always do better. Cet ouvrage important est traduit en français en 2013 aux Petits Matins, sous le titre Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous. Ils y démontraient, à l’aide d’une batterie d’indicateurs (espérance de vie, sécurité, etc.), que plus les sociétés étaient égalitaires, mieux elles s’en sortaient. Les plus pauvres ne sont pas les seuls à y gagner. Les riches profitent autant de l’égalité. Pour Richard Wilkinson et sa co-autrice, la raison à cela est que les inégalités provoquent de l’anxiété, les individus ayant peur du déclassement. Une théorie qu’ils approfondissent dans leur nouveau livre, Pour vivre heureux, vivons égaux !, publié aux Liens qui Libèrent. Nous avons rencontré le chercheur anglais afin d’en discuter.

Le Média : Pourquoi avoir publié ce livre près de dix ans après L’égalité est meilleure pour tous ?

Richard Wilkinson : Nous l’avons fait pour deux raisons. D’abord, nous voulions montrer que les gens étaient affectés dans leur être et dans leur vie personnelle par l’inégalité. Elle n’est pas extérieure à notre existence. Ensuite, nous voulions évoquer le processus causal qui est sous-jacent aux données qui étaient mises en valeur dans notre premier livre. Nous montrions que les pays plus inégaux étaient plus violents et étaient dans un état sanitaire plus mauvais. Beaucoup de ces problèmes étaient comportementaux : ils connaissent plus de violence, plus de gens y sont emprisonnés, les filles tombent enceintes plus jeunes, etc. Nous voulions montrer qu’il y avait aussi des effets psychologiques et mentaux.

Justement, selon vous, l’inégalité provoque à la fois une chute de la confiance en soi et du narcissisme. Comment expliquez ce double mécanisme ?

L’inégalité diffuse l’idée que certaines personnes valent plus que d’autres. Cela renforce l’importance de la classe sociale. Chacun est alors jugé par les autres à partir de son statut social, ce qui crée de l’anxiété. Car, non seulement nous jugeons les autres en fonction de leur statut, mais nous sommes inquiets de la manière dont les autres nous percevront. « Je voudrais que tu penses que je suis quelqu’un d’amusant, d’intéressant, de joyeux, etc. » Les individus doutent d’eux-mêmes, de leur propre valeur dans la société.

Et pour le narcissisme ?

Vous pouvez répondre de deux manières à l’inquiétude générée par la façon dont vous êtes considérés et jugés. Vous pouvez souffrir d’un manque de confiance en vous. Le contact social devient difficile, au point que certains se retirent de la vie en société. Ce mécanisme provoque des dépressions. Sinon, vous pouvez essayer d’entrer dans un processus d’amélioration de votre image. Une étude révèle que dans les pays inégalitaires, les gens se considèrent souvent au-dessus de la moyenne. Quand on demande aux Français s’ils se croient plus intelligents, plus attrayants ou meilleurs conducteurs que leurs concitoyens, ils répondent que oui. Ils font de l’autopromotion. Une partie de cela est provoquée par le narcissisme, mais également par le consumérisme. Comment nous montrons nous aux autres ? À travers les vêtements que nous portons, nos téléphones portables, nos voitures, etc. « Moi, je veux vous montrer que je suis quelqu’un qui a réussi ! »

En 1979, le sociologue américain Christopher Lasch publiait La culture du narcissisme. Il montrait justement que la société de consommation était une machine à fabriquer du narcissisme, mais aussi de l’anxiété. Prolongez-vous en quelque sorte sa réflexion ?

Je ne pense pas qu’il ait relié cela à l’inégalité, contrairement à nous. Des recherches montrent que dans tous les groupes de revenu, des plus riches aux plus pauvres, il y a des niveaux élevés d’anxiété liés au statut. Nous sommes de plus en plus inquiets et consommons de plus en plus, comme Lasch l’avait perçu. Mais, il n’avait pas compris le rôle de l’inégalité dans ce processus. Elle crée des relations sociales hiérarchisées entre les gens. Cela a un lien très fort avec notre sensibilité au statut social. L’inégalité est une question d’auto-évaluation de sa propre valeur.

N’est-ce pas une conséquence de notre régime libéral politique et économique ? Dans l’Ancien Régime, nous étions pauvres et nous l’acceptions, car nous savions que nous n’avions aucun moyen de nous élever. Aujourd’hui, le concept de méritocratie nous laisse croire qu’il suffirait d’aller à l’école pour améliorer notre condition. Le revers est que si vous n’y arrivez pas, ce qui est souvent le cas, vous êtes le seul responsable de votre propre échec…

Au début du livre, nous parlons de l’effet de la mobilité sociale, ainsi que de la dissolution des communautés locales. Si vous êtes dans une communauté stable, entourés de gens qui vous ont connu toute votre vie, vous doutez moins de votre statut. Dans notre société, beaucoup de problèmes sont liés à l’apparence. Enfin, il est évident qu’il y a de la politique dans l’inégalité. Le néolibéralisme a mené a plus d’inégalité.

L’égalité a échoué en URSS et dans les pays satellites. À l’inverse, le capitalisme survit tant bien que mal en créant énormément d’inégalité. Vous avez montré que l’égalité est souhaitable, mais est-elle possible dans nos sociétés complexes ?

J’aimerais croire que nos sociétés vont survivre. Mais elles vont faire face à de graves problèmes, avec le changement climatique. Sous les gouvernements communistes, l’égalité s’est accompagnée de dérives : État policier, manque de liberté de parole, etc. Nous voulons, au contraire, atteindre l’égalité en accroissant la démocratie, non pas en la limitant. Notre souhait est d’étendre la démocratie sur le lieu de travail. Notre objectif est de fonder une démocratie économique, qui repose sur la représentation des travailleurs aux conseils d’administrations des entreprises. Il faudrait aussi inciter aux créations de coopératives. Les sociétés directement dirigées par les travailleurs réussissent mieux que les autres : elles sont plus productives et il est plus agréable d’y être. Évidemment, la démocratie en entreprise ferait diminuer les écarts salariaux. Vous pouvez estimer que votre patron peut gagner deux, trois ou quatre fois plus que vous. Mais beaucoup de patrons gagnent deux cents ou trois cents fois plus que leurs employés, ce qui est anormal.

Dans votre livre, vous montrez que les premières sociétés étaient égalitaires, si bien qu’à l’inégalité apparaît finalement comme l’exception, d’un point de vue historique. Pensez-vous que la pression démographique et le progrès technique, qui poussent à la concentration du capital, ont rendu impossible l’égalité ? L’inégalité n’est-elle pas la conséquence de société trop grandes et trop complexes ?

Les premières sociétés de chasseurs-cueilleurs n’étaient pas égalitaires parce qu’elles étaient à petites échelles. Chez les singes, il existe de petits groupes hiérarchisés, avec un mâle dominant. Les autres ont peur de lui et il monopolise l’accès aux femelles. Les sociétés humaines à petites échelles n’étaient pas du tout comme cela. Cependant, l’agriculture a créé de l’inégalité, particulièrement par la croissance des villes et l’imposition. C’est parce qu’elle est extrêmement individualiste. « Je récolte pour ma famille, pas pour la vôtre. » Mais avec le capitalisme moderne, nous produisons tous les uns pour les autres. Je dépends chaque jour de choses fabriquées en Chine, en France, au Japon, en Inde, etc. Le livre que j’ai écrit est lu dans beaucoup de pays. Nous sommes dans cette interdépendance mondiale. Toute la production l’est. La base individualiste des sociétés agricoles, dans lesquelles nous vivons toujours, est obsolète. Nous devons nous organiser de manière plus égalitaire. Dans notre système économique, les actionnaires contrôlent les entreprises. Dans le passé, ils connaissaient bien les sociétés qu’ils possédaient, car ils gardaient pendant des années les actions. Maintenant, elles sont vendues en quelques millisecondes par des ordinateurs.

La nature du travail a aussi changé. La valeur d’une entreprise ne se résume plus à ses machines et à ses bâtiments. Il s’agit de groupes d’individus qui mettent en commun leurs capacités et leurs compétences. La démocratie permet de mieux utiliser leurs expertises. Enfin, j’estime que l’interdépendance moderne et la nature coopérative du travail exigent une nouvelle forme d’organisation.

Selon vous, la mondialisation nous rend tous interdépendants. Mais ce phénomène ne consacre-t-il pas la concurrence généralisée des travailleurs ? La mondialisation n’est-elle pas le premier vecteur d’inégalité à l’échelle du globe depuis 40 ans ?

Non. Au XIXe siècle, les inégalités sont très fortes. Elles commencent à se réduire à partir des années 1930, jusqu’à la fin des années 1970. Puis, elles remontent. Cette baisse est due à l’organisation du monde ouvrier et à la peur du communisme. Celle-ci est bonne pour le capitalisme, puisqu’elle a permis de développer l’État-providence. L’affaiblissement des syndicats a provoqué la privatisation des services publics. Cela a provoqué des inégalités. Il en est de même avec la baisse des impôts pour les tranches les plus élevées. Cette évolution a été commune à tous les pays riches et inégalitaires.

Les États sont aujourd’hui conquis aux multinationales et au capitalisme. Le communisme ne joue plus le rôle d’épouvantail. Votre livre montre que les syndicats ont joué un rôle important dans la baisse des inégalités. Mais aujourd’hui, ils sont trop affaiblis. Quels leviers restent-ils aux citoyens pour conquérir l’égalité ?

Il y a déjà un mouvement croissant de colère contre les très hauts salaires, depuis la crise financière de 2008 et le mouvement Occupy. Je crois qu’il devient de plus en plus clair, que si nous voulons enrayer le changement climatique, nous devons réduire les inégalités. Les Gilets jaunes montrent ce qui se passe, lorsque nous introduisons des mesures environnementales, sans plus d’égalité. La population n’est plus d’accord. Le changement climatique exige des sociétés plus égalitaires.

Légende : Richard Wilkinson, avec Kate Pickett

Crédits : Les Liens qui libèrent

Antonin Pottier : « Le capitalisme génère des dégâts environnementaux du fait même de sa logique »

Entretien initialement publié le 5 septembre 2018 sur Le Média presse

Antonin Pottier est chercheur à l’EHESS. Ses travaux portent sur les aspects socio-économiques du changement climatique et sur l’intégration de l’environnement dans la discipline économique. En 2016, il publie Comment les économistes réchauffent la planète chez Seuil, où il montre pourquoi le discours économique dominant rend difficile la lutte contre le réchauffement climatique. Fin 2017, il a remporté le « prix Veblen », destiné aux chercheurs et chercheuses de moins de 40 ans, pour sa réponse à la question « Le capitalisme est-il compatible avec les limites écologiques ? »

« On s’évertue à entretenir un modèle économique responsable de tous ces désordres climatiques », a déclaré Nicolas Hulot ce mardi 28 août au micro de France inter, juste avant de démissionner. Avec ce geste, le désormais ancien ministre de la Transition écologique et solidaire savait qu’une politique néolibérale ne pouvait pas résoudre la crise environnementale en cours. Des propos qui n’ont pas plu aux défenseurs du système économique. Antonin Pottier décrypte avec nous l’incompatibilité entre capitalisme et écologie.

Le Média : En démissionnant du gouvernement, Nicolas Hulot a expliqué : « On s’évertue à entretenir un modèle économique responsable de tous ces désordres climatiques. » En quoi le système économique est-il responsable ?

Antonin Pottier : Il faudrait commencer par nommer ce système. Nous pourrions dire qu’il s’agit du « capitalisme », en se souvenant que ce dernier ne se conçoit pas sans l’État. Ce dernier donne une direction aux efforts des entrepreneurs, formule des règles à respecter. Il contraint le capitalisme et en même temps il permet son déploiement. Les systèmes techniques, économiques et politiques sont tellement imbriqués qu’il me paraît vain d’isoler ce qui relève de l’économique au sens strict, dans le cas du changement climatique comme dans les autres problèmes environnementaux évoqués par Hulot au moment de sa démission. C’est le fonctionnement de ces systèmes dans son ensemble qu’il faut appréhender.

Le responsable direct du changement climatique, c’est l’utilisation d’énergies fossiles, mais celle-ci résulte d’une trajectoire historique qui a commencé par l’industrialisation de l’Angleterre par la machine à vapeur. Cette industrialisation s’est répandue à travers le globe, par des mécanismes économiques, comme la recherche de la production à moindre coût, mais aussi par la lutte entre puissances européennes. L’économie a changé de forme, le pétrole s’est ajouté au charbon, les pays occidentaux ont acquis un mode de vie consommateur de matières et d’énergie. Ils sont aujourd’hui imités par les pays émergents. Les causes de notre surconsommation d’énergie fossile sont donc multiples.

Si l’on s’intéresse à la difficulté à sortir des énergies fossiles, les points de blocage relèvent aussi de plans différents. Par exemple, l’économique attend un signal du politique, qui ne veut pas brusquer les forces économiques et les désavantager par rapport à celles des pays concurrents. Les décisions politiques sont bridées par le jeu des lobbys comme le dénonce Hulot mais aussi par les aspirations des électeurs. C’est qu’à l’issue de plus de deux siècles de développement capitaliste, nous sommes devenus, à des degrés divers, des homo œconomicus, des consommateurs avant tout, comme je l’ai expliqué dans mon essai « Le capitalisme est-il compatible avec les limites écologiques », qui a reçu cette année le prix Veblen.

Malgré des évolutions positives comme l’Accord de Paris, mais tout de suite contrecarrées par l’arrivée de l’administration Trump, le degré de blocage est sidérant par rapport à l’urgence de la situation. La démission d’Hulot vient nous le rappeler. Voici une personnalité avec un poids médiatique important, qui a l’oreille des hommes et femmes politiques depuis plus de vingt ans. Il a inspiré Jacques Chirac pour la Charte de l’environnement ou Nicolas Sarkozy pour le Grenelle de l’environnement. De cette position favorable, il n’a pu arriver qu’à ce qu’il considère lui-même comme un échec. Cela augure mal de la capacité à changer de notre système, tout à la fois politique, social et économique.

Certains libéraux avancent au contraire que le capitalisme est une chance : il produit plus avec moinsil préserverait la biodiversitéla Suisse serait un des premiers pays écologiques du monde, etc. Est-ce vrai ?

C’est en partie vrai. Le capitalisme, c’est la recherche inextinguible du profit. Produire à moindre coût est un des moyens de faire du profit. L’éco-efficacité des processus de production s’inscrit bien dans la logique du capitalisme : produire avec moins d’énergie, de matière, coûte moins cher. Cela est un atout et les libéraux ne se privent pas pour le dire, comme vous le faites remarquer. Mais ce n’est qu’une facette du capitalisme. Ce système est aussi un formidable générateur d’ »externalités, c’est-à-dire de coûts non-portés par l’entité qui les provoque. Si une entreprise trouve un procédé moins coûteux pour elle mais polluant, ce procédé lui permettra de faire plus de profit et elle l’adoptera. Mais la pollution portée par la collectivité peut excéder les gains réalisés par l’entreprise : les coûts ont été déplacés vers la collectivité et peuvent même augmenter. La situation, bonne pour l’entreprise, est néfaste pour la collectivité. Le problème du capitalisme, c’est que la recherche d’efficacité est dirigée vers la diminution des coûts privés. Celle-ci peut être obtenue par une efficacité véritable, qui diminue les coûts totaux, mais aussi par l’externalisation des coûts privés, c’est-à-dire leur déplacement vers la collectivité. Ce mécanisme, analogue au fond à la « privatisation des bénéfices, socialisation des pertes » si souvent décriée dans le secteur financier, est à l’origine de nombreux problèmes environnementaux.

Le scandale du logiciel truqueur de Volkswagen est une belle illustration des conséquences troubles de la recherche de l’efficacité. Voici une remarquable trouvaille, parfaitement « efficace » pour répondre aux normes européennes sur l’émission des véhicules Diesel pendant le protocole de test. Mais cette efficacité est complètement bidon. Il s’agit en réalité d’un gaspillage gigantesque : d’une part, à cause de la pollution de l’air non évitée par cette fausse solution, d’autre part, parce que l’ingéniosité mise dans la conception de ce logiciel aurait été mieux dépensée à s’attaquer véritablement au problème.

Si nous voulons appréhender le capitalisme dans son ensemble, il ne faut pas oublier cet aspect-là. Il génère des dégâts environnementaux, non par hasard, mais du fait même de sa logique. Sa recherche d’efficacité pousse à déplacer les coûts vers la société et la nature.

Le « socialisme réellement existant » n’a pas fait mieux que le capitalisme sur la question écologique. Existe-t-il alors une alternative ?

Le « socialisme réellement existant », c’est-à-dire le système de l’URSS et de ses pays satellites, a été générateur de catastrophes environnementales. On trouve d’ailleurs une certaine correspondance des impacts environnementaux entre les pays communistes et les pays capitalistes dans les années 1950 et 1960. La volonté de maîtrise de la nature était partagée des deux côtés du rideau de fer, expression d’une poussée industrialisante et modernisatrice. Pour cette raison et pour d’autres, le « socialisme réellement existant » n’a pas évité de détruire la nature. Aujourd’hui, il n’y a plus d’alternative réellement existante au capitalisme. Et dans l’imaginaire social, comme le dit l’intellectuel américain Frédric Jameson, il est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme. Les alternatives sont donc à inventer. Cela ne peut se faire à la manière des cités utopiques, sorties de l’imagination d’un penseur. Elles doivent plutôt se découvrir par l’expérimentation collective, par les essais de nouveaux modes de production, les expériences de modes de vie. Nous pouvons toutefois chercher de l’inspiration du côté de certaines sociétés, souvent qualifiées d’archaïques ou de primitives, qui ont su vivre à peu près en harmonie avec leur environnement, même s’il est impossible de reproduire leur fonctionnement, ne serait-ce qu’en raison de la taille de la population mondiale.

Nous ne devons pas seulement imaginer des alternatives, nous devons aussi commencer à en créer une, en partant du système actuel. Réduire les consommations de nature, défendre les biens communsenvironnementaux indiquent un chemin, une direction à prendre, même si nous ne connaissons pas encore le point d’arrivée. Fixons-nous pour objectif au milieu du siècle (dans trente ans !) de décarboner complètement l’économie, d’enrayer la défaunation et les pertes de biodiversité. Pour réussir les changements seront nombreux et profonds, le système qui en résultera sera très différent de l’actuel. Il sera alors temps d’observer et de trouver un nom à ce remplaçant du capitalisme.

Lire aussi : Julien Wosnitza : « Aucune solution ne peut nous éviter l’effondrement »

Et que pensez-vous de la « règle verte » proposée par la France insoumise, qui veut qu’on ne gaspille pas plus que ce que la France peut produire ?

Il y a plusieurs interprétations possibles de la règle verte, qui est une règle abstraite et demande donc à être précisée. Comprise littéralement, cela signifierait que chaque année les activités qui se déroulent sur le territoire national ne pourraient utiliser que les ressources produites de manière renouvelable par le sol de la France. L’économie française serait devenue une « économie organique », qui dépend seulement des ressources végétales et animales, de l’énergie du vent, du soleil et de l’eau. C’est peut-être un objectif louable à long terme, mais totalement intenable à moyen terme, tant à cause des structures de production que de consommation. Sans parler des difficultés conceptuelles que posent les importations (vendre du vin contre du pétrole, est-ce enfreindre la règle verte ?).

La règle verte est plus souvent comprise en termes d’ »empreinte écologique ». La France ne devrait alors pas consommer plus d’ »hectares globaux » que ne le permet sa « biocapacité ». Le calcul de la consommation d’hectares globaux et de la biocapacité repose sur l’agrégation de différents impacts environnementaux et de différents écosystèmes : cela rend cette mesure sophistiquée et en fait opaque. En agrégeant, on effectue des compensations, des équivalences implicites qui donneraient lieu à des controverses interminables, à l’image de ce qui s’est passé aux États-Unis avec le programme « no net loss », qui visait seulement l’absence de pertes nettes de zones humides.

Il me semble plus pertinent de fixer des objectifs à partir de mesures moins complexes, moins englobantes mais plus lisibles et plus vérifiables : par exemple en termes d’émissions de CO2, d’hectares de terres arables ou de zones humides, …

Dans les années 1970, le rapport du Club de Rome « Halte à la croissance ? », nous alertait des dangers écologiques de la croissance économique. Sommes-nous condamnés à choisir entre prospérité économique et soutenabilité écologique ?

On oppose souvent les deux termes mais à tort. Prospérité économique et soutenabilité écologique se renforcent. Une prospérité économique doit être soutenable sur le plan écologique, sinon elle sape ses propres bases. C’était déjà l’intuition derrière le « développement durable » du rapport Brundtland, avant que le terme ne soit récupéré de la manière que nous connaissons.
Une difficulté réside dans l’assimilation, que l’on retrouve souvent et jusque dans votre question, de la prospérité économique à la croissance du PIB. Le PIB mesure la valeur ajoutée produite sur une année, c’est-à-dire la somme des revenus distribués par l’économie. Beaucoup de travaux ont montré que cet indicateur ne mesure pas une quelconque prospérité économique. La Commission Stiglitz [« Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social » – NDLR], commandée par le président Sarkozy, l’affirmait entre autres. Ce n’est donc pas une lubie d’économistes hétérodoxes ou de militants que de le déclarer.

L’assimilation entre prospérité et croissance, dans la conscience collective, et surtout dans les discours médiatiques, est un héritage historique de l’après-guerre, des Trente glorieuses dans le cas de la France. La configuration actuelle est difficile à défaire car elle arrange certains intérêts : les plus riches captent aujourd’hui l’essentiel des fruits de la croissance et, pour les dirigeants nationaux, le PIB influe sur la puissance qu’ils peuvent déployer à l’échelle internationale.

Pour la prospérité économique, c’est-à-dire le bien-être des hommes et des femmes dans un pays, et pour la soutenabilité écologique, la croissance n’est pas forcément pertinente. Le problème est que le capitalisme fabrique de la croissance mais pas nécessairement de la prospérité économique et encore moins de la soutenabilité écologique.

Légende : Centrale nucléaire de Three Mile Island, dans l’Est des États-Unis

Crédits : Wikipédia

Le football est-il une zone d’autonomie populaire à défendre ?

Article initialement publié le 26 juin 2018 sur Le Média presse

Derrière le spectacle capitaliste, le football reste un sport populaire et collectif. Mais pour combien de temps ?

Depuis le jeudi 14 juin, c’est parti pour un mois de football. Difficile d’échapper au sport le plus populaire du monde et à la deuxième compétition sportive la plus regardée (avec 3,2 milliards de téléspectateurs pour l’édition 2010), juste après les Jeux olympiques. Pendant des semaines, les journalistes vont nous gratifier de leurs commentaires sur la qualité du jeu ou des buts. Le coût exorbitant de la Coupe du monde, qui se chiffre en dizaines de milliards d’euros, les droits TV, sans oublier les salaires indécents des joueurs, seront aussi évoqués. Anne-Sophie Lapix a d’ailleurs lancé les hostilités. « La Coupe du monde de football débute demain et on va pouvoir regarder des millionnaires courir après un ballon » a rallié la journaliste lors du journal de 20h de France 2 du 13 juin. « Mépris de classe », s’est alors excité la toile, la forçant à présenter ses excuses. Si derrière la détestation du foot peut se nicher du dédain pour la populace, juste bonne à s’aliéner, ce n’est pas toujours le cas. Car, avouons-le, ce sport se rapproche chaque jour de l’indécence capitaliste. Pourtant, il est impossible de le résumer à cela. Le philosophe socialiste Jean-Claude Michéa a expliqué que dans le ballon rond, « il reste donc, en réalité, d’innombrables zones d’autonomie populaire à défendre. » Car le foot demeure plus complexe qu’il n’y paraît et oscille encore entre pratique populaire et spectacle capitaliste.

« Le sport est un phénomène de civilisation tellement important qu’il ne devrait être ni ignoré ni négligé par la classe dirigeante et les intellectuels. » Pier Paolo Pasolini

Au commencement était le passing game… ou presque

On l’oublie souvent, mais le football est à l’origine un sport aristocratique. Né dans la première moitié du XIXe siècle, il est pratiqué dans les public school, écoles privées victoriennes. Il véhicule alors les valeurs d’aloirs : les joueurs se doivent d’être héroïques. L’organisation stratégique et la solidarité collective sont inexistantes. Le dribbling game, est alors en vogue. Tout bascule le 31 mars 1883. Ce jour-là, le Blackburn Olympic se hisse en finale de la FA Cup, plus vieille compétition de football créée douze ans auparavant. Il s’agit du premier club ouvrier qui parvient à ce niveau, avec, en prime, un jeu très collectif. En remportant 2-1 le match décisif face aux Old Etonians, équipe issue de la plus prestigieuse école du pays, Eton, Blackburn inaugure une nouvelle ère. Il transforme le football en sport populaire et met au goût du jour le passing game. Le ballon rond ne sera plus jamais le même. Quelques décennies plus tard, George Orwell dira que « personne ne peut joueur au football tout seul. » Enfin, cette victoire accélérera paradoxalement aussi le passage au professionnalisme impulsé par les clubs du bassin industriel. C’est ainsi, comme le souligne Michéa dans Le plus beau but était une passe (Climats, 2014), le foot devient « le premier sport moderne dont les classes ouvrières britanniques […] se sont très vite approprié l’essentiel de la pratique. » Au point de devenir, selon la formule de l’historien marxiste Éric Hobsbawm, la « religion laïque du prolétariat britannique ». C’est le rugby qui reprendra le flambeau du sport aristocratique et amateur.

Nouveau symbole de la lutte des classes, le football subit alors le mépris des élites. Peu à peu, il se diffuse par-delà la Manche et touche tout le Vieux Continent, ou presque, et l’Amérique latine. Le cofondateur du Parti communiste italien Antonio Gramsci voit dans ce sport un « royaume de la liberté humaine exercé au grand air. » Mais pas pour longtemps, car les chefs d’Etat comprennent rapidement l’intérêt qu’il peut présenter pour eux, en terme de contrôle des masses. Ainsi, l’Italie fasciste remporte la deuxième et la troisième Coupe du Monde, en 1934 et 1938. De même, le Real Madrid, club chouchou de Franco, glane les cinq premières Coupe des clubs champions – ancêtre de la Ligue des Champions – de l’histoire, entre 1956 et 1960. Dans Comment ils nous ont volé le football (Fakir éditions, 2014), François Ruffin et le regretté Antoine Dumini évoquent aussi le cas du mondial de 1966, la peu glorieuse “World Cup des arbitres”. La raison de ce surnom est simple : les erreurs d’arbitrage ont joué un rôle décisif dans le sort des équipes durant la compétition. En pleine guerre froide et décolonisation, le Nord décide de prendre sa revanche sur le Sud et l’Est. La Coupe du Monde anglaise en sera le théâtre. Entre fautes non sifflées et expulsions injustifiées, l’arbitrage s’avère être catastrophique. Les Sud-américains sont vite écartés de la compétition – en commençant par la Seleção de Pelé archi-favorite et double tenante du titre, jusqu’aux Argentins traités d’ »animals » par le directeur technique anglais –, puis c’est au tour de l’URSS. La finale oppose l’Allemagne à l’Angleterre. Le pays organisateur remporte le seul titre mondial de son histoire, dans des conditions plus que discutables. Douze ans plus tard, le mondial remporté par l’Argentine à domicile sert de vitrine à la dictature militaire en 1976.

Pourtant des espaces d’autonomie subsistent. Le Brésil gagne à nouveau en 1970, avant l’Argentine en 1978. Le FC Barcelone constitue un bastion de résistance populaire au Real Madrid. Enfin, des joueurs se montrent héroïques, comme le Chilien Carlos Caszely qui refuse de serrer la main de Pinochet lors de la Coupe du monde 1974. Enfin, comment ne pas évoquer le club brésilien de Corinthians, et de sa star, le Dr Sócrates, qui défend radicalement la démocratie et l’autogestion en pleine dictature militaire dans les années 1980. Enfin, la ferveur et le beau jeu persistent. Des entraîneurs comme Gusztáv Sebes, sélectionneur du Onze d’or hongrois des années 1950, ou Bill Shankly, qui a façonné le FC Liverpool dans les années 1960 et 1970, se revendiquent du socialisme ou du communisme. Mais le capitalisme achèvera ce que les régimes autoritaires avaient tenté, en soumettant complètement le football.

La marchandisation du football

L’élection du brésilien Joao Havelange à la tête de la Fédération internationale de football association (FIFA) le 10 juin 1974 fait entrer le football de plein pied dans le capitalisme. Le businessman ne s’en cache pas, il est « là pour vendre un produit appelé football. » Le ballon rond s’intègre au fil du temps à la société du spectacle, « l’accomplissement sans frein des volontés de la raison marchande », d’après Guy Debord dans ses Commentaires sur la société du spectacle (éditions Gérard Lebovici, 1988). Des contrats juteux avec Adidas et Coca-Cola, nouveaux sponsors officiels de la FIFA, garantissent des entrées d’argent supérieures au nécessaire. Un nouveau pallier est franchi en décembre 1995, avec l’arrêt Bosman. Ce décret de la Cour de justice des communautés européennes (CJCE), qui porte le nom de son inspirateur, le médiocre défenseur belge Jean-Marc Bosman, garantit la liberté de circulation des joueurs au sein de l’Union européenne. Accordé pour les meilleures raisons du monde, ce droit va s’avérer être le meilleur allié du capitalisme en favorisant l’inflation des transferts et des prix des superstars. Ensuite, Sepp Blatter, qui devient directeur de la FIFA en 1998, accélère les choses.

Les niveaux d’endettement des clubs, de plus en plus détenus par des milliardaires ou des fonds financiers, atteignent des records, pendant que les bulles sur les transferts et les droits TV – qui éclateront probablement un jour – enflent. Les joueurs Africains ou d’Amérique latine, aux coûts plus faibles se prolétarisent. Leurs conditions se rapprochent parfois de l’esclavage. Le jeu aussi subit des transformations. La mondialisation harmonise les jeux. Fini le joga bonito brésilien, « football de poésie » selon Pier Paolo Pasolini (Les terrains : écrits sur le sport, Le Temps des cerises, 2012), la Seleção s’adapte à la rationalité européenne. De plus en plus d’équipes jouent pour encaisser moins de buts que leurs adversaires, plutôt que de jouer pour en marquer plus. Le catenaccio ultra-défensif, pratiqué par les Italiens se diffuse. En 1998, Aimé Jacquet fait même triompher l’équipe de France avec pour mot d’ordre « le beau jeu est une utopie ». Le culte de la performance transforme les joueurs en robots transhumains. Johan Cruyff, et ses soixante clopes par jour ou les attaquants rock’n’roll comme George Best ne sont plus. Avant les joueurs, jusqu’à Platini, pouvaient ressembler à nos voisins. Aujourd’hui, malgré une technique exceptionnelle Cristiano Ronaldo ne dégage rien. Les prolétaires sont tenus à l’écart de certains stades, comme en Angleterre où le prix des places a augmenté de manière démesurée.

Enfin, les institutions footballistiques font tout pour préserver les grandes nations ou les grands clubs des grandes compétitions, en augmentant les places qualificatives, afin d’éviter des éliminations surprises, coûteuses sur le plan financier, quitte à tuer le suspens, élément crucial dans le foot. L’écrivain uruguayen Eduardo Galeano résume parfaitement la situation dans Le Football : Ombre et lumière (Climats, 1997) : « L’histoire du football est un voyage triste, du plaisir au devoir. À mesure que le sport s’est transformé en industrie, il a banni la beauté qui naît de la joie de jouer pour jouer. En ce monde de fin de siècle, le football professionnel condamne ce qui est inutile, et est inutile ce qui n’est pas rentable. […] Le jeu est devenu spectacle, avec peu de protagonistes et beaucoup de spectateurs, football à voir, et le spectacle est devenu l’une des affaires les plus lucratives du monde, qu’on ne monte pas pour jouer mais pour empêcher qu’on ne joue. La technocratie du sport professionnel a peu à peu imposé un football de pure vitesse et de grande force, qui renonce à la joie, atrophie la fantaisie et proscrit l’audace. »

Une réalité plus nuancée

Existe-t-il encore des raisons de se passionner pour le football ? Dans leur livre, Antoine Dumini et François Ruffin trouvent dans le foot amateur, avec l’exemple de l’Olympique eaucourtois, des raisons d’espérer. Les auteurs rappellent ces bénévoles animés par « la joie de jouer pour jouer » et l’envie de transmettre leur passion, loin de tout calcul économique. Ils évoquent « le miracle des maillots pliés », repris en décembre dernier par le député lors d’un discours mémorable dans l’hémicycle. François Ruffin entend par-là le travail de l’ombre de ceux qui apportent l’aide logistique qui permet au foot amateur d’exister. N’oublions pas que le foot professionnel n’existerait pas sans ces îlots de solidarité et de désintéressement. Rappelons-nous aussi que le foot amateur nous nourrit régulièrement d’exploits en Coupe de France, comme celui des Herbiers, club de troisième division qui a réussi à se hisser en finale cette année face à l’ogre parisien. Ajoutons ceux qui maintiennent allumées les braises de la rébellion contre le système, comme le Red Star ou le Ménilmontant FC 1871, club antifasciste et autogéré. Il est néanmoins un peu simpliste de croire que seul le foot amateur ou semi-professionnel peut encore procurer du plaisir. Car c’est d’abord parce que les sportifs de haut niveau procurent des émotions incomparables qu’ils transmettent leur passion aux amateurs.

« Par bonheur, on voit encore sur les terrains, très rarement il est vrai, un chenapan effronté qui s’écarte du livret et commet l’extravagance de feinter toute l’équipe rivale, et l’arbitre, et le public dans les tribunes, pour le simple plaisir du corps qui se jette dans l’aventure interdite de la liberté », souligne Edouardo Galeano. Les premiers matchs de cette Coupe du Monde, de l’extérieur de Quaresma contre l’Iran à la frappe de Coutinho face à la Suisse, en passant par la tête de Yerry Mina sur une passe remarquable de James Rodriguez, sont là pour nous le remémorer. La dernière Ligue des champions nous a aussi gratifié de deux formidables retournés madrilènes, de Cristiano Ronaldo en quarts de finale contre la Juventus Turin et de Gareth Bale en finale face à Liverpool. « Il y a dans le football des moments qui sont exclusivement poétiques : il s’agit des moments du but. Chaque but est toujours une invention, est toujours une subvention du code : chaque but a un caractère inéluctable, est foudroiement, stupeur, irréversibilité. Telle la parole du poète », théorisait Pier Paolo Pasolini. Près de 43 ans plus tard, la logique marchande n’a pas encore tout détruit et les propos du poète restent d’actualité… Mais pour combien de temps ?

Légende : Tag à Bagnolet en 2015

Crédits : Kévin Boucaud-Victoire

Éric Martin : « Le multiculturalisme est une forme de racisme subtil »

Article publié initialement le 6 juin 2018 sur Le Comptoir

Éric Martin est professeur de philosophie à Montréal. Disciple de Michel Freitag, il vient de publier « Un pays en commun : socialisme et indépendance au Québec » (Écosociété), dans lequel il défend un projet écosocialiste qui allie souverainisme, internationalisme, républicanisme et émancipation. Nous revenons avec lui sur cet ouvrage très important.

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Falk Van Gaver : « Le christianisme est riche en alternatives au capitalisme »

Article initialement publié sur Aleteia le 1er septembre 2017

Falk Van Gaver, journaliste et écrivain, publie ce 1er septembre « Christianisme contre capitalisme » (Le Cerf). Rencontre

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Pierre Madelin : « L’abolition de l’Etat, ce n’est pas pour demain »

Entretien publié initialement le 15 juillet 2017 sur Polony TV

Kevin Boucaud-Victoire reçoit Pierre Madelin, essayiste diplômé en philosophie et installé au Mexique, dans l’Etat du Chiapas. Il vient de faire paraître Après le capitalisme où il analyse les liens entre capitalisme et crise environnementale.

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Nicolas Framont : Le système et les conflits d’intérêts

Entretien initialement publié le 1er mai 2017 sur Polony TV

Kevin Boucaud-Victoire reçoit Nicolas Framont, sociologue et enseignant, auteur de Les Candidats du système. Sociologie du conflit d’intérêts en politique aux éditions Le Bord de l’eau.

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Philippe Vion-Dury : « Le vrai visage de la Silicon Valley, c’est celui du capitalisme prédateur »

Entretien publié le 28 octobre 2016 sur Le Comptoir

Phillipe Vion-Dury est journaliste, spécialiste des questions de société, des nouveaux modèles économiques et des technologies. Il vient de sortir aux éditions Fyp son premier essai intitulé « La nouvelle servitude volontaire ». Il y analyse la nouvelle société numérique qui est en train d’être érigée par les startups de la Silicon Valley, en Californie.

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Kevin Victoire : « En finir avec le capitalisme et remettre l’humain et ses besoins effectifs au cœur de la société »

Entretien accordé au magazine en ligne Aleteia

Aleteia : D’où vient le besoin d’accumuler si caractéristique de notre société ?
Kevin Victoire : Le « besoin d’accumuler » a été très longtemps condamné par toutes les sociétés. Dans la Grèce antique, l’hybris – c’est-à-dire la démesure – constituait un crime. C’est l’opposition à cet hybris, par la tempérance ou la « juste mesure » d’Aristote, qui fonde l’éthique grecque. L’accumulation de richesse, qu’Aristote nomme la « chrématistique », est alors condamnée moralement. Le mythe du roi Midas, qui acquiert auprès du dieu Dionysos la faculté de transformer tout ce qu’il touche en or, au point de devenir incapable de manger et de boire, illustre très bien ce propos.

L’accumulation sans fin des richesses est également dénoncée dans la tradition judéo-chrétienne. « Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison, et qui joignent champ à champ, Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace, Et qu’ils habitent seuls au milieu du pays ! » explique le prophète Isaïe (5, 8). C’est évidemment encore plus clair dans le Nouveau testament où l’accumulation excessive de biens matériels est toujours opposée à l’élévation spirituelle : « Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon » (Matthieu 6, 4) ; « Et que sert-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perd son âme ? » (Marc 8, 36), etc.

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