Archives du mot-clé communautarisme

Al : « Avant, même les rappeurs en tête d’affiche avaient un discours social »

 

Entretien publié sur Le Comptoir, le 6 janvier 2016

« Talant, 26 juin 1998, salut Befa, quoi d’neuf depuis la dernière fois ?/ Pour moi, toujours la même. En c’moment, j’taffe, un vrai calvaire/ J’m’emploie à gagner un salaire de misère/ Dans une atmosphère qui pue comme l’enfer. » C’est par ces mots que le rap français découvre Al sur “Correspondance”, issu de l’album “Détournement de son” de Fabe. Dix ans plus tard, en 2008, le rappeur dijonnais, proche de La Rumeur et Anfalsh (Casey, Prodige, B. James, Hery, Laloo et Tcho), débarque avec son premier album “High-tech et primitif”. Après ce premier essai transformé, le MC sort en 2012 “Terminal 3”, puis “Toute entrée est définitive” avec Asocial Club (qui regroupe Casey, Prodige, Vîrus, Dj Kozi et Al) en 2014. Nous avons souhaité nous entretenir avec lui à l’occasion de son nouveau solo, “Le pays des Lumières”.

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Lucio Bukowski : « Il ne peut y avoir de changement que par le bas »

Interview initialement publiée sur Le Comptoir le 20 avril 2015 et réalisée avec Ludivine Bénard

Membre du collectif lyonnais L’Animalerie, Lucio Bukowski est un rappeur atypique. Loin des clichés – parfois justifiés – sur le rap, le MC préfère parler dans ses textes de littérature, de poésie et de philosophie, plutôt que d’armes, de « biatch » et de « bicrave », sans pour autant tomber dans le rap conscient. Nous avons profité d’un passage sur Paris où il était accompagné de ses compères Anton Serra et Oster Lapwass, avec lesquels il vient de sortir un album commun, pour le rencontrer. « Accoudé au Comptoir, [il] raconte [sa] vie à une Stella Artois » (enfin, un café, en l’occurrence, il était 9 h du mat’).

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Les Inrocks : Michéa pour les nuls

Texte publié le 2 janvier 2013 

Depuis plus de trente ans, la gauche semble être en état de mort cérébrale. Quand la gauche libérale gouvernementale a sciemment décidé d’abandonner la lutte des classes au profit d’une instrumentalisation du communautarisme (lutte des races), la gauche antilibérale a du mal à réactualiser sa pensée. Depuis son accession au pouvoir, le Parti Socialiste prouve plus que jamais l’exactitude de ce constat. Une fois cet état de fait posé, il convient d’y trouver une solution. C’est ce qu’a tenté de faire Jean-Marie Durand des Inrocks, dans un article qui aurait pu être intéressant s’il n’était pas rempli d’amalgames, d’inexactitudes et autres inepties.

Partant du bon constat, l’article oppose sommairement deux gauches. D’un côté, la gauche bien-pensante, et de l’autre côté, la Gauche populaire. La seconde serait née des travaux de Laurent Bouvet, Christophe Guilluy ou Jean-Claude Michéa. Et là, l’article dérape : son auteur ne connaît visiblement ni la Gauche Populaire, ni Jean-Claude Michéa.

Où l’amateurisme le dispute au manichéisme

Au départ, la Gauche populaire, ce sont plusieurs chercheurs en sciences-sociales et essayistes, réunis à l’Observatoire de la Social-Démocratie, une structure de la fondation Jean Jaurès. Mais, c’est surtout une prise de conscience à la suite d’un rapport de Terra Nova intitulé « Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ? », qui invitait le PS à recentrer son électorat sur les minorités (banlieues, femmes, homosexuels). La Gauche pop’ est donc née de la volonté de ne pas abandonner l’électorat populaire.

La pensée de Jean-Claude Michéa, quant à elle, s’articule autour du refus du compromis entre les socialistes et les progressistes (« la gauche ») durant l’Affaire Dreyfus. Le philosophe défend donc une ligne antilibérale authentique. Les deux courants peuvent se recouper, il est vrai. Quand la Gauche populaire fait de la lutte anti-communautariste son cheval de bataille, cette lutte-là se retrouve aussi dans le « michéisme » comme conséquence de l’antilibéralisme. Les différences sont pourtant réelles, à la portée d’un coup de fil, pour tout journaliste consciencieux… Michéa, antilibéral, est anti-productiviste remet en cause le « dogme de la croissance », quand la Gauche pop’, elle, n’a rien développé sur ce plan, tant sont diverses les opinions qui s’y expriment à ce sujet. Dans tous les cas, la Gauche populaire étant originellement un mouvement situé dans l’orbite du PS, elle est bien loin donc de l’anarchisme anticapitaliste du philosophe montpelliérain. Certes, Laurent Bouvet, comme Jean-Claude Michéa, a sans aucun doute plus d’affection pour l’œuvre de George Orwell que pour les notes de Terra Nova. Pour autant, le second n’est aucunement affilié au collectif co-fondé par le premier. Outre cette erreur grossière, l’auteur développe une vision simpliste qui questionne le lecteur : fumisterie ou enfumage ?

La Gauche pop, parlons-en

Les travaux de Laurent Bouvet n’ont que peu de rapport avec la caricature gribouillée dans l’article. Le politologue tente de comprendre comment l’électorat populaire périurbain s’est détourné durablement des socialistes pour se tourner vers le Front National. Il se penche donc sur les raisons qui ont poussé les couches populaires à considérer la mondialisation, la construction européenne et l’immigration comme des menaces. C’est là qu’apparaît la notion « d’insécurité culturelle ». Contrairement aux dires de l’auteur – qui, vraiment, gagnerait à se renseigner avant d’écrire tout et n’importe quoi – l’insécurité culturelle n’est pas une notion vague. L’insécurité culturelle est la façon dont un certain électorat populaire perçoit la dégradation de sa situation sociale et de son mode de vie. En découle une défiance vis-à-vis des élites dans un premier temps, puis à l’égard des « autres ». Le but que s’est fixé la Gauche pop’ est de lutter contre ce sentiment et de ramener vers lui un électorat qui n’aurait jamais dû partir vers le FN. La Gauche populaire n’est donc pas une espèce de gauche xénophobe et FNisante (!).

Pourtant, la plus grossière erreur commise par le journaliste consiste sans doute à conserver une grille de lecture commune à Patrick Buisson et à feu Olivier Ferrand : jouer peuple contre peuple, identité terroir contre identité immigrée.

Unir tout l’électorat populaire

Certes, depuis 1983 le Parti Socialiste a peu à peu abandonné le peuple au profit de catégories sociétales. Dans ce climat de terreur intellectuelle, toute personne critiquant le communautarisme de gauche se voit renvoyer à l’extrême droite. Terra Nova d’un côté, Jean-François Copé ou Marine Le Pen de l’autre, au milieu, autour, devant, derrière : rien.

Le socialisme (« la gauche ») doit effectivement se reconstituer une majorité populaire. Pour se faire, il va devoir réunir ces composantes essentielles. Une vraie politique socialiste conduirait donc à faire se souvenir au peuple, par delà les origines, le sexe et autres particularités, qu’il ne fait qu’un, que sa détresse est partagée, pour sortir du piège tendu par la droite de la droite qui instrumentalise l’insécurité culturelle. Unir l’ouvrier périurbain ou rural et le banlieusard en leur faisant comprendre qu’ils sont les exclus d’un même système. Le socialisme doit dissiper la brume des luttes horizontales pour faire ressurgir les luttes verticales, seules véritables émancipatrices.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, des transformations immenses ont brouillées la conception marxiste de la lutte politique, faisant voler en éclat dans les représentations collectives, le face à face (grandement fantasmé) prolétariat/bourgeoisie. Aujourd’hui, le peuple est fragmenté comme jamais et la tâche de la gauche sera de réunir à nouveau. Une fois cette tâche réussie, les socialistes pourront entamée la seule guerre qui mérite d’être menée selon Robespierre : celle du Peuple contre les tyrans.

Boîte noire

Miss France trop blanche ou le CRAN trop bête ?

Texte publié initialement le 23 décembre 2012 sur RAGEMAG 

Samedi 8 décembre, 20h50. Des millions de téléspectateurs ont les yeux rivés sur TF1. Qui sera élue Miss France 2013 ? La question les obsède. Mais ils ne se doutent pas qu’une association communautaire a décidé d’utiliser l’évènement à des fins malsaines. Il s’agit du CRAN qui, certainement à cours de combats sérieux à mener, a décidé de taxer Miss France de Miss blanche. Les accusations fusent contre le concours : communautaire, discriminant, raciste. Il devrait même être rebaptisé « Miss White France ». Les accusations sont-elles fondées, ou a-t-on juste droit à un délire communautaire de plus ?

Pour ceux qui ne connaissent pas, le CRAN est le Conseil Représentatif des Associations Noires. Sorte d’équivalent noir du CRIF, cette association entend combattre les discriminations. C’est dans cet objectif que Louis-George Tin, son actuel président, et Fred Royer, créateur de prix inutiles, dont Miss Black France, ont courageusement écrit dans les colonnes de Slate France la tribune puante dont sont extraits les passages suivants :

« Dans le monde désuet, voire parallèle, de Miss France, les Noirs ne peuvent apparemment venir que des départements tellement exotiques d’Outre-Mer (restant ainsi tenus bien à l’écart des frontières de notre hexagone) : Miss Martinique, Miss Guyane, Miss Réunion, Miss Mayotte… Quant aux Français originaires du Maghreb, ils étaient « représentés » par une seule candidate, vite éliminée. Peut-être était-elle trop musulmane ? […] Un pareil manque de représentativité de la population française contemporaine lors d’un tel événement est grave, évidemment. Il s’agit d’une véritable négation de l’existence des Français d’origine africaine, qui disparaissent le temps d’une soirée de notre territoire. L’image renvoyée à l’ensemble des spectateurs en est totalement distordue. Quant aux populations concernées, elles doivent ressentir une étrange impression d’invisibilité… Lors de sa première édition, en avril 2012, d’aucuns avaient osé taxer l’élection Miss Black France de « communautariste ». Mais bien sûr, lorsque le communautarisme est le fait de la communauté dominante, ce n’est plus du communautarisme, c’est naturel : Miss White France peut ainsi se dérouler sans que personne n’y trouve à redire. »

Est-ce ainsi que nos preux chevaliers ont décidé de défendre la cause des noirs de France et de Navarre ? Il semblerait…

Tordons le cou à quelques contre-vérités

On a d’abord envie de sourire, en songeant que, depuis 2000, quatre Miss France furent noires ou métisses : Sonia RollandCorinne ComanChloé Mortaud et Cindy Fabre. Quatre lauréates sur 13 éditions, soit presque 33% de victoires – rappelons au passage que le CRAN estime que 12% des français sont noirs ou arabes. Parmi les quatre gagnantes, seule Corinne Corman était issue d’un département d’Outre-Mer (Guadeloupe), les trois autres habitant des départements métropolitains (Bourgogne, Normandie et Midi-Pyrénées).

On se remémore alors le concours Miss Black France. Lors de son lancement, en avril dernier, Frédéric Royer, son créateur, avait été jusqu’à déclarer qu’il était ouvert aux blanches et aux autres communautés. Vous imaginez, une blanche qui se ferait élire « Miss Black France » !… Et pourquoi pas un homme auréolé du titre de « Miss France » ? Non content de favoriser le communautarisme racial, Royer nous prenait pour des cons. D’autant que le type est du genre à monter au créneau quand quelqu’un déclare publiquement qu’il y a trop de noirs en équipe de France de football.

Puis on plaisante, en avançant que certaines minorités sont injustement exclues des concours de beauté : les handicapées, les obèses ou les naines par exemple. Doit-on s’attendre à une plainte du Conseil Représentatif des Associations Naines ? De personnes de petite taille pardon…

Et les moches… N’ont-elles pas le droit de porter une couronne elles aussi ? Déjà que la nature ne les a pas gâtées, si en plus elles sont discriminées….

Le CRAN ou le Front Noir ?

Enfin, on constate l’irresponsabilité de l’initiative des deux gus. Le CRAN tente, depuis sa création, de nous imposer sa vision communautariste de la société. Il ethnicise tous les sujets, même Miss France… Il est peu dire que Messieurs Tin et Royer tombent dans le piège antiraciste de base. Au lieu de lutter pour que tous les français soient acceptés comme égaux, sans distinction d’origine ou de religion, ils segmentent le peuple en « races » et réclament que celles-ci soient traitées de manière égale. Ils divisent au lieu de rassembler. Le CRAN n’a pas encore le poids du CRIF et c’est tant mieux, sinon notre République indivisible aurait encore plus de soucis à se faire.

En réalité, les identitaires de droite et de gauche sont les deux faces d’une seule et même pièce. De là à penser que le CRAN nourrit le FN et que le FN se nourrit de lui… Une chose est sûre : Tin joue le jeu de Marine Le Pen, mais aussi celui du système, en évitant de parler des sujets qui fâchent, comme l’accès à l’emploi ou au logement – pour les minorités notamment. Tout le monde se fout de la couleur de peau de « Miss France 2012 ». En juin dernier, Patrick Lozès, ex-président de l’association, nous disait : « Il n’y a pas besoin de créer le CRAB (Conseil Représentatif des Associations Blanches), il existe déjà et c’est le FN. » Ce dernier estimait que Marine Le Pen était la première communautaire de France. Moi, je déclare publiquement que Louis-George Tin n’est pas loin de l’être aujourd’hui. Sale époque : la lutte des races a pris le pas sur la lutte des classes.

«  Dans notre perspective il s’agit d’une lutte de classes entre une classe ouvrière prolétarienne massive et la petite classe dominante, minoritaire. Les gens de la classe ouvrière de toutes les couleurs doivent s’unir contre la classe dominante oppressante et exploitante. Alors laissez-moi être à nouveau emphatique – nous croyons que notre lutte est une lutte de classes et non une lutte de races » Bobby Seale (co-fondateur du Black Panther Party)

Boite noire

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