Archives du mot-clé France insoumise

Farida Amrani et Ulysse Rabaté : Deux insoumis en lutte

Article publié initialement le 22 novembre 2018 sur Le Média presse

Ce dimanche 18 novembre, Farida Amrani est arrivée deuxième au premier tour de l’élection législative d’Évry, précipitée par le départ de Manuel Valls à Barcelone. Un second tour difficile l’attend face à Francis Chouat, ancien bras droit de l’ex-Premier ministre, ce 25 novembre.

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Aurélien Bernier : « La gauche a été écrasée intellectuellement par la mondialisation »

Entretien initialement publié le 7 novembre 2018 sur Le Média presse

Ancien militant d’Attac, Aurélien Bernier a collaboré pour Le Monde diplomatique et L’Humanité dimanche. Il est l’auteur de nombreux essais, dont Les OGM en guerre contre la société (Mille et une nuits, 2005), Désobéissons à l’Union européenne ! (Mille et une nuits, 2011), Comment la mondialisation a tué l’écologie (Mille et une nuits, 2012), La gauche radicale et ses tabous : Pourquoi le Front de gauche échoue face au Front national (Seuil, 2014), ou encore La démondialisation ou le chaos : démondialiser, décroître et coopérer (Utopia, 2016). Au fil de ces ouvrages, Aurélien Bernier tente d’articulier critique de la mondialisation et de la construction européenne, écologie politique radicale et internationalisme. Il vient de publier Les voleurs d’énergie. Accaparement et privatisation de l’électricité, du gaz, du pétrole (Utopia). Nous l’avons rencontré au Lieu-Dit, célèbre bar parisien prisé par la gauche radicale, avant un débat avec Coralie Delaume et David Cayla. Il revient avec nous sur l’actualité de la gauche radicale.

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Le retour de la formation militante

Article initialement publié le 3 juillet 2018 sur La Vie

De l’institut de Marion Maréchal à celui de LREM, plusieurs écoles sont créées. Les partis prennent-ils à nouveau au sérieux la formation intellectuelle ?

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Julien Wosnitza : « Aucune solution ne peut nous éviter un effondrement »

Entretien initialement publié sur Le Média presse le 14 mai

Diplômé en finance et ancien banquier, Julien Wosnitza s’est politisé en 2016 avec Nuit debout. C’est à travers ce mouvement qu’il découvre les luttes écologiques comme celles de Notre-Dame des-Landes ou de Bure. Il s’engage ensuite au sein de l’ONG Sea Shepherd pour plusieurs missions, l’aidant à prendre conscience que notre civilisation est en danger de mort. A tout juste 24 ans, il publie son premier ouvrage, « Pourquoi tout va s’effondrer ? », aux éditions Les Liens qui Libèrent. Un livre passionnant sur la catastrophe environnementale qui a déjà commencé, qui tente d’apporter de modestes solutions. Nous l’avons sollicité afin qu’il nous éclaire sur ce qui risque de nous mener au désastre et ce que nous pourrions mettre en oeuvre pour l’éviter.

« Tout va s’effondrer. Ce n’est pas une intuition mais une réalité. Tous les faisceaux d’indices, toutes les publications scientifiques, toutes les observations concordent : notre civilisation court vers un effondrement global. […] Et que fait-on ? Rien ! Ou presque rien. Pire, nous croyons encore pouvoir résoudre ces crises fondamentales par le système qui les a précisément engendrées », nous prévient Julien Wosnitza. Le constat n’est pas nouveau. Depuis quelques années, la “collapsologie”, science de l’effondrement de notre civilisation industrielle, est de plus en plus populaire. Pablo Servigne, co-auteur avec Raphaël Stevens de Comment tout peut s’effondrer (Seuil, 2015) et réalisateur de la postface de Pourquoi tout va s’effondrer, n’y est pas étranger. Mais cet « appel à agir avant qu’il ne soit trop tard » réussit l’exploit d’apporter un regard neuf sur la question.

Le Média : Diplômé en finance, vous n’étiez pas destinés à être militant écologiste : comment s’est opéré le déclic ?

Julien Wosnitza : Justement, après avoir étudié l’économie et la finance plus ou moins profondément, je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’un système complètement hors-sol. L’économie telle qu’enseignée en école de commerce n’a absolument rien de réel, pour la simple et bonne raison qu’elle ne prend jamais en compte la finitude des ressources : on fait la course à la croissance, alors qu’une croissance infinie dans un monde fini est impossible.

Selon vous, l’effondrement est inévitable, nous pouvons seulement « limiter la hauteur de la chute », pourquoi ?

Parce qu’absolument tous les éléments de notre vie sont interconnectés, et que tout est dans un état d’équilibre extrêmement précaire. On est à l’aube de réactions en chaîne d’ampleur encore jamais vues. Les exemples sont divers et vont de la fonte des glaces jusqu’à notre consommation quotidienne. C’est vraiment lorsque j’ai compris que tout est interconnecté que j’ai compris qu’aucune solution ne pouvait nous éviter un effondrement.

Par contre, il y a des actions qui peuvent limiter la hauteur de chute de l’effondrement : développer la permaculture, stopper la consommation d’animaux, dépolluer les océans…

Julien Wosnitza

Nous savons depuis au moins 1970 et le rapport « Halte à la croissance ? : Rapport sur les limites de la croissance » du Club de Rome que notre mode de vie est nocif, pourtant rien n’a été fait depuis. Pourquoi la prise de conscience n’a pas été suivie d’actes concrets ? La croissance est-elle la nouvelle religion de notre société ?

Avec une croissance de 3% par an, notre consommation double tous les 23 ans. Globalement, depuis que je suis né, l’humanité consomme deux fois plus de ressources. Le problème c’est qu’on vit sur une grosse boule au milieu du vide intersidéral, et que cette boule n’est pas extensible.

Dennis Meadows, l’auteur du rapport au club de Rome en 1972, nous a déjà prédit un effondrement aux alentours de 2030, et malheureusement ses calculs, actualisés régulièrement, sont quasiment parfaitement justes jusqu’à aujourd’hui.

Pourquoi rien n’a été fait ? Parce qu’il faudrait diviser par 10 notre niveau de vie d’Occidentaux, et qu’aucun politique ne sera jamais élu avec un programme ayant pour but de vivre comme un Tibétain ou un Bhoutanais.

Selon vous, les initiatives individuelles ne sont pas la solution. Vous pointez aussi les blocages politiques. D’où peut venir le changement selon vous ?

Pour moi le changement ne viendra tout simplement pas. J’ai arrêté de me faire des illusions il y a bien longtemps. Allez faire comprendre aux Américains de diviser leur mode de vie par 15, qu’on rigole.

Les initiatives individuelles du quotidien ont du sens uniquement si elles sont coordonnées, et c’est cette coordination que nous n’avons pas : on voit bien la difficulté et le temps nécessaire pour faire changer les mentalités, ne serait-ce que sur le sujet de la viande.

On veut tous changer la planète, mais on ne veut pas avoir de coupures d’électricités, on ne veut pas de rationnement, et on veut de la viande et du poisson régulièrement. Tant que ça tient ça va, mais la chute va faire mal.

Si jamais on veut du positif, le changement (s’il vient) viendra des ZADs, des permaculteurs, des initiatives de dépollution… Mais l’État ne soutient réellement aucune de ces initiatives.
#MakeOurPlanetGreatAgain, on commence quand ?

La question du progrès technique est absente de votre livre. N’a-t-il pourtant pas joué un rôle déterminant ? La question d’une technique “conviviale” et du “low-tech”, pour reprendre le terme de Philippe Bihouix, est-elle importante ?

On a l’habitude de se cacher derrière le fameux « On trouvera bien quelque chose » pour justifier nos propres inactions. Même si on « trouve quelque chose », comprenez par-là une avancée technologique permettant de limiter grandement la chute, il faudrait le temps de la mettre en place à grande échelle, la capacité industrielle de le faire et surtout les matériaux nécessaires à cette production.

On me parle régulièrement de la fusion nucléaire comme la solution à tous nos problèmes, sauf que non, ce serait une solution pour l’approvisionnement électrique, rien d’autre.

Et l’autre problème dans le fait de s’en remettre toujours à la technologie, c’est que celle-ci est demandeuse de métaux rares, dont nous allons bientôt tomber à court.

Dans ce contexte, une approche low-tech est donc primordiale : apprenons de la nature et imitons là, creusons nos cerveaux plutôt que des puits de pétrole.

Depuis ce 5 mai, la France est en dette vis-à-vis de la Terre ? Dans son programme de 2017, la France insoumise proposait une “règle verte” interdisant de prélever à la Terre plus que ce qu’elle est capable de fabriquer. Comment jugez-vous cette mesure ?

Que c’est une excellente mesure sur le papier. En pratique c’est quasiment injouable, sans diminuer notre niveau de vie par un facteur que les Français n’auraient jamais accepté.

Et puis on aurait pris quoi comme référentiel ? La surface de la France ? On n’a ni pétrole, ni gaz, ni charbon en France : on aurait du coup arrêté toute activité liée à ces trois énergies ?

Si on avait pris le référentiel “Monde”, on aurait pris notre part au prorata de la population mondiale ? Ça aurait conduit à rationner tout le monde à des niveaux de vies bien inférieurs à ceux actuels. Et puis on aurait pris quel référentiel de temps ? « Ce que la Terre est capable de fabriquer » certes, mais quand ? En 1900, la Terre était capable de produire beaucoup plus de phytoplancton qu’aujourd’hui, alors qu’aujourd’hui on a tué 99,6% des baleines bleues. Jadis, les populations d’animaux sauvages et surtout de poissons étaient bien plus conséquentes, donc elles se régénéraient beaucoup plus vite qu’aujourd’hui.

La France Insoumise avait de loin le programme écologique le plus ambitieux de ces élections, mais malheureusement bien loin des réalités. Disons que ce programme était le moins fou parmi des programmes indécents écologiquement.

Crédits photo : Pixabay/ Creative Commons

Renaud Garcia : « L’aliénation est un phénomène central du capitalisme »

Entretien publié initialement le 18 avril 2018 sur le site Le Comptoir

« On ne combat pas l’aliénation par des moyens aliénés » pouvions-nous entendre dans « La dialectique peut-elle casser des briques ? », film culte du situationniste René Viénet. Une phrase qui pourrait parfaitement illustrer « Le sens des limites : contre l’abstraction capitaliste ». Philosophe anarchiste refusant de parvenir, Renaud Garcia tente d’allier dans sa réflexion critique sociale et décroissance. Dans son dernier ouvrage publié à L’échappée, il nous offre une réflexion passionnante sur l’aliénation capitaliste et les moyens de la combattre, afin de retrouver une vie authentique.

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Construire le peuple ou unir la gauche ? Réponse à Gaël Brustier

Article initialement publié le 19 mars 2018 sur le Média presse

Dans un récent article pour le site Slate.fr, le politologue Gaël Brustier reproche à la France insoumise sa stratégie, qu’il qualifie de « populo-provocatrice ». D’habitude plus lucide, il semble passer à côté de la recomposition de l’échiquier politique en cours.

« Ni «gauche», ni «construction du peuple», c’est en fait le destin de LFI qui semble se jouer actuellement », explique Gaël Brustier dans son article. Selon lui, le mouvement s’enlise dans sa stratégie populiste, au lieu d’œuvrer à la construction d’« une véritable union de la gauche, comme le suggérait Clémentine Autain », dans Politis. Pour Brustier, la France insoumise est en train de préparer « le terrain à des européennes difficiles ». Mettons de côté certains passages qui relèvent de la mauvaise foi – comme quand il explique que la FI préfère aujourd’hui parler avec la presse de droite plutôt que celle de gauche – afin de nous concentrer sur le fond : faut-il unir la gauche pour souder le peuple ?

Macron et l’unification du bloc bourgeois

En 1986, Cornelius Castoriadis déclarait : « il y a longtemps que le clivage gauche-droite, en France comme ailleurs, ne correspond plus ni aux grands problèmes de notre temps ni à des choix politiques opposés. » En avance sur son temps, comme souvent, l’ancien cofondateur de Socialisme ou barbarie soulignait par-là que les partis de gouvernement, qui allaient ensuite pendant encore trois décennies rythmer la politique, convergeaient dans leur défense des intérêts de la bourgeoisie. Dès les années 1990, Alain Minc, intellectuel organique des élites, préconise alors la constitution d’un « cercle de la raison », réunissant les libéraux des deux rives. Les classes supérieures n’en perçoivent cependant pas à ce moment l’utilité, tant le jeu de fausses alternances sans alternatives entre gauche bourgeoise et droite bourgeoise demeure efficace. L’entrée en crise de la Ve République, et donc des partis qui lui sont historiquement liés, va néanmoins précipiter les choses. La force de Macron est alors de comprendre que seule une alliance des élites, couplée à un discours faussement dégagiste – d’où l’appel démagogique à « la société civile », les HEC remplaçant partiellement les énarques – pouvait sauver le système. L’ancien candidat à l’élection présidentielle se soustrait alors au clivage gauche-droite pour lui substituer un clivage haut-bas. Coup réussi, le macronisme, qui représente environ les 20 % les plus favorisés, parvient à prendre le pouvoir, aidé par les institutions de la Ve République.

Le populisme de gauche comme réponse à l’élitisme

Produit d’une oligarchie qui a enfin pris conscience de son intérêt à s’allier malgré des divergences idéologiquesi, le macronisme ne peut être vaincu que par son négatif. Ainsi, la gauche qui a encore à cœur de s’opposer au système et d’œuvrer à l’émancipation des individus doit aller vers le populisme, c’est-à-dire se faire la représentante des classes populaires. Cela n’implique en rien l’abandon des traditions de la gauche, mais leur adaptation à un nouveau contexte historique. Si cette mise à jour n’est pas effectuée, c’est l’extrême droite, qui incarnera seule l’opposition, en prospérant sur les passions tristes et le ressentiment. Il est pourtant évident que le FN, qui divise les classes populaires sur des bases ethniques et dont l’incompétence des dirigeants saute aujourd’hui aux yeux de tous, ne peut fort heureusement pas accéder au pouvoir. En étant érigé comme opposition officielle, le parti de Marine Le Pen est alors la garantie d’En Marche de se maintenir au pouvoir, après l’avoir aidé à y accéder. « L’existence d’idées révolutionnaires à une époque déterminée suppose déjà l’existence d’une classe révolutionnaire », écrivaient Marx et Engels. Voilà pourquoi, la mission de la France insoumise, actuellement première formation de gauche, est de « construire un peuple » qui peut faire face aux élites de Macron. Nous pouvons à ce niveau d’analyse nous accorder avec Brustier. Mais la question de savoir si cette tâche passe par l’union de la gauche persiste.

Eloigner les stratégies politiciennes

Pour le politologue, la FI doit ouvrir deux fronts : « l’un en direction des électeurs de gauche, l’autre en direction des abstentionnistes. » Elle doit donc simultanément unir la gauche et construire un peuple. Pourtant, il y a à peine un an, il expliquait aux lecteurs de Slate.fr que ces deux stratégies, défendues respectivement par Hamon et par Mélenchon lors de l’élection présidentielle, induisaient « des temporalités différentes au-delà des questions programmatiques ». Le même jour, Brustier démontrait au site du Figaro Vox qu’elles étaient « peu conciliables ». Il précisait, à juste titre, que « la stratégie, en la matière, n’est pas un jeu politicien ou électoral… La question stratégique a à voir avec l’hégémonie, avec la manière dont on mobilise une société, dont on l’entraîne vers la réalisation d’un projet collectif… » Quelques mois après, son livre Le désordre idéologique (éditions du Cerf) laissait entendre que la solution n’était pas dans la gauche radicale, mais dans le populisme de gauche. Pourquoi ? La réponse se trouve dans Construire un peuple, ouvrage de Chantal Mouffe et Íñigo Errejón, dont Brustier a préfacé la traduction en français (éditions du Cerf). Le numéro 2 de Podemos y affirme qu’« aujourd’hui gauche et droite ne constituent plus la frontière principale », mais qu’il faut en postuler une nouvelle « en termes théoriques, démocratie/oligarchie, et en termes concrets, tangibles, citoyens/privilégiés ou « caste » ». Ces signifiants sont actuellement plus aptes à mobiliser les gens ordinaires.

Cela ne signifie évidemment pas rompre avec la gauche. Maintenir le dialogue avec les autres forces qui œuvrent pour une transformation sociale est important. C’est notamment le cas avec les syndicats, seuls capables de mener un mouvement social d’ampleur. L’union de la gauche n’est pourtant pas une priorité. L’arithmétique électorale est souvent complexe. Il ne suffit pas d’empiler les étiquettes pour engranger des électeurs. Le plus important est d’avoir un projet solide et proposer une vision cohérente et attrayante du monde. Se donner l’alliance de gauche comme priorité, que Mélenchon dénonce comme « tambouille électorale », c’est risquer de retomber sur les difficultés rencontrées par le Front de gauche à partir des élections municipales de 2014. A ce moment, la coalition a commencé à reculer, parce que ses différentes formations prenaient des options trop divergentes. La France insoumise a d’ailleurs été créée en partie pour sortir de ce piège.

Notons pour finir, qu’en se lançant LREM n’a pas eu pour stratégie de créer une alliance des partis libéraux. C’est parce que le mouvement est apparu comme le plus apte à défendre les intérêts de la bourgeoisie que cette dernière a fait converger vers lui, le Modem, l’UDI, des transfuges du PS et de LR avec. LFI doit faire la même chose, c’est-à-dire apparaître comme le mouvement des classes populaires et faire converger vers elle ceux qui partagent ses objectifs. La tâche est compliquée, et rien ne prouve qu’elle y arrivera. Mais elle a le devoir d’essayer.

Crédits (cc) Rama / Wikimedia Commons

Kevin Boucaud-Victoire: “Être radical, c’est prendre les problèmes à la racine.”

Entretien paru initialement le 2 octobre 2017 sur Atterrissage

Kevin est économiste de formation, journaliste et essayiste. En 2014, avec d’autres contributeurs issus de la gauche radicale, il a co-fondé “Le comptoir”, une revue socialiste et décroissante.

Très investi dans la politique et proche de la France Insoumise, j’ai souhaité le rencontrer pour connaitre sa vision de l’avenir et notamment la place que pouvaient y occuper ses idées.

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