Archives du mot-clé Frédéric Lordon

Nuit debout : ne soyons pas la farce de Mai-1968 !

Article publié le 11 mai 2016 sur Le Comptoir

Questionné par nos soins lors de la première Nuit debout du 31 mars, l’économiste et philosophe Frédéric Lordon relevait qu’un lien semblait unir la jeunesse qui se mobilise contre la loi El Khomri et celle qui s’est insurgée en Mai-1968. Les similitudes sont telles que le marxo-spinoziste explique : « C’est comme si à presque cinquante ans de distance, des générations se parlaient. » Ce parallèle mérite d’être analysé, surtout si nous voulons que Nuit debout ne réitère pas les erreurs de son aîné.

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Éric Hazan : « Aucune insurrection ne se prépare place de la République »

Interview publiée sur Le Comptoir le 20 avril 2016

Éric Hazan a fondé en 1998 La fabrique, maison d’édition spécialisée dans la publication d’auteurs radicaux (Comité invisible, Gustave Le Français, Auguste Blanqui, Joseph Déjacque, Walter Benjamin, Daniel Bensaïd, Isabelle Garo, Edward Saïd, Christine Delphy, etc.). Lui-même écrivain, il est l’auteur de nombreux ouvrages, notamment sur la Révolution française (Une histoire de la Révolution française, 2012) ou l’histoire des révoltes (La dynamique de la révolte : Sur des insurrections passées et d’autres à venir, 2015). Nous avons souhaité le rencontrer afin d’avoir son analyse sur la situation sociale actuelle.

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Frédéric Lordon : « La jonction de la jeunesse et du salariat est le pire cauchemar du pouvoir »

Article publié initialement le 4 avril 2016 sur Le Comptoir

La figure de l’intellectuel engagé n’est décidément pas près de disparaître et l’économiste et philosophe Frédéric Lordon nous le rappelle depuis quelques semaines. Le disciple de Karl Marx et de Baruch Spinoza, visiblement porté par l’enthousiasme qui a suivi la sortie en salle du film “Merci patron” de François Ruffin, est aux avant-postes du mouvement de contestation au projet de loi El Khomri. C’est lors de la première soirée “Nuit Debout” du 31 mars, après un discours enflammé place de la République à Paris, que nous l’avons brièvement questionné.

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Jean-Claude Michéa au Comptoir

Socialiste libertaire, communautarien et décroissant, qui n’hésite pas à tacler la gauche ou la religion du progrès, Jean-Claude Michéa n’est pas de ceux qui se laissent facilement enfermer dans une case. Une originalité qui lui a valu de nombreuses attaques de son propre camp – Frédéric Lordon, Philippe Corcuff, Serge Halimi, Luc Boltanski, Isabelle Garo et Jean-Loup Amselle, pour ne citer que les plus connus. Pourtant, depuis plus de vingt ans, le Montpelliérain s’échine à mener une critique radicale et originale du libéralisme et à réhabiliter les classes populaires et leurs pratiques – comme le football –, ignorées et méprisées par les politiques de droite comme de gauche. Nous devons en partie au philosophe la popularisation récente de l’écrivain George Orwell, ainsi que l’introduction en France de la pensée du sociologue et historien américain Christopher Lasch. Notre admiration pour ce « penseur vraiment critique », comme le qualifient les éditions L’Échappée, n’est un secret pour personne. Voilà pourquoi nous avons souhaité lui soumettre quelques questions. Vu la densité de ses réponses, nous avons décidé de les publier en deux fois.

 

Encart 1 : Michéa, Orwell et la common decency

Parmi les nombreux intellectuels régulièrement cités par Michéa – Debord, Castoriadis, Pasolini, Lasch, Marx, Proudhon, Rosa Luxemburg, etc. –, Orwell un occupe une place toute particulière. Michéa lui a consacré deux livres (Orwell, anarchiste tory, Climats, 1995 ; Orwell éducateur, Climats,‎ 2003). Farouchement socialiste, démocrate, antitotalitaire, critique de l’intelligentsia progressiste et amoureux des “gens ordinaires”, l’Anglais ne pouvait que séduire le Montpelliérain. C’est d’ailleurs en référence à Orwell que Michéa se décrit parfois de manière provocatrice comme “anarchiste conservateur” (ou “anarchiste tory”).

Il ne faut cependant pas se tromper sur cette expression, qui représente d’abord une boutade d’Orwell. À la suite du belge Simon Leys, Michéa note qu’elle ne représente pas une position philosophique, mais « constituerait la meilleure définition du “tempérament politique” de George Orwell » (Le Complexe d’Orphée, Climats, 2011). Pour lui, l’anarchisme tory naît de l’articulation du « sentiment légitime qu’il existe, dans les sociétés plurimillénaire des sociétés humaines, un certain nombre d’acquis essentiels à préserver », avec « un sens aigu de l’autonomie individuelle (ou collective) et avec une méfiance a priori envers toutes les relations de pouvoir (à commencer, si possible, par celles que l’on serait tenté d’exercer soi-même) ».

L’autre notion essentielle qu’il emprunte au Britannique est celle de common decency. Selon lui, c’est sur ce concept – souvent attaqué, notamment par Lordon, pour son manque de rigueur –, que doit s’appuyer tout socialiste, afin de sortir de l’alternative entre contrôle de la société par l’État ou par le Marché. Dans Impasse Adam Smith (Climats, 2002), il écrit qu’« il s’agit, d’un sentiment intuitif (Orwell dit parfois “émotionnel) des « choses qui ne doivent pas se faire », non seulement si l’on veut rester digne de sa propre humanité – on songe ici aux portraits de militants anarchistes dans Hommage à la Catalogne – mais, plus simplement, et peut-être surtout, si l’on cherche à maintenir les conditions d’une existence quotidienne véritablement commune. » Il faut également relever que le philosophe Bruce Bégout a consacré un excellent livre au sujet (De la décence ordinaire. Court essai sur une idée fondamentale de la pensée politique de George Orwell, Allia, 2008).

 

Encart 2 : Michéa, le libéralisme et la gauche

La thèse de Michéa sur le libéralisme est la plus originale et celle qui lui vaut le plus de critiques. Dans La double pensée (Climats, 2008), il écrit : « La philosophie libérale s’est toujours présentée d’une pensée double, ou, si l’on préfère, d’un tableau à double entrée : d’une part un libéralisme politique et culturel (celui, par exemple, d’un Benjamin Constant, ou d’un John Stuart Mill) et, de l’autre, un libéralisme économique (celui, par exemple, d’un Adam Smith ou d’un Frédéric Bastiat). C’est deux libéralismes constituent, en réalité, les deux versions parallèles et (ce qui est le plus important) complémentaires d’une même logique intellectuel et historique. » Ce passage mérite sûrement un petit éclaircissement.

Le libéralisme politique se fonde sur l’idée que chacun devrait pouvoir vivre ”comme il l’entend” sous la seule réserve qu’il ne “nuise pas à autrui”. De ce point de vue, il est déjà inséparable du libéralisme culturel, puisque dans chacun doit être entièrement libre de choisir le mode d’existence qui lui convient. Cette logique conduit donc inévitablement à la « désagrégation de l’humanité en monades, dont chacune a un principe de vie particulier et une fin particulière » et « l’atomisation du monde » selon les mots d’Engels, qui par définition sont incompatibles avec les exigences d’une vie réellement collective. Les défenseurs de ce libéralismes se retrouvent donc confrontés à l’obligation philosophique de chercher ailleurs que dans la sphère du droit abstrait un principe d’entente minimale qui, seul, pourra éviter aux individus, que le libéralisme culturel ne conduise mécaniquement à isoler les uns des autres et débouche au retour, sous une forme inédite, de la vieille “guerre de tous contre tous” par la judiciarisation des rapports humains. Il n’existe alors qu’une seule solution : adopter le langage commercial (« Dès qu’il s’agit d’argent, tout le monde est de la même religion » dixit Voltaire). Au final, l’échange marchand (le « doux commerce » de Montesquieu) finit par apparaître, comme le seul fondement anthropologique possible d’une société qui, au départ, se proposait seulement de protéger les libertés individuelles et la paix civile.

Le libéralisme représente alors « l’idéologie moderne par excellence » (L’Empire du moindre, Climats, 2007) et est inséparable du progressisme, c’est-à-dire de l’illusion d’un progrès linéaire et infini faisant table rase passé. Ce n’est cependant qu’après Mai-68 que les deux faces du libéralisme ont pu à nouveau se rencontrer. C’est ce que le philosophe communiste Michel Clouscard a nommé le « libéralisme libertaire » – il faut cependant noter que ce libertarisme petit bourgeois n’a aucun rapport avec le libertarisme socialiste d’un Proudhon, d’un Bakounine ou d’un Kropotkine – ou que Boltanski, pourtant ennemi déclaré de Michéa, a nommé le « nouvel esprit du capitalisme ».

Michéa considère « que les idéaux bourgeois libéraux ont triomphé du socialisme en le phagocytant » et déplore que ce dernier « ait accepté les thèses du libéralisme politique ». Le nœud de l’histoire se joue selon lui durant l’Affaire Dreyfus, moment où les socialistes ont été contraints de s’allier avec la gauche républicaine et libérale pour empêcher la droite (camp de la réaction, du monarchisme et du bonapartisme) d’accéder au pouvoir. Petit à petit, gauche et socialisme se sont confondus. Si un certain équilibre a longtemps perduré, il note dans Les Mystères de la gauche (Climats,‎ 2013) que la gauche depuis trente ans « ne signifie plus que la seule aptitude à devancer fièrement tous les mouvements qui travaillent la société capitaliste moderne, qu’ils soient ou non conformes à l’intérêt du peuple, ou même au simple bon sens ».

 

« Merci Patron ! », l’ovni cinématographique qui fait la nique aux riches

Article publié initialement le 10 février 2016 sur Le Comptoir avec Ludivine Bénard et Sylvain Métafiot

« Fâchés avec tout le monde, ou presque », qu’ils disaient. Ils doivent être bien embêtés, les journalistes de Fakir, maintenant qu’ils sont acclamés partout où ils vont. Le canard fondé par François Ruffin en 1999 délaisse cette fois-ci le papier pour nous en mettre plein les yeux. Avec le film “Merci Patron !”, l’heure de la réconciliation nationale, du moins entre les fameux 99 %, a sonné. Il ne peut en être qu’ainsi quand vous ridiculisez, pendant une heure trente, l’homme le plus riche de France. Avec, en fond sonore, cette chanson entêtante des Charlots, l’équipe vous emmène à Poix-du-Nord, dans le vrai ch’nord de la Picardie profonde, du côté des délaissés de la “mondialisation heureuse”, ceux dont le malheur a permis l’immense fortune de Bernard Arnault. Misère sociale, humour, renversements, secrets et mises en scène : rien ne nous est épargné dans ce voyage chez les deuxièmes classes de la vie.

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Renaud Garcia : « La démocratie représentative est une faillite totale »

Interview publiée le 11 novembre 2015 sur Le Comptoir

Renaud Garcia enseigne la philosophie dans un lycée. Spécialiste de Christopher Lasch, Pierre Kropotkine et Léon Tolstoï [i], ses recherches portent sur l’anarchisme, la critique sociale et la décroissance. Il a publié récemment Le désert de la critique – déconstruction et politique (L’Échappée) dans lequel il analyse les effets politiques à gauche et à l’extrême gauche de la pensée déconstructiviste (Jacques Derrida, Michel Foucault, Gilles Deleuze, Judith Butler, etc.) d’un point de vue socialiste et libertaire. Nous avons souhaité nous entretenir avec lui sur cet ouvrage, ainsi que sur les voies à envisager pour ceux qui espèrent sincèrement sortir du capitalisme, afin d’emprunter le chemin de l’émancipation sociale.

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Fabien Escalona : « Syriza n’a pas prétendu entraîner la Grèce sur le chemin de la révolution socialiste »

Article initialement publié le 7 septembre 2015 sur Le Comptoir

Fabien Escalona est enseignant à Sciences Po Grenoble et collaborateur scientifique au Cevipol (Centre d’étude de la vie politique de l’Université libre de Bruxelles). Ses travaux portent sur l’évolution de la social-démocratie en Europe ainsi que sur la gauche radicale. Il a notamment publié l’essai « La social-démocratie, entre crises et mutations » à la Fondation Jean-Jaurès. Nous avons souhaité nous entretenir avec lui sur les récents déboires de Syriza en Grèce et ses conséquences sur l’ensemble de la gauche radicale européenne.

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