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Jean-Yves Camus : « La mouvance soralo-complotiste veut profiter des Gilets jaunes »

Entretien initialement publié le 16 janvier 2019 sur Le Média presse

Jean-Yves Camus est politologue et spécialiste de l’extrême droite. Depuis 2014, il dirige l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès, think tank proche du Parti socialiste. Il est l’auteur de nombreux ouvrages. Le dernier, Les Droites extrêmes en Europe, co-écrit avec l’historien Nicolas Lebourg, est paru en 2015 chez Seuil. Il revient avec nous sur une réunion entre quelques personnalités d’extrême droite (Yvan Benedetti, Alain Soral, Hervé Ryssen, Élie Hatem et Jérôme Bourbon), ce samedi 19 janvier, en marge des Gilets jaunes.

Présents dès les premières manifestations des Gilets jaunes, Alain Soral, président de l’association nationale-socialiste Égalité et Réconciliation, Hervé Ryssen, essayiste « raciste et antisémite »selon ses propres mots, Jérôme Bourbon, directeur du journal Rivarol, Élie Hatem, représentant des Amis de l’Action française (1), et Yvan Benedetti, porte-parole du Parti nationaliste français, ont choisi d’animer ensemble une grande réunion publique ce 19 janvier 2019. Ce rassemblement au thème qui semble directement inspiré du Comité invisible, « La révolution qui vient », a pour objectif de tirer les Gilets jaunes vers l’extrême droite. Mais qu’est-ce qui rapproche réellement ces personnalités, en-dehors du nationalisme et de l’antisémitisme ? Quel danger pour le mouvement social représente cette réunion ? Qu’es-ce qui peut en sortir ? Jean-Yves Camus nous aide à répondre à ces questions.

Le Média : Une grande réunion publique doit se dérouler le samedi 19 janvier entre plusieurs personnalités d’extrême droite. Quelle sera son audience, selon vous ?

Jean-Yves Camus : Je voudrais déjà commencer par rappeler une évidence, que le vocabulaire utilisé par les médias, depuis le début de la crise des Gilets jaunes, a un peu brouillé. Ceux qui vont se réunir à cette occasion ne sont pas l’ultra-droite. Ils ne sont rien de plus que la vieille extrême droite de toujours dans sa version antisémite et complotiste. Ils affirment vouloir une révolution, qui se rapproche de ce que fut la révolution nationale du maréchal Pétain. Ils ne font pas mystère de leurs idées. Rivarol l’explique depuis 1951, numéro après numéro, chaque semaine.

Ce qui me semble « intéressant » dans cette réunion, c’est qu’elle nous permettra de mesurer le nombre de personnes touchées, en-dehors des cercles habituels. Ce genre de rencontres se déroulent plusieurs fois par an. Les anciens d’Europe-Action, les anciens ou actuels de Rivarol et la nébuleuse soralienne se réunissent souvent. Cette fois, il existe un risque. C’est qu’à la faveur du mouvement des Gilets jaunes, la mouvance soralo-complotiste morde au-delà de son auditoire habituel.

Pourquoi cela pourrait être le cas ?

Parmi ces gens qui sont descendus dans la rue pour des raisons d’ordre social, certains sont en recherche d’explications simplistes et globalisantes. Ils sont confrontés à un pouvoir qu’ils détestent, à tort ou à raison. Ils cherchent à comprendre comment il peut se maintenir. Certains ont l’impression qu’un pouvoir politique et un modèle social se maintient, depuis des décennies. Pourtant, de nombreuses personnes se mobilisent contre. Ils peuvent alors être tenté de rechercher une explication totalisante. Ils ont besoin de comprendre comment ce pouvoir se maintient contre un mouvement populaire qui rassemble des dizaines de milliers de personnes dans les rues. Mon explication, c’est que c’est tout simplement parce qu’il est majoritaire dans les urnes.

Le président Macron a été élu par 66% des voix. La seule manière légitime, selon moi, de changer de modèle, c’est de se mobiliser dans les urnes. Mais d’autres ne pensent pas de cette manière. Ils pensent que ce pouvoir tient parce qu’il y a des ressorts cachés derrière. Il survivrait de manière anti-démocratique et anti-naturelle. C’est là-dessus que joue Soral. Mais sa rhétorique est profondément nocive pour la démocratie. Plus on explique que le pouvoir se maintient par des causes, que l’on dirait en religion « supranaturelles », plus on éloigne de l’action politique. S’il y a quelque part des forces cachées et occultes qui tirent les ficelles, le premier réflexe est de se retirer du jeu politique.

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À une époque, les gens à la recherche d’explications globalisantes allaient du côté du marxisme et d’une vraie critique du capitalisme. Pourquoi ce n’est plus le cas ? Soral réussit-il grâce à sa rhétorique faussement marxiste ?

D’abord, pour mettre fin à une fable : Soral n’a rien de marxiste. Il est à la tête d’une entreprise lucrative, qui malheureusement marche relativement bien, et qui est dans le confusionnisme idéologique le plus total. Il n’a pas été gauchiste et le Parti communiste (PCF) a toujours expliqué qu’il n’en a jamais été membre.

Ceci étant dit, pourquoi une partie des électeurs ne va plus du côté du marxisme, comme elle le faisait avant ? D’une part, parce que la gauche a épuisé, me semble-t-il, un cycle qui est celui de sa participation aux affaires. Il existe une déception face au recentrage libéral de la gauche de gouvernement. Il faut se souvenir qu’en 1981 la référence marxiste, ou du moins socialiste, était encore bien présente. Il y a ensuite des questions sociologiques importantes. La classe ouvrière, telle qu’elle existait dans les années 1950, n’existe plus. C’est-à-dire que la classe ouvrière structurée avec une conscience de classe, une culture ouvrière et présente principalement dans les grandes entreprises industrielles du secteur manufacturier (sidérurgie, autres formes d’industrie lourde, etc.) a disparu ou est en voie de marginalisation. Enfin, toutes les études soulignent une déconnexion entre l’appartenance à la classe ouvrière et le sentiment d’appartenance à cette classe. Vous pouvez être objectivement, au sens des classifications de l’Insee, un ouvrier et ne pas vous ressentir comme tel. C’est particulièrement vrai chez les ouvriers spécialisés, qui ont l’impression d’appartenir à la classe moyenne. À l’inverse, un certain nombre de gens qui exercent des métiers très peu spécialisés, et qui vivent avec le salaire minimum ou juste en dessous du seuil de survie, considèrent qu’ils sont des précaires. Il faut y ajouter la baisse tendancielle de l’encadrement syndical, plus prononcée en France que dans d’autres pays européens, comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni. Voilà pourquoi l’offre marxiste souffre. À l’ère du digital et des nouveaux médias sociaux, il existe un problème avec la manière dont nous nous informons. Il y a un souci avec la hiérarchie, non pas du vrai et du faux, mais des informations qui nous parviennent.

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Je vais vous prendre un exemple concret. Sur BFM TV, je crois, j’écoutais un représentant des Gilets jaunes de Montargis. Il avait un discours structuré et positif. Il expliquait que sa participation au mouvement des Gilets jaunes avait changé sa vie, parce qu’avant il ne regardait que les émissions de télé-réalité et ne lisait pas les journaux. Il est passé du repli individualiste propre à la société postmoderne à un stade de « conscientisation », qui me paraît positif, grâce à un engagement dans un mouvement sociétal. Mais si on lit en creux, cela signifie qu’il y a quelques mois, il ne regardait que Koh Lanta et ne lisait rien. Combien il y a-t-il de personnes qui ne lisent rien en France ? Parmi elles, certaines s’informent quand même, mais ailleurs. Elles vont sur des « médias de réinformation », qui ont pour particularité de mélanger de l’information vérifiée, rapportant des faits exacts, du commentaire et de l’information beaucoup plus sujette à caution. Celles et ceux qui regardent ces sites ont le sentiment que les médias traditionnels sont intrinsèquement partie prenante d’un système qu’ils exècrent. Subitement, tout ce qui figure sur les « sites alternatifs » devient vrai.

Au-delà de l’antisémitisme et du nationalisme, ces personnalités d’extrême droite restent différentes. Une réconciliation est-elle possible ? Est-il possible de voir émerger un nouveau parti fasciste, comme l’a été le Faisceau dans les années 1920 (2) ?

Si on devait regarder dans les références historiques, on se dirait : « Le Cercle Proudhon est de retour ! » (3) Il faut d’abord voir que les groupuscules d’extrême droite embêtent politiquement le Rassemblement national (RN). Sur tous les plateaux télévisés, ils condamnent l’implication et la violence des groupuscules. Ils doivent être ennuyés par l’implication de certains, qui peuvent discréditer l’ensemble du mouvement.

Parmi les invités du 19 janvier, il y aura Maître Élie Hatem, qui se prétend représentant de l’AF, mais il appartient à une scission. Il s’agit d’une petite association du nom de « Amitié Action française », qui évolue dans un sens plutôt soralien. Les autres membres de l’AF ont suivi un autre chemin Ils ne s’écartent pas du maurassisme, mais considèrent qu’Alain Soral est au-delà de la ligne. Ils ne l’apprécient pas pour une quantité de raisons, qui ne tiennent pas à sa position sur le sionisme, mais à son confusionnisme, son absence de colonne vertébrale, à son absence de culture nationaliste, à son style de vie, etc. Pour plein de gens à l’AF, Soral n’est pas proche de la maison, ne serait-ce qu’intellectuellement.

Je ne crois pas en l’émergence d’un grand parti fasciste. Ces derniers temps, on a beaucoup affirmé que « l’ultra-droite » était en train de multiplier le nombre de ses adhérents. Pourtant, si nous prenons le chiffre donné par Christophe Castaner lui-même, il y a entre 200 et 300 personnes impliquées à Paris dans des heurts violents. C’est à peu près le même nombre que le noyau dur qui, après chaque manifestation contre la loi Taubira, allait de son côté au contact des forces de l’ordre. On a eu une mouvance qui agit par scissiparité.

Ensuite, ceux qui ont un peu d’expérience politique, y compris à gauche de la gauche, sait que les querelles d’egos prennent vite le pas dans cette famille. Les bisbilles, qui proviennent de la marginalité politique, finissent par provoquer des départs et des scissions. Les alliances sont éphémères. Très vite la scissionnite reprend le dessus. Nous sommes face à une mouvance qui est un véritable bouillon de culture. En plus, elle n’a plus de maison commune. Du temps de Jean-Marie Le Pen, c’était le Front national. Vous retrouviez un certain nombre de gens qui étaient tolérés par la direction et qui parallèlement militaient dans des groupuscules : Yvan Benedetti, Alexandre Gabriac et bien d’autres. Il y a eu des candidats monarchistes, même légitimistes, du FN. Il y a aussi eu des militants pro-Pétain, de l’Oeuvre française, etc. Marine Le Pen a mis fin à tout cela. L’une des premières mesures après son élection à la tête du FN, après le congrès de Tours de 2011, c’est précisément de rappeler l’interdiction de la double appartenance. Puis elle a pris des mesures de suspension, qui se sont transformés en départ définitifs, comme les militants de l’Oeuvre française, composé notamment d’Alexandre Gabriac et Yvan Benedetti. Ils étaient élus. Marine Le Pen s’est privée de gens qui localement, comme Benedetti était à Vénissieux, arrivaient à entrer dans des conseils municipaux avec des scores non-négligeables. Gabriac était quant à lui conseiller régional [Rhône-Alpes – NDLR].

Donc, je ne crois pas en l’émergence d’un parti fasciste. Pour les élections européennes, c’est très compliqué. Cela pose les questions des moyens. Cela peut être, comme cela a été plusieurs fois le cas, des annonces de listes communes, qui n’iront pas jusqu’au bout. Avec les listes RN et Les Patriotes, le créneau est en plus encombré.

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Et il semble également impossible de réussir à s’entendre avec Alain Soral…

En effet ! Il y a déjà eu une liste, celle de Soral et du Parti antisioniste aux élections européennes en Île-de-France, en 2009. Si les scores ont été malheureusement élevés, supérieurs à 5%, dans certaines communes, c’était dans un contexte particulier de très faible participation électorale. Il y avait aussi un effet parfaitement pervers. Dans les communes, comme Garges-les-Gonesses, Orly, Aubervilliers et Stains, où cette liste a réussi des scores impressionnants, ce sont autant de gens qui ont été éloignés de l’action politique. Regarder une vidéo d’Alain Soral n’est pas une action politique. Cela peut au mieux se transformer en geste commercial, si vous achetez ce que vous trouvez sur son site. Ce n’est pas un engagement associatif, ce n’est pas un engagement dans un parti politique, ce n’est pas une volonté de transformer la société. Cela vous laisse scotché derrière votre ordinateur à avaler la parole du gourou.

Notes :

(1) Le 12 janvier dernier, l’Action française a publié un communiqué afin de rappeler qu’elle n’avait plus aucun rapport avec Élie Hatem.

(2) Le Faisceau est un parti fasciste fondé sur l’exemple du parti de Mussolini, par Georges Valois, après une scission avec l’Action française.
(3) Cercle de réflexion réunissant autour de la figure d’Édouard Berth, disciple de Georges Sorel, des anarcho-syndicalistes et des monarchistes, relié à l’Action française (AF). Pour certain, cette synthèse nationale-socialiste aurait inspiré le fascisme.

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Eric Dupin : « Les identitaires espèrent pénétrer la société par une activité culturelle et idéologique intense

Entretien initialement publié le 26 avril 2018 sur le site Le Média presse

Éric Dupin est journaliste indépendant et collabore régulièrement à Slate.fr et parfois au Monde diplomatique. Auteur d’une dizaine de livres, il a publié en 2017 La France identitaire : Enquête sur la réaction qui vient (La Découverte). Il revient avec nous sur Génération identitaire.

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Comment Marion Maréchal-Le Pen organise son retour

Article initialement publié le 24 avril 2018 sur Le Média presse

Moins d’un an après son retrait de la vie politique, Marion Maréchal-Le Pen annonce l’ouverture prochaine de son académie de sciences politiques. Une initiative qui s’inscrit dans une stratégie plus large d’hégémonie culturelle.

C’était en mai 2017. La plus jeune députée de la Ve République décidait de ne pas se représenter pour un deuxième mandat à l’Assemblée nationale. Elle accordait alors un entretien-fleuve à Valeurs Actuelles, en forme de testament politique. « La droite traditionnelle et les classes populaires ont un souci commun, c’est celui de leur identité », pouvions-nous lire. L’ex-députée du Vaucluse précisait : « le souci commun de l’électorat de la droite conservatrice et de la France périphérique, qui n’ont pas le même rapport à la mondialisation, c’est le souci de la transmission de leurs patrimoines matériel et immatériel. » Se déclarant appartenir à « la droite Buisson » – en référence à l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, théoricien d’un populisme identitaire chrétien –, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen affirmait aussi pouvoir travailler avec Laurent Wauquiez, devenu depuis le patron de LR. Elle décidait néanmoins de se retirer, au moins temporairement, de la vie politique. Quelques semaines après, elle récidivait dans Eléments, magazine de la « nouvelle droite » néo-païenne. Presque un an après, Marion Maréchal-Le Pen annonce fièrement que son académie politique, « terreau de tous les courants de droite », sera inaugurée fin juin, pour une ouverture en septembre. Ce serait néanmoins une erreur de croire que l’ex-députée a chômé tout ce temps. Car en reprenant sa liberté et en se détachant de son parti, elle initiait une stratégie de conquête ambitieuse.

LE RETOUR DE LA LIGNE IDENTITAIRE

C’est le 28 novembre 2014 que Marion Maréchal-Le Pen apparaît vraiment comme une concurrente sérieuse à sa tante Marine Le Pen. Alors que cette dernière était réélue à la tête du FN avec 100% des suffrages exprimés, c’est un autre résultat qui attirait le regard des commentateurs : l’élection du comité central du parti d’extrême droite. Un duel s’annonçait entre Florian Philippot, représentant d’une ligne souverainiste nationale-républicaine, et la nièce de la présidente, héraut du courant libéral-identitaire. Le match n’a finalement pas eu lieu, puisque Marion Maréchal-Le Pen arrive en tête, alors que l’ancien chouchou de Marine Le Pen n’arrive que quatrième, derrière Louis Aliot et Steeve Briois. Après la Manif pour tous, à laquelle elle a activement participé, la petite-fille Le Pen devient la nouvelle chouchoute de tous ceux qui ne supportent plus la réorientation gaullienne de Philippot et veulent d’un FN à nouveau franchement à l’extrême droite, notamment sur les questions sociétales et identitaires. L’humiliation de Marine Le Pen au second tour aurait dû propulser la jeune femme. Elle opte pourtant pour un retrait. Trente-six ans après la publication de Pour un gramscisme de droite, l’élue du FN mettait – consciemment ou non – en pratique les enseignements de la nouvelle droite : la bataille politique se gagne par les idées, la « métapolitique ». Cette dernière sera son nouveau terrain de jeu.

En septembre 2017, des proches de Marion Maréchal-Le Pen fondent le magazine mensuel L’Incorrect. « Après la défaite en mai dernier des camps filloniste et mariniste, le moment apparaît idéal pour reconstruire sur ces ruines et essayer d’énoncer une nouvelle ligne idéologique, une vraie ligne de pensée et culturelle », explique Jacques de Guillebon, directeur de la rédaction, au site Boulevard Voltaire. Dans l’édito du premier numéro, il n’hésite pas à la citer, sans la mentionner. Si Marion Maréchal-Le Pen n’est pas directement aux manettes, ses proches travaillent à imposer ses idées, dont celle de l’union des droites.  Mais c’est en février de cette année que la nièce de Marine Le Pen réapparaît vraiment. L’ex-députée est alors invitée à prendre la parole à l’occasion de la CPAC (Conservative Political Action Conference), le rassemblement annuel des conservateurs américains de tous poils. Son discours intervient peu après ceux du vice-président américain, Mike Pence, et de Donald Trump. Quelques jours après, elle enfonce le clou avec un entretien à Valeurs Actuelles. « J’ai décidé de m’associer à la création d’une académie de sciences politiques, à côté d’autres activités professionnelles. L’école que j’accompagne est libre et indépendante. Il ne s’agit pas d’un projet partisan », expliquait-elle fièrement. L’objectif est de donner « des armes intellectuelles, culturelles, juridiques, techniques et médiatiques » aux militants. Le projet, auquel elle se greffe, est à l’origine une initiative de Thibaut Monnier, conseiller régional Front national et co-fondateur du mouvement Audace.

VERS L’UNION DES DROITES ?

Leur modèle est l’Institut de formation politique (IFP), qui depuis 2004 offre aux jeunes de toutes les droites, libérale, conservatrice, identitaire et souverainiste, une formation théorique. Pour Pascale Tournier, journaliste à La Vie et auteure de Le vieux monde est de retour (Stock, 2018), cet institut est au cœur de la montée en puissance des « nouveaux conservateurs », dans le champ politique, médiatique et intellectuel. Marion Maréchal-Le Pen y a d’ailleurs suivi une formation en mars 2015. Cependant, quelques différences sont à noter. Alors que l’IFP se situe à Paris, dans le XVIe arrondissement, Marion Maréchal-Le Pen a choisi une ville de province. Son dévolu s’est plus précisément jeté sur Lyon, centre intellectuel de l’extrême droite où se côtoient gudards, militants de l’Action française, identitaires de diverses obédiences, Bruno Gollnisch ou encore Charles Millon. Elle se rapprochera aussi géographiquement de son rival Laurent Wauquiez. Enfin, alors que l’IFP propose à des jeunes de 18 à 30 ans des séminaires en parallèle à leurs études, le soir et surtout le week-end, l’académie de Maréchal-Le Pen ambitionne d’être une formation diplômante.

En tout cas, depuis sa réapparition publique, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen occupe le terrain. Selon L’Express, elle aurait déjeuné le 21 mars dernier avec Patrick Buisson. Ce dernier est séduit par la nièce de Marine Le Pen. Il estime qu’elle « a compris que dans une société liquide comme la nôtre, les partis deviennent des obstacles. » « Elle a marqué les esprits en montrant son détachement à l’égard des mandats électifs, quand d’autres s’accrochent durant des lustres », précise-t-il. L’hypothèse d’une Marion Maréchal-Le Pen en « Macron de droite » en 2022 devient alors de plus en plus probable et inquiète certains, comme Rachida Dati qui s’est exprimée récemment sur le sujet. Car en se libérant de son parti, la jeune femme entend incarner la passerelle entre LR et le FN et se rêve en nouvelle Jeanne d’Arc. La concrétisation prochaine de son académie marquera une étape de plus vers ses ambitions.

Crédits photo : Remi JDN/ Wikimedia Commons

Eric Dupin : « L’identité est la passion des temps actuels, pour le meilleur et pour le pire »

Entretien publié initialement le 28 janvier 2018 sur Polony TV

Eric Dupin est journaliste et blogueur. Il a publié « La France identitaire. Enquête sur la réaction qui vient » aux éditions La Découverte. Il décrit ici l’impact de l’immigration sur les dimensions culturelles et identitaires de nos sociétés.

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Nicolas Lebourg : « Les exclus de la globalisation votent FN pour se protéger »

Entretien publié le 30 septembre 2016 sur Le Comptoir

Nicolas Lebourg est un historien spécialiste de l’extrême droite, chercheur à l’Université de Montpellier et membre de l’Observatoire des radicalités politiques (Orap) de la Fondation Jean Jaurès. Il crée en 2008 le site Fragments sur les temps présents, qui se réclame de l’éducation populaire et réunit des chercheurs travaillant sur les marges politiques. Il vient de publier « Lettres aux Français qui croient que cinq ans d’extrême droite remettraient la France debout » (Éditions Les Échappés). L’ouvrage rassemble dix lettres adressées à dix nouveaux électeurs du FN “dédiabolisé” de Marine Le Pen, afin de les dissuader de lui donner leur vote, sans jamais tomber dans le moralisme, la fascisation ou le misérabilisme.

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29 mai 2005: le «non» au Traité Constitutionnel, l’occasion manquée de la gauche de la gauche

Tribune initialement publiée le 29 mai 2015 sur Le Figaro Vox

Il y a dix ans, la gauche de la gauche s’était rassemblée pour dire non au Traité constitutionnel européen mais n’a pas su transformer l’essai. Kévin Boucaud Victoire analyse les raisons de cet échec.

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Départementales : le retour de l’épouvantail FN

Article initialement publié le 26 mars 2015 sur Le Comptoir

Comme prévu, le Front national a confirmé, au premier tour des élections départementales qui se sont déroulées le week end dernier, sa percée électorale, en obtenant plus de 24 % des suffrages exprimés. Comme nous pouvions également le prévoir, consternation, indignation et refus de la réalité se sont succédé, et le Premier ministre Manuel Valls s’est empressé d’appeler au « vote républicain » pour le second tour afin de masquer la déroute électorale de son parti, qu’il refuse d’admettre. C’est l’occasion de revenir sur la question du Front national qui, loin d’être une menace pour le système politique, est d’abord un épouvantail bien commode et ainsi l’idiot utile de ce système. 
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