Archives du mot-clé gauche

Construire le peuple ou unir la gauche ? Réponse à Gaël Brustier

Article initialement publié le 19 mars 2018 sur le Média presse

Dans un récent article pour le site Slate.fr, le politologue Gaël Brustier reproche à la France insoumise sa stratégie, qu’il qualifie de « populo-provocatrice ». D’habitude plus lucide, il semble passer à côté de la recomposition de l’échiquier politique en cours.

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Pourquoi la gauche doit être populiste

Article publié le 12 avril 2017 sur Vice

Tandis que le « populisme de droite » a le vent en poupe partout en Europe et aux États-Unis, une partie de la gauche entend elle aussi renouer avec le peuple. L’un de nos contributeurs nous explique pourquoi cela pourrait lui être salutaire.

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Grand entretien de Pierre Thiesset

Entretien publié initialement en deux parties sur le Comptoir le 27 juin 2016 et le 29 juin 2016

Journaliste à “La Décroissance”, Pierre Thiesset a également cofondé les éditions Le Pas de côté, qui viennent de publier avec L’échappéeLe Progrès m’a tuer. Leur écologie et la nôtre.” Cet ouvrage collectif regroupe les textes d’une quarantaine d’auteurs, dont Aurélien Bernier, Marie-Jo Bonnet, Jean-Claude Michéa, François Jarrige, Cédric Biagini, Dany-Robert Dufour, Agnès Sinaï, Vincent Cheynet, Serge Latouche et Mohammed Taleb. Nous avons souhaité nous entretenir avec Pierre Thiesset pour en savoir plus sur ce recueil, mais également sur la critique du Progrès qu’il porte, ainsi que sur la décroissance comme projet politique. Compte-tenu de la densité de ses réponses, nous avons décidé de publier cet entretien en deux parties. 

David Desgouilles : « La gauche a eu tort de snober le débat de l’identité nationale »

Article publié initialement le 5 juin 2015 sur Le Comptoir

Blogueur politique s’intéressant particulièrement à la droite française, David Desgouilles vient de sortir son premier roman, « Le bruit de la douche » (éditions Michalon). Dans cette uchronie pleine d’humour, l’auteur narre ce qui se serait passé si le scandale du Sofitel n’avait pas eu lieu et que Dominique Strauss-Kahn s’était présenté à l’élection présidentielle de 2012. Afin de ne pas passer pour le candidat des « élites mondialisées », l’ex-directeur général du FMI décide de prendre tout le monde à contre-pied et engage une jeune militante socialiste, Anne-Sophie Myotte, conseillère d’Arnaud Montebourg et proche de Jacques Sapir et Emmanuel Todd. Elle réussit à pousser DSK à mener une campagne anti-Terra Nova, afin de reconquérir les classes populaires, contre l’avis des strauss-kahniens de la première heure, dont Pierre Moscovici…

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Aurélien Bernier : « Les classes populaires se sentent profondément trahies par la gauche »

Entretien initialement publié initialement sur Le Comptoir le 10 novembre 2014 et co-réalisée avec Aurélien Beleau, Noé Roland & Galaad Wilgos

Aurélien Bernier est un essayiste et militant politique proche de la gauche radicale. Ancien membre du conseil d’administration d’Attac et du M’Pep, sa réflexion s’articule principalement autour de l’écologie — dont la décroissance —, le souverainisme et l’internationalisme. Il est notamment l’auteur de « Désobéissons à l’Union européenne ! » (éditions Mille et une nuits), « Comment la mondialisation a tué l’écologie » (idem) et « La gauche radicale et ses tabous : pourquoi le Front de gauche échoue face au Front national » (édition Seuil). Nous avons souhaité discuter avec lui de plusieurs sujets au cœur du débat politique : l’Union européenne, la souveraineté, l’écologie et la décroissance.

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« Le rap, c’est l’argent qu’on n’a pas à mettre dans les psy » l’interview Jamais 203

Interview publiée le 25 novembre 2013 sur Sound Cultur’ALL

Mokless
Jeanne Frank ©

Trois MC’s, trois générations, trois univers mais un seul projet. Jamais 203, c’est l’alliance d’un jeune égotrip (Guizmo), d’un ancien que l’on classerait vulgairement dans le « conscient » (Mokless) et d’un punchlineur fou (Despo Rutti). On se retrouve face à une combinaison que personne n’attendait mais qui se révèle à la fin terriblement efficace. C’est pour cette raison queSound Cultur’ALL a eu envie de rencontrer les 3 rappeurs. Finalement, seuls Mokless etGuizmo sont disponibles pour l’entretien… Mais Despo arrive pour la toute fin. Jamais deux sans trois, il paraît…

Sound Cultur’ALL : Vous venez de sortir votre album commun Jamais 203, quels sont les retours sur ce projet ?

Guizmo : Ils sont divers et variés. Certains ont aimé tout de suite, d’autres ont mis du temps et les derniers n’ont pas aimé cette combinaison. Il y a du bon comme du mauvais. Mais il y a beaucoup de bon. Je suis beaucoup connecté sur les réseaux sociaux et les réactions sont encourageantes.

Mokless : On avait déjà balancé 5 titres, soit 30% du projet. Là, on est à une semaine de sortie de l’album [ndlr : l’interview a été réalisée le 5 novembre]. Je pense que le public était  sceptique au départ. Les gens se demandaient ce que c’était et ne comprenaient pas le mélange de nos 3 univers. Ils attendaient les solos de Despo et Guizmo ainsi que mon prochain projet avec la Scred.

SC : Justement vous possédez chacun votre univers. Comment vous êtes-vous enrichis mutuellement ?

G : Je pense que Mokless m’a énormément apporté niveau écriture. Pour ce qui est de la tournure des punchlines et de l’interprétation, c’est Despo qui m’a inspiré. Après je ne sais pas ce que je leur ai apporté mais je pense que ça a été réciproque.

M : Moi, Guizmo m’a apporté sa fougue, sa jeunesse, son amour du risque et son côté « je suis le meilleur ». Il m’a transmis un vrai esprit de compétition qui m’a permis de me relancer. J’ai beaucoup appris de lui. On a beau être un ancien, on a toujours à apprendre, même d’un jeune. Guizmo est d’une autre génération et possède les codes de la jeunesse actuelle : il sait leur parler. Il m’a appris de ce côté. Sur le plan musical, c’est un MC qui prend des risques sur des sons actuels, donc il m’a emmené vers de nouvelles pistes.

SC : Et comment s’est déroulée la création de l’album ? Pour les choix d’instrus ou de thèmes par exemple ?

G : C’était un peu tout le monde ! Parfois c’était moi, d’autre fois Despo ou Mokless. Willy [ndlr : deYonea & Willy, les producteurs des 3 MC’s], qui a réalisé l’album presque dans sa totalité, a beaucoup participé.

M : Oui il nous proposait par exemple souvent des instrus qui l’inspiraient. Il suggérait aussi des thèmes. Et puis parfois, j’avais un texte en tête et je me disais qu’il pouvait bien coller sur l’instru. Pareil avec Guizmo ou Despo. Chacun a apporté sa pierre à l’édifice. Yonea aussi a participé. Parfois quand j’écrivais, je lui demandais des conseils. Il pouvait par exemple me perfectionner certaines punchlines. C’était un vrai partage avec beaucoup d’échanges.

SC : Vous avez parlé de Yonea & Willy, quel rôle ont-ils joué dans la conception de l’album ?

G : Déjà Willy a réalisé et produit le bum-al. Yonea était peut-être plus en retrait mais il produit également et a été présent sur quelques réalisations. Ils ont une grosse partie du boulot sur les épaules.

M : Pour moi Willy est la colonne vertébrale de ce projet : il a été sur tous les morceaux, même si parfois il nous laissait carte blanche sur des titres. C’est grâce à lui que le disque ne fait qu’un. On est beaucoup à apporter notre patte mais au final il n’y a qu’un CD, qu’un album, qu’un projet. Après plusieurs écoutes, on ressent cette unité.

« Quand tu vas faire des ateliers avec des petits jeunes, ça favorise ton amour pour le mouvement. Ça ne crève jamais, il y a toujours un truc à faire dans le pe-ra, c’est chant-mé. »Guizmo

SC : Comment vous concevez le rap chacun ?

G : Le rap c’est un exutoire, c’est l’argent qu’on n’a pas à mettre dans les psy.

M : Pour moi le rap c’est toute ma iv. J’ai commencé jeune et j’ai fait que ça. Je suis beaucoup impliqué dans mon rap. J’aime ça. Quand je me lève le matin, j’ai envie d’écrire mes pulsions sur une feuille. Faire du son, des concerts ou échanger avec le public sont devenus mécaniques. Je me suis habitué à trainer avec des gars qui font du pe-ra, à avoir le même langage, les mêmes codes, la même passion. Le hip hop c’est un tout et ce n’est pas forcément Skyrock, Booska-P et Génération. Je respecte ces trois-là mais le hip hop va beaucoup plus loin. Il y en a dans toute la France comme par exemple avec les ateliers. Par exemple récemment on s’est retrouvé à Set dans la ville de Demi-Portion et on a partagé de vrais moments de hip hop.

G : Mais même quand tu vas faire des ateliers avec des petits jeunes, ça favorise ton amour pour le mouvement. Ça ne crève jamais, il y a toujours un truc à faire dans le pe-ra, c’est chant-mé.

« Si tu as envie de vivre du rap, il faut te bouger le cul. Si tu restes là à faire ta reusta et à attendre ta Sacem, il n’y a pas de soucis. Mais dans ce cas, bonne chance ! » Mokless

SC : Mokless, t’as parlé de Demi-Portion. Comment s’est passé le featuring avec lui et celui avec Le Rat Luciano ?

G : C’est moi qui suis allé voir Le Rat à Marseille et je suis remonté avec son couplet et le mien. Les autres ont posé leurs couplets sur Panam. Quant à Demi-Portion, c’est la famille, c’est un artiste Y&W : il a posé ici.

M : Il vient souvent à Paris. En plus, c’est un artiste qui gravite autour de nous. On l’a déjà invité respectivement sur nos albums. C’était un plaisir de l’inviter encore sur ce projet-là. Il y a aussi eu Shotla de Barbès Clan.

G : Et puis Haroun et Koma de la Scred !

SC : Ça c’est la famille !

M : Voilà ça c’est la famille on va dire. Mais Demi-P aussi.

SC : Vous avez un peu évoqué la question sur Rapélite mais vous vivez du rap ?

G : Ah on fait des millions mais on ne le dit pas à chaque interview, sinon on va se faire taxer ! (rires)

SC : Mais n’avez pas à travailler à côté ?

M : Millionnaire, c’est de l’ironique quand il dit ça.

SC : J’avais compris !

M : Mais honnêtement on vit du rap. On fait des concerts, on sort des projets, on s’occupe dumarchandising et de plein de choses qui gravitent autour du rap. Si tu as envie de vivre du rap, il faut te bouger le cul. Si tu restes là à faire ta reusta et à attendre ta Sacem, il n’y a pas de soucis. Mais dans ce cas, bonne chance ! Mais ce n’est pas ma finalité. Le gent-ar est venu après. Moi, quand j’ai commencé à faire du rap, je ne vais pas te mentir, il n’y avait pas d’argent. Il y avait 4 M&M’s et une bouteille d’Oasis (rires). Et un jour on m’a donné un cachet, on m’a dit « tiens ! ». On m’a proposé de faire et vendre des t-shirts. Après j’étais lancé : j’ai fait des concerts, j’ai fait monter mon blaze et je me suis rendu compte qu’il y avait finalement de l’argent dans le rap et que je pouvais en vivre. Donc pourquoi j’irais chercher du taf et charbonner pour un patron qui me casse les c*** ? Je préfère vivre de ma passion même si je ne prends pas des 10 000 euros par mois. Mais au moins ça va, Dieu merci. Il y a à manger dans le frigo donc tout va bien.

Mokless
Jeanne Frank ©

 

 

SC : Vous êtes un peu des représentants des quartiers « populaires ». Est-ce que vous avez vu des choses changer depuis que Sarkozy n’est plus au pouvoir ?

G : C’est pareil. Quand il était là, on baisait tout parce qu’il disait qu’il aurait notre peau et qu’on ne ferait rien. Maintenant qu’il s’est taillé, on était déjà tellement habitué à tout baiser qu’on n’a pas arrêté.

M : La gauche c’est comme la droite et la droite c’est comme la gauche. PS ou UMP, c’est de la merde. C’est pareil. Je vais même te dire un truc. Quand tu me demandes si j’ai remarqué un changement, je vais te dire que oui. En bas de chez moi, il y avait un rue où on trouvait une quinzaine de chard-clo qui s’abritaient. Depuis que la gauche est passée, ils ont mis de gros pots de fleurs à cet endroit-là et les sans-abris ne peuvent plus y rester. Et j’ai compris que ça avait changé : la gauche n’a pas la volonté de s’attaquer à la misère, elle veut juste la déplacer. Elle n’est pas là pour régler les problèmes mais pour les cacher. Mais c’est normal. S’ils étaient réglés, les politiques n’auraient pas de boulot. Imagine si tout le monde mettait ses papiers à la poubelle : le service de propreté de Paris n’aurait plus d’utilité. Là c’est pareil : ils entretiennent les problèmes. Comment ça se fait qu’en France, des gens crèvent de faim ? C’est comme de l’esclavage ! On est en 2013, des patrons s’en mettent plein les poches et pendant ce temps, certains n’ont pas d’appartement. Les footeux gagnent des millions pour taper dans un ballon. On va attendre le Qatar pour sauver la France ou quoi ? Franchement c’est abusé : le constat est triste. Mais c’est un constat sur la société. Nous on est là et on s’en sort mais combien de nos frères galèrent ? Et je ne te parle pas que des mecs de cité. Même pour le petit çais-fran dans son quartier de che-ri c’est triste. L’avenir est sombre. Droite ou gauche : je ne vois pas de différence. Je me demande sincèrement où est le parti qui va nous représenter ? Mais on manque de repère. Dans les livres d’histoire, ils ont sauté les lignes. Et encore je trouve que ma génération passe encore. Mais celle qui arrive derrière c’est pire : ils n’ont rien dans la tête. Leur mentor c’est un rappeur. Nos textes sont leur Bible. Ils écoutent les rappeurs et les voient comme des dieux.

G : Combien de rappeurs ont envoyé des mecs au placard ? Ils les ont envoyé braquer ou dealer.

M : On est tous complices du mal à notre échelle. Chacun participe à ces conneries. Même nous, sans te mentir, on a dû enfoncer des gens. Mais on essaie de limiter la casse. Quand dans une chanson je dis : « complice du mal, je vois le monde qui se dégrade », c’est que je le comprends. Je suis là à acheter des Nikes. Je vis dans une contradiction. Il va peut-être falloir changer des choses. Il faut que chacun commence à balayer devant sa porte si on veut que les choses changent pour nos gosses.

SC : Vous vous posez en exemples en écrivant vos textes ?

M : Oui ça arrive mais pas toujours. Parfois, on veut partager un message. Mais d’autres fois, je peux être dans un état second, en écrivant et ne penser qu’à délirer, loin de ces problèmes-là. On peut avoir envie de faire des trucs plus légers. Il ne faut pas oublier qu’on fait de la musique avant tout. On n’est pas des politiciens.

G : On fait surtout du divertissement.

M : Oui, c’est un juste milieu à trouver. En tant que rappeurs, on est dans le système. On ne peut pas se prétendre « antisystèmes » alors qu’on vit dedans. Il faut être cohérent. On se doit de jouer le jeu. Sinon, je rappe dans ma chambre pour mes 4 cousins. Ce que je veux, c’est qu’est un maximum de personnes puisse m’écouter dans toute la France, voire dans le Monde entier. Je suis un artiste, j’ai envie d’être écouté et de vivre de ma musique, c’est normal. Mais si on peut vivre de notre musique sans envoyer nos petits refrès dans le mur, ça serait formidable.

G : Je pense pareil que Mokless. Oui, on est des défenseurs et des porte-parole du tier-quar. Mais on veut aussi montrer aux petits qu’on se lève pour faire notre truc et qu’on galère pour réussir. C’est parfois compliqué, il y a de longues périodes sans voir nos familles. En tournée, il nous arrive d’être fatigués et de ne plus avoir de voix mais il faut donner un maximum au public. Ce sont des sacrifices. On veut pousser les autres à faire comme nous, même si c’est hors du pe-ra.

SC : Et la montée du FN dans les médias, ça vous inquiète ?

G : Non. C’est juste qu’il ne se passe plus rien. Mohamed Merah c’est fini, les cités c’est passé, Ben Laden n’est plus là. Il faut un truc à donner aux gens. Mais c’est juste un coup de pouce pour la gauche. Tout le monde dit que Marine va passer mais, à mon humble avis, elle n’ira nulle part. Les politiques ont juste besoin d’une opposition forte pour créer des débats et garder la population en haleine.

M : Le FN va à l’encontre de ce que je pense et de ce que je suis. Ils ont tellement dit de conneries que pour moi ce parti est la peste. Mais pour moi, on n’a pas besoin d’être du FN pour être un enfoiré. Tu prends un mec commeValls, il ne vaut pas mieux que le FN. Aujourd’hui, les mecs de gauches ne sont pas différents du FN : ils ne peuvent pas nous piffrer, nous les arabes et les noirs. Ils ne nous aiment pas, c’est du mytho, de la poudre aux yeux. Certes, j’ai invité Olivier Besancenot dans mon album parce que je me reconnais dans son combat. Mais la politique ce n’est pas trop mon truc. J’aime en parler dans mes textes parce que la vie c’est la politique. Si tu n’as pas compris ça, tu n’as rien compris. Quand on évoque la précarité, quand on parle de conflits internationaux, tout ça c’est politique et on s’y intéresse. Je veux comprendre le pourquoi du comment. Je vais te dire, c’est la gauche qui a expulsé Léonarda, pas la droite. Pas besoin d’être au FN pour faire des trucs crapuleux. Regarde Lampedusa : les gens crèvent et la gauche au pouvoir ne fait rien contre ça. Regarde ce qui se passe dans le monde arabe. Aujourd’hui, on regrette Khadafi. En tout cas, le constat est triste et amère. Des gens qui pensent que l’Europe est l’Eldorado et qui prêts à perdre leur vie dans des barques, il y en a des tonnes. Moi, j’en connais. Combien de famille brisées ou de gens qui sont partis et jamais revenus ?

SC : On va en revenir un peu plus à vous. Guizmo, t’en es où de tes albums tous les 6 mois ?

G : J’ai fait Normal. Puis 6 mois après, j’ai fait La Banquise. Puis 6 mois après, j’ai fait C’est tout. Puis, il y a l’EP avec Mokless et Despo, et moins de 6 mois après, il y a l’album. Là, je suis sur un solo.

SC : Tu ne t’es pas avancé un peu trop tôt ?

G : Non, c’est ce que j’avais envie de faire. Je ne suis plus un zonard. Avant d’être signé sur Y&W, j’étais un chien de la casse, je n’avais pas de maison, j’étais tout le temps fonce-dé. Je ne me respectais pas beaucoup. Je vivais comme un rat. C’était sûrement inconsciemment mon moyen de tout quitter : la rue et les galères. C’était ma seule alternative. J’ai décidé de me consacrer au rap et de ne rien faire d’autre à côté. Quand tu es rappeur, tu dois te consacrer à ta musique. Si tu es contrôleur à côté, tu n’es pas un rappeur, tu es un contrôleur qui fait du rap. Si tu es caissier, tu es un caissier qui fait du rap. Mais dans ce cas, tu n’es pas un rappeur ! J’ai décidé d’arrêter le rap de chambre et d’en faire ma vie. Et ce n’est pas plus mal. Ça m’a fait ralentir la tiz et le bédo. Ça m’a fait arrêter dormir n’importe où et n’importe comment.

« La France avec son système scolaire nous a rendus démissionnaires. » Guizmo

SC : Et Mokless, tu conseilles toujours aux jeunes de France de se barrer ?

M : Ça dépend des destinations. Il reste de bons endroits. J’ai beaucoup de potes qui s’en sortent bien à Londres ou Berlin. En plus, ce n’est pas loin et ce n’est pas cher d’y aller. Rio, il y a la Coupe du Monde qui dynamise la ville.

G : Il y a Milan et Rome.  Ils peuvent aller en Espagne. Il y a des coins qui bougent. En France, on n’a pas ce respect des étudiants. Regarde aux Etats-Unis, même pour leurs remises de diplômes, ils ont de grandes cérémonies avec leurs familles.

M : C’est vrai qu’en France, les jeunes sont mal renseignés sur leurs études.

G : En France, on croit que les étudiants allemands ou américains sont cons. D’accord nos programmes scolaires sont 10 fois plus poussés. Mais qui va à l’école ? C’est comme si j’avais une Rolex mais que je ne savais pas lire l’heure. Ça ne sert à rien ! Carrément maintenant ce sont les parents qui demandent d’envoyer leurs enfants en professionnel. Ma propre mère a dit à mes frères et moi « la vie est comme ça, certains sont faits pour l’école et d’autres non ». La France avec son système scolaire nous a rendus démissionnaires. On devrait normalement glorifier le travail. Ce n’est pas normal qu’un petit de 10 ans rentre chez lui en stress. Les profs ne connaissent pas l’exigence de nos parents vis-à-vis du travail scolaire. Le petit doit rentrer chez lui, la boule au ventre, il a des devoirs à faire et un mot dans son carnet à faire signer. Et le lendemain, il se fait réprimer par le prof qui lui apprend que Charlemagne est son ancêtre, alors que son père ne parle pas un mot de français. Aujourd’hui, les enfants ne vont à l’école que pour papa et maman. La plupart des gens qui ont le bac s’arrêtent juste après. Ils passent le bac parce que ça fait bien de ramener un diplôme à la maison. Ils en ont rien à foutre et savent qu’ils ne feront rien avec. J’ai même des potes qui ont des licences d’histoire à la Sorbonne et ils ne font rien avec ça. Il n’y a pas de boulot pour eux. Ils finissent par passer le BAFA et devenir moniteurs de centres-aérés.

M : Non mais c’est sûr que partir peut toujours être une bonne chose dans la vie. Ce n’est pas « barrez-vous ! » juste pour se casser de la France mais « barrez-vous » pour revenir plus fort. Les jeunes étudiants français sont très mal renseignés sur leurs possibilités. On est tellement mal renseignés qu’on croit qu’Erasmus c’est une compagnie aérienne. Il ne faut pas avoir honte et peur d’avouer qu’on tourne en rond ici. Partir, c’est mieux que la routine. Imagine que tu n’arrives pas à avancer ici, que tu envoies des CV partout mais qu’on te recale. Il vaut mieux partir, découvrir d’autres mentalités et d’autres gens. Tu apprends une autre langue et tu découvres une autre culture. En France, il y a trop d’assistanat. Il faut que les jeunes se prennent en main. Il faut insuffler aux jeunes une motivation.

G : Il est là le problème Mokless. Les gens sont trop assistés. Dans certains pays européens, dès le collège, on oriente les jeunes vers un cursus qui leur apprend un vrai métier. A la fin, ils font ce pour quoi ils ont été formés. Il n’y a qu’en France, frère, où tu vas voir des mecs avec un BTS électrotechnique qui sont commerciaux ! Pourquoi il y a une séparation entre deux Frances ? Parce que la spécialisation ne marche que pour les boulots de merde. Si tu n’as pas envie des artisans, cordonnier ou charpentier, ect, tu ne trouves rien. Il y en a qui ont cet esprit du terroir français mais combien ? En France, tu fais un CAP cuisine ou hôtellerie, t’es sûr d’être cuistot ou d’aller servir des gens. Par contre pour devenir chimiste ou faire des études de balistique pour entrer dans la police scientifique c’est plus compliqué. Et sans oublier les différences de salaire : le type de la PJ a plus de mérite que le mec qui bosse 16h par jour sur les chantiers ? On dévalorise certains métiers. Et c’est comme ça dès l’école. On dévalorise certaines écoles. Mais les écoliers sont tous les mêmes. Du mec de cité à celui du 16ème, ils sont pareils. Ils veulent draguer des meufs et leur moment préféré, c’est quand ils ont 2h pour manger le midi. Ils aiment se poser avec leurs potes et si, avec un peu de chances, ils ont leurs diplômes, tant mieux : ça fait plaisir aux parents. Ce n’est pas normal. On a par exemple des formations payées : tu te lèves le matin pour aller bosser et apprendre un métier et ce n’est pas respecté. Aux states, c’est respecté.

« Les jeunes étudiants français sont très mal renseignés sur leurs possibilités. On est tellement mal renseignés qu’on croit qu’Erasmus c’est une compagnie aérienne. » Mokless

SC : Oui mais à chaque système ses défauts. Aux States par exemple, les études coûtent beaucoup plus chères qu’en France. Des gens s’endettent à vie pour les études de leurs enfants.

G : Les études supérieures, coûtent chères mais c’est normal.

SC : En France, la fac est gratuite ou presque…

M : On est d’accord qu’il y a des trucs biens en France et on ne va pas cracher dans la soupe.

G : Mais les études supérieures qu’ils payent là-bas sont équivalentes ici à HEC. HEC tu payes aussi en France.

SC : Tu payes beaucoup moins qu’à Harvard !

G : Oui mais quand t’es diplômé d’Harvard, t’as assuré tes arrières pour toute ta vie.

SC : Pour en revenir à toi Mokless, c’est quoi la suite avec la Scred Connexion ?

M : On a créé un site depuis plus d’un an. On a une scred radio. Et il y a surtout un album en préparation d’ici 2014. L’aventure continue avec Haroun, Koma et Morad. On fait pleins de concerts. La Scred est toujours là et on ne s’est pas séparés. Jamais 203 n’annonce pas la fin de la Scred Connexion, juste qu’un mec du crew a sorti un album avec deux autres MC’s.

SC : Et un projet solo à venir ?

M : Oui, j’ai mon album, L’Ironie du son, qui va aussi sortir en 2014. Je vais balancer quelques extraits avant. Le Poids des Mots aura une suite.

SC (pour Despo Rutti qui nous a rejoint depuis peu) : Despo, sur Rapélite tu disais que l’album était un classique. Tu assumes toujours ?

Despo : Bien sûr, j’assume toujours ce que je dis. Ce disque c’était un challenge, maintenant il y a peu de gens qui prennent des risques donc j’assume et je suis fier de cet album. Et je suis aussi content d’avoir collaboré avec Mokless et Guizmo sur tout un projet. On en reparlera dans quelques années et on sera contents de l’avoir fait !

SC : Ça fait un bail qu’on attend ton solo, il en est où ?

D : Mon prochain album sortira en 2014, il en quasiment fini, je suis impatient de le présenter !

SC : Un mot pour finir ?

M : On n’a pas dit notre dernier mot !

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Doc Gynéco : « Les cités sont remplies de footballeurs et de rappeurs qui ont raté leur carrière. »

Entre son humour, son style nonchalant et sa passion pour le ballon rond, Doc Gynéco est un personnage atypique dans le monde du rap. Malgré une carrière en dents de scie, celui qui se revendique « chanteur de rap » restera à jamais l’auteur de l’un des meilleurs albums de l’histoire du rap français : Première consultation. Alors que beaucoup pensaient sa carrière finie, Bruno Beausir de son vrai nom a annoncé un retour imminent. L’occasion pour RAGEMAG de le rencontrer à son entraînement à Courbevoie pour parler football et rap.

Tu es un grand passionné de foot. Que penses-tu de la nouvelle formule du PSG ?

C’est toute une histoire depuis que le Qatar a pris le pouvoir ! Cette équipe a de l’argent mais plus d’âme. Ça ne sera même pas profitable au football français, d’ailleurs est-ce qu’il y a des joueurs français dans cette équipe ?

Dans le 11 type, il y a Blaise Matuidi, voire Adrien Rabiot de temps en temps.

C’est bien ce que je dis. Deux, c’est rien !

Mais s’ils font un jour comme l’OM de 1993 et remportent la Ligue des Champions ?

Ils n’auront jamais l’esprit. Ils pourraient faire mieux que Marseille sur le plan sportif mais pas sur le plan humain. C’est juste une machine de guerre comme dans Ocean’s Eleven. Avec l’argent qu’ils investissent, ils vont devenir les Harlem Globetrotters du foot et recruter le joueur qui serait capable de marquer en pétant ? (il éclate de rire) Mais nous on s’en fout, on n’a pas besoin de joueurs qui savent tout faire. Une équipe doit avoir une âme et un esprit. C’est une équipe composée de bêtes curieuses.

Selon toi, Paris, Monaco et leur pléiade de stars vont-ils rendre la Ligue 1 plus attractive ?

Ces équipes sont trop financières. Ce n’est que du business tout cela. Le football français a besoin de Guy Roux ou d’Arsène Wenger. Ils ont une âme et vont chercher des joueurs inconnus pour les lancer. Un type comme Eto’o, c’est une belle histoire : son manager me racontait qu’il était tellement pauvre que la première fois qu’il a goûté à un yaourt, il avait 18 ans.

Eto’o est pourtant souvent décrit comme un joueur égoïste et vénal.

Malheureusement, oui. Mais en réalité, il vient d’une case surpeuplée où ils dormaient à même le sol. Elle est là la vérité. Il a connu la misère. Bref, il n’y a plus qu’Arsène et Guy Roux qui ont encore cette culture de lancer de jeunes joueurs français qui nous ressemblent. Et ça nous fait plaisir, car le foot est notre opium à nous. On ne lit pas Jean-Paul Sartre : pour se distraire on n’a que le foot. Regarde Djibril Cissé : c’est Guy Roux qui l’a fabriqué. Aujourd’hui, il fait le malin et le mec fashion mais ce n’est pas vrai. Je l’ai vu petit, quand Guy Roux le sortait, il lui ordonnait de mettre sa veste pour qu’il n’attrape pas froid.

On sait que les rappeurs et les joueurs de football s’apprécient : quel lien vois-tu entre rap et foot ?

Le lien, c’est la cité ! On vient de la rue, du même monde. Et puis, le foot et le rap c’est un rêve pour tout le monde. Le rêve suprême d’un mec de cité c’est de monter une équipe de foot ou une maison de production de rap. Les filles sont les plus sérieuses aux quartiers, elles réussissent mieux (rires). Mais les ghettos sont remplis de footballeurs et de rappeurs qui ont raté leur carrière.

Et que penses-tu de l’affaire Evra ?

Je crois que les joueurs ne devraient pas trop parler de trucs comme ça. Ils ont un sport qui est au centre de la société, c’est vrai. Tout le monde est focalisé sur les grandes compétitions, que ce soit la Coupe du Monde ou l’Euro. Paraît que certains tueraient leur femme pour ça. Mais les footballeurs ne sont que des pions. Quand un club t’a acheté 100 millions, pour lui tu n’es rien d’autre que de l’argent, il ne s’attend pas à ce que tu l’ouvres. Ils ne devraient pas s’exprimer si ce n’est pour le caritatif.

Dans une interview récente à France Info, tu dénonces le rap bling-bling et  déclares que le rap est une musique de droite qui s’imagine de gauche dans sa Ferrari. N’est-ce pas contradictoire avec le soutien à un Président de droite largement décrié pour son côté bling-bling ?

Pas du tout ! Parce qu’à l’époque j’ai voulu marquer les esprits. J’ai vu que le rap tournait en rond. Comment faire la différence entre un mec qui écoute du hip hop et un mec qui écoute du hard rock ? Rien, si ce n’est qu’ils ont chacun été pris par un souffle différent. Un chanteur peut réellement changer la phase du monde, la musique c’est quelque chose de très fort. Quand je me suis associé à Sarkozy, j’aurais pu soutenir aussi un candidat de gauche. C’est la politique qui est réductrice car elle a toujours été en dessous de ce que nous sommes réellement. Ségolène Royal m’aurait appelé, j’aurais été la voir. Le but est que les gens réussissent et s’en sortent. Quant à ma personne, elle n’est jamais trahi que ça soit avec l’extrême gauche ou l’extrême droite. Mais il faut comprendre que beaucoup de rappeurs sont passés par la gauche pour faire croire qu’ils s’intéressaient au peuple afin de vendre n’importe quoi à n’importe qui. Ceux-là sont des hypocrites qui servent le système et c’est moi qui suis intègre. La preuve, c’est que je suis ici et pas à Los Angeles en train de sniffer de la coke où je ne sais quoi d’autre.

« Il faut comprendre que beaucoup de rappeurs sont passés par la gauche pour faire croire qu’ils s’intéressaient au peuple afin de vendre n’importe quoi à n’importe qui. »

Tapis avec qui tu as chanté est aussi le symbole des dérives bling-bling de gauche…

D’un angle journalistique, tu as raison. Normalement, je n’étais pas sensé discuter avec toi. J’ai grandi près des poubelles, à Porte de la Chapelle. Allez y faire un reportage, vous verrez ce que c’est. Moi je ne suis ni un journaliste, ni un politique. Tapis ça reste le mec qui a fait gagner la Ligue des Champions à Marseille en 1993. Je ne suis peut-être pas assez intelligent mais j’agis avec mon cœur et pas par calcul.

Mais au-delà du bling-bling, le hip hop peut être perçu comme une culture provenant des quartiers dits « populaires ». Tu ne trouves pas que l’association à la gauche est logique ?

Non parce que ce discours est mort. Depuis longtemps, les quartiers ont compris que la gauche les a trahis et qu’elle se sert d’eux pour obtenir des voix. Même s’il y a quelques représentants de « couleur », personne n’est dupe : tout le monde sait que c’est du cinéma. La gauche est aussi bourgeoise que la droite. La France est cependant une société de castes. Gauche et droite ne sont que des frères bourgeois qui s’engueulent (rires). Les immigrés, les pauvres ou les ouvriers ne sont pas leurs priorités. Ils n’ont donc pas à prendre parti dans ces disputes de grandes familles : qu’est-ce que ça peut leur faire ?

On croyait que tu avais quitté le rap game : pourquoi cette envie d’un retour ?

C’est une demande expresse du public qui se morfond du rap d’antan. Il suffit de tous les écouter dire que « c’était mieux avant ». Et puis il y a aussi toute une nouvelle école qui essaie de remettre au goût du jour le rap d’avant. La différence avec nous, c’est que nous essayions d’amener quelque chose de nouveau. Mais le niveau du rap a baissé ces dernières années. Il se situe en-dessous du zéro aujourd’hui. Comme tu le dis si bien, c’est devenu un game. Ce n’est plus une musique avec une histoire. On a fini par oublier les éléments et les fondateurs. Voilà pourquoi inconsciemment tout le monde est à la recherche de l’esprit perdu. Ce que je dis c’est vrai pour tous les activistes, que ce soit les premières bandes – avant moi – ou les plus jeunes. Mais contrairement aux autres, moi j’ai ouvert le rap à des gens qui n’étaient pas censés en écouter.

Que penses-tu de cette nouvelle vague de MC’s qui rappent comme les anciens ?

Comme ce groupe, que je trouve très intelligent, qui essaie de ressusciter l’esprit années 1990 ? Comment il s’appelle ce groupe ? C’est tout un collectif, ils sont nombreux dedans…

1995 ?

Oui, 1995 ! Ils sont très intelligents. Ce sont des jeunes qui ont compris que le rap avait perdu son âme et son essence et qui sont assez cultivés pour savoir où aller piocher. Les jeunes qui n’ont pas ce recul croient souvent, à tort, que le rap est une musique de sauvages. En plus, c’est une musique pratiquée majoritairement par des noirs : ils ne manquent plus que les lances pour les amalgamer à des zoulous (rires). Mais en réalité, c’est une musique qui était très en avance sur les autres. C’est, compte tenu de l’époque, l’égal du rock ou de la pop. Chaque musique a ses grands artistes et ses grands groupes. Mais aujourd’hui, le hip hop est devenu un game qui court après le fait divers. Ce mouvement a perdu toute son intelligence et tout ce qu’il pouvait apporter aux jeunes qui l’écoutaient. Il avait des codes et même une mode. Actuellement, ils sont repris par des bourgeois. Ce sont des éléments qui ont été pris et piochés un peu partout dans la société. Le hip hop a été brisé en mille morceaux et chacun a pris ce qu’il voulait. Maintenant certains font des casques, d’autres reprennent le langage…

Dès ton premier album, avec Classez-moi dans la varièt’ par exemple, tu es très critique vis-à-vis du rap game. Est-ce que le hip hop n’a pas toujours été trop réducteur pour toi ?

Les autres rappeurs ne sont pas assez intelligents, ils ne m’intéressent pas. Qu’est-ce que j’en ai à faire d’un mec qui me raconte ses années de prison et qui m’explique qu’il est très doué dans tel art martial ? Moi, je m’en fous. (rires) Ça n’intéresse personne d’ailleurs. Et pire encore, ça ne fait peur à personne. Les rappeurs ne sont pas des voyous.  Des vrais voyous, tout le monde en connaît et ce n’est pas dans les studios qu’on les trouve. Un voyou c’est quoi ? Un Guadeloupéen, un Corse ou un Algérien. (rires) Plus sérieusement, les vrais durs sont dans la rue et pas dans le rap. Les rappeurs ne sont que des enfants qui rêvent de la vie d’Al Pacino dans Le Parrain. Va demander à MC Solaar ou à n’importe qui d’autre si les rappeurs sont des grands durs !

Tu as récemment dénoncé la misogynie de Booba et tu as dit qu’il était bidon. Pourtant, il n’y a pas si longtemps tu disais qu’il était intelligent. On s’y perd.

Les propos rapportés par les médias marchent de la même manière que les téléphones arabes. Tu dis un truc à une première personne et la dixième ressort totalement autre chose. Je maintiens que Booba est quelqu’un de très intelligent qui joue avec tous les codes. Il s’inspire parfaitement de ce qu’il a observé des plus anciens, sans en refaire les erreurs. Plus jeune, quand on m’a demandé de vendre des t-shirts, j’ai rigolé et refusé. J’ai répondu que j’étais là pour faire de la musique et pas de la vente. Pareil, quand on m’a demandé de jouer au dur et de jouer au voyou. À l’époque, je voulais m’en sortir. J’ai des amis qui se sont retrouvés en prison ou sont morts. J’ai souffert de cette vie de voyou et je voulais la laisser derrière moi. Et puis je pensais à ma famille qui pouvait me voir à la télévision. Mais le public ici a tendance à aimer le radical et veut voir en nous des gens violents. Au fond qui est le rebelle ? C’est celui qui joue de son image de noir pour servir la machine ? Ceux qui jouent aux durs, même quand ils le sont réellement, servent la machine, car c’est ce qu’elle attend de nous. C’est le rôle qu’on nous a assigné. Ce que pourrait faire de mieux Booba, ce serait de faire un album avec Rohff que je produirais : on serait riches comme les noirs américains (rires). Il pourrait aussi dire qu’il arrête la drogue et essayer de donner une bonne image aux jeunes. Mais non, il préfère se montrer de plus en plus fonce-dé et casser des gueules…

Les femmes ont toujours joué un rôle central dans ta musique : penses-tu que leur image s’est dégradée dans le rap ?

Diam’s avait son rôle à jouer mais elle a préféré la religion. Elle a fait ce qu’elle avait à faire et elle a emmené le rap féminin où elle le voulait. Mais à notre époque, nous parlions pour les femmes, en tant que rappeurs. Puis quand Diam’s est arrivée, ça a été son tour. Aux États-Unis, ils ont des Queen Latifah et des Lil Kim. Mais il n’y a pas que l’image de la femme qui est en danger dans le rap. C’est toute l’image du rap qu’il faut sauver. Regarde à quoi ressemble un rappeur ou un amateur de rap dans un film : ils sont vus comme des sauvages.

Pourtant sur Paris, le public rap s’est beaucoup démocratisé ces dernières années…

« Les vrais durs sont dans la rue et pas dans le rap. . Les rappeurs ne sont que des enfants qui rêvent de la vie d’Al Pacino dans Le Parrain.  »

Espérons ! Mais d’après moi les bobos n’écoutent plus de rap, ils ont juste gardé les baskets. C’est fini, ils ont compris qu’il n’y avait rien à gratter de positif. Pourquoi écouter des chansons qui parlent de meurtre ? De même, les rappeurs qui décrivent leur quartier, ça n’a pas de sens, ça n’intéresse personne.

Il n’y a pas que dans le rap qu’on voit cela pourtant : un chanteur comme Renaud, avec Dans mon HLM par exemple, le fait aussi.

Exactement !

Et ton affection pour Renaud est bien connue.

Je dirais de l’affection mais aussi de la désaffection. J’ai fini par comprendre que c’était le genre d’artiste qui profite de la faiblesse des autres. Sauf que je l’ai compris trop tard. Ces artistes jouent aux simples mais ne le sont pas. Tu ne peux pas parler aux gens simples assis dans un salon à Saint-Germain. Après, ça existe aussi des milliardaires rouges… Beaucoup d’artistes sont faux, ils ne sont pas en accord avec leur discours.

Que des numéros 10 dans nos teams

IAM versus NTM. OM contre PSG. Il n’y a décidément pas plus belle époque que ces années 1990. Du temps où coups de coudes et tacles à hauteur de genoux venaient animer le fameux classico français, OM – PSG. Le rap français, lui aussi, s’est cherché une rivalité. Celle-là même qui enflammait déjà côte Est et Ouest des États-Unis. Les groupes IAM et NTM sont choisis pour disputer le match. L’arbitre se nomme Les Inrockuptibles. Match d’idéologie où tensions et joutes verbales se mêlent à l’inévitable question des couleurs footballistiques. Kool Shen attaque le premier : « Moi, je suis PSG. […] [Les Marseillais] vous avez ce côté parano vis-à-vis des Parisiens, mais il y a combien de supporters du PSG à Marseille ? Douze ? À Paris, il y a énormément de supporters de l’OM. » Réponse d’AKH, « Le PSG est une belle équipe, mais on ne peut pas supporter le kob de Boulogne et France Football. » Rien à faire, le Sud et le Nord ne passeront jamais leur vacances ensemble (enfin, à part lors de ce maudit chassé-croisé de fin juillet).

Quelques années plus tard, Nord et Sud de la France reparlent ballon rond. Le collectif IV My People signe la bande originale du très bon documentaire À la Clairefontaine qui suit le destin du fleuron de la formation française. Sur la Cannebière, ce sont les Psy 4 de la Rime qui rappent l’Ohème à l’occasion du projet OM All Stars (2004). La même année, Booba électrise le rectangle vert à coups de crochets et de football champagne.
N°10 permet à Coach B2O d’expérimenter son nouveau schéma de rap uniquement basé sur le culte du meneur de jeu. Le football-rap romantique est né. Arrigo Sacchi, lui, ne peut qu’applaudir.

Mais c’est bel et bien Doc Gyneco qui écrasera la concurrence avec le célèbre Passement de jambes. Sur un beat monstrueux, le Doc accumule les clins d’œil au monde du foot tout en livrant une prestation microphonique remarquable. De Bebeto à Marc Landers, en passant par le célèbre jeu vidéo Kick Off, tout y passe. C’est ce qu’on appelle réussir son passement de jambes tout en flambant sur le beat.

Lamine Belharet

Boîte noire