Archives du mot-clé gauche

Débat avec Lenny Benbara sur la gauche, le peuple et les gilets jaunes

Débat publié les 1er et 17 avril sur Reconstruire

3 médias s’entrecroisent : Kevin Victoire, responsable de la revue du Comptoir et journaliste à Marianne, Lenny Benbara, directeur de publication de Le Vent se lève sont réunis pour la première fois par Reconstruire. Dialogue entre deux versions du populisme adossées à deux auteurs (Chantal Mouffe et Jean-Claude Michéa), entre deux jeunes médias engagés dans la construction d’une contre-hégémonie culturelle.

Première partie : « Notre génération se fait moins d’illusions sur le clivage gauche/droite »

Deuxième partie : « Le projet politique « liberté, égalité, fraternité » est un projet culturel »

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Pierre Rosanvallon, le vaisseau fantôme de la gauche libérale

Article initialement publié dans Marianne le 21 septembre 2018

Dans l’histoire de la gauche que publie Pierre Rosanvallon, de rares autocritiques masquent le refus de revenir sur les échecs et les renoncements de cette gauche qui a choisi d’accepter le primat de l’économie dérégulée.

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Bruno Amable : « Aufstehen défend l’accueil des migrants dans les meilleures conditions possibles »

Entretien initialement publié sur Le Média presse le 6 septembre 2018

Économiste reconnu pour ses travaux critiques sur le libéralisme, Bruno Amable a publié en 2017 « L’illusion du bloc bourgeois », avec Stefano Palombarini (Raisons d’agir), qui revient sur les recompositions politiques en Europe. Installé en Allemagne, il revient avec nous sur les polémiques autour de Sahra Wagenknecht et son mouvement, Aufstehen.

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Construire le peuple ou unir la gauche ? Réponse à Gaël Brustier

Article initialement publié le 19 mars 2018 sur le Média presse

Dans un récent article pour le site Slate.fr, le politologue Gaël Brustier reproche à la France insoumise sa stratégie, qu’il qualifie de « populo-provocatrice ». D’habitude plus lucide, il semble passer à côté de la recomposition de l’échiquier politique en cours.

« Ni «gauche», ni «construction du peuple», c’est en fait le destin de LFI qui semble se jouer actuellement », explique Gaël Brustier dans son article. Selon lui, le mouvement s’enlise dans sa stratégie populiste, au lieu d’œuvrer à la construction d’« une véritable union de la gauche, comme le suggérait Clémentine Autain », dans Politis. Pour Brustier, la France insoumise est en train de préparer « le terrain à des européennes difficiles ». Mettons de côté certains passages qui relèvent de la mauvaise foi – comme quand il explique que la FI préfère aujourd’hui parler avec la presse de droite plutôt que celle de gauche – afin de nous concentrer sur le fond : faut-il unir la gauche pour souder le peuple ?

Macron et l’unification du bloc bourgeois

En 1986, Cornelius Castoriadis déclarait : « il y a longtemps que le clivage gauche-droite, en France comme ailleurs, ne correspond plus ni aux grands problèmes de notre temps ni à des choix politiques opposés. » En avance sur son temps, comme souvent, l’ancien cofondateur de Socialisme ou barbarie soulignait par-là que les partis de gouvernement, qui allaient ensuite pendant encore trois décennies rythmer la politique, convergeaient dans leur défense des intérêts de la bourgeoisie. Dès les années 1990, Alain Minc, intellectuel organique des élites, préconise alors la constitution d’un « cercle de la raison », réunissant les libéraux des deux rives. Les classes supérieures n’en perçoivent cependant pas à ce moment l’utilité, tant le jeu de fausses alternances sans alternatives entre gauche bourgeoise et droite bourgeoise demeure efficace. L’entrée en crise de la Ve République, et donc des partis qui lui sont historiquement liés, va néanmoins précipiter les choses. La force de Macron est alors de comprendre que seule une alliance des élites, couplée à un discours faussement dégagiste – d’où l’appel démagogique à « la société civile », les HEC remplaçant partiellement les énarques – pouvait sauver le système. L’ancien candidat à l’élection présidentielle se soustrait alors au clivage gauche-droite pour lui substituer un clivage haut-bas. Coup réussi, le macronisme, qui représente environ les 20 % les plus favorisés, parvient à prendre le pouvoir, aidé par les institutions de la Ve République.

Le populisme de gauche comme réponse à l’élitisme

Produit d’une oligarchie qui a enfin pris conscience de son intérêt à s’allier malgré des divergences idéologiquesi, le macronisme ne peut être vaincu que par son négatif. Ainsi, la gauche qui a encore à cœur de s’opposer au système et d’œuvrer à l’émancipation des individus doit aller vers le populisme, c’est-à-dire se faire la représentante des classes populaires. Cela n’implique en rien l’abandon des traditions de la gauche, mais leur adaptation à un nouveau contexte historique. Si cette mise à jour n’est pas effectuée, c’est l’extrême droite, qui incarnera seule l’opposition, en prospérant sur les passions tristes et le ressentiment. Il est pourtant évident que le FN, qui divise les classes populaires sur des bases ethniques et dont l’incompétence des dirigeants saute aujourd’hui aux yeux de tous, ne peut fort heureusement pas accéder au pouvoir. En étant érigé comme opposition officielle, le parti de Marine Le Pen est alors la garantie d’En Marche de se maintenir au pouvoir, après l’avoir aidé à y accéder. « L’existence d’idées révolutionnaires à une époque déterminée suppose déjà l’existence d’une classe révolutionnaire », écrivaient Marx et Engels. Voilà pourquoi, la mission de la France insoumise, actuellement première formation de gauche, est de « construire un peuple » qui peut faire face aux élites de Macron. Nous pouvons à ce niveau d’analyse nous accorder avec Brustier. Mais la question de savoir si cette tâche passe par l’union de la gauche persiste.

Eloigner les stratégies politiciennes

Pour le politologue, la FI doit ouvrir deux fronts : « l’un en direction des électeurs de gauche, l’autre en direction des abstentionnistes. » Elle doit donc simultanément unir la gauche et construire un peuple. Pourtant, il y a à peine un an, il expliquait aux lecteurs de Slate.fr que ces deux stratégies, défendues respectivement par Hamon et par Mélenchon lors de l’élection présidentielle, induisaient « des temporalités différentes au-delà des questions programmatiques ». Le même jour, Brustier démontrait au site du Figaro Vox qu’elles étaient « peu conciliables ». Il précisait, à juste titre, que « la stratégie, en la matière, n’est pas un jeu politicien ou électoral… La question stratégique a à voir avec l’hégémonie, avec la manière dont on mobilise une société, dont on l’entraîne vers la réalisation d’un projet collectif… » Quelques mois après, son livre Le désordre idéologique (éditions du Cerf) laissait entendre que la solution n’était pas dans la gauche radicale, mais dans le populisme de gauche. Pourquoi ? La réponse se trouve dans Construire un peuple, ouvrage de Chantal Mouffe et Íñigo Errejón, dont Brustier a préfacé la traduction en français (éditions du Cerf). Le numéro 2 de Podemos y affirme qu’« aujourd’hui gauche et droite ne constituent plus la frontière principale », mais qu’il faut en postuler une nouvelle « en termes théoriques, démocratie/oligarchie, et en termes concrets, tangibles, citoyens/privilégiés ou « caste » ». Ces signifiants sont actuellement plus aptes à mobiliser les gens ordinaires.

Cela ne signifie évidemment pas rompre avec la gauche. Maintenir le dialogue avec les autres forces qui œuvrent pour une transformation sociale est important. C’est notamment le cas avec les syndicats, seuls capables de mener un mouvement social d’ampleur. L’union de la gauche n’est pourtant pas une priorité. L’arithmétique électorale est souvent complexe. Il ne suffit pas d’empiler les étiquettes pour engranger des électeurs. Le plus important est d’avoir un projet solide et proposer une vision cohérente et attrayante du monde. Se donner l’alliance de gauche comme priorité, que Mélenchon dénonce comme « tambouille électorale », c’est risquer de retomber sur les difficultés rencontrées par le Front de gauche à partir des élections municipales de 2014. A ce moment, la coalition a commencé à reculer, parce que ses différentes formations prenaient des options trop divergentes. La France insoumise a d’ailleurs été créée en partie pour sortir de ce piège.

Notons pour finir, qu’en se lançant LREM n’a pas eu pour stratégie de créer une alliance des partis libéraux. C’est parce que le mouvement est apparu comme le plus apte à défendre les intérêts de la bourgeoisie que cette dernière a fait converger vers lui, le Modem, l’UDI, des transfuges du PS et de LR avec. LFI doit faire la même chose, c’est-à-dire apparaître comme le mouvement des classes populaires et faire converger vers elle ceux qui partagent ses objectifs. La tâche est compliquée, et rien ne prouve qu’elle y arrivera. Mais elle a le devoir d’essayer.

Crédits (cc) Rama / Wikimedia Commons

Pourquoi la gauche doit être populiste

Article publié le 12 avril 2017 sur Vice

Tandis que le « populisme de droite » a le vent en poupe partout en Europe et aux États-Unis, une partie de la gauche entend elle aussi renouer avec le peuple. L’un de nos contributeurs nous explique pourquoi cela pourrait lui être salutaire.

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Grand entretien de Pierre Thiesset

Entretien publié initialement en deux parties sur le Comptoir le 27 juin 2016 et le 29 juin 2016

Journaliste à “La Décroissance”, Pierre Thiesset a également cofondé les éditions Le Pas de côté, qui viennent de publier avec L’échappéeLe Progrès m’a tuer. Leur écologie et la nôtre.” Cet ouvrage collectif regroupe les textes d’une quarantaine d’auteurs, dont Aurélien Bernier, Marie-Jo Bonnet, Jean-Claude Michéa, François Jarrige, Cédric Biagini, Dany-Robert Dufour, Agnès Sinaï, Vincent Cheynet, Serge Latouche et Mohammed Taleb. Nous avons souhaité nous entretenir avec Pierre Thiesset pour en savoir plus sur ce recueil, mais également sur la critique du Progrès qu’il porte, ainsi que sur la décroissance comme projet politique. Compte-tenu de la densité de ses réponses, nous avons décidé de publier cet entretien en deux parties. 

David Desgouilles : « La gauche a eu tort de snober le débat de l’identité nationale »

Article publié initialement le 5 juin 2015 sur Le Comptoir

Blogueur politique s’intéressant particulièrement à la droite française, David Desgouilles vient de sortir son premier roman, « Le bruit de la douche » (éditions Michalon). Dans cette uchronie pleine d’humour, l’auteur narre ce qui se serait passé si le scandale du Sofitel n’avait pas eu lieu et que Dominique Strauss-Kahn s’était présenté à l’élection présidentielle de 2012. Afin de ne pas passer pour le candidat des « élites mondialisées », l’ex-directeur général du FMI décide de prendre tout le monde à contre-pied et engage une jeune militante socialiste, Anne-Sophie Myotte, conseillère d’Arnaud Montebourg et proche de Jacques Sapir et Emmanuel Todd. Elle réussit à pousser DSK à mener une campagne anti-Terra Nova, afin de reconquérir les classes populaires, contre l’avis des strauss-kahniens de la première heure, dont Pierre Moscovici…

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