Archives du mot-clé lutte de classes

Pour comprendre le moment populiste actuel, il faut lire Christopher Lasch

Article publié le 19 février 2017 sur le site Slate.fr

Montée des mouvements identitaires d’extrême droite dans les pays occidentaux, Brexit, élection de Donald Trump, défaites de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et Manuel Valls lors des primaires… Les analystes politiques ont de plus en plus de mal à comprendre les votes populaires. L’œuvre de Christopher Lasch, sociologue et historien américain décédé il y a vingt-trois ans, anticipait déjà largement ce moment populiste que nous vivons actuellement.

Lire la suite ici

« La CNT considère que le syndicat se suffit à lui-même et n’a pas besoin de relais politique »

Interview publiée le 18 janvier 2016 sur Le Comptoir

Notamment connue pour la révolution sociale espagnole de 1936, en pleine guerre civile opposant républicains et franquistes, la Confédération nationale du travail (CNT) est devenue un symbole de l’anarcho-syndicalisme. C’est en 1946 qu’est fondée l’organisation française par des militants espagnols en exil, ainsi que par des anciens membres de la CGT-SR et d’ex-résistants qui désertent la CGT, à cause de la tutelle exercée par le Parti communiste. Aujourd’hui, malgré un nombre d’adhérents relativement faible comparé aux grosses structures que sont la CGT, la CFDT ou encore FO, la CNT continue de faire vivre l’espoir de l’anarcho-syndicalisme en France : un bon point pour elle. Nous avons donc décidé de rencontrer deux de ses membres : Frédéric Siméon et Raphaël Romnée, coordinateurs de l’ouvrage collectif “De l’autogestion – théories et pratiques”.

Lire la suite ici

29 mai 2005: le «non» au Traité Constitutionnel, l’occasion manquée de la gauche de la gauche

Tribune initialement publiée le 29 mai 2015 sur Le Figaro Vox

Il y a dix ans, la gauche de la gauche s’était rassemblée pour dire non au Traité constitutionnel européen mais n’a pas su transformer l’essai. Kévin Boucaud Victoire analyse les raisons de cet échec.

Lire la suite ici

Le conspirationnisme contre la lutte des classes

Article publié initialement le 3 mars 2015 sur Le Comptoir

Symptôme de notre époque individualiste et hyperconnectée, le conspirationnisme est autant cause et conséquence de la dépolitisation de notre société.

Lire la suite ici

Jack Dion : « Nul ne proteste contre l’expulsion méthodique des couches populaires »

Texte publié initialement le 26 janvier 2015 sur Le Comptoir

Directeur adjoint de la rédaction de l’hebdomadaire « Marianne », Jack Dion vient de sortir son quatrième ouvrage : « Le mépris du peuple – Comment l’oligarchie a pris la société en otage » (éditions Les liens qui libèrent). Un pamphlet qui énumère les trahisons des élites françaises – de droite comme de gauche – depuis une trentaine d’années.

Lire la suite ici

Repenser le socialisme avec Gramsci

Texte publié initialement le 18 novembre sur Ballast

« Ce qui advient, n’advient pas tant parce que quelques-uns veulent que cela advienne, que parce que la masse des hommes abdique sa volonté, laisse faire », écrivait en février 1917 le penseur Antonio Gramsci. On aurait tort, nous explique l’auteur du présent article, de négliger cette figure essentielle du marxisme de la première moitié du XXsiècle — aucun grand courant contemporain, pourtant, ne se revendique du co-fondateur du Parti communiste italien. Benito Mussolini aurait lancé : « Nous devons empêcher ce cerveau de fonctionner pendant vingt ans ». L’oracle fit fausse route : jamais Gramsci ne fut plus productif qu’entre les quatre murs entre lesquels le fascisme le maintint… À l’heure où Manuel Valls tempête contre le « passéisme » d’un socialisme qu’il entend bien abandonner au profit d’une « gauche » qui aurait enfin l’audace d’être, avec les succès que l’on sait, « pragmatique, réformiste et républicaine », n’aurait-on pas quelque intérêt à rouvrir un peu les vieux tiroirs ? 

Lire la suite ici

Nicolas Jounin : « La lutte pour les droits civiques et la lutte de classes se poursuivent »

Entretien publié initialement le 17 novembre sur Le Comptoir

Nicolas Jounin est un enseignant-chercheur en sociologie. Il est maître de conférences à l’Université de Paris VIII Vincennes-Saint-Denis. Il vient de sortir « Voyage de classes », livre retraçant une expérience originale qu’il a réalisée avec ses élèves de licence. Durant trois ans, il a fait enquêter ces jeunes, souvent issus des quartiers populaires de banlieue, sur le VIIIe arrondissement de Paris, qui concentre pouvoir politique, économique et culturel.

Lire la suite ici

Denis Collin : « La forme achevée de la république est la république sociale »

Entretien initialement publié sur Le Comptoir le 3 novembre 2014 et co-réalisé avec Galaad Wilgos

 Denis Collin est un philosophe spécialiste de la pensée de Karl Marx — quoique refusant le qualificatif de « marxiste » —, mais également de Machiavel et Spinoza. Penseur de la lutte de classes, il tente de concilier les traditions socialiste et républicaine. Il co-anime par ailleurs le site d’information politique La Sociale.

Lire la suite ici 

La lutte de classes est-elle toujours d’actualité ?

Texte publié initialement le 23 septembre 2014 sur Le Comptoir

La fin du XXe siècle, avec l’effondrement du mur de Berlin puis la chute du « bloc soviétique », a été marquée par une apparente fin des idéologies. Le capitalisme a enfin vaincu et l’humanité a atteint ce que le politologue américain Francis Fukuyama appelait « la fin de l’histoire ». Les vieux antagonismes de classes disparaissent en même temps et les hommes peuvent vivre paisiblement de consommation et de croissance. C’est du moins le raccourci intellectuel qui s’est imposé. La réalité, plus complexe, a vu les sociétés occidentales – pour n’évoquer qu’elles – rester divisées entre dominants et dominés.

Lire la suite ici

One, two, three, viva l’Algérie !

A la fois fête populaire par excellence et avatar du capitalisme – depuis que Joao Havelange, ex-président de la Fifa, a décidé en 1974 de faire du football, ce « royaume de loyauté humaine exercé au grand air » dixit le communiste Antonio Gramsci, un simple produit à vendre –, la Coupe du monde déchaîne les passions. En témoignent les manifestations de joie hier (jeudi 26 juin), en marge de la (belle) qualification de la sélection algérienne pour les prochaines 1/8ème de finale.  Une fête qui aurait pu être parfaite, mais qui a connu quelques débordements. Une aubaine pour l’extrême droite identitaire, qui ne manque pas de surfer dessus, et pour les médias toujours demandeurs de sensationnel. Dans le même temps, sans doute des interrogations pour de nombreux français.

 

« Chaque but a un caractère inéluctable, est foudroiement, stupeur, irréversibilité. Telle la parole poétique. » Pier Paolo Pasolini

Football, joies et débordements…

Pour commencer, il faut remarquer que la popularité (dans les deux sens du terme) du football en fait un sport particulièrement propice à la fois aux envolés de joies pures comme nous l’avons vu hier, ainsi qu’aux débordements. C’est pour cela que George Orwell, bien qu’adorant jouer au foot et grand amoureux du « peuple », écrivait qu’« au niveau international le sport est ouvertement un simulacre de guerre » et poursuivait en ajoutant que :  « ce qui est très révélateur, ce n’est pas tant le comportement des joueurs que celui des spectateurs ; et, derrière ceux-ci, des peuples qui se mettent en furie à l’occasion de ces absurdes affrontements et croient sérieusement – du moins l’espace d’un moment – que courir, sauter et taper dans un ballon sont des activités où s’illustrent les vertus nationales ». Il faut ensuite dire qu’en raison du caractère historique de l’événement d’hier (première fois que l’Algérie atteint ce stade de la compétition) et du rapport charnel qu’entretiennent les Algériens avec leur pays (qui est largement dû à une histoire très difficile et dont la France n’est pas étrangère) ainsi que leur nombre dans l’Hexagone, tout ceci était prévisible. Pour finir,  on doit rappeler que la majorité des Français d’origine algérienne (ou franco-algériens) ou Algériens qui fêtaient hier soir le faisaient dans un esprit très bon enfant et c’est pour cela que de nombreux autres Français  – dont je fais moi-même partie – les ont suivis et se sont réjouis avec eux. Ces manifestations ont pu cependant légitimement déranger certains compatriotes (je ne parle évidemment pas des racistes, islamophobes, arabophobes, dont le malheur fait notre bonheur) en raison du désordre occasionné, comme chaque à manifestation populaire. Mais rien de bien grave, en général, tout est oublié le lendemain. Cependant, les scènes de violence stupides – qui sont aujourd’hui malheureusement monnaie courante dans chaque manifestation et qui ne sont pas propre à la victoire algérienne – qui se sont déroulées n’avaient pas leur place dans ce type de rassemblement. Il n’est évidemment pas question de faire comme les médias, clergé contemporain de la société du spectacle décrite par Guy Debord[i], qui aliènent le spectateur[ii] et qui font du vrai « un moment du faux », en faisant une obsession du phénomène. Il faut surtout être responsable face à l’extrême droite identitaire, qui a compris la simplicité à instrumentaliser ce genre d’événements, en témoignent Julien Rochedy, leader du FNJ, qui parle d’invasion (non, le ridicule ne tue toujours pas apparemment et c’est bien dommage) ou le compte twitter de « Français de souche » qui raille les partisans de l’intégration… Les incohérences d’une extrême droite qui entretien une atmosphère de guerre civile sous couvert d’apaisement.

Rochedy
Un Rochedy ça ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnait…

 

« Ce n’est pas le seul modèle français qui s’effondre, c’est le modèle occidental tout entier qui se désintègre. » Jean Baudrillard

Vous avez dit problèmes d’identités ?

La société française est aujourd’hui en proie à des problèmes identitaires. Mais, ils ne sont pas forcément à chercher là où l’on croit. Qu’on se le dise, rien n’empêche à un français d’origine algérienne (chinoise, camerounaise, tunisienne, portugaise, etc.) de se sentir attaché à son pays d’origine tout en étant pleinement français. Nombre d’entre eux soutiennent la France et leur pays d’origine. Certains ne vibrent pas devant l’Équipe de France ? Et alors ? Est-ce que tous les français dits « de souche » exaltent à chaque but des Bleus ? Et enfin, d’autres – bien moins nombreux qu’on ne le pense –  affichent leur mépris pour la France, ce qui est plus triste… Il convient donc de comprendre pourquoi. La première raison est sociale. La seule chose qu’ils constatent est que le discours républicain, qui prétend qu’ils sont des citoyens comme les autres, ne correspond pas aux faits. Et tous les beaux slogans démagos de SOS Racisme et l’antiracisme de spectacle ne changeront rien à cette réalité. Contrôles au faciès, difficultés pour accéder au marché de l’emploi ou pour avoir un logement, difficultés économiques : voilà ce qu’ils constatent. Certes, ils ne sont pas les seuls à souffrir en France. Certes, la Corrèze est plus pauvre que la Seine-Saint-Denis, qui a l’avantage d’être proche des lieux de créations de richesse. Mais l’impression d’être regardés comme des Français de secondes zones, enfermés dans leurs quartiers est très spécifique.

La deuxième cause est historique. Les plaies ne sont toujours pas refermées entre la France est ses anciennes colonies. Parmi celles-ci, l’Algérie est celle qui a eu l’histoire la plus douloureuse à bien des égards. On a d’un côté une France qui assume mal son histoire, cherchant soit à l’évacuer (comme en témoigne la faible place dans nos manuels d’histoire de la colonisation), soit à tomber dans la repentance caricaturale (dans un complexe de culpabilité dur à surmonter). De l’autre, dans les anciennes colonies, le ressentiment n’est pas toujours dépassé (mais il ne faut pas oublier que la décolonisation est récente), alimenté, il faut le dire, par la « Françafrique » et par l’incapacité d’établir des relations équilibrées et solidaires. De plus la structure coloniale, qui était une machine déshumanisante et aliénante, a laissé des traces dans les imaginaires, à la fois chez les ex-colons et chez les ex-colonisés. C’est pour cela que lucide, le psychiatre révolutionnaire Frantz Fanon dissociait indépendance et décolonisation. La seconde est « très simplement le remplacement d’une “espèce” d’hommes par une autre “espèce” d’hommes ».

La troisième raison touche la France dans son ensemble et est une conséquence du capitalisme mondialisé. Dans une note rédigée il y a presque trente ans, Guy Debord avait déjà bien saisi le problème, ce qui lui a fait écrire :

« Tout est faux dans la « question des immigrés », exactement comme dans toute question ouvertement posée dans la société actuelle ; et pour les mêmes motifs : l’économie – c’est-à-dire l’illusion pseudo-économique – l’a apportée, et le spectacle l’a traitée. On ne discute que de sottises. Faut-il garder ou éliminer les immigrés ? Naturellement, le véritable immigré n’est pas l’habitant permanent d’origine étrangère, mais celui qui est perçu et se perçoit comme différent et destiné à le rester. Beaucoup d’immigrés ou leurs enfants ont la nationalité française ; beaucoup de Polonais ou d’Espagnols se sont finalement perdus dans la masse d’une population française qui était autre. (…)
Faut-il donc les assimiler ou « respecter les diversités culturelles » ? Inepte faux choix. Nous ne pouvons plus assimiler personne : ni la jeunesse, ni les travailleurs français, ni même les provinciaux ou vieilles minorités ethniques (Corses, Bretons, etc.) car Paris, ville détruite, a perdu son rôle historique qui était de faire des Français. Qu’est-ce qu’un centralisme sans capitale ? Le camp de concentration n’a créé aucun Allemand parmi les Européens déportés. La diffusion du spectacle concentré ne peut uniformiser que des spectateurs. On se gargarise, en langage simplement publicitaire, de la riche expression de « diversités culturelles ». Quelles cultures ? Il n’y en a plus. Ni chrétienne ni musulmane ; ni socialiste ni scientiste. Ne parlez pas des absents. Il n’y a plus, à regarder un seul instant la vérité et l’évidence, que la dégradation spectaculaire-mondiale (américaine) de toute culture.
 »

Des propos qui peuvent être complétés par ceux de Jean Baudrillard, qui réagissant dans les colonnes de Libération aux émeutes de 2005, déclarait : « Notre frontière a bien été violée par le nuage radioactif, et le «modèle français» s’effondre bien sous nos yeux. Mais, rassurons-nous, ce n’est pas le seul modèle français qui s’effondre, c’est le modèle occidental tout entier qui se désintègre ». Le capitalisme, « fait social total » pour reprendre les mots de l’anthropologue socialiste Marcel Mauss, tend à uniformiser nos modes de vie par la marchandisation. Ainsi, il détruit tout lien social et laisse les individus seuls face aux marchés. Dans ces conditions, la France n’est plus réduite qu’à être un segment du marché capitaliste mondialisé. Une évolution largement anticipée par Karl Marx qui écrivait en 1848[iii] : « La bourgeoisie a joué dans l’histoire un rôle éminemment révolutionnaire. (…)  Par l’exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. (…) En un mot, elle se façonne un monde à son image. » Les immigrés et les français issus de l’immigration sont sommés de « s’intégrer ». Mais de s’intégrer à quoi ? Au capitalisme mondialisé ? Pourtant, les vilaines « racailles » pointées du doigt par les inquisiteurs de l’anti-France, vêtues en Nike, un Iphone à la main et rêvant de Ferrari (pour caricaturer) semblent parfaitement intégrées. Ces jeunes sont mêmes de ce point de vue plus « français » qu’algériens ou musulmans (même si ces termes ne s’opposent pas) et c’est pour cela que le problème identitaire est double (vis-à-vis de la France et du pays d’origine). Les canaux traditionnels de l’intégration qui étaient : l’école républicaine, le service militaire (dont je ne suis pas forcément un partisan du rétablissement), l’Église (catholique surtout), les syndicats et les partis (principalement le Parti communiste français) ne sont plus, ou agonisent. L’expulsion des prolétaires hors des métropoles, dans la France périurbaine[iv] y joue aussi pour beaucoup : l’ouvrier « de souche » était celui qui accueillait son frère immigré. Les « lois d’imitation », mises en évidence par le sociologue français Gabriel Tarde[v], nécessaires à toute sociabilisation ne peuvent plus jouer leur rôle.

« Si nous pouvons surmonter les fausses polarisations que suscite aujourd’hui la politique dominée par les questions de sexe et de race, peut-être découvrirons-nous que les divisions réelles restent celles de classes. » Christopher Lasch

Les républicains (souvent respectables) avocats de l’« assimilation » ne voient pas qu’ils défendent un concept anachronique et mort sociologiquement. Ils idéalisent en plus une assimilation qui ne marchait parfaitement qu’à partir de la troisième génération. Héritage du jacobinisme (lui-même héritier dans ce domaine de l’Ancien Régime et des théories de Jean Bodin), l’assimilation est un processus brutal (au figuré aujourd’hui, mais au propre à une époque) de destruction des identités minoritaires qui appliquée aux immigrés ne fait que prolonger le déracinement subit par l’immigration. Elle partage avec la « religion du progrès » la volonté de faire table rase du passé, même si dans son cas c’est pour insérer dans une identité déjà existante et pas pour créer un « homme nouveau ». Certes, les assimilationnistes perçoivent très bien les dangers d’une société organisée en communautés repliées sur elle-même – et dont potentiellement multi-conflictuelle–, mais ils ne voient qu’ils s’accrochent à un reliquat du passé. L’avenir sera dans une société interculturelle (et non multiculturelle) qui cultive le bien commun, tout respectant les différences. On pourra peut-être enfin revenir au problème fondamental : celui de la lutte de classes… Ah oui, j’oubliais : « One, two, three, viva l’Algérie ! »

Pour aller plus loin :

 

[i] Voir Guy Debord – La société du spectacle (1967)

[ii] Le lettriste écrivait à ce propos : « Plus il [le spectateur] accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir ».

[iii] Karl Marx – Manifeste du Parti communiste (1848)

[iv] Lire à ce propos Christophe Guilluy – Les Fractures françaises(2012)

[v] Voir Gabriel Tarde – Les lois de l’imitation (1890)