Archives du mot-clé Mai 68

Pierre Rosanvallon, le vaisseau fantôme de la gauche libérale

Article initialement publié dans Marianne le 21 septembre 2018

Dans l’histoire de la gauche que publie Pierre Rosanvallon, de rares autocritiques masquent le refus de revenir sur les échecs et les renoncements de cette gauche qui a choisi d’accepter le primat de l’économie dérégulée.

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Mexico 68 : Des Jeux olympiques très politisés

Article initialement publié le 27 juillet 2018 sur Le Média presse

L’image est aujourd’hui célèbre : sur le podium, deux athlètes noirs américains le poing levé, en référence au Black Panther Party. Elle intervient dans un contexte politique très particulier.

C’est à Baden-Baden, en 1963, que l’histoire s’est noué. Le 18 octobre, le Comité international olympique, réuni dans la ville allemande où se réfugie le général de Gaulle lors des événements de Mai 68, décide que les J.O. auront lieu pour la première fois dans un “pays en voie de développement”. La capitale mexicaine devance Détroit, Lyon, mais aussi Buenos Aires. Cependant personne ne peut anticiper à ce moment le contexte politique national et international et son poids dans la compétition.

DE L’ASSASSINAT DE MARTIN LUTHER KING À TLATELOLCO

1968 est une année très spéciale. Le 4 avril, Martin Luther King est assassiné, à l’âge de 39 ans. Trois ans après Malcolm X, le mouvement contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis perd son autre grande figure. Pourtant le combat est loin d’être fini. Le flambeau avait déjà été repris un an et demi plus tôt. Le 15 octobre 1966, le Black Panther Party for Self-Defense (BPP) voit le jour à Oakland, en Californie. Inspirés par Mao, Frantz Fanon et Malcolm X, Bobby Seale et Huey P. Newton montent un groupe révolutionnaire, antiraciste, anti-impérialiste et marxiste-léniniste, qui aura un écho planétaire. En 68, le BPP a déjà atteint l’âge de la maturité. Le mouvement pour les droits civils n’est pas le seul à bouillir aux Etats-Unis. Depuis 1964, le mouvement d’opposition à la guerre du Viêt Nam, démarrée neuf ans plus tôt, a pris de l’ampleur et crée une nouvelle génération de militants politiques, pacifistes et anti-impérialistes, voire tiers-mondistes. Enfin, Bob Kennedy, favori pour être investi par le Parti démocrate, est tué le 6 juin 1968, cinq ans après son frère John.

De l’autre côté de l’Atlantique, la situation est aussi explosive. Tout le monde a en tête le mouvement étudiant et ouvrier de Mai 68, mais il n’est pas le seul. Plus à l’Est, la Tchécoslovaquie est en ébullition. Alexander Dubček, Parti communiste tchécoslovaque, veut introduire un “socialisme à visage humain”, en rupture avec l’URSS. Une nouvelle constitution plus démocratique, qui reconnaît l’égalité entre Slovaques et Tchèques, est mise en place. Les libertés de la presse, d’expression et de circulation sont introduites. L’URSS voit néanmoins d’un mauvais œil cette prise d’autonomie d’un de ses satellites. Prague est occupée en août par les troupes du Pacte de Varsovie, soit plus de 400.000 soldats. La petite révolution en cours est écrasée. A la rentrée 1968 règne alors un vent de contestation et une aspiration à la liberté, réprimée par la bourgeoisie. Le Mexique, où doivent se dérouler les XIXe Jeux olympiques d’été, cette fois en octobre à cause du climat local, est lui aussi touché.

Le pays a connu cinquante-huit ans auparavant, une révolution, qui a mis fin au système féodal qui régnait alors. Issu du Parti de la révolution mexicaine (PRM), le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) est au pouvoir depuis 1946. Alors qu’il se présente comme un parti de gauche, membre de l’International socialiste, il satisfait en réalité d’abord la bourgeoisie. A partir de juillet, les étudiants mexicains et imitent leurs homologues français. Le régime doit alors faire face à une contestation estudiantine sans précédent. A quelques jours des J.O., celle-ci ne faiblit pas. Le PRI, instrumentalisé par la CIA, soupçonne l’URSS et Cuba d’être derrière cette révolte. C’est ainsi que le 2 octobre, à 18 heures, les soldats postés sur les immeubles entourant la place tirent sur 8.000 étudiants désarmés sur la place des Trois Cultures à Tlatelolco. Dans le même temps, les dirigeants du Conseil national de grève étaient conduits au “Camp militaire n°1”. La presse officielle affirme qu’il s’agit d’affrontement entre soldats et étudiants. Le nombre de victimes est encore aujourd’hui sujet à débat. Le gouvernement parle de 44 morts, quand l’opposition en évoque plus de 300. Quoiqu’il en soit, le PRI fait la démonstration de son autoritarisme, 10 jours avant d’accueillir des J.O. qui feront date.

UN PODIUM CONTESTATAIRE

C’est dont le 12 octobre que Mexico accueille les jeux, les premiers à plus de 100 pays (112 exactement). La délégation américaine arbore dans sa large majorité – Blancs et Noirs confondus – sur son veston un badge portant l’inscription « Olympic project for human rights » (« Projet olympique pour les droits humains »). Certains craignent un sabotage, mais les athlètes afro-américains expliquent qu’ils désirent juste porter la lutte pour les droits civiques. C’est chose faite, quatre jours plus tard, le 16 octobre, lors du 200 m le plus célèbre de l’histoire. En 19 s. 83, l’Américain Tommie Smith explose le record mondial, suivi par l’Australien Peter Norman (20 s. 06) et par son compatriote John Carlos (20 s. 10). Le champion se permet même de relâcher ostensiblement son effort durant les derniers mètres de la course, en levant les bras au ciel en signe de victoire.

Le lendemain, lors de la montée sur le podium, Smith et Carlos sont vêtus de chaussettes noires montantes, symbole de la pauvreté des Noirs. Les deux coureurs lèvent un poing ganté de noir, symbole associé au Black Panther Party, en baissant la tête, fuyant du regard le drapeau national. Dans le même temps, le vainqueur porte un foulard et le troisième un maillot ouvert. Les deux sont des références explicites au lynchage et l’esclavage des Noirs, qui les aliènent encore. A ce moment, plusieurs autres athlètes américains portent le badge « Olympic project for human rights », tout comme Peter Norman. Ce dernier, qui estime que le combat pour les droits civiques « est aussi celui de l’Australie blanche », est un acteur à part entière de la scène. C’est lui qui suggère aux deux Afro-américains de partager la seule paire de gants, Carlos ayant oublié les siens. Il pose également sa paire de Puma Suede pour rappeler que les afro-américains n’ont même pas le moyen de s’offrir ce type de chaussures. Le moment est figé par le photographe John Dominis. « Après ma victoire, l’Amérique blanche dira que je suis Américain, mais si je n’avais pas été bon, elle m’aurait traité de “négro” », explique John Carlos aux journalistes. Tommie Smith, lui, affirme n’avoir « d’autre but que de dénoncer la pauvreté des noirs américains ».

Les sanctions tombent immédiatement, comme les insultes et autres menaces de mort. Avery Brundage, président réactionnaire du Comité international olympique, juge ce geste scandaleux et demande aux officiels américains l’exclusion de Carlos et Smith. Doug Roby, président du Comité olympique des États-Unis, finit par renvoyer les deux athlètes, qui ne participeront plus de leur vie à d’autres J.O. Peter Norman, lui, ne sera pas autorisé à participer aux jeux de 1972, qui se dérouleront à Munich, par le Comité olympique australien. Mais peu importe, le geste fait mouche. Le lendemain, trois autres vainqueurs afro-américains du 400 m, Lee Evans, Larry James et Ron Freeman, se présenteront sur les marches du podium avec un béret noir, autre référence à l’injustice qui persiste, sans se faire exclure. Quelques jours après ils remportent le 4 x 400 m et dédient leur médaille à Smith et Carlos. Cinquante ans après, les deux athlètes demeurent des héros politiques, comme on n’en trouve plus dans le monde du sport.

Geneviève Fraisse : « Il n’y a pas de féminisme en Mai 68 »

Entretien initialement publié le 9 mai 2018 sur Le Comptoir

Presque tout le monde le sait maintenant : le mouvement étudiant de Mai 68 a en grande partie démarré pour une histoire de mœurs. Dès 1967, les étudiants de la jeune Université de Nanterre — dont un certain Daniel Cohn-Bendit — réclament le droit d’accéder aux dortoirs féminins. De fait, Mai 68 est autant une révolte sociale qu’un moment de libération sociétale et sexuelle. Très vite apparaissent les première réunions féministes non-mixtes et le Mouvement de libération des femmes (MLF), dont fait entre autre partie Antoinette Fouque. Cette séquence débouche sur des avancées sérieuses pour les femmes, dont la loi Veil de 1975, qui dépénalise l’avortement. Mai 68 serait donc à l’origine d’un nouveau féminisme ? Pas sûr, nous avertit Geneviève Fraisse, toujours prête à combattre les schémas de pensée trop simplistes.

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Mai 68 : histoire d’une grande grève générale

Article initialement publié le 27 avril 2018 sur Le Média presse

Nous l’oublions souvent, mais Mai 68 ce n’est pas qu’une révolte étudiante libertaire. C’est aussi le plus grand mouvement social français du XXe siècle, et il mérite qu’on s’y attarde à ce titre.

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Le « scandale de Strasbourg » : l’origine trop méconnue de Mai 68

Article initialement publié le 27 mars 2018 sur Le Média presse

Pour la majorité des commentateurs, quel que soit leurs bords politiques, Mai 68 est lancé par une affaire de mœurs étudiantes. C’est trop vite occulter le « scandale de Strasbourg » en 1966 et la critique radicale du capitalisme qu’il portait.

Tout le monde ou presque vous le dira : Mai 68 démarre parce que 60 étudiants de Nanterre exigent de pouvoir circuler librement dans le dortoir des filles – l’inverse est alors possible. Le 21 mars 1967, les rebelles occupent illégalement les pavillons réservés aux étudiantes.Malgré les sanctions, ils multiplient les occupations pendant un an et sensibilisent les autres étudiants sur la liberté sexuelle. Le 8 janvier 1968, leur leader, Daniel Cohn-Bendit, interpelle le ministre de la Jeunesse et des Sports, François Missoffe, venu inaugurer la piscine de Nanterre. Le futur « Dany le Rouge » se voit alors conseiller de plonger dans l’eau. Ce serait cette affaire qui aurait provoqué la révolte étudiante, elle-même à l’origine du mouvement social. Quelques mois plus tard, ils créent alors le Mouvement du 22 mars, qui réunit ce qu’on appellera les « mao-spontex » – pour « maoïstes spontanéistes » –, des anarchistes, des trotskistes, des chrétiens de gauche, ou encore des conseillistes. Pourtant, tout cela occulte la pénétration des idées situationnistes chez les étudiants initiés par le « scandale de Strasbourg » de novembre 1966.

La critique situationniste

Fondée en 1957 par Guy Debord, à partir de l’Internationale lettriste et du dadaïsme, l’Internationale situationniste (IS) est au départ un mouvement d’avant-garde culturelle. Très vite, elle se rend compte que son programme de construction d’une vie intégralement poétique doit s’accompagner d’un projet de révolution politique et sociale. L’IS adopte alors le marxisme et le conseillisme, forme de socialisme libertaire, antiétatique et anti-léniniste qui considère que les conseils ouvriers sont la base de l’insurrection et de la société post-capitaliste. La « révolution de la vie quotidienne » de Guy Debord promeut alors l’autogestion et entend abolir le « travail aliéné », ainsi que la société du spectacle, appelée aussi « spectaculaire-marchande ». Rappelons que pour lui, le spectacle se définit comme « le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image » (La société du spectacle, 1967) et « l’accomplissement sans frein des volontés de la raison marchande » (Commentaires sur la société du spectacle, 1988). A partir des années 1960, les étudiants forment une catégorie parfaite pour recevoir les thèses à la fois novatrices et radicales des situationnistes.

Après la Seconde Guerre mondiale, la société française est en pleine mutation. Le Plan Marshall et la forte croissance des Trente Glorieuses favorisent l’émergence des classes moyennes. Le communiste Michel Clouscard définit ces dernières comme les « catégories sociales qui subissent à la fois la confiscation de la plus-value en tant que producteurs et l’injonction de consommation en tant que consommateurs. Les classes moyennes investissent énormément dans l’éducation de leurs enfants, les études supérieures étant vues comme le moteur de l’ascenseur social. A cela s’ajoute le baby-boom. Résultat : 500 000 étudiants sont inscrits à l’université en 1968, contre 150 000 dix ans plus tôt. » En 1966 par exemple, l’Université de Nanterre est par exemple fondée pour désengorger la Sorbonne. Or, ces étudiants ne veulent plus vivre comme leurs parents, étouffés par un traditionalisme oppresseur et omniprésent à tous les niveaux de la société. Ils deviennent alors des cibles de choix pour l’IS.

De la misère en milieu étudiant

Ce n’est cependant pas par la jeune Université de Nanterre que le mouvement de Guy Debord touche les étudiants, mais par celle de Strasbourg. En 1966, un petit groupe de six étudiants contestataires strasbourgeois est élu à la tête de l’AFGES (Association fédérative générale des étudiants de Strasbourg), alors branche locale de l’UNEF. Décidés à lancer un mouvement de révolte et à dissoudre leur syndicat ensuite, ils prennent contact avec l’IS. Les étudiants dilapident la trésorerie de l’UNEF pour imprimer 10 000 exemplaires d’une brochure de 28 pages distribuées aux élèves : De la misère en milieu étudiant considérée sous ses aspects économiques, politiques, psychologiques, sexuels et notamment intellectuels et de quelques moyens pour y remédier. Signée « par des membres de l’Internationale situationniste et des étudiants de Strasbourg », elle stipule encore aujourd’hui : « Ce texte peut être librement reproduit, traduit ou adapté même sans indication d’origine ». André Schneider et André Bertrand, protagonistes des évènements viennent de publier en ce mois de mars 2018 Le scandale de Strasbourg mis à nu par ses célibataires (l’Insomniaque). Selon eux, c’est Debord « qui en prend l’initiative, en choisit le titre, détermine les grandes lignes de son contenu et pousse sa radicalité ». Le texte semble néanmoins avoir été rédigé par un autre situationniste : Mustapha Khayati. Un article de l’Internationale situationniste n°11, revue du mouvement, daté d’octobre 1967, confirme : « Mustapha Khayati se trouva conduit à assumer presque seul l’essentiel de la rédaction du texte, qui fut à mesure discuté et approuvé dans ce groupe d’étudiants à Strasbourg, et aussi par les situationnistes à Paris ».

De la misère en milieu étudiant est autant un brûlot contre le capitalisme et toute forme de bureaucratie, qu’un appel à l’insurrection. Le pamphlet commence par ces mots durs : « Nous pouvons affirmer sans grand risque de nous tromper que l’étudiant en France est, après le policier et le prêtre, l’être le plus universellement méprisé. » Pour l’auteur, l’étudiant est même « méprisable et méprisé du point de vue de la critique révolutionnaire ». C’est, selon lui, la raison pour laquelle il est instrumentalisé par « l’impuissante intelligentsia de gauche (des Temps Modernes à L’Express) […] et les organisations bureaucratiques effectivement déclinantes (du parti dit communiste à l’U.N.E.F.) ». « Esclave stoïcien » qui se croit libre et autonome, l’étudiant serait soumis aux « deux systèmes les plus puissants de l’autorité sociale : la famille et l’État. » Il pointe également les limites des travaux de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron (« Borderon et Passedieu ») dans Les Héritiers, les étudiants et la culture (1964). Il fustige aussi les tenants de la critique sociale de l’époque, jugés incapables « de passions réelles » et « dont la fonction est de masquer les vraies : Althusser – Garaudy – Sartre – Barthes – Picard – Lefebvre – Levi Strauss – Halliday – Chatelet – Antoine. Humanisme – Existentialisme – Structuralisme – Scientisme – Nouveau Criticisme – Dialecto-naturalisme – Cybernétisme – Planétisme – Métaphilosophisme. » La brochure accuse alors l’étudiant de « consommer » les livres de cette intelligentsia de gauche qui lui fait croire qu’il est révolutionnaire, alors qu’en vérité, « la question est de toujours préserver son standing culturel. »

Du scandale de Strasbourg à Mai 68

Le texte fait mouche et remporte un vif succès. Aux quatre coins de l’Hexagone, des petits groupes d’étudiants prennent le relais. En quelques mois, 300 000 exemplaires de De la misère en milieu étudiant sont imprimés. La brochure est alors imprimée en six langues. Dès la sortie du texte, l’UNEF est furieuse. Elle intente même un procès contre les six étudiants de AFGES à l’origine de la publication du texte. Le maire de Strasbourg et les notables locaux font tout pour empêcher sa diffusion, en vain. La presse nationale et même internationale panique. « Ce serait la première manifestation concrète d’une révolte qui vise tout bonnement à détruire la société », s’affole Dernières Nouvelles, un journal alsacien. Les Turinois de la Gazetta del Popolo s’inquiètent : « Il s’agirait toutefois de considérer si d’éventuelles mesures de représailles ne risqueraient pas d’entraîner des désordres à Paris et dans d’autres villes universitaires de France ; l’Internationale situationniste, électrisée par le triomphe obtenu par ses adeptes à Strasbourg, s’apprête à déchaîner une offensive de grand style pour s’assurer le contrôle des organismes étudiants. »

Pendant que le « scandale de Strasbourg » se propage, les situationnistes attisent les flammes. En 1967, Raoul Vaneigem, membre belge de l’IS, publie un Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations chez Gallimard. Cet ouvrage radical et hédoniste, au sens épicurien, rencontre un vif succès dans le milieu étudiant. C’est dans celui-ci qu’on retrouve le fameux « Vivre sans temps mort, jouir sans entrave », qui deviendra un des principaux slogans de mai 68. La même année, Guy Debord sort chez Buchet/Chastel son premier essai, La société du spectacle, considéré par certains comme Le Petit livre rouge de Mai 68.

Les situationnistes ne font pas que diffuser leurs idées, mais agissent aussi. Ils comptent alors en leur sein deux étudiants. Parmi eux, René Riesel, qui a tout juste 18 ans en 1968, fait partie des huit étudiants de Nanterre – parmi lesquels Daniel Cohn-Bendit – convoqués devant la « Commission des affaires contentieuses et disciplinaires » de la Sorbonne. Actif depuis l’année précédente, il est l’un des initiateurs du Mouvement du 22 mars et fonde aussi les Enragés. Groupe le plus radical de Mai 68, ces derniers se fédèrent avec l’IS le 16 mai 1968 pour donner le comité Enragés-Internationale Situationniste, qui se dissout ensuite. Alors que nous nous apprêtons à commémorer les 50 ans de Mai 68 et que le néolibéralisme accentue son opération de destruction sociale, sous la houlette du président Macron, il peut être très utile de se replonger dans les écrits situationnistes.

Crédits : thierry ehrmann/Flickr

Marion Messina : « Je ne peux pas écrire une superbe histoire d’amour alors que tout s’effondre »

Entretien initialement publié le 22 février 2018 sur Le Comptoir

« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. » Cette célèbre citation de Paul Nizan dans « Aden Arabie » pourrait illustrer à la perfection « Faux départ », le premier roman de Marion Messina. Elle y raconte l’histoire d’Aurélie, brillante lycéenne, issue de la classe ouvrière, qui croit en la méritocratie, mais qui va vite déchanter en entrant dans le supérieur. En plus de subir la précarité et le mépris de classe, cette enfant de la banlieue grenobloise, perdue entre « les Jérémie, Yoann, Julie, Audrey, Aurélie, Benjamin, Émilie, Élodie, Thomas, Kévin, Charlotte, Jérémy ou Yohann […] pas détestables, mais nullement intéressants », va aussi devoir affronter la solitude, dans une société qui ignore toute forme d’attachement durable. Si on en sait très peu sur Marion Messina, il semble que cette « banlieusarde sans accent, […] élevée par des ouvriers bibliophiles » et ne croyant plus en la méritocratie, ait beaucoup en commun avec son héroïne. Nous avons rencontré l’Iséroise afin de discuter de son roman, de littérature, mais aussi de précarité, de la France périphérique, de lutte de classes et de l’atomisation de notre société…

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Nuit debout : ne soyons pas la farce de Mai-1968 !

Article publié le 11 mai 2016 sur Le Comptoir

Questionné par nos soins lors de la première Nuit debout du 31 mars, l’économiste et philosophe Frédéric Lordon relevait qu’un lien semblait unir la jeunesse qui se mobilise contre la loi El Khomri et celle qui s’est insurgée en Mai-1968. Les similitudes sont telles que le marxo-spinoziste explique : « C’est comme si à presque cinquante ans de distance, des générations se parlaient. » Ce parallèle mérite d’être analysé, surtout si nous voulons que Nuit debout ne réitère pas les erreurs de son aîné.

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