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Le Doc : « La banalisation du porno est un vrai problème »

Interview publiée le 5 octobre dans RAGEMAG

Parler sérieusement de sexe dans les médias n’a jamais été chose aisée. Quand il s’agit de s’adresser à des adolescents la tâche s’annonce encore plus compliquée. Basée sur l’émission américaine LovelineLovin’ fun a été un précurseur dans le domaine. De 1992 à 1998, cette émission connaît un franc succès sur Fun Radiomalgré les critiques. Le concept est simple : un pédiatre, Christian Spitz (alias le Doc), et un animateur radio, Difool, répondent aux diverses interrogations que se posent les ados. Une large partie de celles-ci tournent autour du sexe. Quinze années après avoir révolutionné le monde radiophonique, l’émission reprend du service. Si Karima Charni et Karel ont remplacé Difool, le Doc est toujours de la partie et RAGEMAG est allé à sa rencontre.

Vous revenez à l’antenne de Fun Radio pour animer Lovin’ Fun 15 ans après l’arrêt de l’émission. Qu’est-ce qui a changé chez les adolescents entre les années 1990 et aujourd’hui ?

Structurellement, peu de choses ont changé. Les deux différences majeures sont qu’ils sont hyper-connectés aux réseaux sociaux et ont accès très facilement à la pornographie. Mais malgré ces quelques détails, les adolescents sont toujours les mêmes.

Vous ne pensez pas que lors de ces quinze dernières années nous avons assisté à la banalisation de la drogue et d’autres comportements qui étaient encore marginaux chez les adolescents dans les années 1990 ?

Oui, c’est vrai qu’il y a quelques changements quand même. Nous pouvons noter, par exemple, qu’aujourd’hui les filles à 15 ans sont plus fumeuses que les garçons, alors que ceux-ci consomment plus de drogues dures. Cependant, je fais une différence entre utilisation régulière, ponctuelle et occasionnelle. Et les consommations régulières ne sont pas plus fréquentes que durant les années 1990. Il n’y a pas de changement de fond.

L’émission programmée de 1992 à 1998 avait pour slogan « Sexe, Capote et Rock’n’Roll ». A-t-elle participé à une démystification du sexe, une désacralisation de celui-ci et à un découplage entre l’acte sexuel et les sentiments amoureux ?

Non, je ne crois pas du tout. En écoutant les retours d’anciens auditeurs, qui sont parents maintenant, je n’ai pas le sentiment que nous puissions parler de démystification du sexe. Nous étions plus dans une forme d’ « éducation informelle » construite autour d’expériences vécues. Nos conseils leur permettaient de trouver eux-mêmes leurs propres réponses. Le but de l’émission était justement de trouver une unité entre les sentiments et le sexe, et pas l’inverse.

« Le but de l’émission était justement de trouver une unité entre les sentiments et le sexe, et pas l’inverse. »

Dans une société où le culte de la performance et l’immédiateté du plaisir deviennent la norme, les adolescents ont-ils aujourd’hui plus d’anxiété vis-à-vis du sexe que ceux des années 1990 ?

Franchement je dirais qu’ils en ont au contraire moins. Pourquoi ? Parce que durant les années 1990, il y avait le sida qui effrayait. Aujourd’hui cette menace provoque beaucoup moins d’anxiété, notamment grâce aux progrès en matière de prévention et à la trithérapie. Le problème n’est d’ailleurs pas l’anxiété vis-à-vis du sexe mais vis-à-vis de l’autre, au sein de la relation. Les ados se demandent toujours s’ils vont être performants ou à la hauteur. Ils s’interrogent sur la nature de la relation ou sur sa durée. La confiance qu’ils peuvent accorder à l’autre est aussi importante. C’est là que nous constatons une vraie anxiété. Mais elle n’a pas changé depuis les années 1990. Après, tout le monde s’interroge sur ses capacités sexuelles mais c’est avant tout dans le cadre de la relation.

« L’âge du premier rapport sexuel en moyenne n’a pas changé en 20 ans : il se situe à 16 ans. Cette donnée prouve que le porno n’a pas généré une expansion du passage à l’acte. »

À un âge où on se découvre encore, vers qui l’adolescent peut-il se tourner : parents, amis, école ? N’est-il pas assez seul avec ses questions ?

Il est nécessairement seul. Il a ses parents, ses amis et les sites d’information auxquels il a accès. C’est bien maigre finalement. Notre émission leur apporte alors quelque chose, en les nourrissant d’expériences vécues, en plus de l’enseignement « théorique ».

On parle souvent du décalage entre une société sexuellement libérée et de profonds tabous. Quels sont les tabous de cette génération ?

Ils ont des tabous très banals : se découvrir, le nu, être vus. Ils veulent surtout se protéger en fait. Mais je ne sais pas ce qu’est un tabou. Les vrais tabous de notre société sont l’inceste, le viol, la violence… et heureusement ! Hors de cela, il n’existe pas de vrais tabous qui réfrènent la sexualité. Les filles sont d’ailleurs tout autant aguerries et averties que les garçons.

Comment expliquer la beauté du sexe, le plaisir de la découverte aujourd’hui où l’âge moyen du premier film porno est tombé en dessous 13 ans ?

La banalisation du porno est un vrai problème mais heureusement elle n’affecte pas réellement ceux qui ont un bon équilibre affectif. Mais l’âge du premier rapport sexuel en moyenne n’a pas changé en 20 ans : il se situe à 16 ans. Cette donnée prouve que le porno n’a pas généré une expansion du passage à l’acte. Néanmoins, pour les plus fragiles psychologiquement, ce genre de rapport où l’individu est objetisé est un mauvais modèle. Mais la plupart des individus, qui possèdent un vrai équilibre, s’en détournent très rapidement.

Justement, le développement des réseaux sociaux et des sites comme Adopte un mec qui placent l’Homme comme une marchandise jetable et donc périssable, ont-ils modifié les rapports entre ados ?

Je ne crois pas que les rapports entre les ados aient été modifiés. Ils ont pour la plupart grandi avec les réseaux sociaux et savent s’en servir. Oui, il y a des sites pornographiques et l’objetisation de l’individu est un danger. Mais ça ne contamine pas les adolescents qui gardent souvent leur pureté et leur idéalisme.

« Si beaucoup fantasment sur leurs possibilités d’avoir des rapports sexuels dès l’âge du collège, le passage à l’acte ne se fait que très rarement. »

En France, la majorité sexuelle est de 15 ans. Pourtant certains de vos auditeurs sont beaucoup plus jeunes. Cette limite arbitraire est-elle encore pertinente ?

Elle est totalement pertinente, par rapport aux adultes. Deux individus de 14 ans peuvent avoir une relation sexuelle et personne n’a rien à dire dessus. Il y a aussi une vraie différence de maturation. Par exemple, certaines filles sont réglées à 11-12 ans et ont l’air de femmes à 14 ans, alors que certains garçons qui commencent leur puberté à 13-14 ans ont encore l’air d’enfants. Donc bien sûr que cette limite est complètement arbitraire, mais si beaucoup fantasment sur leurs possibilités d’avoir des rapports sexuels dès l’âge du collège, le passage à l’acte ne se fait que très rarement. Mais la majorité sexuelle est avant tout une notion essentielle pour les adultes : un adulte quelconque qui veut avoir une relation avec un mineur de moins de 15 ans est forcément coupable. On ne peut pas supposer dans ce genre de cas le libre-arbitre d’un enfant.

Votre expérience radio et l’immédiateté que procure ce média, vous aident-elles dans votre pratique quotidienne de la pédiatrie ?

En réalité, c’est l’inverse (rires) : la pratique de la pédiatrie m’aide pour la radio ! Elle m’a appris à écouter, ce qui est essentiel.

Votre émission a été une des premières à évoquer les problèmes de sexe, en 1992. Aujourd’hui, vous êtes toujours aussi seul, pourquoi les médias sont si frileux à parler de sexe sur une antenne de grande écoute ?

Ils ne sont pas frileux pour plaisanter sur le sexe, et parfois de manière graveleuse ! Même dans les radios généralistes, ils en parlent en permanence car cela fait partie de la vie. Là où notre émission a été totalement novatrice, c’est qu’il s’agit de parler de ses propres expériences ainsi que des maux du quotidien pour y trouver des réponses. De plus, elle s’adresse à des gens jeunes, en pleine construction de leur personnalité. Ce sont sur ces points précis que nous avons été différents. Il existe aussi d’autres excellents médias d’information, comme le site internet fil santé jeune. Globalement, s’adresser à des adolescents sur ces sujets c’est très spécifique.  Et il n’y a pas plus d’émissions comme ça, tout simplement parce que le jeune public intéresse peu de radios.

Boîte noire

Miss France trop blanche ou le CRAN trop bête ?

Texte publié initialement le 23 décembre 2012 sur RAGEMAG 

Samedi 8 décembre, 20h50. Des millions de téléspectateurs ont les yeux rivés sur TF1. Qui sera élue Miss France 2013 ? La question les obsède. Mais ils ne se doutent pas qu’une association communautaire a décidé d’utiliser l’évènement à des fins malsaines. Il s’agit du CRAN qui, certainement à cours de combats sérieux à mener, a décidé de taxer Miss France de Miss blanche. Les accusations fusent contre le concours : communautaire, discriminant, raciste. Il devrait même être rebaptisé « Miss White France ». Les accusations sont-elles fondées, ou a-t-on juste droit à un délire communautaire de plus ?

Pour ceux qui ne connaissent pas, le CRAN est le Conseil Représentatif des Associations Noires. Sorte d’équivalent noir du CRIF, cette association entend combattre les discriminations. C’est dans cet objectif que Louis-George Tin, son actuel président, et Fred Royer, créateur de prix inutiles, dont Miss Black France, ont courageusement écrit dans les colonnes de Slate France la tribune puante dont sont extraits les passages suivants :

« Dans le monde désuet, voire parallèle, de Miss France, les Noirs ne peuvent apparemment venir que des départements tellement exotiques d’Outre-Mer (restant ainsi tenus bien à l’écart des frontières de notre hexagone) : Miss Martinique, Miss Guyane, Miss Réunion, Miss Mayotte… Quant aux Français originaires du Maghreb, ils étaient « représentés » par une seule candidate, vite éliminée. Peut-être était-elle trop musulmane ? […] Un pareil manque de représentativité de la population française contemporaine lors d’un tel événement est grave, évidemment. Il s’agit d’une véritable négation de l’existence des Français d’origine africaine, qui disparaissent le temps d’une soirée de notre territoire. L’image renvoyée à l’ensemble des spectateurs en est totalement distordue. Quant aux populations concernées, elles doivent ressentir une étrange impression d’invisibilité… Lors de sa première édition, en avril 2012, d’aucuns avaient osé taxer l’élection Miss Black France de « communautariste ». Mais bien sûr, lorsque le communautarisme est le fait de la communauté dominante, ce n’est plus du communautarisme, c’est naturel : Miss White France peut ainsi se dérouler sans que personne n’y trouve à redire. »

Est-ce ainsi que nos preux chevaliers ont décidé de défendre la cause des noirs de France et de Navarre ? Il semblerait…

Tordons le cou à quelques contre-vérités

On a d’abord envie de sourire, en songeant que, depuis 2000, quatre Miss France furent noires ou métisses : Sonia RollandCorinne ComanChloé Mortaud et Cindy Fabre. Quatre lauréates sur 13 éditions, soit presque 33% de victoires – rappelons au passage que le CRAN estime que 12% des français sont noirs ou arabes. Parmi les quatre gagnantes, seule Corinne Corman était issue d’un département d’Outre-Mer (Guadeloupe), les trois autres habitant des départements métropolitains (Bourgogne, Normandie et Midi-Pyrénées).

On se remémore alors le concours Miss Black France. Lors de son lancement, en avril dernier, Frédéric Royer, son créateur, avait été jusqu’à déclarer qu’il était ouvert aux blanches et aux autres communautés. Vous imaginez, une blanche qui se ferait élire « Miss Black France » !… Et pourquoi pas un homme auréolé du titre de « Miss France » ? Non content de favoriser le communautarisme racial, Royer nous prenait pour des cons. D’autant que le type est du genre à monter au créneau quand quelqu’un déclare publiquement qu’il y a trop de noirs en équipe de France de football.

Puis on plaisante, en avançant que certaines minorités sont injustement exclues des concours de beauté : les handicapées, les obèses ou les naines par exemple. Doit-on s’attendre à une plainte du Conseil Représentatif des Associations Naines ? De personnes de petite taille pardon…

Et les moches… N’ont-elles pas le droit de porter une couronne elles aussi ? Déjà que la nature ne les a pas gâtées, si en plus elles sont discriminées….

Le CRAN ou le Front Noir ?

Enfin, on constate l’irresponsabilité de l’initiative des deux gus. Le CRAN tente, depuis sa création, de nous imposer sa vision communautariste de la société. Il ethnicise tous les sujets, même Miss France… Il est peu dire que Messieurs Tin et Royer tombent dans le piège antiraciste de base. Au lieu de lutter pour que tous les français soient acceptés comme égaux, sans distinction d’origine ou de religion, ils segmentent le peuple en « races » et réclament que celles-ci soient traitées de manière égale. Ils divisent au lieu de rassembler. Le CRAN n’a pas encore le poids du CRIF et c’est tant mieux, sinon notre République indivisible aurait encore plus de soucis à se faire.

En réalité, les identitaires de droite et de gauche sont les deux faces d’une seule et même pièce. De là à penser que le CRAN nourrit le FN et que le FN se nourrit de lui… Une chose est sûre : Tin joue le jeu de Marine Le Pen, mais aussi celui du système, en évitant de parler des sujets qui fâchent, comme l’accès à l’emploi ou au logement – pour les minorités notamment. Tout le monde se fout de la couleur de peau de « Miss France 2012 ». En juin dernier, Patrick Lozès, ex-président de l’association, nous disait : « Il n’y a pas besoin de créer le CRAB (Conseil Représentatif des Associations Blanches), il existe déjà et c’est le FN. » Ce dernier estimait que Marine Le Pen était la première communautaire de France. Moi, je déclare publiquement que Louis-George Tin n’est pas loin de l’être aujourd’hui. Sale époque : la lutte des races a pris le pas sur la lutte des classes.

«  Dans notre perspective il s’agit d’une lutte de classes entre une classe ouvrière prolétarienne massive et la petite classe dominante, minoritaire. Les gens de la classe ouvrière de toutes les couleurs doivent s’unir contre la classe dominante oppressante et exploitante. Alors laissez-moi être à nouveau emphatique – nous croyons que notre lutte est une lutte de classes et non une lutte de races » Bobby Seale (co-fondateur du Black Panther Party)

Boite noire

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