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Médine au Bataclan : Halte à l’hystérie nationale

Article publié le 11 juin 2018

L’annonce de deux concerts du rappeur Médine au Bataclan provoque une vraie hystérie à droite. L’artiste serait accusé de promouvoir le djihadisme. La réalité est pourtant toute autre.
Deux ans après Black M, c’est au tour du rappeur Médine de se retrouver au cœur d’une polémique. A l’époque, la venue de l’artiste aux commémorations de la bataille de Verdun avait été annulée. La raison ? Certains, à droite, à l’extrême droite, mais même à gauche, avaient jugé sa venue inopportune, s’appuyant sur certains textes maladroits. Cette fois, c’est un concert en apparence moins solennelle, puisqu’il s’agit d’un événement privé, qui pose problème. Il faut dire qu’il se déroulera dans un endroit hautement symbolique. Il s’agit du Bataclan, lieu emblématique de l’attentat spectaculaire du 13 novembre 2015, où Médine se produire les 19 et 20 octobre prochains. Pour les détracteurs de l’artiste, il s’agit d’une insulte aux 90 victimes. Car, selon eux, le rappeur havrais serait un islamiste, voire un promoteur du djihad. Encore une belle preuve de l’incompréhension que peuvent susciter le rap et les banlieues, le tout sur fond de panique identitaire. Revenons aux faits

Médine, Bataclan et jihad

En mars dernier, Médine balance le troisième extrait de son sixième album, Storyteller. Un morceau émouvant dédié à une salle de concert mythique, intitulé « Bataclan », accompagné de Youssoupha et du chouchou de la presse, Orelsan. Point de référence aux événements qui ont horrifié l’Hexagone, il n’est que question de musique et de prestation scénique. « Tout ce que je voulais faire, c’était le Bataclan », y explique Médine. Il profite de ce clip pour annoncer un concert dans la tristement célèbre salle de concert. Une annonce qui, si elle a ravi ses fans -la première date est complète-, était passée sous les radars politiques, jusqu’à peu.

Mais l’inévitable s’est produit. Depuis 2012 et Don’t Panik : n’ayez pas peur (DDB), son livre avec Pascal Boniface, Médine est une des bêtes noires de l’extrême droite. Ajoutons que la gauche “républicaine” l’a aussi en ligne de mire depuis la sortie du titre « Don’t Laïk » en 2015, juste avant les attentats de Charlie Hebdo. Ainsi, depuis la fin de la semaine dernière, -vendredi 9 juin-, un visuel circule sur les réseaux sociaux. On y voit le rappeur portant un t-shirt où il est écrit « Jihad » et une épée, à côté de l’affiche de ses concerts, au Bataclan donc et complets à ce jour. Une agitation qui a “obligé” les responsables politiques de droite à monter au créneau. « Au Bataclan, la barbarie islamiste a coûté la vie à 90 de nos compatriotes. Moins de trois ans plus tard, s’y produira un individu ayant chanté “crucifions les laïcards” et se présentant comme une “islamo-caillera”. Sacrilège pour les victimes, déshonneur pour la France », a tweeté le président de LR Laurent Wauquiez. De son côté, la présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen a déclaré : « Aucun Français ne peut accepter que ce type aille déverser ses saloperies sur le lieu même du carnage du Bataclan. La complaisance ou pire, l’incitation au fondamentalisme islamiste, ça suffit ! »

Ce ne sont que quelques exemples emblématiques, alors que les demandes d’interdictions pleuvent, avec le hashtag #PasDeMédineAuBataclan. La gauche n’est pas forcément en reste non plus. Habitué aux polémiques sur l’islam et la laïcité, le Printemps républicain a, quant à lui, tenté de tenir une ligne de crête difficile, entre dénonciation du MC et défense de sa liberté artistique. Le collectif de Laurent Bouvet et Amine El-Khatmi semble avoir à cœur de se distinguer, au moins cette fois, de la droite et de l’extrême droite. Mais derrière ces réactions un fil rouge : Médine serait dangereux. Ces indignations seraient tout à faire légitime si le rappeur était effectivement un islamiste rigoriste, ou pire un soutien du terrorisme. Mais il n’en est rien.

Rap et islam : la grande incompréhension

Rappelons d’abord ce qu’est le “jihad”. Ce mot, aussi utilisé par les Arabes de confession chrétienne, ne signifie pas “guerre sainte”, comme il est trop souvent expliqué, mais plutôt “effort“ ou “lutte”. De plus, il ne recouvre pas nécessairement une réalité violente. Le jihad est d’abord une notion spirituelle, qui invite le croyant à avancer vers Allah. La notion ne fait néanmoins l’objet d’aucun consensus, comme beaucoup d’autres dans l’islam. Ainsi, Averroès, célèbre philosophe aristotélicien du XIIe siècle répertoriait quatre jihad : par le cœur, par la langue, par la main et par l’épée. Il est normal que le “jihad” puisse effrayer dans un pays qui a découvert avec horreur le terrorisme islamiste, soit le jihad par l’épée, il y a peu. Pourtant, il faut bien comprendre ce qu’il recouvre lorsqu’il est employé. Médine ne déroge évidemment pas à la règle. Dans « Arabospiritual », morceau d’Arabian Panther, son troisième album sorti en 2008, le rappeur havrais scandait :

« Ma culture devient de la confiture de barbituriques
En 2005 deuxième album en demi-teinte j’emprunte
Les voix de la provocation pour tous les convaincre
Et non les combattre avec un disque en forme de sabre
Mais lutter contre soi reste le plus grand Jihad !
J’amène un message de paix derrière une épée »

L’artiste faisait alors référence à son précédent disque, Jihad, sous-titré « le plus grand combat est contre soi-même ». C’est de cet album qu’est tiré le visuel polémique. Il y décrit l’islam comme « une religion de paix ». Grande fresque sur la guerre dans l’Histoire de l’humanité, le morceau éponyme est en fait un plaidoyer pour la paix. Il invite également à l’introspection pour être un homme meilleur. « Ma richesse est culturelle, mon combat est éternel/ C’est celui de l’intérieur contre mon mauvais moi-même », concluait la chanson. Un an auparavant, dans son premier album, 11 septembre, récit du 11e jour, Médine dénonçait avec vigueur les amalgames entre islam et djihadisme, dans « Ni violeur ni terroriste ». Aboubakar, invité sur le morceau rappait ainsi : « Si nos âmes s’arment c’est pour le combat après la mort ». La spiritualité prime alors. Mais c’est « Hotmail » qui finit par dissiper les doutes qui pourraient encore subsister.

Présent sur Table d’écoute, EP de neuf titres, ce morceau entend clarifier le propos du rappeur. Dedans, il réagit à trois messages laissés sur son répondeur. Dans le deuxième couplet, un auditeur lui dit : « Wallah Medine bsahtek ouah j’ai écouté wallah t’as raison. Faut couper toutes les têtes jihad mon frère. Wallah Faut qu’ils payent wallah. » Le rappeur lui répond alors : « Voici l’idée que tu te fais de mes couplets/ Qu’avec un disque de rap des têtes je vais couper/ Découper les cous des gens hors du coup ». Le Havrais invite alors son auditeur à la réflexion : « Le conseil ne dit pas de tendre l’autre joue/ Mais de réfléchir avant d’agir tous les autres jours/ Si tout est critiquable commence par l’auto-critique/ L’Occident n’est pas responsable de ton slip ». Nous sommes alors loin du prêcheur de haine à l’égard de l’Occident. Dans le dernier couplet, Médine se paye même le luxe de répondre aux salafistes qui lui reprochent de faire de la musique. Après leur avoir rappelé que les hommes ne lisaient pas les cœurs, il conclut ironiquement : « Eux-mêmes philosophes dans tous domaines/ De Mohammed n’ont que le prénom de domaine/ […] Délaisse la paille dans l’œil de ton voisin/ Enseignement chrétien pour attitude de crétin ». Pour finir, soulignons que Médine est un admirateur du commandant Ahmed Chah Massoud, le “Che Guevara afghan”, ennemi des Talibans, qui l’ont fait assassiner le 9 septembre 2001. Le rappeur, qui a rendu plus d’une fois hommage au révolutionnaire, comme dans « Du Panjshir à Harlem » (Jihad), a même appelé son fils Massoud.

Mais il n’y a pas que le rapport au jihad qui gêne chez Médine. Il y a aussi la laïcité. Début 2015, alors que la France n’a pas encore digéré le drame de Charlie Hebdo, le rappeur sort un morceau polémique : « Don’t Laïk », détournement de son fameux slogan « I’m muslim, don’t panik ». Il n’y attaque pas la laïcité, selon des dires, mais les “laïcards” – notion, il est vrai, plus polémique que précise. Il y rappe : « Crucifions les laïcards comme à Golgotha ». Ce sont ces quelques mots qui ont provoqué la colère de la gauche républicaine, y percevant une menace physique. C’est pourtant bien mal connaître le rap, qui aime multiplier les images, et pour qui la violence est souvent plus esthétique que réelle. Pour le dire plus simplement, aucun auditeur de Médine n’irait s’en prendre physiquement à un “laïcard”.

Médine est bien évidemment critiquable, sur le plan artistique comme sur le plan politique, où il se place volontairement. Encore faut-il que la critique soit pertinente. Le rappeur est plus un musulman pieux et politisé qu’un rigoriste ou un islamiste. Cette doctrine a montré ces dernières années qu’elle était un danger réel en France. Mais fantasmer des djihadistes à tous les coins de rue est contre-productif à tous les niveaux. Enfin, et ce n’est pas le point le moins important, une démocratie bien portante est une démocratie qui laisse s’exprimer librement ses artistes.

https://twitter.com/Medinrecords/status/1006215653714427905

Photo de une : visuel qui fait polémique sur les réseaux sociaux

Crédits : Capture d’écran sur Twitter

Les souffrances du jeune Brav’

Entretien publié initialement sur Reaphit le 19 février 2015, avec Nicolas

Les fans de Din Records attendaient cet événement depuis longtemps. Presque un an après son compère Tiers Monde, avec qui il formait le groupe Bouchées Doubles, Brav a enfin sorti, le 26 janvier  dernier, son premier solo, intitulé Sous France. Dédié à « la France d’en bas » et « à ceux qui n’y croient plus mais qui se battent quand même », cet opus est sans doute le meilleur du label havrais depuis Arabian Panther de Médine. Quinze titres où le MC trouve un équilibre rare entre rap conscient et morceaux plus intimes, sans jamais sacrifier la forme pour le fond.

Nous avons rencontré l’artiste dans un café parisien, accompagné du manager de Din Records, quelques jours après la sortie de Sous France, pour discuter avec lui de sa musique évidemment, mais également de lui et de ses engagements, comme la Palestine.

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La fin des supports physiques et l’avènement du digital : mauvaise chose ?

Texte publié le 23 avril 2012 sur Sound Cultur’ALL

« Avant j’achetais des disques, j’écoutais même ceux que j’aimais pas, aujourd’hui j’ai 40 gigas d’MP3 qu’j’écoute même pas » Orelsan

K7C’est triste, à peine 23 ans et je suis déjà un jeune con réac’. Et pire, j’ai décidé d’écrire tout un article pour l’assumer ! Non, en fait, ce n’est pas le vrai but de cet article, mais bon, une fois que tu l’auras lu, la seule chose que tu retiendras, c’est bien ça : « L’Impertinent, il saoule, il n’est même pas foutu d’vivre avec son temps ». Ben voilà, je suis né à la fin des années 80, j’ai grandit dans les 90’s et j’ai muri (vieilli ?) dans les 00’s. Dans ma courte vie (Quoique notre vie n’est-elle pas déjà trop longue à partir du moment où on vient au monde ?), j’ai vu notre société évoluer et se transformer, parfois en bien, souvent en mal. J’ai connu l’effondrement du bloc soviétique, la réunification de l’Allemagne, l’éclatement de la Yougoslavie, j’ai assisté à la chute du mur de Berlin (#syndromesarkozy), j’ai vu le 11 septembre bouleverser nos vies, j’ai connu 3 présidents français (bientôt 4 ?), j’ai vu un noir devenir l’Homme le plus puissant du monde, et j’en passe ! J’ai connu l’époque où le football français, qui à défaut de nous proposer du beau jeu, arrivait à nous faire rêver. J’ai dansé sur des tubes de l’été dégueux, j’ai vécu la mode des boys bands, celle de la dance et j’ai même connu l’époque où Doc Gyneco était génial

Mais, l’événement le plus marquant de notre ère est certainement l’avènement du numérique, symbolisé par la démocratisation des ordinateurs et d’internet. Et là tu te dis « Mais qu’il est relou ce mec, quand est-ce qu’il en arrive au sujet ? ». T’inquiète pas, j’y arrive ! Comme on le sait tous, internet a bouleversé nos vies, mais a bouleversé le monde de la musique. A l’ère du tout-numérique, de la démocratisation de la culture, du progrès technique et du téléchargement, le musique elle aussi se dématérialise, au point qu’on peut logiquement croire, qu’un jour, la musique n’existera plus qu’en digitale sans aucun support : bonne ou mauvaise chose ?

S’il y a un art qui vit avec son temps, c’est bien le 4ème art (la musique si t’es pas au courant). Contrairement au 2ème ou 3ème art (la sculpture et la peinture, si t’es toujours pas au courant), la musique change constamment de support. Art dématérialisé par nature, c’est en 1904 que la musique se matérialise et qu’apparaît le premier support musical commercial, à savoir notre bon vieux disque vinyle(sisi, j’ai fait des recherches qu’est-ce que tu crois ?). Evoluant constamment au gré des évolutions techniques et technologiques, ce vinyle archaïque donne naissance à des formes évoluées, tels que le 33 tours en 1948 ou le 45 tours en 1949 (#wikipédiaestmonami).  Puis, le bon vieux disque de nos parents, engendre notre Compact Disc (CD) en 1981. Bien plus compact (comme pourrait l’indiquer son nom) et ainsi plus pratique, le CD remplace peu à peu le vinyle… Certes, ce dernier n’a jamais disparu, mais, soyons d’accord, son utilisation est presque devenue marginale. En parallèle, la cassette fait son apparition en 1963, permettant d’enregistrer du son et de l’écouter.

Puis l’informatique a décidé de changer les règles du jeu ! En 1994, un nouvel algorithme de compression est mis au point : le MPEG-1/2 Audio Layer 3, plus communément appelé le MP3. Mais, ce format ne commence à se diffuser réellement que dans les années 2000. Grâce aux plateforme de téléchargement (telles que Napster), les Peer-to-peer (comme eMule) ou les sites d’hébergement (encore une fois, R.I.P. Megaupload), ce format se démocratise très vite et favorise la crise du disque. Les ventes chutent drastiquement et ce ne sont pas les pauvres lois Hadopi de M. Sarkozy qui vont changer la donne. Pour donner un ordre d’idée, en France, en 1999, un album était certifié disque d’or au bout de 100 000 ventes, ce chiffre n’était plus que de 75 000 en 2005 et de 50 000 en 2009. Pour résumer, en 1999, un artiste en moyenne vendait deux fois plus qu’actuellement. Vous me direz que le téléchargement n’y est pas forcément pour quelque chose et blablabla, et d’ailleurs, je ne suis pas forcément en désaccord avec vous sur ce point, mon but n’est pas de diaboliser le MP3 (sinon je serais le roi des hypocrites), mais ce n’est pas non plus de comprendre pourquoi l’industrie musicale va mal (dans cet article en tout cas). Bref, revenons à nos moutons, la crise du disque est là, les maisons de disques et distributeurs trouvent pour seule et unique solution de proposer des téléchargements légaux et payants.

Le problème ? De plus en plus de disques ne sortent qu’en MP3, sans support physique. Evidemment, je comprends que c’est beaucoup plus pratique, car, moins cher en terme de coûts pour le label (ou l’artiste indé) et plus avantageux financièrement pour l’auditeur. D’autres même, proposent des bonus disponibles que pour la version digitale… En fait, vous ne comprenez toujours pas mon problème, mais il est simple : j’aime acheter des disques physiques !!!!! Et je sais qu’en réalité, vous êtes pleins comme moi à aimer regarder votre pile de CD entassée sur votre bureau et même que vous en retirez une sorte de fierté. Le bonheur à l’achat d’un disque, ouvrir le livret pour lire les paroles, les noms des compositeurs ou même des dédicaces et remerciements, … tous ces petits plaisirs n’ont pas de prix et ils sont en train de mourir avec le tout-numérique ! Sans oublier la joie d’enregistrer sur sa K7 le dernier morceau diffusé en radio ou un gros freestyle en direct et de se le réécouter en boucle le lendemain sur son walkman. Des kiffes que les plus jeunes ne peuvent pas comprendre, mais je suis certain que beaucoup trop parmi nous les ont aussi oublié.

Mon but n’était nullement de critiquer le téléchargement, car je serais (très) mal placé pour le faire (et j’ai de bons arguments pour le défendre). Ce n’était pas non plus de critiquer les artistes qui proposent leurs albums en téléchargement légal (qu’il soit payant ou non d’ailleurs), ils doivent bien s’adapter à notre société, surtout en période de crise (de l’industrie musicale et économique). Je ne voulais pas non plus critiquer les plates-formes de téléchargement légal, elles ont vu qu’il y avait du profit à se faire et elles ont raison de surfer sur la bonne vague. Je ne voulais même pas critiquer le MP3 lui-même, car, avouons-le, c’est un format très sympa. Je voulais juste passer un coup de gueule ! Montrer comment une innovation cool pouvait avoir des effets pervers. Montrer comment en se transformant, la société pouvait sans le vouloir détruire de bonnes choses au profit de chose qu’elle juge meilleure. Je voulais montrer comment une chose bonne sur un plan pouvait être mauvaise sur un autre plan (oui, tout dépend de l’espace de définition où on se place. Hein !? Je pars dans un délire geek !? Ok, j’arrête). Je voulais aussi montrer que l’évolution n’est pas toujours bonne sur tous les plans. Oui, je voulais surtout laisser s’exprimer le nostalgique que je suis. Bref, rendez-moi ma Super Nintendo, que je puisse geeker en paix toute la journée sur un bon vieux Street Fighter, avec en fond sonore une K7 remplies de sons mal enregistrés et foutez-moi la paix avec vos saloperies technologiques… Mais pas trop longtemps non plus, ça me manquerait vite.

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