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Bilan rap 2016

Dossier collectif publié sur le site ReapHit le 30 décembre 2016

Alors que les puristes prophétisent la mort du rap depuis le début des années 2000, force est de constater qu’il ne se porte pas si mal que ça. Car 2016 est une année aussi riche musicalement que les précédentes.

Comme en 2015, l’événement rap français de l’année est assurément PNL. Après avoir conquis l’Hexagone avec Le Monde chico, les frères Andrieu ont choisi d’entrer définitivement Dans la légende. Pour ce nouvel opus, Ademo et N.O.S. ont repris la même formule. Il est toujours autant question d’argent, de trafic, de leur famille ou de dessins-animés. La musique est toujours aussi hypnotique, quoique ce nouveau disque se révèle plus posé que le précédent. La recette fait mouche, puisque les frères ont vendu 51 957 albums en une semaine. Trois mois plus tard, PNL est triple disque de platine avec plus de 300 000 disques écoulés. Les clips de « Naha » et « Onizuka » sont également de francs succès sur YouTube. Ademo et N.O.S. se sont cependant peut-être trouvé un concurrent de poids en la personne de Nekfeu. Après une année 2015 marquée par la sortie de son premier album solo, Feu – qui a connu un vrai succès commercial, à défaut d’être une grande réussite artistique – le « petit grec » revient en forme. C’est d’abord avec ses potes du S-Crew (Nekfeu, Mekra, Framal, 2zer Washington), que le MC du XVe se présente, avec le générique français du film Creed : l’héritage de Rocky Balboa, puis avec leur deuxième album intitulé Destins liés. Ce dernier est certifié d’un disque d’or (50 000 ventes). Mais c’est avec son album surprise, Cyborg, annoncé le 2 décembre, que le rappeur actif mouvement social Nuit debout, fait vraiment sensation. Mieux écrit et plus engagé – sans tomber dans le « rap conscient » pour autant – que Feu, le disque est certifié disque de platine en deux semaines avec 106 000 exemplaires vendus (physique, digital et streaming).

2016, c’est aussi le retour de Seth Gueko, qui nous livre avec Barlou son meilleur album depuis longtemps. Souvent trop irrégulier, le rappeur exilé en Thaïlande – qui y connaît « des problèmes d’immigration » –, plus anarchiste que jamais, ne nous déçoit pas cette fois. Autre retour, encore plus attendu, celui de Despo Rutti. Revenu de HP et converti au judaïsme, le MC nous lâche Majster – où apparaissent notamment Seth Gueko, Lino et Kaaris –, un double album stratosphérique. Torturé, sombre et délirant, avec son intro de 17 minutes, ce disque, qualifié par nos confrères de Captcha de « plus grand album de l’année 2016 » mérite plus qu’une oreille attentive. Avec ce nouvel opus, Despo nous prouve qu’il est un génie encore trop incompris. Mais 2016 en France, c’est également les deux très bons albums de l’hyperactif Lucio Bukowski (ODERUNT POETAS avec Oster Lapwas et HOURVARI avec Milka), le premier disque de Damso, nouvelle perle belge du 92i qui confirme tout le bien que l’on pensait de lui, et le retour gagnant de Georgio, qui s’affirme comme l’un des espoirs du hip hop hexagonal.

Outre-Atlantique, après Kendrick Lamar, c’est à son compère Schoolboy Q d’écraser la concurrence. Avec Blank Face LP aux sonorités gangsta, le MC originaire de Los Angeles nous rend une copie plus propre que son bon mais irrégulier Oxymoron sorti deux ans auparavant. Des producteurs aux invités, rien n’est laissé au hasard par Schoolboy Q. On retiendra « THat Part », morceau phare de l’album, où collabore l’autre rappeur américain de l’année 2016 : Kanye West. Les grands médias se focalisent sur les déboires et extravagances de sa femme Kim Kardashian, qu’on en oublierait que Kanye est avant tout un grand artiste. The life of Pablo, où on retrouve notamment Kendrick Lamar, Chance The Rapper, Frank Ocean ou Kid Cudi, nous le rappelle. Parfaitement produit, cet album a en plus bénéficié d’une promo de qualité, avec le retour des G.O.O.D. Fridays : comme en 2010 avec My Beautiful Dark Twisted Fantasy, chaque vendredi un morceau inédit, faisant parti ou pas du disque est dévoilé. Une formule qui réussit toujours. En conclusion, si 2015 aura été l’année des révélations, 2016 a été celle des confirmations. Et on ne s’en plaindra pas.

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L’année rap 2015

Edito écrit pour le site Reaphit, publié le 30 décembre 2015

Tandis que tous les puristes de France, de Navarre et d’ailleurs, continueront de crier que le rap c’était mieux avant, je leur retorquerai encore et encore que ce n’est pas si mal aujourd’hui. Car en 2015 encore, il y a eu de quoi faire plaisir à tout le monde, mais encore faut-il s’intéresser vraiment aux sorties. Mais surtout 2015 est peut-être aussi une année de renouvellement tant dans l’Hexagone, qu’outre-Atlantique.

2015 en France, c’est d’abord le retour dans le game de Booba, avec deux albums plus que corrects – quoiqu’inégaux – après le décevant Futur sorti en 2012. C’est également Nekfeu, qui prouve qu’il faudra compter sur lui. Grâce à un renouvellement musical, par rapport à 1995, salutaire et un flow toujours affuté, le premier album du jeune parisien a fait mouche et s’est très bien vendu. Ken devra cependant faire un sérieux effort côté lyrics s’il veut vraiment devenir un grand. Autre confirmation, mais dans un style totalement différent : Vald. Après NQNT (Ni Queue Ni Tête) en 2014, le rappeur originaire d’Aulnay-sous-Bois revient avec NQNT 2. Toujours prêt à casser les codes du hip hop et à proposer des textes de plus en plus absurdes, le MC nous propose une formule rafraichissante.

Mais 2015, c’est d’abord l’année PNL. Débarqués de nulle part, les deux frères du 91 ont conquis la France avec deux albums sortis en quelques mois d’intervalle (Que la famille et Le Monde Chico) et un style musical envoûtant. En outre, en 2015, on a aussi pu dire « aux trentenaires qu’ils peuvent rallumer la radio », comme le scande Lino pour son retour, auquel il faudrait ajouter celui de Rocca. Mais si les deux MC’s n’ont rien perdu de leur technique, force est de reconnaître que nous les avons connu en meilleure forme artistique. Niveau underground, on peut noter que Lucio Bukowski, meilleure plume actuelle du rap français, reste toujours aussi hyperproductif, avec deux albums et trois EP dans l’année, sans jamais sacrifier la qualité.

Outre-Atlantique, l’événement majeur est incontestablement la poursuite de l’ascension de Kendrick Lamar. Trois ans après l’excellent Good Kid, M.A.A.D City, K-Dot confirme avec To Pimp a Butterfly et signe les meilleures prestations de Compton de Dr. Dre, également un des albums de l’année. Autre événement de l’année Joey Bada$$ prouve avec son premier album intitulé B4.DA.$$. que l’avenir s’écrira avec lui. Le New-yorkais nous offre le jour de ses 20 ans un très beau cadeau, avec ce skeud qui nous rappelle les 90’s. Il faut également noter qu’Action Bronson (avec Mr. Wonderful) et d’A$AP Rocky (avec At. Long. Last. ASAP) franchissent aussi brillamment le cap du deuxième album.

PNL, Vald, Kendrick Lamar, ou encore Joey Bada$$ : cette année, une nouvelle génération semble avoir pris le pouvoir des deux côtés de l’Atlantique. Mais il faudra que la tendance perdure en 2016 pour en avoir le cœur net.

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