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Laïcité : Macron se prendrait-il pour Napoléon Ier ?

Article initialement publié sur Le Média presse le 10 avril 2018

Ce lundi 9 avril, le président de la République était invité par la Conférence des évêques de France (CEF) au collège des Bernardins, à Paris. Lors de son discours, il nous a proposé une bien curieuse vision de la laïcité.

« Le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, il nous incombe de le réparer », a expliqué Emmanuel Macron, avant de surenchérir : « Le chemin que l’État et l’Église partagent depuis si longtemps est aujourd’hui semé de malentendus. » Faut-il lui rappeler que ce lien n’a pas été abîmé, mais rompu le 9 décembre 1905 ? Ce jour-là, la loi concernant la séparation des Églises et de l’État apaisait les relations alors tendues entre catholiques et républicains. Elle stipule que « la République assure la liberté de conscience », qu’elle « garantit le libre exercice des cultes » et enfin qu’elle « ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. » Complétant les lois promulguées par Jules Ferry dans les années 1880 cette loi marque l’aboutissement de la laïcité à la française. « Réparer » le « lien entre l’Église et l’État », après avoir déclaré vouloir « réformer l’islam », suggère alors rétablir le système concordataire, mis en place par Napoléon Bonaparte en 1801, qui organisait les cultes. Mais derrière ce discours anti-laïc pourraient se cacher d’autres ambitions.

UN ÉLECTORAT RÉTICENT À MACRON

Les appels du pied de Macron à l’électorat catholique conservateur ne datent pas d’hier. Ainsi, en pleine campagne présidentielle, dans une interview à L’Obs en février 2017, il expliquait à propos de la Manif pour tous : « On a humilié cette France-là. » Quelques mois auparavant, en mai 2016, il avait prononcé un vibrant hommage à Jeanne d’Arc à Orléans. Il est ensuite allé rendre visite à Philippe de Villiers au Puy-du-Fou, lieu symbolique pour le catholicisme français, en août 2016. Mauvais calcul pour l’ex-candidat, puisqu’il ne recueille au premier tour que 23,9% des voix des catholiques pratiquants au premier tour, soit moins que sa moyenne nationale. Dans le même temps, 46% d’entre-eux auraient voté pour François Fillon. Le sondeur Jérôme Fourquet explique dans A la droite de Dieu, publié en janvier dernier au Cerf, que Macron a « manifestement rallié la frange de cet électorat centriste-modéré qui avait voté pour François Bayrou en 2012 […] plus une partie des catholiques de gauche », les anciens rocardiens devenus libéraux. Non seulement, il ne réussit pas à séduire l’électorat catholique conservateur, mais celui-ci lui reste franchement hostile.

Ainsi, deux heures après la fin du scrutin du premier tour, la CEF publiait un communiqué dans laquelle elle rappelait « les fondements pour aider au discernement ». Mais elle ne donnait aucune consigne de vote, quand en 2002 elle avait dès le début appelé sans ambiguïté à faire barrage à Jean-Marie Le Pen, Mgr Lustigier, archevêque de Paris, en tête. La candidate du FN recueille même au second tour les voix de près de 4 catholiques sur 10. Il s’agit d’un fait important quand on sait que cet électorat a longtemps été imperméable aux thèses xénophobes. En 2002, Jean-Marie Le Pen avait fait 17% au second tour, soit moins que sa moyenne nationale. La raison de ce revirement est simple : pour une partie de l’électorat catholique, prendre position entre Macron et Le Pen reviendrait à choisir entre l’antéchrist et Hitler. Pour Fourquet ce sont « les prises de positions d’Emmanuel Macron sur la famille, ce dernier déclarant qu’il ne reviendrait pas sur la loi Taubira, qu’il élargirait la PMA […] aux femmes célibataires et aux couples de lesbiennes, et qu’il souhaitait que les enfants nés de GPA à l’étranger soient reconnus par l’état civil français », qui justifient ce phénomène. C’est cette tendance que le président a tenté d’inverser au collège des Bernardins.

LA CRAINTE D’UNE NOUVELLE MANIF POUR TOUS

Dans Le vieux monde est de retour (Stock, 2018), Pascale Tournier relève que « pragmatique, il [Macron] multiplie les signaux à la frange conservatrice. » Pour la journaliste politique de La Vie, « Emmanuel Macron, qui a vécu aux premières loges les manifestations contre la loi Taubira, fait tout pour éviter que l’histoire ne se répète. » « Voir la société se fracturer est sa hantise », précise-t-elle. Or, comme le stipule la loi du 7 juillet 2011, les lois de bioéthiques seront révisées cette année. A partir du 2ème trimestre 2018, les nouvelles lois seront élaborées. L’extension de la PMA devrait être à l’ordre du jour. Alors que la convergence des luttes s’organise à gauche et que la grogne sociale se fait entendre le président ne veut pas prendre le risque de mettre aussi l’électorat conservateur à la rue. Il est aussi probable que Macron cherche au sein de la droite conservatrice un appui pour faire passer ses lois antisociales, voire pour faire diversion.

Quoiqu’il en soit, en tentant d’instrumentaliser les religions, le président Macron met les doigts dans un engrenage très dangereux, en exposant la République aux demandes communautaires. Il serait mieux inspiré de lire le pape François qu’il se plaît à mentionner, si ce n’est déjà fait. Pour rappel, dans son encyclique Laudato Si’ (« Loué sois-tu ») publié en 2015, « sur la sauvegarde de la maison commune », le successeur de l’Apôtre Pierre prenait clairement parti contre le capitalisme et pour l’écologie. Il est allé jusqu’à affirmer que « l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties. »

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Pour survivre, la gauche devrait-elle abandonner le progrès?

Article publié initialement sur Slate.fr le 21 juillet 2016

La gauche reste accrochée au progrès. Mais le progrès qu’elle plébiscite est celui de la technologie et des machines, le tout au service des élites. C’est en tout cas ce que tentent de prouver les deux livres à contre-courant «Le Progrès sans le peuple» et «Le Progrès m’a tuer».

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L’hiver social du Printemps républicain

Article publié initialement le 21 mars 2016 sur Le Comptoir

Après la publication, il y a une dizaine de jours, d’un manifeste rédigé par le politologue Laurent Bouvet, qui a eu un retentissement médiatique à la hauteur des signataires – Élisabeth Badinter, Fleur Pellerin, Anne Sinclair, Stéphane de Groodt ou encore Gilles Clavreul –, le Printemps républicain s’est officiellement lancé hier après-midi, à la Bellevilloise. Nous en profitons pour leur adresser une lettre ouverte expliquant nos désaccords.

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Attentats du 13 novembre : bienvenue dans la réalité

Article publié initialement le 18 novembre 2015 sur Le Comptoir

Blessée en son cœur, la France ne sait pas comment réagir aux attaques dont elle a été victime ce vendredi 13 novembre. Alors que la paix semblait régner depuis la fin de la décolonisation, sous la double bénédiction de l’Union européenne et du libre-marché, la réalité reprend ses droits. Ici comme ailleurs, la mort peut frapper. N’importe qui et n’importe où. Et pour lutter contre la barbarie qui vient, la France doit aussi prendre en compte ses propres erreurs. Car c’est notamment sur le terreau de ses échecs successifs, en matière de politique nationale ou internationale, que s’est développé le monstre qu’elle doit aujourd’hui combattre.

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Le « charlisme », nouveau mythe républicain ?

Article initialement publié le 19 mai 2015 sur Le Comptoir

Quatre mois après le rassemblement du 11 janvier, est-il possible de ne pas être Charlie ? Rien n’est moins sûr, comme le prouvent les réactions démesurées – et la tribune d’excommunication du Premier ministre Manuel Valls – qui ont suivi la sortie du dernier essai un brin provocateur de l’anthropologue Emmanuel Todd intitulé « Qui est Charlie ? Sociologie d’une crise religieuse » (Seuil). Une situation qui nous amène à nous demander si l’unanimisme autour du « charlisme », entendu comme la défense de la liberté d’expression et de la laïcité, ne tient pas du religieux.

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Vous avez dit « gauche réac » ?

Article publié le 6 mai 2015 sur Le Comptoir

La gauche n’a jamais semblé aussi divisée qu’aujourd’hui. Si certains se revendiquent clairement progressistes, d’autres, plus réticents, se questionnent davantage et s’attirent les foudres des premiers. Les insultes fusent, les coups bas pleuvent. Parmi ces attaques, le terme de « réactionnaire » revient quasi automatiquement pour qualifier quiconque ne s’inscrit pas dans ce mouvement en avant. Alors, existe-t-elle réellement, cette « gauche réac », ou n’est-elle qu’un fantasme ?

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Patriotisme : Jaurès et Che Guevara étaient-ils fascistes ?

Texte publié le 26 février sur RAGEMAG 

Concept souvent malmené, la patrie n’est pas toujours en odeur de sainteté à gauche. Accusé d’être un concept bourgeois qui divise les prolétaires ou renvoyant aux heures les plus sombres de notre histoire, le patriotisme est accablé de tous les maux. Entre les attaques de Marx & Engels dans Le Manifeste du Parti Communiste et le tristement célèbre « Travail, Famille, Patrie » pétainiste, on arrive aisément à comprendre d’où vient le malaise. Pourtant, Robespierre, Jaurès, Che Guevara, Lumumba, Orwell, Sankara : autant de grands hommes de gauche qui n’ont jamais hésité à se définir comme patriotes.

Rappelez-vous 1792, quand les troupes françaises repoussaient les Prussiens en scandant « Vive la nation ! » .  La République naissait, le patriotisme avec. Défendre la patrie, c’était défendre un espace politique commun au nom de l’égalité et de la liberté de tous. Le lien du sang disparaissait et laissait place à un lien moral et social. Un nouveau concept émergeait à mi-chemin entre Du Contrat Social de Rousseau et La Théorie des climats de Montesquieu. Être patriote c’était surtout être républicain, universaliste, mais aussi internationaliste. Jusqu’à la IIIe République, protéger la patrie c’était protéger le peuple en commençant par sa base : le prolétariat. Mais le concept ne s’est pas arrêté à nos frontières hexagonales, puisqu’il a progressivement été repris aux quatre coins du monde par des révolutionnaires, notamment tiers-mondistes et anticolonialistes.

Entre patriotisme et internationalisme

L’histoire a commencé avec le plus célèbre des révolutionnaires et son bras-droit : Robespierre et Saint-Just. Toutes leurs actions n’ont été dictées que par l’amour du peuple. Celui que l’on surnommait l’Archange de la Révolution déclara même : « Un patriote est celui qui soutient la République en masse ; quiconque la combat en détail est un traître. » Cette donnée ne doit pas masquer qu’ils ont aussi été précurseurs de l’internationalisme socialiste. Ainsi, la version de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen que l’Incorruptible a proposée aux Jacobins le 23 avril 1793 disait dans l’article 35 : « Les hommes de tous les pays sont frères, et les différents peuples doivent s’entraider selon leur pouvoir comme les citoyens du même État. » Cette articulation entre patriotisme et internationalisme a existé très longtemps au sein de la gauche française. C’est ce qui a poussé Jaurès dans L’Armée nouvelle en 1911 à écrire notamment : « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène », tandis que Clémenceau durant la Première Guerre mondiale appelle à un patriotisme intraitable dans le journal L’Homme enchaîné. Même si cette position s’est marginalisée à gauche, il existe encore des gens comme Régis Debray – ex-compagnon de route du Che – capable de s’en réclamer en se définissant par exemple comme « gaulliste d’extrême gauche ». De plus, un Mélenchon qui à chaque meeting chante La Marseillaise devant le drapeau tricolore ne peut-il pas être qualifié de patriote ? Au sein du socialisme, ce sentiment a réussi à dépasser nos frontières avec, par exemple, George Orwell qui parlait de « patriotisme révolutionnaire » tout en étant capable d’affronter le fascisme arme à la main en Espagne. Mais c’est surtout dans le Tiers-Monde que cette posture trouve le meilleur écho.

« Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène. » Jean Jaurès

 

Le patriotisme libérateur du Tiers-Monde

Qui d’autre qu’Ernesto Che Guevara symbolise le mieux l’internationalisme socialiste ? Argentin de naissance, rappelons que son principal fait d’armes est sa participation à la Révolution cubaine. Une fois fait citoyen cubain, c’est au Zaïre aux côtés de Patrice Lumumba qu’il ira lutter avant de mourir dans les maquis boliviens. Cependant, beaucoup ignorent encore qu’il signait toutes ses lettres par la devise castriste : « Patria o muerte. Venceremos » (en français : « la patrie ou la mort, nous vaincrons ») . En 1967, le Che écrivît Message à la Tricontinentale dans lequel il parle de son projet de « grande patrie » pour l’Amérique latine. Cette idéologie fut plus tard celle du révolutionnaire burkinabé Thomas Sankara qui ira jusqu’à faire du slogan « la patrie ou la mort, nous vaincrons » la devise de son pays. Évidemment, le patriotisme n’est pas que le fait de Castro, Guevara et Sankara, mais c’est un sentiment libérateur pour l’ensemble du Tiers-Monde. C’est lui qui a guidé tous les grands mouvements de décolonisation dont Lumumba avec ses appels à « l’unité nationale » est l’un des plus illustres symboles. Même hors de la décolonisation, le patriotisme est puissant chez les différents mouvements socialistes dont l’ex-président égyptien Nasser est un leader. Actuellement, c’est le président Chávez qui représente le mieux cette tendance. Admiré par une grande partie de la gauche radicale d’aujourd’hui, le vénézuélien n’hésite pas à paraphraser de Gaulle pour expliquer que son souci est la grandeur de son pays. Donc, à moins d’imaginer que Jaurès et Robespierre n’étaient que des précurseurs du fascisme et que le Che ou Chávez en sont les successeurs, il n’y a aucune raison pour que le patriotisme soit un gros mot à gauche.

« La patrie ou la mort, nous vaincrons. » Che Guevara

« La nation, c’est le seul bien des pauvres » aurait dit Jaurès. Difficile de ne pas le croire. Le prolétariat n’a rien d’autre à revendiquer que le lieu où il vit et les gens qui l’entourent. Il n’a pas les moyens financiers de la bourgeoisie pour passer son temps entre voyages touristiques, étudiants ou professionnels. Il ne peut compter que sur l’État pour le protéger. Et cette donnée est vraie et universelle. Être patriote c’est vouloir d’abord protéger les plus faibles et revendiquer l’égalité. Il ne faut absolument pas confondre ce sentiment inclusif avec le nationalisme qui n’est qu’une de ses perversions comme l’amour-propre exclusif est une perversion de l’amour de soi chez Rousseau. Il préfigure l’internationalisme comme l’amour de soi préfigure l’amour des autres, toujours chez le même auteur. C’est par le respect des autres peuples et leur reconnaissance à pouvoir disposer d’eux-mêmes qu’on se sent concerné par leurs sorts et impliqué dans leurs destinées. Abandonner ce thème à l’extrême-droite, c’est la laisser se poser en seule protectrice des pauvres alors que l’on sait pertinemment qu’elle ne peut fondamentalement pas l’être. Malheureusement, chez trop de « gauchistes » – au sens péjoratif du terme – cette posture juste et égalitaire est assimilée à des relents de fascisme.

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