Archives du mot-clé souveraineté

Débat avec Lenny Benbara sur la gauche, le peuple et les gilets jaunes

Débat publié les 1er et 17 avril sur Reconstruire

3 médias s’entrecroisent : Kevin Victoire, responsable de la revue du Comptoir et journaliste à Marianne, Lenny Benbara, directeur de publication de Le Vent se lève sont réunis pour la première fois par Reconstruire. Dialogue entre deux versions du populisme adossées à deux auteurs (Chantal Mouffe et Jean-Claude Michéa), entre deux jeunes médias engagés dans la construction d’une contre-hégémonie culturelle.

Première partie : « Notre génération se fait moins d’illusions sur le clivage gauche/droite »

Deuxième partie : « Le projet politique « liberté, égalité, fraternité » est un projet culturel »

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Bernard Friot se prononce contre l’Union européenne… et pour le communisme

Article initialement publié le 7 février 2019 sur Le Média presse

Connu pour ses analyses sur le travail, Bernard Friot s’exprime rarement sur l’Union européenne et l’euro. Les Citoyens souverains, « collectif écosocialiste, féministe et anti-raciste, favorable à une sortie de l’Union européenne, de l’euro, de l’OTAN, à un audit sur la dette et un Frexit de gauche » ont invité l’économiste et sociologue afin de discuter avec lui de ces questions.

Ils étaient environ une centaine ce mardi 5 février, à Pantin, en Seine-Saint-Denis, venus écouter Bernard Friot. Les organisateurs ont décidé de sortir l’économiste et sociologue communiste de sa zone de confort en le questionnant sur les Gilets jaunes, mais aussi et surtout sur l’Union européenne et la souveraineté nationale. Ramzi Kebaili et Yazid Arifi, tous les deux membres du collectif Citoyens souverains, ont eu la lourde tâche d’animer la soirée, qui s’est conclue par une heure de questions du public.

L’UNION EUROPÉENNE, LE SYNDICAT DU CAPITAL

Celle-ci commence par un rappel des théories de Bernard Friot. Ce dernier se présente comme un défenseur de la souveraineté populaire sur le travail. Celle-ci n’est possible, selon lui que grâce au « salaire à la qualification », souvent appelé « salaire à vie ». D’après l’économiste, le « salaire » ne se crée en tant qu’institution qu’au XXe siècle. Il s’agit d’une victoire communiste qui diffère de « la rémunération capitaliste contre la reconnaissance d’un besoin pour exécuter des tâches ». En effet, le salariat, tel qu’il a été défendu par la CGT, rémunère une qualification et non une tâche. Le défi, selon Friot, est d’attacher ce salaire à une personne et non à un poste, comme c’est déjà le cas dans la fonction publique. Friot explique que pour réussir une révolution, il faut changer deux institutions fondamentales : le statut des producteurs et le régime de propriété. C’est ce qu’a réalisé la bourgeoisie pour renverser le mode de production féodale. Pour le communiste, il faut maintenant que le prolétariat soit libéré du marché du travail et remplace la propriété patrimoniale par la propriété d’usage. On pourra alors parler de « souveraineté populaire sur le travail ».

Après cette mise au point, les organisateurs décident de questionner le sociologue sur l’actualité. Yazid Arifi, vêtu d’un gilet jaune, constate que le mouvement en cours s’articule autour de deux luttes : une pour plus de pouvoir d’achat, auquel s’intègre la justice fiscale, et la démocratie, dont la revendication du référendum d’initiative citoyenne. Il demande alors à Bernard Friot comment il perçoit tout cela. Pour l’intellectuel, « les Gilets jaunes tendent aux organisations syndicales et politiques de gauche un miroir. Elles se battent pour le pouvoir d’achat et la justice fiscale. Elles ont renoncé à changer le travail et se battent pour un meilleur partage des richesses, par en haut, avec un bon État et un bon impôt. »Pourtant, « l’impôt est toujours ponctionné sur les pauvres, puisqu’elle repose majoritairement sur la TVA, moins payée par les plus riches. » Pour Friot, l’impôt est un mauvais outil, qui ne permet pas d’accoucher d’une société plus juste. La raison est que la bourgeoisie, qui tient la production, possède tous les moyens de chantage pour y échapper et prend donc en otage l’ensemble de la société. La lutte des classes est avant tout un combat contre ce chantage. À partir du moment où la gauche, dans son ensemble, a abandonné l’idée de conquérir la souveraineté des travailleurs, elle est devenue social-démocrate. L’impôt lui apparaît alors comme l’outil pour obtenir un meilleur partage des richesses. La bourgeoisie sait très bien que la fiscalité ne peut être révolutionnaire. C’est pour cela que Macron a proposé d’augmenter la prime d’activité, mais pas le SMIC. Friot estime néanmoins, que les Gilets jaunes ne sont pas tombés dans ce piège, et réclament bel et bien une hausse des salaires. Quant à la démocratie, le communiste admet que ce n’est pas sa spécialité. Il estime néanmoins que l’électeur nuit au citoyen et que les manifestants ont raison de combattre la représentativité.

Ramzi Kebaili, qui publiera prochainement un livre intitulé Quitter l’Europe pour créer une nation inclusive, pose alors la question de la souveraineté nationale. Friot explique avoir voté contre le traité de Maastricht, instaurant la monnaie unique. Pour lui, elle est nocive. « Rien n’est amendable dans l’Union européenne, il s’agit d’une institution créée pour le capital et contre le socialisme », explique-t-il. Si la classe révolutionnaire refuse d’affronter l’Union européenne, véritable « syndicat du capital », elle sera vaincue.  Mais il ne s’agit pas de sortir pour rester dans le capitalisme. Contrairement à Marine Le Pen, il ne veut pas d’une « solidarité avec le capitalisme français ». La souveraineté nationale n’est rien sans la souveraineté populaire sur le travail. L’économiste n’entend pas mobiliser sur un « non », mais sur un « oui » au communisme, excluant les nationalistes et autres libéraux.

Lire aussi : Pour une souveraineté nationale de gauche

Ramzi Kebaïli #RIC@Montreuil22Juin

Grand succès du débat des citoyens souverains avec Bernard Friot, pour revoir la vidéo : https://www.facebook.com/citoyenssouverains/videos/393413378099979/ 
Prochaine échéance : séminaire de lecture d’Imperium de Frédéric Lordon, dimanche 17 février à Paris. Contact: citoyenssouverains@gmail.com

Voir les autres Tweets de Ramzi Kebaïli #RIC


Légende : Yazid Arifi, Bernard Friot et Ramzi Kébaili (de gauche à droite)

Crédits : Kévin Boucaud-Victoire pour Le Média

Coralie Delaume : « L’Union européenne détruit l’Europe »

Article initialement publié le 8 juin 2018

Coralie Delaume anime depuis 2011 L’Arène nue, blog devenu au fil des années indispensable pour ceux qui s’intéressent à la question européenne et à ses faiblesses. Elle est par ailleurs l’auteure de « Europe, les États désunis » (2014) et, avec l’économiste David Cayla« La fin de l’Union européenne » (2017), chez Michalon. Elle revient avec nous sur l’état de l’Union européenne.

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David Cayla : « Trump joue sur la division européenne »

Article publié le 1er juin 2018 sur Le Média presse

Donald Trump a décidé de taxer l’acier et l’aluminium importés depuis l’Union européenne, le Canada et le Mexique à hauteur de 25% et 10%. Les principales victimes ont vivement réagi à cette attaque économique. Des représailles pourraient suivre. Mais que signifie ce regain soudain de protectionnisme américain ? L’Union européenne peut-elle vraiment riposter ? L’économiste David Cayla répond pour nous à ces questions.

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Eric Martin : « Nous devons penser la République de manière démocratique et décentralisée »

Éric Martin est professeur de philosophie à Montréal. Disciple de Michel Freitag, socialiste et souverainiste, il a notamment dirigé avec son compère Maxime Ouellet « La tyrannie de la valeur » (Écosociété, 2014) –  un ouvrage collectif proposant une critique radicale des catégories du capitalisme –, ainsi que « Les racines de la liberté », avec Gilles Labelle et Stéphane Vibert. Il vient de publier « Un pays en commun : socialisme et indépendance au Québec » (Écosociété), dans lequel il défend un projet écosocialiste qui allie souverainisme, internationalisme, républicanisme et émancipation. Nous faisons avec lui le bilan du mouvement souverainiste au Québec et son intérêt pour la gauche radicale et ses combats (écologie, féminisme, antiracisme, etc.). 

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Natacha Polony : « Il ne s’agit pas tant de se révolter contre le système que de s’en libérer »

Entretien publié initialement le 12 février sur Le Comptoir

Ancienne professeure agrégée de Lettres modernes, journaliste, essayiste et chroniqueuse à la télévision ainsi qu’à la radio, Natacha Polony est la décroissante la plus célèbre de France. Nous l’avons rencontrée afin de discuter de son dernier livre « Changer la vie : Pour une reconquête démocratique » (Éditions de l’Observatoire), ainsi que de démocratie, de décroissance et de son rôle paradoxal au cœur de la société du spectacle, qu’elle critique. Une interview sans langue de bois.

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Nicolas Lebourg : « Les exclus de la globalisation votent FN pour se protéger »

Entretien publié le 30 septembre 2016 sur Le Comptoir

Nicolas Lebourg est un historien spécialiste de l’extrême droite, chercheur à l’Université de Montpellier et membre de l’Observatoire des radicalités politiques (Orap) de la Fondation Jean Jaurès. Il crée en 2008 le site Fragments sur les temps présents, qui se réclame de l’éducation populaire et réunit des chercheurs travaillant sur les marges politiques. Il vient de publier « Lettres aux Français qui croient que cinq ans d’extrême droite remettraient la France debout » (Éditions Les Échappés). L’ouvrage rassemble dix lettres adressées à dix nouveaux électeurs du FN “dédiabolisé” de Marine Le Pen, afin de les dissuader de lui donner leur vote, sans jamais tomber dans le moralisme, la fascisation ou le misérabilisme.

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