Archives du mot-clé souverainisme

Aurélien Bernier : « L’Union européenne surplombe toutes les questions économiques et sociales »

Article initialement le 9 mai 2019

Ancien militant d’Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne), Aurélien Bernier est l’auteur de nombreux essais sur la démondialisation ou l’écologie, dont « La gauche radicale et ses tabous » (Seuil, 2014) et « La démondialisation ou le chaos » (Utopia, 2016). Il vient de publier avec le collectif Chapitre 2 « La gauche à l’épreuve de l’Union européenne » (éditions du Croquant, 2019). Il revient avec nous sur ce dernier ouvrage.

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Débat avec Lenny Benbara sur la gauche, le peuple et les gilets jaunes

Débat publié les 1er et 17 avril sur Reconstruire

3 médias s’entrecroisent : Kevin Victoire, responsable de la revue du Comptoir et journaliste à Marianne, Lenny Benbara, directeur de publication de Le Vent se lève sont réunis pour la première fois par Reconstruire. Dialogue entre deux versions du populisme adossées à deux auteurs (Chantal Mouffe et Jean-Claude Michéa), entre deux jeunes médias engagés dans la construction d’une contre-hégémonie culturelle.

Première partie : « Notre génération se fait moins d’illusions sur le clivage gauche/droite »

Deuxième partie : « Le projet politique « liberté, égalité, fraternité » est un projet culturel »

Aurélien Bernier : « La gauche a été écrasée intellectuellement par la mondialisation »

Entretien initialement publié le 7 novembre 2018 sur Le Média presse

Ancien militant d’Attac, Aurélien Bernier a collaboré pour Le Monde diplomatique et L’Humanité dimanche. Il est l’auteur de nombreux essais, dont Les OGM en guerre contre la société (Mille et une nuits, 2005), Désobéissons à l’Union européenne ! (Mille et une nuits, 2011), Comment la mondialisation a tué l’écologie (Mille et une nuits, 2012), La gauche radicale et ses tabous : Pourquoi le Front de gauche échoue face au Front national (Seuil, 2014), ou encore La démondialisation ou le chaos : démondialiser, décroître et coopérer (Utopia, 2016). Au fil de ces ouvrages, Aurélien Bernier tente d’articulier critique de la mondialisation et de la construction européenne, écologie politique radicale et internationalisme. Il vient de publier Les voleurs d’énergie. Accaparement et privatisation de l’électricité, du gaz, du pétrole (Utopia). Nous l’avons rencontré au Lieu-Dit, célèbre bar parisien prisé par la gauche radicale, avant un débat avec Coralie Delaume et David Cayla. Il revient avec nous sur l’actualité de la gauche radicale.

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Éric Martin : « Le multiculturalisme est une forme de racisme subtil »

Article publié initialement le 6 juin 2018 sur Le Comptoir

Éric Martin est professeur de philosophie à Montréal. Disciple de Michel Freitag, il vient de publier « Un pays en commun : socialisme et indépendance au Québec » (Écosociété), dans lequel il défend un projet écosocialiste qui allie souverainisme, internationalisme, républicanisme et émancipation. Nous revenons avec lui sur cet ouvrage très important.

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Jérôme Fourquet : « La victoire de Macron a provoqué un phénomène de recomposition politique »

Entretien initialement publié sur le site Le Média presse

Jérôme Fourquet est directeur du département Opinion et Stratégies d’Entreprise de l’institut de sondage IFOP. Auteur de plusieurs ouvrages, ses travaux portent notamment sur les comportements politiques et électoraux. Il vient de publier aux éditions sur Cerf « Le nouveau clivage ». Rencontre.
Dans un article de L’Internationale situationniste daté de janvier 1963, Guy Debord écrivait : « Suivant la réalité qui s’esquisse actuellement, on pourra considérer comme prolétaires les gens qui n’ont aucune possibilité de modifier l’espace-temps social que la société leur alloue à consommer […]. Les dirigeants sont ceux qui organisent cet espace-temps ou ont une marge de choix personnel. » L’étude des résultats électoraux de ses dernières années dans les démocraties libérales occidentales semblent donner raison au père du situationnisme. Du Brexit à l’élection de Donald Trump une “fracture sociale” semble se dessiner entre des classes supérieures mobiles et bénéficiaires de la mondialisation néolibérale, vivant dans les métropoles, et des classes populaires sédentaires, habitant dans des zones précaires. C’est ce que constate Jérôme Fourquet dans Le nouveau clivage, où il analyse comment les fractures sociales et territoriales déterminent de nouveaux comportements électoraux, au-delà du traditionnel clivage gauche-droite.

Le Média : Selon vous, un nouveau clivage traverse les démocraties occidentales, de la France aux Etats-Unis, en passant par la Grande-Bretagne, l’Allemagne ou l’Autriche. Il oppose d’un côté, les tenants de la mondialisation néolibérale et du multiculturalisme, appartenant généralement aux classes favorisées, et de l’autre les défenseurs de la nation et des frontières. Pourtant, quand on regarde l’élection au premier tour de la présidentielle de 2017, nous voyons quatre candidats au coude-à-coude, entre 19,5 % et 24 %. N’assistons-nous pas plutôt à une partition de la France en quatre pôles politiques ?

Jérôme Fourquet : Le premier tour de la présidentielle a offert un bon panorama du paysage électoral français avec quatre candidats pesant chacun autour de 20%. De mon point de vue Fillon et Mélenchon incarnent le clivage gauche/droite traditionnel et Macron et Le Pen ce nouveau clivage. Ce dernier, qu’on pourrait appeler pour simplifier “ouvert/fermé”, n’a donc pas effacé le clivage historique mais l’a pour la première fois supplanté. Ce clivage ouvert/fermé avait déjà fait son apparition il y a 25 ans lors du référendum sur Maastricht. On l’avait retrouvé en 2005 lors du vote sur le TCE. Mais hormis ces scrutins portant sur l’Europe et dont la nature référendaire permettait d’amalgamer dans le camp du “oui” et dans celui du “non” des électorats composites, jamais ce clivage n’avait pu émerger de manière structurante lors des autres élections et notamment présidentielles où la logique gauche/droite demeurait dominante. Cette dernière n’a pas disparu, mais pour la première fois les deux finalistes de la présidentielle ont été des représentants de ce nouveau clivage. Alors que jusqu’à présent le mode de scrutin jouait en faveur de la persistance du clivage gauche/droite, le fait que Macron et Le Pen parviennent tous deux en finale a obligé les électorats des autres candidats à se positionner lors du tour décisif selon cette nouvelle logique. Une nette majorité des électeurs “orphelins” (c’est-à-dire des électeurs ayant voté pour les candidats éliminés au premier tour) s’est reportée sur Macron, mais une part significative de l’électorat Fillon et une frange de l’électorat Mélenchon ont opté pour Le Pen. Le second tour ne s’est plus organisé selon une logique de blocs gauche/droite mais en bonne partie sur le clivage ouvert/fermé.

Vous voyez dans Emmanuel Macron et Marine Le Pen les incarnations parfaites de ce clivage. Pourtant, alors que le référendum sur le TCE de 2005 nous a prouvé que les opposants à la mondialisation sont majoritaires (54,67 % de “non”), la candidate d’extrême droite s’est faite écraser au second tour. Comment l’expliquez-vous ?

Si les deux finalistes incarnent assez parfaitement cette nouvelle ligne de faille (que l’on a retrouvée aux Etats-Unis avec le duel Clinton-Bush ou en Grande-Bretagne lors du Brexit), le deuxième tour de la présidentielle revêtait néanmoins également une dimension de référendum anti-Le Pen assez marquée, ce qui a abouti à une expression imparfaite du niveau clivage. Le rêve de Marine Le Pen et de ses conseillers était de rejouer le référendum de 2005 et de fédérer derrière elle l’ensemble de la “France du non”. C’est d’ailleurs dans cette optique que sa campagne d’entre deux tours a ciblé en priorité les électeurs de Jean-Luc Mélenchon. Or seule une minorité d’entre eux (entre 10% et 15% selon les différents instituts de sondages) a voté pour la candidate du FN, le reste se répartissant entre un vote Macron et l’abstention ou le vote blanc.

La défaite de Marine Le Pen et le départ des frères Philippot du FN semblent réorienter ce parti vers l’extrême droite plus classique : national, libérale et identitaire. Dans le même temps, le thème de l’union des droites revient souvent sur la table. N’est-ce pas une preuve de la persistance du clivage gauche-droite ?

Nous sommes en fait à un moment charnière où, si l’on utilise une métaphore géologique, une plaque tectonique est en train progressivement de passer sous une autre. Ce processus de subduction ne s’effectue pas sans à coups et le mouvement n’est pas encore arrivé à son terme mais la dynamique me semble enclenchée. Edouard Philippe a employé lors du congrès de La République en Marche, il y a quelques mois, la formule « La poutre travaille encore ». Je pense que ce diagnostic est assez juste. La victoire de Macron a en effet provoqué (ou accéléré) un phénomène de recomposition politique majeur. Autour de lui s’est soudé ce que l’on pourrait appeler un bloc ”orléaniste 2.0” allant de Jean-Yves Le Drian et Manuel Valls à Bruno Le Maire en passant par François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit. A ce bloc central, Macron et Philippe veulent agréger l’ensemble de la droite modérée (l’UDI et les juppéistes). L’agenda des réformes de ce début de quinquennat (réforme du code du travail, suppression de l’ISF, réforme de la SNCF) et les décisions récentes d’évacuation de la ZAD et des campus s’inscrivent dans cet objectif d’élargir à droite la majorité présidentielle, en cantonnant Wauquiez à la partie la plus droitière des Républicains.

Si l’on regarde les chiffres, on voit comment l’équilibre des forces a été modifiée ce qui bouleverse en profondeur la logique politique. On est passé d’une situation où deux blocs dominaient et organisaient le paysage. Il s’agissait du PS et des Républicains. Dans cette configuration, le centre existait, mais il était nettement dominé et dans un schéma d’élections à deux tours, il (Bayrou depuis plusieurs élections) jouait systématiquement la force d’appoint. Aujourd’hui, le bloc central macronien est devenu dominant (avec un poids oscillant entre 25% et 30%). La gauche et la droite de gouvernement n’ont pas disparu (et le clivage gauche/droite également), mais elles sont désormais réduites à la portion congrue (entre 10 et 15% des voix chacune, soit à peu près ce que pesait l’UDF puis le Modem). Coincés entre ce large bloc central (qui leur a happé de nombreux électeurs) et un pôle radical (France insoumise à gauche et le FN à droite), PS et Républicains sont aujourd’hui relégués en seconde division. Wauquiez a bien perçu que toute la frange modérée des Républicains (sans même parler des Constructifs et des centristes) était de plus en plus aimantée par le macronisme, les Européennes devant acter son entrée dans l’orbite présidentielle. S’il veut espérer jouer la finale en 2017, le leader des Républicains n’a donc d’autre choix, pour l’instant, que de tenter d’arracher au FN toute une partie de son électorat. Je ne crois pas du tout à un scénario d’une union des droites (au sens d’un accord d’appareils) mais plutôt à une lutte à mort entre Laurent Wauquiez et Marine puis sans doute Marion Le Pen pour devenir la force dominante d’un espace droitier, pouvant rivaliser numériquement avec le bloc macronien.

On le voit, « la poutre travaille donc bien encore » et si l’opposition gauche/droite n’a pas disparu, le paysage électoral qui se dessinera à la suite des élections européennes sera très différent de celui qui prévalait il y a encore un an et demi.

Votre livre montre que les électeurs d’Emmanuel Macron sont plutôt des habitants des métropoles ou d’enclaves aisées, appartenant aux classes diplômées et promoteurs d’un monde “ouvert”. Plutôt optimistes, ils ne s’inquiètent pas de l’immigration. Comment alors expliquer le raidissement du Président sur la question migratoire ?

De par son parcours et sa formation intellectuelle, Emmanuel Macron ressemble assez à son électorat de premier tour. Il est à l’aise avec un monde ouvert, qui pour lui est plus synonyme d’opportunités que de menaces ou de contraintes. Son logiciel alloue à l’économique une place centrale et les questions identitaires et migratoires apparaissaient comme secondaires. Dans l’enquête électorale de l’IFOP réalisée lors du premier tour, il est ainsi frappant de constater que l’item de la lutte contre l’immigration clandestine arrivait en dernière place (parmi une liste de 14 items !) dans la hiérarchie des préoccupations des électeurs d’Emmanuel Macron.

Or l’accession du candidat d’En Marche ! à la présidence de la République l’a manifestement contraint à adapter sa grille de lecture. Qu’il s’agisse d’antiterrorisme ou de flux migratoires, on a le sentiment que le locataire de Beauvau, Gérard Collomb, aux premières loges pour appréhender l’ampleur et l’acuité de ces défis, a briefé son jeune patron.

Enfin, votre livre montre l’importance de l’appartenance ethnico-culturelle. Le rejet de l’immigration et du multiculturalisme, ainsi que la peur des minorités a joué un rôle important dans le vote pour Trump, pour le FN ou en faveur du Brexit. Les minorités, pourtant souvent précaires elles-aussi, ont plus tendance à voter avec les tenants de l’ouverture et du néolibéralisme. Des personnalités comme Bernie Sanders ou Jean-Luc Mélenchon, critiques du libre-échange et refusant tout identitarisme ont-elles des chances de renverser la donne ? Un “populisme de gauche” pourrait-il réunir les classes populaires, par-delà les appartenances ethnico-culturelles ?

On a vu en Espagne que l’offre d’un “populisme de gauche” a permis à Podemos de réaliser un score important. Mais il faut rappeler que le contexte espagnol était très particulier avec une crise ayant très durement frappée la population. Autre différence majeure : la mémoire de l’expérience franquiste a, pour l’heure, bloqué tout développement d’un courant national-populiste. La situation politique et sociologique est toute autre de ce côté des Pyrénées. Le FN, en dépit de l’affaiblissement de l’image de Marine Le Pen, est durablement enraciné dans notre pays et notamment dans toute une partie des catégories populaires. Si ces milieux peuvent être sensibles à un discours social et à un “populisme de gauche” fustigeant “l’oligarchie financière”, la société française est désormais de facto une société muticulturelle. Hors le muticulturalisme génère une insécurité culturelle principalement dans les quartiers et les catégories populaires. Sans prise en compte de cette dimension, il sera très difficile aux tenants français d’un “populisme de gauche” de rallier une majorité de l’électorat populaire.

Crédit photo : Public Domain

Aurélien Bernier : « Il est possible et nécessaire de démondialiser, décroître et coopérer »

Entretien publié initialement sur le site du Comptoir le 16 novembre 2016

Aurélien Bernier collabore régulièrement au Monde Diplomatique. Se revendiquant de la démondialisation, il est auteur de nombreux ouvrages et spécialiste des questions politiques gravitant autour de l’écologie. À l’occasion de la sortie de son essai « La démondialisation ou le chaos » aux éditions Utopia, il nous a accordé un entretien au cours duquel on a pu discuter du programme qu’une gauche radicale digne de ce nom pourrait défendre. Au menu : démondialisation, sortie de l’Union européenne, écologie politique – l’autre nom de la décroissance – relocalisation et dénonciation des faux-semblants.

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La décroissance rend-elle obsolète le clivage gauche-droite ?

Article publié initialement le 16 septembre 2015 sur le site de la revue Limite

Alors que le clivage gauche-droite semble avoir de moins en moins de sens, aucune autre opposition ne semble prendre le relais. Pourtant, à gauche comme à droite des décroissants se retrouvent sur une idée simple : notre société doit retrouver le sens de l’autolimitation.

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Fabien Escalona : « Syriza n’a pas prétendu entraîner la Grèce sur le chemin de la révolution socialiste »

Article initialement publié le 7 septembre 2015 sur Le Comptoir

Fabien Escalona est enseignant à Sciences Po Grenoble et collaborateur scientifique au Cevipol (Centre d’étude de la vie politique de l’Université libre de Bruxelles). Ses travaux portent sur l’évolution de la social-démocratie en Europe ainsi que sur la gauche radicale. Il a notamment publié l’essai « La social-démocratie, entre crises et mutations » à la Fondation Jean-Jaurès. Nous avons souhaité nous entretenir avec lui sur les récents déboires de Syriza en Grèce et ses conséquences sur l’ensemble de la gauche radicale européenne.

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David Desgouilles : « La gauche a eu tort de snober le débat de l’identité nationale »

Article publié initialement le 5 juin 2015 sur Le Comptoir

Blogueur politique s’intéressant particulièrement à la droite française, David Desgouilles vient de sortir son premier roman, « Le bruit de la douche » (éditions Michalon). Dans cette uchronie pleine d’humour, l’auteur narre ce qui se serait passé si le scandale du Sofitel n’avait pas eu lieu et que Dominique Strauss-Kahn s’était présenté à l’élection présidentielle de 2012. Afin de ne pas passer pour le candidat des « élites mondialisées », l’ex-directeur général du FMI décide de prendre tout le monde à contre-pied et engage une jeune militante socialiste, Anne-Sophie Myotte, conseillère d’Arnaud Montebourg et proche de Jacques Sapir et Emmanuel Todd. Elle réussit à pousser DSK à mener une campagne anti-Terra Nova, afin de reconquérir les classes populaires, contre l’avis des strauss-kahniens de la première heure, dont Pierre Moscovici…

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29 mai 2005: le «non» au Traité Constitutionnel, l’occasion manquée de la gauche de la gauche

Tribune initialement publiée le 29 mai 2015 sur Le Figaro Vox

Il y a dix ans, la gauche de la gauche s’était rassemblée pour dire non au Traité constitutionnel européen mais n’a pas su transformer l’essai. Kévin Boucaud Victoire analyse les raisons de cet échec.

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