Archives du mot-clé libéralisme

Cédric Biagini : « La décroissance est aussi une sensibilité au monde »

Entretien publié initialement sur Le Comptoir le 5 juin 2017

Ancien militant du collectif Offensive libertaire et sociale (OLS), Cédric Biagini a fondé en 2005, avec Guillaume Carnino L’échappée, maison d’édition libertaire, qui se distingue notamment par ses écrit technocritiques. Il est d’ailleurs l’auteur de « L’Emprise numérique : Comment Internet et les nouvelles technologies ont colonisé nos vies ». Il chronique régulièrement dans le mensuel d’écologie radicale « La Décroissance ». Biagini vient de coordonner avec Pierre Thiesset (Le Pas de côté) et David Murray (Écosociété) la publication de « Aux origines de la décroissance : cinquante penseurs », un ouvrage présentant les auteurs ayant inspiré l’écologie radicale, et qui regroupe des contributions de plusieurs intellectuels (Aurélien Bernier, Jean-Claude Michéa, François Jarrige, Vincent Cheynet, Patrick Marcolini, Thierry Paquot, Mohamed Taleb, Renaud Garcia, etc.).

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Un « moindre mal », ou pourquoi Emmanuel Macron a remporté l’élection présidentielle

Article publié initialement le 10 mai 2017 sur Vice.fr

Atout majeur lors de sa campagne, le libéralisme du nouveau président de la République pourrait rapidement se retourner contre lui.

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Les gauches vont-elles tuer la gauche ?

Article publié le 7 avril 2017 sur Vice

Alors que la gauche peine à s’unir pour remporter l’élection présidentielle, l’un de nos contributeurs, Kevin Boucaud-Victoire, publie « La guerre des gauches » afin d’expliquer les divisions de ce camp.

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Dany-Robert Dufour : « Nous nous sommes embarqués dans une escalade de l’horreur »

Entretien publié initialement le 13 mars 2017 sur Le Comptoir

Professeur de philosophie de l’éducation à l’université Paris-VIII et ancien directeur de programme au Collège international de philosophie, Dany-Robert Dufour fait partie des critiques contemporains les plus radicaux du capitalisme. Depuis une quinzaine d’années, l’intellectuel s’échine à analyser, notamment dans ses livres-phares « Le Divin Marché » (Denoël, 2007) et « La Cité perverse » (Denoël, 2009), la « révolution culturelle libérale » en cours actuellement et les aliénations qu’elle provoque. Dans son dernier ouvrage publié au Bord de l’eau en 2016, « La situation désespérée du présent me remplit d’espoir », le philosophe analyse les trois dangers auxquels doivent faire face nos sociétés (le capitalisme, le djihadisme et l’identitarisme). Pour y remédier, il plaide pour le convivialisme, mouvement initié par le sociologue Alain Caillé et inspiré par Ivan Illich. Nous l’avons rencontré chez lui afin de discuter de ce dernier livre.

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Jean-Claude Michéa au Comptoir

Socialiste libertaire, communautarien et décroissant, qui n’hésite pas à tacler la gauche ou la religion du progrès, Jean-Claude Michéa n’est pas de ceux qui se laissent facilement enfermer dans une case. Une originalité qui lui a valu de nombreuses attaques de son propre camp – Frédéric Lordon, Philippe Corcuff, Serge Halimi, Luc Boltanski, Isabelle Garo et Jean-Loup Amselle, pour ne citer que les plus connus. Pourtant, depuis plus de vingt ans, le Montpelliérain s’échine à mener une critique radicale et originale du libéralisme et à réhabiliter les classes populaires et leurs pratiques – comme le football –, ignorées et méprisées par les politiques de droite comme de gauche. Nous devons en partie au philosophe la popularisation récente de l’écrivain George Orwell, ainsi que l’introduction en France de la pensée du sociologue et historien américain Christopher Lasch. Notre admiration pour ce « penseur vraiment critique », comme le qualifient les éditions L’Échappée, n’est un secret pour personne. Voilà pourquoi nous avons souhaité lui soumettre quelques questions. Vu la densité de ses réponses, nous avons décidé de les publier en deux fois.

 

Encart 1 : Michéa, Orwell et la common decency

Parmi les nombreux intellectuels régulièrement cités par Michéa – Debord, Castoriadis, Pasolini, Lasch, Marx, Proudhon, Rosa Luxemburg, etc. –, Orwell un occupe une place toute particulière. Michéa lui a consacré deux livres (Orwell, anarchiste tory, Climats, 1995 ; Orwell éducateur, Climats,‎ 2003). Farouchement socialiste, démocrate, antitotalitaire, critique de l’intelligentsia progressiste et amoureux des “gens ordinaires”, l’Anglais ne pouvait que séduire le Montpelliérain. C’est d’ailleurs en référence à Orwell que Michéa se décrit parfois de manière provocatrice comme “anarchiste conservateur” (ou “anarchiste tory”).

Il ne faut cependant pas se tromper sur cette expression, qui représente d’abord une boutade d’Orwell. À la suite du belge Simon Leys, Michéa note qu’elle ne représente pas une position philosophique, mais « constituerait la meilleure définition du “tempérament politique” de George Orwell » (Le Complexe d’Orphée, Climats, 2011). Pour lui, l’anarchisme tory naît de l’articulation du « sentiment légitime qu’il existe, dans les sociétés plurimillénaire des sociétés humaines, un certain nombre d’acquis essentiels à préserver », avec « un sens aigu de l’autonomie individuelle (ou collective) et avec une méfiance a priori envers toutes les relations de pouvoir (à commencer, si possible, par celles que l’on serait tenté d’exercer soi-même) ».

L’autre notion essentielle qu’il emprunte au Britannique est celle de common decency. Selon lui, c’est sur ce concept – souvent attaqué, notamment par Lordon, pour son manque de rigueur –, que doit s’appuyer tout socialiste, afin de sortir de l’alternative entre contrôle de la société par l’État ou par le Marché. Dans Impasse Adam Smith (Climats, 2002), il écrit qu’« il s’agit, d’un sentiment intuitif (Orwell dit parfois “émotionnel) des « choses qui ne doivent pas se faire », non seulement si l’on veut rester digne de sa propre humanité – on songe ici aux portraits de militants anarchistes dans Hommage à la Catalogne – mais, plus simplement, et peut-être surtout, si l’on cherche à maintenir les conditions d’une existence quotidienne véritablement commune. » Il faut également relever que le philosophe Bruce Bégout a consacré un excellent livre au sujet (De la décence ordinaire. Court essai sur une idée fondamentale de la pensée politique de George Orwell, Allia, 2008).

 

Encart 2 : Michéa, le libéralisme et la gauche

La thèse de Michéa sur le libéralisme est la plus originale et celle qui lui vaut le plus de critiques. Dans La double pensée (Climats, 2008), il écrit : « La philosophie libérale s’est toujours présentée d’une pensée double, ou, si l’on préfère, d’un tableau à double entrée : d’une part un libéralisme politique et culturel (celui, par exemple, d’un Benjamin Constant, ou d’un John Stuart Mill) et, de l’autre, un libéralisme économique (celui, par exemple, d’un Adam Smith ou d’un Frédéric Bastiat). C’est deux libéralismes constituent, en réalité, les deux versions parallèles et (ce qui est le plus important) complémentaires d’une même logique intellectuel et historique. » Ce passage mérite sûrement un petit éclaircissement.

Le libéralisme politique se fonde sur l’idée que chacun devrait pouvoir vivre ”comme il l’entend” sous la seule réserve qu’il ne “nuise pas à autrui”. De ce point de vue, il est déjà inséparable du libéralisme culturel, puisque dans chacun doit être entièrement libre de choisir le mode d’existence qui lui convient. Cette logique conduit donc inévitablement à la « désagrégation de l’humanité en monades, dont chacune a un principe de vie particulier et une fin particulière » et « l’atomisation du monde » selon les mots d’Engels, qui par définition sont incompatibles avec les exigences d’une vie réellement collective. Les défenseurs de ce libéralismes se retrouvent donc confrontés à l’obligation philosophique de chercher ailleurs que dans la sphère du droit abstrait un principe d’entente minimale qui, seul, pourra éviter aux individus, que le libéralisme culturel ne conduise mécaniquement à isoler les uns des autres et débouche au retour, sous une forme inédite, de la vieille “guerre de tous contre tous” par la judiciarisation des rapports humains. Il n’existe alors qu’une seule solution : adopter le langage commercial (« Dès qu’il s’agit d’argent, tout le monde est de la même religion » dixit Voltaire). Au final, l’échange marchand (le « doux commerce » de Montesquieu) finit par apparaître, comme le seul fondement anthropologique possible d’une société qui, au départ, se proposait seulement de protéger les libertés individuelles et la paix civile.

Le libéralisme représente alors « l’idéologie moderne par excellence » (L’Empire du moindre, Climats, 2007) et est inséparable du progressisme, c’est-à-dire de l’illusion d’un progrès linéaire et infini faisant table rase passé. Ce n’est cependant qu’après Mai-68 que les deux faces du libéralisme ont pu à nouveau se rencontrer. C’est ce que le philosophe communiste Michel Clouscard a nommé le « libéralisme libertaire » – il faut cependant noter que ce libertarisme petit bourgeois n’a aucun rapport avec le libertarisme socialiste d’un Proudhon, d’un Bakounine ou d’un Kropotkine – ou que Boltanski, pourtant ennemi déclaré de Michéa, a nommé le « nouvel esprit du capitalisme ».

Michéa considère « que les idéaux bourgeois libéraux ont triomphé du socialisme en le phagocytant » et déplore que ce dernier « ait accepté les thèses du libéralisme politique ». Le nœud de l’histoire se joue selon lui durant l’Affaire Dreyfus, moment où les socialistes ont été contraints de s’allier avec la gauche républicaine et libérale pour empêcher la droite (camp de la réaction, du monarchisme et du bonapartisme) d’accéder au pouvoir. Petit à petit, gauche et socialisme se sont confondus. Si un certain équilibre a longtemps perduré, il note dans Les Mystères de la gauche (Climats,‎ 2013) que la gauche depuis trente ans « ne signifie plus que la seule aptitude à devancer fièrement tous les mouvements qui travaillent la société capitaliste moderne, qu’ils soient ou non conformes à l’intérêt du peuple, ou même au simple bon sens ».

 

Bernard Maris ou l’anti-économiste citoyen

Article coécrit avec Ludivine Bénard, publié le 11 janvier 2016 sur Le Comptoir

Il avait 68 ans. Le 7 janvier 2015, Bernard Maris tombe sous les balles de fous d’Allah, au côté d’une large partie des membres de la rédaction de Charlie Hebdo et d’inconnus tristement rentrés dans l’histoire. Ce jour-là, la France perd un de ses meilleurs économistes. Un an après la manifestation nationale du 11 janvier, qui réunit quatre millions de personnes, le Comptoir a souhaité rendre hommage à ce penseur hétérodoxe, élève de Keynes et de Freud, mais aussi historien, sociologue, écrivain et grand lecteur, d’Honoré de Balzac à Michel Houellebecq.

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Attentats du 13 novembre : bienvenue dans la réalité

Article publié initialement le 18 novembre 2015 sur Le Comptoir

Blessée en son cœur, la France ne sait pas comment réagir aux attaques dont elle a été victime ce vendredi 13 novembre. Alors que la paix semblait régner depuis la fin de la décolonisation, sous la double bénédiction de l’Union européenne et du libre-marché, la réalité reprend ses droits. Ici comme ailleurs, la mort peut frapper. N’importe qui et n’importe où. Et pour lutter contre la barbarie qui vient, la France doit aussi prendre en compte ses propres erreurs. Car c’est notamment sur le terreau de ses échecs successifs, en matière de politique nationale ou internationale, que s’est développé le monstre qu’elle doit aujourd’hui combattre.

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